LETTRE LX
L9 10 octobre.
Voir eetilement ses yeux noirs, c'est le bonûeur! HélasI ce qui me chagrine, c'est qu'Albert ne paraît pas aussi hem-eux qu'il... l'espérait... que... je l'aurais été... ai... Je ne coupe pas volontiers mes phrases; mais ici je ne saurai» m'exprimer autrement... Eh! mon Dieul je, parle assez clair, ce me semble,
LETTRE LXi
Le 19 octobre.
Ossian a pris dans mon cœur la place d'Homère, Quel monde que celui où me conduit ca barde sublime ! Errer dans les bruyères, enveloppé d'impétueux tourbnions qui amènent sur des nuages les esprits de ses pères qu'on entrevoit à la faible clarté de la lune ; entendre du haut des montagnes les gémissements que poussent les esprits du fond de leurs cavernes, et qm se mêlent aux rugissements du torrent, et les lamentations de la jeune flhe morte dans les angoisses, auprès des quatre pierres couvertes de mousse et à demi cachées
SOUS l'herbe, monument de la chute glorieuse de son bien-aimé ! Je le rencontre ce barde à cheveux blancs, errant, cherchant sur la vaste étendue de la plaine les traces de ses pèred et ne trouvant, hélas 1 que les pierres de leurs tombeaux; lorsqu'il tourne en gémissant ses yeux vers l'étoile du soir, qui se cache au sein des vagues de la mer agitée, et que l'âme de ce héros sent revivre l'idée de ces temps où les rayons propices de cet astre bienfaisant éclairaient encore les périls des vaillants, et où la lune prêtait sà lumière argentée à leur vaisseau chargé des palmes de la ï'ixîtoire : Je lis sur son front s» profonde douleur ; je vois ce héros, le derniei de sa race, chanceler dans le plus triste abattement vers la tombe ; la faible présence des ombres de ses pères est pour lui une source où il puise sans cesse la joie la plus douloureuse et la plus ravissante ; il fixe la terre froide et l'herbe qui la couvre, et s'écrie : « Le voyageur , qui m'a connu dans ma beauté, viendra; il viendra et demandera où est le barde, où est le noble fils de Fingal ? Son pied foule en passant ma sépulture, et il me demande en vain sur la terre. • 0 mon ami, je serais homme à arracher l'épée de quelque brave guerrier, à délivrer tout d'un coup mon prince du tourment d'une vie qui n'est qu'une mort le^te, et à envoyer mon âme rejoindre ce demi-dieu rois en liberté.
LETTRE LXIT
Le 19 octobre.
Héîas t ce vide, ce vide affreux que je sens dans mon sein 1 Je pense souvent!.... Situ pouvais une fois, une seule fois, la . presser contre ton cœur, tu serais guéri.
LETTRE LXIIl
Le «6 octobre.
Oui, mon ami, je me confirme de pTus en plus dans l'idée que c'est peu de chose, bien peu de chose que l'existence d'une créature. Une amie de Lolotte est venue la voir; je suis entré dans la chambre voisine pour prendre un livre, je n'ai pu lire et j'ai pris la plume. J'ai entendu qu'elles parlaient bas : elles se contaient l'une à l'autre des choses assez indifférentes, des nouvelles de la ville : celle-ci était mariée, celle-là malade, fort malade. •^ EUe a une toux sèche, disait l'une, les joues enfoncées, et il lui prend des faiblesses ; elle n'en reviendra pas. — M. N. N. n'est pas en meilleur état, disait Lolotte. — Il est déjà enflé, » reprenait l'auti'e. Et mon imagination me transporte au pied du lit de ces malheureux; je vois avec quelle répugnance ils tournent le dos à la vie, comme ils... Guillaume, ces bonnes petites femmes parlaient de tout cela comme on parle d'ordinaire de la mort d'un ctrangor ... Quand je regarde autour de nioi.
que l'examine la cnambre, et que je vois partout des robes de Lolotte, ici ses boucles d'oreille sur une petite table, là les papiers d'Albert, tous »es meubles enfin qui me sont si familiers, l'écritoire même dont je me sere, et que je me dis en moi-même: «Vois ce que tu es à cette maison ! Tous tes amis t'estiment, tu fais souvent leur joie, et il semble à ton cœur qu'il ne pourrait exister sans eux ; et cependant... Si tu partais maintenant, si tu t'éloigTiais de ce cercle, sentiraient - ils , combien de temps sentiraient-ils le vide que ta perte laisserait dans leur existence î Combien, de temps... » Hélas ! telle est la fragilité de l'homme, que là même où il sent le plus l'énergie de l'impression que laisse sa présence dans la mémoire, dans l'âme de ses amis, il doit s'effacer et disparaître ; et cela... si vltel.^