‹ Hernani, drame en cinq actes. With explanatory notes by Gustave MassonChapitre 91 sur 105 · SCÈNE VL Les Mêmes, DONA SOL · texte numérisé non relu

SCÈNE VL Les Mêmes, DONA SOL

DONA SOL

Je n*ai pu le trouver, ce coffret I

HERNANI {à part.)

Dieut c'est ellel Dans quel moment!

DONA SOL

Qu'a-t-il? je l'effraye, il chancelle A ma voix I — Que tiens-tu dans ta main ? quel soupçon I Que tiens-tu dans ta main ? réponds.

{Le domino se démasque. Elle pousse un cri, et reconnaU don Buy.)

— C'est du poison I

HERNANL

Grand Dieu I

DONA SOL {à Hernant).

Que t'ai-je fait? quel horrible mystère!.. • Tous me trompiez, don Juan ! , . . .

HERNANL

Ail ! j*aî dû te le taîre, lî*&i promis de mourir au duc qui me sawa. Aragon doit payer cette dett'^ à Oi^a

DONA SOL

Vous n'êtes pas à lui, mais à moi. Que m'importe Tous vos autres serments I

{A don Buy G ornez.)

Duc, l'amour me rend fortf Contre vous, contre tous, duc, je le défendrai.

DON RUY GOMEZ {immobile).

Défends-le si tu peux contre un serment juré»

Quel serment ?

HEENAKI.

J'aijuré.

DONA SOL

Non, non ; rien ne te lia | Cela ne se peut pas I crime, attentat, folie t

DON RUY GOMEZ

Allons, duel

(Hernanifait un geste pour obéir. Dona Solcherchei T arrêter,)

HERNANL

Laissez-moi, dona Sol, il le faut, Xe duc a ma parole, et mon père est là-bauti

DONA SOL {jà don Buy), H vaudrait mieux pour vous aller aux tigres même Ari'acher leurs petits qu'à moi celui que j'aime. Savez-vous ce que c'est que dona Sol ? Longtemps, Far pitié pour votre âge et pour vos soixante ans,

AdTEV, SCÈS'ETt Un

J'ai fait la fille douce, i innocente et timide ;

Mais voyez-vous cet œil de pleurs de rage humide?

{Elle tire un poignard de son sein.) Voyez- vous ce poignard ? Ah ! vieillard insensé. Craignez-vous pas le fer quand l'œil a menacé ? Prenez garde, don Kuy ! — Je suis de la famille. Mon oncle ! — Ecoutez-moi, fussé-je votre fille. Malheur si vous portez la main sur mon époux !

{Elle jette le poignard et tombe à genoux devant le duc.) Ah I je tombe à vos pieds! Ayez pitié de nousl Grâce ! hélas î monseigneur, je ne suis qu'une femme. Je suis faible, ma force avorte dans mon âme. Je me brise aisément, je tombe à vos genoux I Ah I je vous en supplie, ayez pitié de nousl

DON RUY GOMEZ

DonaSolI

rONA SOL.

Pardonnez ! . . . . Nous autres Espagnoles, Notre douleur s'emporte à de vives paroles,2 Vous le savez. Hélas I vous n'étiez pas méchanti Pitié I Vtus me tuez, m»n «ncle, en le touchant! Pitié I je l'aime tant I . . . .

DON BUY GOMEz {sombve).

Vous Taimei trop !

EERNANI.

Tu pleures I

DONA SOL

Non, non, je ne veux pas, mon amour, que tu meures I Non, je ne le veux pas.

{A don Buy.) Faites grâce aujourd'hui Je TOUS aimerai bien aussi, vous.

DON RUY GOMEZ

Après lui!

De ces restes d'amours, cl*amitié,i — moins encore,—* Croyez-vous apaiser la soif qui me dévore ?

(Montrant Eernani ) n est seul î il est tout ! mais moi, belle pitié ! Qu'est-ce que je peux faire avec votre amitié ? O rage ! il aurait, lui, le cœur, l'amour, le trône. Et d'un regard de vous il me ferait l'aumône 1 2 Et s'il fallait un mot à mes vœux insensés, C'est lui qui vous dirait : "Dis cela, c'est assez I^ En maudissant tout bas le mendiant avide Auquel il faut jeter le fond du verre vide! Honte I dérision t Non, il faut en finir. Bois.

HEENANL

Il a ma parole, et je dois la tenir.

DON RUY GOMEZ

Allons I

(Hernani approche la fiole de ses lèvres. Doua Sol se jette sur son bras.)

DONA SOL

Oh! pas encori Daignez tous deux m'entendr*.

DON RUY GOMEZ

Le sépulcre est ouvert et je ne puis attendre.

DONA SOL

Un instant, monseigneur I mon don Juan I— Ah I toui

deux Vous êtes bien cruels I Qu'est-ce que je veux d'eux?

Un instant I voilà tout tout ce que je réclame I

Enfin, on laisse dire à cette pauvre femme

Ce (^^u'elle a dans le cœur !. . . Oh I laissez-moi parler. . ♦.

K3TË V: SCENE Vt '

DON EUY GOMEz (à Eèmani)»

.T*ai hâte.

Messeigneurs, vous me faites tremblerl* Que vous ai-je donc fait?

HERNANL

Aliî son cri me déchire.

DONA SOL {lui retenant toujours le bras). Vous voyez bien que j'ai mille choses à dire.

»#N RUY G«MEZ (« Hem§.ni), Il faut mourir.

9«NA s«L {toujours pendue au bras de Hernanï), Don Juan, lorsque j'aurai parlé.

Tout ce que tu voudras, tu le feras.

{Elle lui arrache la foie.)

Je l'ai.

{Elle élève la fiole aux yeux de Hemani et du vieillard étonné.)

DON RUY GOMEZ

Puisque je n*ai céans affaire qu'à deux femmes, Don Juan, il faut qu'ailleurs j'aille chercher des âmes, Tu fais de beaux serments par le sang dont tu sors, Et je vais à ton père en parler chez les morts I —Adieu !

(Il faU quelques pas pour sortir, Hemani le retient,)

EEBNÂNI.

Duc, arrêtez.

{A doua 86L)

Hélas I je t'en conjure.

Veux-tu me voir faussaire, et félon, et parjure ?

.y©ux-tu que partout j'aille avec la trahison

lia HËRNANL

Ecrite sur le front ? Par pitié, .ckjpoîsoii,

Eends-le moi ! Par l'amour, j^ar notre âme immortelle. . »

DONA SOL (jsombré).

Tu veux?

{Me boit.)

Tiens maintenant.

DON EUY GOMEZ (à pavf).

Ah I c'était donc pour elle!

DONA SOL (rendant à Eernani la fiole à demi vidée). Prends, te dis-je.

EERNANI (àdonRuy.) Vois-tu, misérable vieillard?!

DONA SOL

Ne te plains pas de moi, je t'ai gardé ta part.

HEENANi {prenant la fiole).

Dieul

DONA SOL

Tu ne m'aurais pas ainsi laissé la mienne, Toi I ... tu n'as pas le cœur d'une épouse chrétienne, Tu ne sais pas aimer comme aime une Silva. Mais j'ai bu la première et suis tranquille.— Val Bois si tu veuxl

HEENANL

Hélas I qu'as-tu fait, malheureuse?

C'est toi qui l'as voulu.

HEENANI.

C'est une mort afiEreuse I

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