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PRÉDISPOSITION AUX HERNIES

Les licrnies sont une affeclion des plus répandues. Avant (rétudier les causes ([ni piésidenl à leui' origine et d'examiner les théories })athogéni(iues par lesquelles on a cherehé à rendre eonijile de leui' développement, il con\ ieni de rechercher quelle est leur fi'équence. <;elle-ci doit être envisagée par rappoi l aux sexes, aux dill'éi'ents âges de la vie, au chiflVe de la population, aux conditions d'existence des sujets qui en sont atteints.

1" F réquence des hernies suivaxl les sexes. ■ — En consultant le relevé des cas observés au Bureau central (P. Berger), on trouve que sur 10000 cas de hernies, 7455 concernaient des sujets masculins, 2554 des sujets féminins de tous les âges : d'où l'on peut conclure que les premiers représentent un peu moins de 75 pour 100 des sujets atteints de hernie, les seconds 25 pour 100, ou un peu plus, de ces mêmes sujets; ou bien encore que le rapport des femmes atteintes de hernie aux hommes porteurs de cette infirmité est d'environ 1 à 5,

Ce rapport qui se trouve être le même que celui qu'avait donné Monnikholf d'AmsIerdam, dans la première statistique de hernies qui ait été publiée, esl un peu plus élevé que celui que Malgaigne avait déduit des relevés du Bureau central en 1856 et en 1857; voici quels sont ces chiffres :

En 1850, sur 2767 cas, 2205 hommes, 564 femmes.

En ^1857, sur 2575 cas, 1884 hommes, 489 femmes, soit la relation de 1 à i entre les cas appartenant au sexe féminin et ceux appai'tenant au sexe masculin pour la première année, celle de 1 à 5,89 pour la seconde.

La statistique de la London Trtiss Society recueillie par Wernhei' pour les années 1860 à 1807 établit entre les cas appartenant au sexe féminin et ceux du sexe masculin une relation qui est à peu près la même et qui donne la proportion de 1 à 5,98 pour les cas de hernies du sexe féminin comparés à ceux observés dans le sexe masculin.

Dans les nouvelles tables de statistique que Jonathan Macready a dressées en se servant des relevés fournis par cette même Société pour les années 1SS8, 1889 et 1890, nous trouvons, en comptant les hernies inguinales, crurales, ondjilicales et ventrales (ou de la ligne blanche), 18 225 cas chez l'homme, 5572 chez la femme, ce qui doime la proportion beaucoup plus faible de I à 5,1 pour les hernies du sexe féminin comparées à celles du sexe masculin. Celle relation se rapproche de celle de 1 à 6 indiquée par Malgaigne comme correspondant aux relevés les plus anciens de la Société des bandages.

Si l'on considère que les accidents des hernies et particulièrement l'étranglement s'ol)servent presque aussi souvent chez la femme ijue chez l'homme, et si l'on lient cc)nq)le de la répugnance avec la(|ueil(' les l'emmes se décident à

[P BEROEH]

CAUSES ET MODE DE PRODUCTION DES HERNIES

consulter pour une infirmité qui n'est, le plus souvent, cause d'aucune douleur, on arrive à conclure que les statistiques ne peuvent donner une évaluation tout à fait exacte de la fréquence relative des hernies dans les deux sexes, mais que celles-ci sont plus fréquentes dans le sexe féminin qu'on ne l'admet généralement.

2° Fréquence suivant les âges. — En classant suivant leur âge, par périodes de cinq années, les sujets qui se sont présentés à la consultation des bandages au Bureau central ('), nous avons pu constater que les variations du chiffre des hernieux aux différents âges de la vie obéissent aux mêmes lois et subissent les

Fréi/uencc générixle desfuirnies ohreroees an. Bureau, Central dans sesrap-

FiG. 13. — Fréquence générale des hernies suivant les âges.

Dans ce tableau, commè dans quelques-uns de ceux qui \'ont suivre, il faut remarquer avec soin que les premiers intervalles de temps marqués sur la ligne horizontale sont plus courts que ceux qui les suivent et qui correspondent à des périodes de cinq années ; la ligne qui figure la fréquence absolue des hernies, à ces différentes périodes, ne présente donc pas exactement la loi de croissance ou de décroissance de la fréquence des hernies à ces divers âges : on conçoit qu'elle devrait être bien plus élevée pour les premières divisions correspondant à des périodes de un an, de quelques mois, que pour les autres qui représentent des périodes de cinq années; ou réciproquement beaucoup moins élevée pour celles-ci que pour celles-là.

mêmes modifications dans le sexe masculin et dans le sexe féminin, mais que ces variations sont beaucoup plus accusées pour le premier. Dans l'un et dans l'autre sexe, les faits dominants sont :

1. La prépondérance numérique considérable des hernies observées pendant la première année de la vie.

2. La diminution très rapide du chiffre des hernies correspondant aux premières périodes de la vie jusqu'à un minimum que l'on peut placer vers la quinzième année.

