‹ Hermann et DorothéeChapitre 94 sur 138 · A0ST · texte numérisé non relu

A0ST

MEPHISTOPHÉLÈS, pois FAUST.

MÉPHISTOPHÉLÈS

Suis ce vieux conseil de mon cousin le Serpent; tu douteras bientôt de cette prétendue ressemblance.

FAUST, entrant.

Maintenant, où allons-nous aller ?

UÉPHISTOP&ËLÈS.

Où tu voudras : chez les bourgeois, chez les grands seigneurs. Que de plaisirs, que d'instruction nous récolterons sur la route!

FAUST

Mais, avec toute ma science, je n'ai point appris à vivre, et mes premiers essais ne me réussiront pas. Je n'ai jamais su me conduire dans le monde ; je suis gauche, embarrassé : la société m'ôte toute assurance.

UÉPHiSTOPHÉLÈS.

Mon cher ami, c'est précisément cela dont il faut te défaire. La confiance en soi, c'est là savoir vivre.

FAUST

Comment sortirons-nous de la maison?

nous n'avons ni chevaux, ni valets, ni voiture.

SéPHISTOfHéLÈS.

Je vais étendre ce manteau, il nous portera à travers les airs : ne prends pas un trop lourd paquet pour le voyage. Un peu d'air inflammable que je vais préparer à l'instant nous enlèvera de terre ; et si nous ne sommes pas trop chargés, nous irons vite.

^i FADST

A.llons, en route! je te fais mon compliment BUT ton nouveau genre de vie.

CAVE D'ANERBACH, A LEIPZIG Buveurs aulour d'une table.

FROSCH.

Personne ne boit, personne ne rit ! Pourquoi ces mines lugubres? Vous ordinairement tout de flamme ; vous êtes aujourd'hui plus difficiles à échauffer que de la paille mouillée.

C'est ta faute. Tu ne mets rien au jeu : pafi le plus petit mot pour rire, pas une gn^osst bêtise, pas une saleté.

?ROSCH, lui jetant un verre de vin à la tête. Tiens ! cela te va-t-il ?

BRANDER

Double cochon!

FROSCH.

C'est ce que tu avais demandé; de quoi te plains-tu?

SIEBEL

A la porte les trouble-fête, les mauvais compagnons ! Chantons à tue-tête, buvons à pleins verresj crions à perdre haleine: Oh! hé! hola! oh!

ALTMAYER.

Ah ! Dieu ! je suis perdu ! Apportez-moi du coton, le bourreau me rompt les oreilles !

PADST 73

Sty.BEL.

La voûte de la salle résonne bien; une belle basse y produit plus d'effet.

FROSCH.

Parfait ! A la porte celui qui se tâche. A I tara lara da !

ALTMAYER.

A \ tara lara da !

FROSCH.

Nous sommes en voix, chantons.

{Il chante.)

Comment peut-il tenir debout Jr s-saint empire de Rome?

Fi ! une chanson politique ! p' L^e chanson ! Remerciai Dieu de n'avoir, en vous levant, rien à démêler avec le Saint-Empire. C'est heureuse chance à moi de n'être ni empereur, m chancelier, et s'il nous faut absolument un chef, nommons plutôt un oane. Vous savez comment on arrive à, : . .^ uignité ?

FROSCH, chantant.

Beaa rossignol, éveille-toi ; Salue mille fois ma migoonne.

Pas de salut à ta maîtresse ; ne me parle pas de cette femme.

FROSCH.

Je la saluerai, moi : un baiser k elle ! Ce n'est pas toi qui m'en empêcheras. (// chante.)

Il est minuit, ouvre la porte A ton amant qui vient frapper, Et ferme-la jusqu'à demaio..,.

^^ FAUST

Chante, idiot, chante bien ses louanges ; je rirai aussi à mon tour. Elle m'a lâcné, elle te lâchera, elle te trompera pour le diable s'il la rencontre dans un carrefour. Qu'un vieux bouc, qui revient du Blocksberg, en passant au galop, lui souhaite une bonne nuit, c'est bien ; mais un brave garçon à la chair fraîche, au teint vermeil, pour une fille de cette espèce ! Allons donc! Pour tout salut, je casserai toutes ses vitres.

BRA?n)ER, frappant sur la tabU (1).

Silence ! silence ! écoutez-moi. Je sais vivre, messieurs, avouez-le. Il y a ici des amoureux, et, selon l'usage, je dois leur donner ce qu'il y a de mieux. Ecoutez : c'est une chanson de nouvelle fabrique, et, à pleins poumons, répétez le refrain avec moi I {Il cMtUe.)

Un rat vivait, non d'abstinence En une office où le frater De tant de lard emplit sa panse Qu'on l'eût pris pour le gros Luther:

Mais dans son trou la cuisinière Mit du poison, si que dehors On vit sauter le pauvre hère Comme s'il eût lamour au corps.

CHcecK, avec acclamation.

Comme s'il eût l'amour au corps.

BRANDER

Par monts, par vaux courant en nagv, À tons les ruisseaux il buvait; 11 grattait, mordait, faisait rage :

La rage de rien ne servait.

(1) La chanson de Brander et celle de Méphlsto» phélès, dans la même scène, sont empruntées à la tra« duction Stapfer. {Note des édiieurs.)

FAUST 75

Vingt fois 11 8'élança de terfe.

Et vingt fois, épuisé d'efforts, 11 se roula dans la poussière Comme s'il eût l'amour au corps,

CHGEUR.

Comme s'il eût l'amour au corps.

BRANDER

Pour dernier tour à. la cuisine, Hors de lui-même, il se sauva.

Prit le feu pour de la farine, Et piteusement y creva.

L'empoisonneuse à. pleine gorge Se prit à rire, et sans remords :

« AnI dit-elle, quel feu de forge!

Il a, parbleu, Tamour au corps. »

Page 1