‹ HerminieChapitre 12 sur 17 · D RER · texte numérisé non relu

D RER

et alla fouiller dans la poche de son habit pour y reprendre la lettre de son domino; mais il se rappela qu'il la lui avait rendue ou plutôt qu'il l'avait déchirée sous ses yeux, et il revint à la liste pour s'assurer de l'identité de l'écriture.

C'était si invraisemblable, que cette jeune fille, qu’il n’avait entrevue qu'une fois, fût l'héroïne de ses deux bals masqués, qu'il rejeta toute supposition à son égard. Et cependant il revenait à toute minute regarder le nom, et, tant qu'il l'avait sous les yeux, il restait convaincu que la lettre était de la même main qui avait ee l’offrande des cinq cents francs.

C'était à n'y pas croire, aussi Édouard croyait-il de plus en plus.

= Pardieu! pensa-t-il, elle m'a dit que j'apprendrais son nom aujourd'hui : Île voilà, son nom. Elle m'a dit que je la

verrais : eh bien, je vais sortir et je la verrai sans doute.

Il se mit à s'habiller et passa dans son cabinet de toilette, qui, comme on se le rappelle, donnait sur une petite cour. Le portier avait laissé la fenêtre ouverte, et, au moment où Édouard s’avançait pour la fermer, 1l vit passer, derrière les vitres de la fenêtre vis-à-vis de la sienne, la jeune fille, qui le regardait et mettait un doigt sur sa bouche, signe qui, dans toutes les langues, se traduit par silence!

Puis le rideau retomba et tout fut dit.

Édouard resta comme pétrifié. Le cœur lui battait à lui rompre la poitrine.

Il ferma sa fenêtre, puis s’assit et se mit à réfléchir.

Le résultat de ses réflexions fut que, maintenant qu'il savait quelque ope, il

ne comprenait plus rien.

Il acheva sa toilette et sortit.

— Je crois bien que je serai discret!

se disait Édouard. Comme elle est belle!

Et cette pauvre Marie que je lui ai promis de ne plus voir! Comment faire pour me brouiller avec elle ?

Tout en faisant son petit monologue, il arriva rue Vivienne et trouva Marie assise et boudeuse au coin du feu.

— Bonjour, dit-il en entrant.

— Bonjour, répondit la jeune femme d’un ton sec.

— Tu es malade?

— Non.

— Qu'est-ce que tu as?

— Je n’ai rien.

Pourquoi fais-tu la moue ?

— Parce que.

— Mauvaise raison. Adieu.

— Tu t'en vas?

— Oui.

— Bon voyage!

Édouard sortit. Quand il eut descendu un étage, il entendit Joséphine qui lui criait par-dessus la rampe :

— Monsieur!

— Eh bien? fit-il en relevant la tête.

— Madame veut vous parler.

Édouard remonta,

— Qu'est-ce que tu me veux? dit-il en rentrant.

— Assieds-toi là.

— Après? continua-t-il se faisant grondeur à son tour.

— Avec qui as-tu été au bal hier?

— Avec Henri et Émile.

— Et qu'est-ce que c’est que cette femme avec qui tu as causé toute la nuit?

— C'est ma tante.

— Ah! je te conseille de plaisanter!.… Écoute, Édouard, si tu ne m'aimes plus,

avoue-le, plutôt que de me faire jouer un rôle ridicule et de m’exposer à m'entendre dire partout que tu m'as quittée, moi ma-4 lade, pour conduire je ne sais qui au Ne as PE de l'Opéra. >

— Avec ça que c’est drôle, le bal de &##" l'Opéra !

Et le jeune homme se mit à remuer le feu avec les pincettes.

— D'abord, continua Édouard en riant, je n’ai conduit personne au bal de l'Opéra.

Une femme est venue me parler, je ne pouvais pas la faire arrêter par les muni- Cipaux. | PE

— Quelle est cette femme?

— Je ne la connais pas.

— Tu mens!

— Je te le jure. Et, d’ailleurs, je ne sais pas ce qui te prend. Je sors pour venir te voir, au lieu de travailler et d'aller à l’École,

et voilà que.

— Aujourd'hui, c’est dimanche, on ne va pas à l'École. :

— Oui; mais je pouvais étudier.

— Va donc, mon bonhomme, va donc; je sais ce qu’il me reste à faire.

— Fais ce que tu voudras. Tu peux même, si ça t’amuse, écrire des livres sur la morale; mais je te préviens que je ne les lirai pas.

— C'est donc beau, ce que tu dis là?

— Tu es bien fière! Il y a des académiciens et des sénateurs qui en font. C’est très joli.

— Tiens, va-t'en! je te jetterais mes pincettes à la tête!

— Ce n'était pas la peine de me rappeler pour me dire cela.

— Je veux que tu me conduises au cirque, ce soir.

— Ton dialogue manque de suite. Cest impossible.

—— Pourquoi?

— Parce que je dîne en ville.

-—— Cest bien! Quand tu me reverras, il fera chaud,

— À l'été prochain, chère amie.

Marie passa dans une chambre voisine et ferma violemment la porte. Quant à Édouard, il sortit en se disant :

— Me voilà brouillé. Qu'on dise encore qu'il n'y à pas une Providence!

Il était près de quatre heures. Édouard prit une voiture et rentra chez lui.

On lui remit une lettre; il l’ouvrit et lut :

« J’ai entendu parler d’un homme qui, le lendemain du jour où il s'était aperçu que la femme qu’il aimait demeurait en face de chez lui, avait trouvé moyen de jeter un pont sur les deux fenêtres et de venir la trouver à minuit.

« Il est vrai que c'était un homme d’esprit, de courage et de cœur. »

On remit, en outre, à Édouard la carte d'Edmond, qui lui faisait dire qu’il serait à cinq heures en face du café de Paris.

id OR Dr.

Aid ES ed CES Ê

Page 1