‹ Hermann et DorothéeChapitre 95 sur 138 · CHOEUR · texte numérisé non relu

CHOEUR

na, parbleu I l'amour au corps.

SIEBEL

Comme ces plats coquins se réjouissent!

Voilà ! en vérité, un beau chef-d'œuvre, i'empoisonnement dun pauvre rat!

BRANDER

Tu prends le parti de tes scixiolables.

Regardez-le avec son gros ventre et sa tête déplumée, comme son malheur le fait filer doux. Dans un rat crevé il voit son portrait au naturel. (Entrent Faust et Méphistophélès.)

mi^phistophi£lès.

Avant tout, je dois t'introduire dans une joyeuse compagnie de bons lurons, pour que tu voies comment on peut porter légèrement la vie. Pour ces gens-là, chaque jour est une

fête : peu d'esprit, beaucoup de bonne humeur; avec ce bagage, chacun d'eux tourne dans ivQ cercle étroit de plaisirs comme un jeune chat tournant sur lui-même pour jouer avec sa queue. Pourvu qu'ils n'aient pas mal à la tête et que leur hôte leur fasse crédit, ils vivent heureux et sans soucis.

Voilà des gens qui viennent de loin ; à leui air étranger, on reconnaît bien qu'il n'y a pas une heure qu'ils sont dans la ville.

Tu as raison. Vive Leipzig! c'est un petit Paris, et l'on s'y forme à merveille.

SIEBEL

Devine un peu quels sont ces étrangers.

FBOSCH.

Laisse-moi faire : avec un verre de vin, je saurai ce qu'ils ont dans le ventre. Je leur tirerai les vers du nez sans qu'ils s'en aperçoivent. Si je ne m'abuse, ce sont des grands seigneurs ; ils ont l'air fier et mécontent.

BRANDER

Je parierais que ce sont des charlatans.

ALTMATER.

Peut-être bien.

FROSCH.

Attention ! je vais les entreprendre.

MÉPHiSTOPHÉLÈS, à part, à Faust.

Les pauvres hères ne reconnaîtraient pas le diable, même quand ils les tiendrait à la gorge.

FADST 77

FAUST

Nous vous saluons, messieurs.

SIEBEL

Nous de même, et grand merci. (Bas, regardant Méphistophélès de travers.) Qu'a donc celui-là à clocher sur un pied ?

HÉPHISTOPHÉLÈS.

Nous pennettrez-vous de nous asseoir à votre table ? L'agrément de votre conversation nous dédommagera du boa vin que nous n'aurons pas, je suppose.

ALTMATER.

Vous paraissez bien dégoûtés.

ÎROSCH.

Etes-vous partis tard deRippach? Avez-vous Boupé chez maître Jean ?

MÉPHISTOPHÉLÈS

Nous avons passé sa maison sans nous y arrêter A notre dernier passage, nous sommes descendus chez lui; il nous a longuement parlé de ses cousins et chargé de ses compliments pour chacun d'eux. {Il sHndiv versFrosch.)

ALTMATER, bOS O FrOSCh,

Tu es pincé ! il sait son monde.

Cest un gaillard retors.

FROSCH.

Eh bienl attends; Je lui en garde une autre."

78 rxusT

MÉPHISTOPHÉLÈS

Si le ne me trompe, nous avons entendu tout a l'heure des voix exercées chanter en chœur; les chants doivent admirablement résonner sous cette voûte.

FROSCH.

Seriez-vous xm virtuose?

MÉPHISTOPHÉLÈS

Oh! non, j'ai peu de talent, mais beaucoup de zèle.

ALTMATER.

Donnez-nous une chanson.

SIEBEL

Mais quelque chose de tout battant neuf , paroles et musique.

MÉPHISTOPHÉLÈS

Nous arrivons justement d'Espagne : c'est le pays du bon vm et des belles chansons.

(Il chante.)

Advint que chez un prince Une puce logeait.

FROSCH.

Entendez-vous ? une puce ! avez-vous bien compris ? une puce ! M est avis que c'est un hôte assez désagréable.

MÉPHisTOPHÉLÈs, chantatit.

Advint que chea un prince Une puce logeait, D'une faveur peu mince le roi la protégeait.

Par son tailleur Cassandre Du gentil damoiseau La mesure il fit prendre Pour calotte et manteao.

