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CHAPITRE PREMIER

Quand on jette un coup d’œil sur les travaux qui ont été faits sur l’hermaphrodisme, on peut se convaincre qu’un grand nombre d'auteurs, surtout parmi les anciens, considèrent le sexe comme une chose ayant une existence et une unité positives, malgré qu'ils s’en fassent une idée vague, comme une sorle d’entité aux seules manifestations de laquelleil nous soit permis d'assister. Certes, en général, on ne voit pas soutenir catégoriquement cette opinion, mais parfois, pourtant, on se rend nettement compte qu’elle existe au fond de la pensée de l’auteur; ne la devine-t-on pas dans ces lignes de STEENSTRUP : « Le sexe n’est pas une chose qui ait son siège en une place donnée, qui ne se manifeste que par la présence d’un appareil déterminé. Il règne sur tout l'individu, s’est développé en chacun de ses points. Chez un individu mâle, chacune même des plus petites parties est mâle, même si elle ressemble aux parties correspondantes d’un

individu femelle, et, de même, chez celui-ci, la plus pclite partie est femelle. L'union des deux appareils sexuels chez un même individu ne le rendra bisexué que si les deux sexes règnent sur tout le corps, ce qui, en vertu de l’opposition des deux sexes ne peut se manifester que comme une disparition de toute sexualité. » l

C’est l’idée contenue dans cette dernière phrase qui nous explique les débats auxquels a donné lieu l’hermaphrodisme : la croyance à l’hermaphrodisme élait un concept sur lequel on discutait théoriquement suivant les opinions que l’on possédait sur l’opposition ou la non-opposition des deux sexes ; dans le premier cas, on le niait comme impossible ; dans le second, on admettait sa possibilité.

C'est aussi cette façon de considérer le sexe qui peut être accusée de l'insuffisance des travaux qui ont été faits sur ce sujet; la principale question était de savoir s’il était possible ou impossible ; on cherchait donc à s’assurer de son existence et, une fois ce but atteint, on négligeail toutes les autres conslatalions que l’on aurait pu faire. Il est bien certain, par exemple, que l’on a étudié des cas d’hermaphrodisme chez les mammifères depuis que la technique histologique est très. perfectionnée et l'on aurait pu trouver, par un, examen minutieux, des faits très intéressants. Au lieu de cela, tous les auteurs arrêtent leur examen au point qui leur semble suffisant pour prouver la nature des glandes génitales, alors qu'ils auraient dû insister sur tous

les caractères particuliers des organes qu'ils avaient la chance de pouvoir examiner. C’est que tout ce que nous pouvons connaître ce sont des caractères de structure et de fonction. Ce à quoi nous donnons le nom de sexe, c’est un ensemble de propriétés qui se manifestent essentiellement à nous dans l’apparition d'éléments reproducteurs mâles ou femelles ; ce que nous appelons hermaphrodisme, c’est la réunion de ces caractères ; et nous devons chercher à élucider toutes les conditions qui accompagnent cette réunion, plutôt que spéculer sur l’idée abstraite de la coexistence de deux sexes.

Quelles qu’aient été les idées que les anciens se faisaient sur la genèse de l’hermaphrodisme, ce mot a été créé uniquement pour exprimer l’idée de l’existence simultanée de tous les organes des deux sexes sur un même individu, avec possibilité de leur fonctionnement.

Guiénor disait : «On dit qu’un animal est herma-

. phrodite quand il produit, au cours de son exis-

tence, deux sortes de gamètes viables, simultanément ou successivement dans une même glande ou dans des organes distincts. »

Au contraire, GEorrroy - SainT-HizaiRe définit l’hermaphrodisme : « La réunion chez un méme individu des deux sèxes ou de quelques-uns de leurs caractères. »

La définition de Guénot, basée sur une notion morphologique précise, facile à contrôler, caractérisant des faits que toutle monde se trouve obligé

de ranger dans une catégorie spéciale, satisfait seule l'esprit ; elle est seule possible au point de vue purement biologique.

C’est l'avis du professeur Pozz qui écrit : « L’hermaphrodismeest la coexistence desdeuxsexes. Or, le sexe estprincipalement constitué par la présence del’organe essentiel, masculin ou féminin, le testicule ou l’oyaire, Les anciens ont cru trouver cette coexistence, Mais ils faisaient des examens imparfaits, des examens microscopiques surtout, mauvais. À la vérité, on ne connaît qu’une seule observation d’hermaphrodisme assez bien contrôlée. C’est celle publiée par Blaker dans le journal Le Lancet, il y a cinq ou six ans. On a trouvé, dans ce cas, un ovotestis, organe intermédiaire entre le testicule et l'ovaire. Cet Organe existe d’une façon normale chez divers animaux, Les crapauds sont hermaphrodites. Ils ne se servent pas, il est vrai, de leur ovotestis. La partie féminine de l’ovotestis est pour le crapaud un luxe sans utilité. Ce n'en est pas moins un organe de transition intéressant.

» Eh bien, l’hermaphrodisme n’a donc été signalé qu'une fois dans l’espèce humaine. Toutes les autres observations citées sont des erreurs, des apparences, du pseudo-hermaphrodisme. »

Ceci posé une autre question resle à résoudre :

Quelle est la nature ou plus exactement la cause de l’hermaphrodisme ? Relève-t-il de la tératologie ou bien n’est-il simplement que la permanence accidentelle d’un état normal transitoire ?

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