LES MÊMES, DONA SOL
Je n'ai pu le trouver, ce coffret l
hernanï, à part.
Dieu ! c'est elle !
Dans quel moment !
DONA SOL
Qu'a-t-il? je l'effraie, il chancelle A ma voix! — Que tiens-tu dans ta main? quel soup- Que tiens-tu dans ta main ? réponds. [çon !
Le domino se démasque. Elle pousse un cri, et reconnaît don IUiy.
— C'est du poison!
Grand Dieu !
dona sol, à Hernanï.
Que t'ai-je fait? quel horrible mystère!... Vous me trompiez, don Juan!...
Ab! j'ai dû te le taire...
J'ai promis de mourir au duc qui me sauva. Aragon doit payer cette dette à Silva.
DONA SOL
Vous n'êtes pas à lui, mais à moi. Que m'importe Tous vos autres serments !
A don P.uy Goraez.
Duc, l'amour me rend forte.
Contre vous, contre tous, duc je le défendrai.
don ruy gqmez, immobile. Défends-le, si lu peux, contre un serment juré,
DONA SOL
Quel serment?
J'ai juré.
DONA SOL
Non, non; rien ne te lie; Cela ne se peut pas ! crime, attentat, folie !
DON RUY GOMEZ
Allons, duc!
Hernani lait un geste pour obéir. Do»a Sol cherche à l'arrêter.
Laissez-moi, doua Sol, il le faut.
Le duc a ma parole, et mon père est là-haut !
dona sol, à don Ruy.
11 vaudrait mieux pour vous aller aux tigres même Arracher leurs petits, qu'à moi celui que j'aime. Savez-vous ce que c'est que dona Sol? Long-temps, Par pitié pour votre âge et pour vos soixante ans, J'ai fait la fille douce, innocente et timide ; Mais voyez-vous cet œil de pleurs de rage numide ?
Elle lire un poignard de son sein..
Voyez-vous ce poignard? Ah! vieillard insensé, Craignez-vous pas le fer quand l'œil a menacé? Prenez garde, don Ruy! — je suis de la famille, Mon oncle! — - écoutez-moi, fusse je votre fille, Malheur si vous portez la main sur mon époux!...
Elle jette le poignard et tombe à genoux devant le duc.
Ah! je tombe à vos pieds! Ayez pitié de nous! Grâce! hélas! monseigneur, je ne suis qu'une femme, Je suis faible, ma force avorte dans mon âme, Je me brise aisément, je tombe à vos genoux ! Ah! je vous en supplie, ayez pitié de nous!
don ruy gomez.
Dona Sol!
DONA SOL
Pardonnez!... Nous autres espagnoles, Notre douleur s'emporte à de vives paroles, Vous le savez. Hélas ! vous n'étiez pas méchant ! Pitié ! Vous me tuez, mon oncle, en le touchant ! Pitié! je l'aime tant!...
don ruy gomez, sombre.
Vous l'aimez trop !
Tu pleures !
dona sol.
Non, non, je ne veux pas, mon amour, que tu meures, Non, je ne le veux pas.
A don Ruy.
Faites grâce aujourd'hui :
Je vous aimerai bien aussi, vous.
DON RUY GOMEZ
Après lui!
De ces restes d'amour, d'amitié, — moins encore, — Croyez-vous apaiser la soif qui me dévore? Montrant Hernani.
Il est seul! il est tout! mais moi, belle pitié! Qu'est-ce que je peux faire, avec votre amitié? O rage! il aurait, lui, le cœur, l'amour, le trône, Et d'un regard de vous il me ferait l'aumône! Et s'il fallait un mot à mes vœux insensés, C'est lui qui vous dirait : — Dis cela, c'est assez! — En maudissant tout bas le mendiant avide Auquel il faut jeter le fond du verre vide! Honte! dérision! Non, il faut en finir. Bois.
HERNAM.
11 a ma parole, et je dois la tenir.
DON RUY GOMEZ
Allons !
Hernaui approche la fiole de ses lèvres. Dona Sol se jette sur son bras.
DONA SOL
Oh ! pasencor! Daignez tous deux m'entend re.
DON RUY GOMEZ
Le sépulcre est ouvert, et je ne puis attendre.
dona sol. [deux
Un instant, monseigneur ! mon don Juan! — Ah ! tous Vous êtes bien cruels!— Qu'est-ce que je veux d'eux ? Un instant! voilà tout... tout ce que je réclame! Enfin, on laisse dire à cette pauvre femme [1er... Ce qu'elle a dans le camr !..,— Oh !laissez-moi par-
don ruy gomez, à Hernani.
J'ai hâte.
HERN
DONA SOL
Messeigneurs! vous me faites trembler!
Que vous ai-je donc fait?
Ail ! son cri me déchire.
dona sol, lui retenant toujours le bras. Vous voyez bien que j'ai mille choses à dire.
don ruy gomez, à Bernai '.
Il faut mourir.
dona sol, toujours pendue au bras d' Bernant. Don Juan, lorsque j'aurai parlé, Tout ce que tu voudras, tu le feras.
Elle lui arrache la fiole.
Je l'ai.
Elle élève la fiole aux yeux d'Hernani et du vieillard étonné.
DON ROY GOMEZ
Puisque je n'ai céans affaire qu'à deux femmes, Don Juan, il faut qu'ailleurs j'aille chercher des âmes. Tu fais de beaux serments par le sang dont tu sors, Et je vais à ton père en parler chez les morts ! — Adieu!...
Il fait quelques pas pour sortir. Hemanile retient.
Duc, arrêtez.
A doEa Sol.
Hélas! je t'en conjure, Veux-tu me voir faussaire, et félon, et parjure? Veux-tu que partout j'aille avec la trahison Écrite sur le front? Par pitié, ce poison, Rends-le-moi ! Par l'amour, par notre âme immordona sol, sombre. [telle...
Tu veux ?
Elle boit.
Tiens maintenant.
DON BUY GOMEZ, CL part.
Ah ! c'était donc pour elle!
dona sol, rendant à Bernant la fiole à demi vidée. Prends, te dis-je.
hernani, à don Ru y.
Vois-tu, misérable vieillard?
DONA SOL
Ne te plains pas de moi, je t'ai gardé ta part.
hernani, prenant la fiole.
Dieu!
DONA SOL
Tu ne m'aurais pas ainsi laissé la mienne, Toi !... tu n'as pas le cœur d'une épouse chrétienne, Tu ne sais pas aimer comme aime une Silva. Mais j'ai bu la première et suis tranquille. — Va! Bois si tu veux !
Hélas! qu'as-tu fait, malheureuse?
DONA SOL
C'est toi qui l'as voulu.
C'est une mort affreuse !
DONA SOL
Non. — Pourquoi donc ?
Ce philtre au sépulcre conduit.