FADST '3

FROSCH

Surtout n'oubliez pas d'enjoindre au tailleu?de prendre bien exactement sa mesure; iecommandez-lui, sur sa tête, que la culotte ne fasse pas un pli.

MÉPHISTOPITÉLÈS

De velours et de soie Le voilà donc couvert, Qui tout fier se déploie Dans son justaucorps vert.

La sainte croix y brille, Et, ministre du jour.

Tous ceux de sa famille, 11 les place à la cour.

Les seiîïnenrs et les dames

S'iiriient vainement •

Par la reine ei ses femmes.

Juste Dieu ! quel lourmenll

Etre mordu sans cesse

Ke se gratter jamais :

Koas. dés qu'une nous blesse.

L'écrasons sans procès.

CHOEDR.

Nous, dès qu'une nous blesse L'écrasons sans procès.

TROSCH

Bravo ! bravo ! c'est superbe!

SIEBEL

Ainsi soit-il de toutes les puces l

BRANDDS

Attrapez-les, pincez-ies ferme !

ALTMAYER

Vive la liberté I vive le vin !

MÉPHISTOPHÉLÈS

Je boirais volontiers un verre en l'honneuï

80 FAUST

de la liberté, si votre vin n'était pas si mauvais.

\h ! n'insultez pas notre vin !

MÉPHISTOPHÉLÈS

Si je ne craignais de faire un affront à notre hôte, je ferais gôuter à l'aimable société le vin de notre cave, qu'elle trouverait meilleur sans nul doute.

SIEBEL

Allez toujours ! je prends sur moi l'afiFront-

FROSCH.

Si vous nous en versez à pleins verres, à la bonne heure ; car, quand je veux juger, quelques gouttes ne suffisent point. Je ne porterai mon jugement qu'après une large rasade.

ALTMAYER, bas à soit voisin Ils sont des bords du Rhin, sans doute ?

MÉPHISTOPHÉLÈS

Avez-vous ici un foret ?

BRANDER

Pourquoi faire ? vous n'avez pas sans doute vos tonneaux devant la porte ?

ALTMATER.

L'hôte a justement déposé derrière la porte un panier plein d'outils.

MÉPHISTOPHÉLÈS prend un foret à Frosch, Dites, maintenant, quel vin préférez-vous î

FAUST 81

FROSCH.

Comment donc! en avez-vous de toute Eorte?

UéPHISTOPUÉLÈS.

Je laisse le choix à chacun.

ALTMAYER, à FfOSCh.

Ah ! ah ! tu commences à te lécher les lèvres ?

FROSCH.

Soit! puisque j'ai le choix, je demande du vin du Rhin. Rien ne vaut ce qui vient de la patrie.

aÉPHisTOPHÉLÈs. (Il fait un trou au bord de la table, en face de Frosch.)

Prenez un peu de cire pour faire des bouchons.

ALTMAYER.

Vous voyez bien que ce sont des escamoteurs.

MÉPHiSTOPHÉLÈs. à BrandcT.

Kt vous, de quel vin vculez-vous î

BRANDER

Du Champagne, et qu'il mousse bien. (Méphistophélès perce les trous , pendant ce temps, un autre a fait des bouchons de cire, qu'il enfonce dans les trous.) Or ne peut toujours se passer de l'étranger ; les bonnes choses viennent souvent de loin. Un brave Allemand hait la France, et boit cependant ses vins sans rancune.

SIEBEL, à MéphUtophclès, qui s'approche ûe $a place.

Quant à moi, je n'aime pas ce qui est trop fort : donnez-moi quelque chose de doux.

MÈPHisTOPHÉLÈs, foraut la table.

Vous aurez du tockay.

ALTMATER.

Ah çà, messieurs, regardez-moi en face; je crois q^e vous voulez vous moquer de nouai

HÉPHISTOPHÉLÈS.

Allons donc! oserais-je prendre cette liberté avec des gens tels que vous? Vite, à l'ouvrage? Quel vin dois-je servir d'abord?

ALTMATER.

Tous à la fois. Assez causé !

{Tous les trous sont percés et bouchés.)

BÉPHiSTOPHÉLÈs, avcc dcs gcstcs bizarres.

