‹ Hermann et DorothéeChapitre 52 sur 138 · LETTRE LV · texte numérisé non relu

LETTRE LV

Le 4 août

Je ne suis pas seul à plaindre. Tous les honmies sont trompés dans leurs espérances et dans leurs projets. J'ai revu ma bonne jfemme aux tilleuls. Son aîné courut au-devant <îe moi ; et ses cris de joie attirèrent ia mère, qui me parut fort abattue. Ses premiers mots furent : « Mon bon monsieiu- ! Hélas '. mon Jean est mort. • C'était le plus jeune de ses garçons. Je gardais le silence. « Mon homme, dit-elle, est revenu de la Suisse, et n'a rien rappo}-té : sans l'aide de braves gens, il aurait été obligé d'aller mendier. La âévre l'avait pris en chemin. » Je ne pus rien lui dire ; je donnai un peu d'argent au petit ; -^lle m'offrit quelques pommes que j'acceptai, et je quittai ce heu de triste mémoire.

LETTRE LVL

Le 31 aoât.

Tout change autour de moi avec la rapidité de l'éclair. Quelquefois un rayon de joie vient m'offrir sa faible et consolante lumière, hélas I pour un seul instant! Quand je m'égare ainsi dans mes rêveries, je ne puis me défenare de cette pensée : Quoi! si Albert venait à mourir, tu serais... elle pourrait... Je poursuis ma chimère jusqu'à ce qu'elle me conduise au bord d'un abîme, et je recule tout fri&sonnant.

Quand je sors par la même porte, que je parcours la même route qui me conduisit pour la première fois en voiture, pour emmener Lolotte au bal, mon cœur est oppressé, je sens avec amertume combien j'étais différent de ce que je suis maintenant. Tout, tout est évanoui. Pas un seul battement d'artère, pas un vestijre du passé, qui me rappelle le sentiment que j'éprouvai alors. Telles seraient les sensations qu'éprouverait l'ombre d'un prince, qui, ayant laissé à un fils chéri le superbe palais' bâti dans des temps heureux, le trouverait ou brûlé ou renversé par un puissant voisin.

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