‹ Hernani, drame en cinq actes. With explanatory notes by Gustave MassonChapitre 36 sur 105 · ACTE in. SCENE Ire. èO · texte numérisé non relu

ACTE in. SCENE Ire. èO

Et puis, penser à moi qui suis Tieux. Je le sais ! Pourtant j'ai nom Silva, mais ce n'est plus assez! Oui, je me dis cela. Vois à quel point je t'aime. Le tout, pour être jeune et beau, comme toi-même I Mais à quoi vais-je ici rêver? Moi, jeune et beau! Qui te dois de si loin devancer au tombeau I

DONA SOL

Qui sait ?

DON RUY GOMEZ

Mais va, crois-moi, ces cavaliers frivoles N'ont pas d'amour si grand qu'il ne s'use en paroles. Qu'une fille aime et croie un de ces jouvenceaux, Elle en meurt, il en rit. Tous ces jeunes oiseaux A l'aile vive et peinte, au langoureux ramage, Ont un amour qui mue ainsi que leur plumage. Les vieux, dont l'âge éteint la voix et les couleurs, Ont l'aile plus fidèle, et moins beaux, sont meilleurs. Nous aimons bien. — Nos pas sont lourds? nos yeux ' arides?

Nos fronts ridés? Au cœur on n'a jamais de rides. Hélas ! quand un vieillard aime, il faut l'épargner. Le cœur est toujours jeune et peut toujours saigner. Oli ! mon amour n'est j)oint comme un jouet de verre Qui brille et tremble ; oh non ! c'est un amour sévère, Profond, solide, sûr, paternel, amical.

De bois de chêne, ainsi que mon fauteuil ducal ! Voilà comme je t'aime, et puis je t'aime encore De cent autres façons. Comme on aime l'aurore. Comme on aime les fleurs, comme on aime les cieux ! De te voir tous les jours, toi, ton pas gracieux, Ton front pur, le beau feu de ta fière prunelle, Je ris, et j'ai dans l'âme une fête éternelle I

60 HEBNANL

Hélas I

DON RUY GOMEZ

Et puis, vois-tu ? le monde trouve beau, Lorsqu'un homme s'éteint, et lambeau par lambeau S'en va, lorsqu'il trébuche au marbre de la tombe, Qu'une femme, ange pur, innocente colombe. Veille sur lui, l'abrite, et daigne encor souffrir L'inutile vieillard qui n'est bon qu'à mourir I C'est une œuvre sacrée et qu'à bon droit on loue. Que ce sui:)rême effort d'un cœur qui se dévoue, Qui console un mourant jusqu'à la fin du jour, Et, sans aimer peut-être, a des semblants d 'amour I Oh I tu seras pour moi cet ange au cœur de femme Qui du pauvre vieillard réjouit encor l'âme, Et de ses derniers ans lui porte la moitié. Fille par le respect et sœur par la pitié î

DONA SOL

Loin de me précéder, vous pourrez bien me suivre. Monseigneur. Ce n'est pas une raison pour vivre Que d'être jeune. Hélas ! je vous le dis, souvent Les vieillards sont tardifs, les jeunes vont devant I Et les yeux brusquement referment leur paupière, Comme un sépulcre ouvert dont retombe la pierre ?

DON EUY GOMEZ.

Oh I les sombres discours ! mais je vous gronderai, Enfant I un pareil jour est joyeux et sacré. Comment, à ce propos, i quand l'heure nous appelle^ N'êtes-vous pas encor prête pour la chapelle ? Mais vite I habillez-vous. Je com^Dte les instants, La parure de noce I

DONA SOL

H sera toujours tempi.

Page 1