La vigne porte le raisin, le jenne bonc porte des cornes. Le bois de la vigne donne un jus liquoreux, le bois de la lable peut en donner aussi. Le sage observe la nature, et jouit de ses merveilles 1

Maintenant, tirez les bouchons et goûtez mou vin.

TOUS à la fois, ils tirent les bouchons; le vin quHlt ont désiré coule; ils le reçoivent dans leur$ verres.

Oh! la belle fontaine qui nous coule là!

Prenez garde d'en laisser tomber.

FAUST 83

{II» boivent à plusieurs reprises et chantent tous à la fois.)

BUTons, buvons, bavons Gamme cinq cents cochons.

WfpHISTOFHÉLÈS.

Tu Tois comme les gens grossiers sont heureux quand ils s'abandonnent sans contrainte à leur penchant.

Soit; mais j'en ai bientôt assex, et je m'en

irais volontiers.

MÉPHISTOPHéLËs.

Attends encore un moment... et tu verras la brute s'abandonnant naïvement à sa na^ture.

WEBEL boit avec avidité ; il laisse couler du, vin par terre, une flamme s'élève.

Au secours !... au secours! C'est du feu! c'est le feu de l'enfer !

■iPHISTOPBÉLÈS.

Non ; pour cette fois seulement, une étincelle du feu du purp:atoire. (Il s'adresse à la flamme.) Apaise-toi, mon élément chéri !

Qu'est-ce que cela veut dire ? Attendez, vous allez nous le payer. Oh! vous ne savez pas à qui vous vous jouez.

FROSCH.

Ne vous avisez pas de recommencer une autre fois.

84 FAOSt

ALTUAYBR.

Nous ferions mieux, je crois, de l'engager poliment à s'en aller.

SIEBEL

Quoi ! monsieur, vous osez venir ici pour mettre en oeuvre votre hocuspocuit

HEPHISTOPHÉLÈS.

Paix ! vieux sac-à-vin.

SIEBEL

Manche à balai ! tu oses encore nous insulter.

BRANDER

Prenez garde, il va pleuvoir des coups.

ALTMATER. Il tire un bouchon de la table, un jet de feu lui saute au visage.

Je brûle ! je brûle !

3IEBEL.

Damnés sorciers . Jetez-vous sur lui ; le coquin est hors la loi !

{Ils tirent leurt couteaux et courent sur

iiéPHiSTOPHËLÈs, avec des gestes graves.

Illusions et mensonges, troublez leurs sens, changez ces lieux I

{Ils ^arrêtent tous et se regardent étormés^

ALTUAYER.

Où suis- je? Quel beau pays!

FROSCH.

Si je ne me trompe, ce sont des montagnes eouYertes de vignes.

FADSI

SIEBEL

Et des grappes sont sous la main,

BRANDER

Là, SOUS ce berceau vert, voyez quel cep de vigne. Oh! l'énorme grappe!

m saisU Siebel par le nez, tous les autres pirn- ^ Tient de même le nez de leur voisin, et ils tt rent leurs couteaux.)

méphistophi5lès.

Parlons maintenant. C'est assez: sonrce devin, yen-

d'avoir joué avec le diable.

(/l disparaît avec Faust; tous les buveun lâchent prise.)

Qu'y a-t-il ?

ALTMAYEB.

Qu'est-ce ■?

FROSCH.

C'est ton nez que je tenais.

BRANDER, à Siebel.

Cest le tien que j'avais dans la main.

ALTMAYEB.

J'ai senti un coup dans tous mes membre» Une chaise... je tombe à la renverse.

FROSCH.

Mais expliquez-moi donc ce qui est arrivé.

SIEBEL

OÙ est-il, le drôle ? Si je l'attrape, il ne so^ tira pas vivant de mes mains.

8€ FAUST

ALTMATER.

Je 1 ai vu sortir par cet+e porte • Il éfait * cheval sur un tonneau. Il me semhiA m,î 'ai des semelles de plomb ?/zf?^*.il ^^^

core.

SIE8EL

mSnîJ* ''''*^* quetiomperie, illusions

FROSCH.

^ai bien cru cependant que je buvais du

BRA?îDER,

g^VPes?'^^''''^''^ être devenues ces belles

ALTMATER.

»,?-^'°^ ^^^®. maintenant qu'il ne faut tmw croire aux miracles ! P*®

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