ACTE IL SCÈNE HI
tois quand un roi m'insulte et par surcroît me raille, Ma colère va haut et me monte à sa taille, Et, prenez garde, on craint, quand on me fait affront, Plus qu'un cimier de roi la rougeur de mon front I Vous êtes insensé si quelque espoir vous leurre.
{Il Lui saisit le bras.) Savez-vous quelle main vous étreint à cette heure ? Ecoutez : Votre père a fait mourir le mien, Je vous hais. Vous avez pris mon titre et mon bien, Je vous hais. Nous aimons tous deux la même femme, Je vous hais, je vous hais, — oui, je te hais dans l'âme 1
DON CARLOS
C'est bien J
HERNANI
Ce soir pourtant ma haine était bien loin. Je n'avais qu'un désir, qu'une ardeur, qu'un besoin. Dona Sol! — plein d'amour, j'accourais... Sur mon âmel Je vous trouve essaj^ant contre elle un rapt infâme ! ^uoi! vous que j'oubliais, sur ma route placé!. . . — Seigneur, je vous le dis, vous êtes insensé ! Don Carlos, te voilà pris dans ton propre piège ! Ni fuite, ni secours 1 je te tiens et t'assiège I Seul, entouré paiiout d'ennemis acharnés, Que vas-tu faire ?
DON CARLOS (fièrement).
Allons! VOUS me questionnez I
HERNANI
Va, va, je ne veux pas qu'un bras obscur te frappe. Il ne sied pas qu'ainsi ma vengeance m'échappe I Tu ne seras touché par un autre que moi, Défends-toi donc.
{Il tire son épée. )
tà HEENANI.
DON CAELOS.
Je suis votre seigneur le Roi.
Frappez, mais pas de duel.
HEENANI.
Seigneur, qu'il te souvienne Qu'hier encor ta dague a rencontré la mienne.
DON CAELOS.
Je le pouvais hier. J'ignorais votre nom,
Vous ignoriez mon titre. Aujourd'hui, compagnon,
Vous savez qui je suis et je sais qui vous êtes.
HEENANI.
Peut-être.
DON CAELOS.
Pas de duel. Assassinez- moi. Faites I
HEENANL
Crois-tu donc que les rois à moi me sont sacrés ? Çà, te défendras-tu ?
DON CAELOS.
Vous m'assassinerez.
Ah I vous croyez, bandits, que vos brigades viles Pourront impunément s'épandre dans les villes ! {Hernani 7'ecule. Don Carlos fixe dea yeux d'aigle sur lui.) Que teints de sang, chargés de meurtres, malheureux ! Vou^ pourrez après tout faire les généreux ! Et que nous daignerons, nous, victimes trompées, Ennoblir vos poignards du choc de nos épées î Non, le crime vous tient. Partout vous le traînez. Nous, des duels avec vous! arrière I assassinez. (Hernani, sombre et pensif, tourmente quelques instants de la
main la poignée de son épée, puis se retourne brusquemeni
vers le Roi, et brise la lame sur le pavé.)