(') P. Berger, Résultats de l'examen, etr., p. 73.

l'Rl'jDISPOSITKJN AUX HERNIES.

.'). A piii-lir fie (luiiizo ans, racci'oisscinciil iji'aducl des cas oljservés, arcroisscmenl (lui, dicz l'iiomme, atteint son niaxiinuia un peu plus tôt ([ue chez la renmieet (|ui l'ait place à une diminution lenle tPabord, i)uis très rapide à mesure (pTon approche des limites extrêmes de la vieillesse.

En établissant la relation des chilïres ainsi obtenus au chiffre de la population parisienne aux mêmes âges, tels ([ue les donnaient les tableaux recensement, nous avons pu établir pour cha([ue âge la proportion des hernieux, hommes et l'emmes, observés au Bureau central, par rapport aux individus de même âge, el figurer par des courbes les variations ipie présenle le ciiiffre des hei'nieux par rapport au chiffre de la population aux différents âges (voy. fig. lô).

Le nombre considérable de hernies qu'on observe dans la première année est dû à la fréquence des hernies congénitales; la diminution de la proportion des h(M-nieux dans la seconde enl'ance et dans l'adolescence ne peut être allribuée c[u'à la guérison du [ilus grand noml)r(» de ces hernies congénitales: l'accroisscmenl (|ui lui l'ail suile dans l àge adulle est causé par rapi)aril ion des hernies actpiises; enlin, la diminulion ullime de la propoiiion des hernieux par rapport au nomi)re des individus du même âge qu'on observe dans la vieillesse ne peut êire inlerprétéc que par la durée moindre de la vie chez les gens qui sont porteurs de hernies et, par conséquent, par la morlalilé (|ui relève de ce genre d'affections et des complications qu'elles entraînent.

5° Rapport des hernies au i-hi/fi-e de In jtcjpulation. — On trouvera dans les Leçons sur les hernies, de Malgaigne('), el dans le travail de Wernher(-), l'indication de nombreux travaux ayant pour l)ul d'estimer la fréquence des hernies par rapport à la population : les auteurs de ces deux importants mémoires ont cherché la solution de celle question dans des calculs qui présentent la même cause d'erreur que les travaux précédents.

Les estimations de la fréqiience des hernies données par Malgaigne et [lar Wernher sont fondées sur les chiffres recueillis par les conseils de revision en France, en Belgique, en Saxe, en Wurtemberg, en Hesse. Ces chiff'res, indiquant la proportion de hernieux que renferme la population masculine à l'âge du service militaire, présentent des difï'érences considéraljles, où le maximum de fréquence est donné par la Saxe (1 hernie sur '21 sujets examinés) et le minimum par la Belgique (1 sur 89). Mais en admettant même que la proporlion des hernieux par rapport à la populalion ait été déterminée par ces travaux pour la période comprise entre vingt et vingt et un ans révolus, pour conclure de celte proportion à la fréqvience des hernies aux différents âges, il a manqué à ces auteurs de connaître la fréquence relative des hernies par rapport au chiffre de la population à ces divers âges, de posséder, en un mot, une échelle de fréquence des hernies suivant les âges pour un nombre constant d'individus de chaque âge.

C'est celte échelle de fréquence que nos relevés du Bureau central nous ont permis de construire : connaissant la fréciuence relative des hernies aux différents âges, il a suffi de l'echercher, dans les statisiic{ues des conseils de revision, le chiffre des hernieux correspondant à l'âge de vingt et un ans pour en déduire, avec assez d'exactilude, le chilï're des hernieux de chaque âge et la somme totale des hernieux de tous les âges que comprend la populalion. Nous sommes arrivé

(') Malgaigne, Levons mr les hernies, p. ',) à 19, lirogc à pari. H Wernher, Lor. rit., p. h'tO à 00.3.

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de la sorte à conclure que la population du département de la Seine, comprend un hernieux sur 14,9 individus du sexe masculin; en nous fondant sur la relation que nous avons établie entre la fréquence des hernies dans les deux sexes, nous pouvons donc admettre que pour ce département la proportion des hernieux à la population est représentée par les fractions suivantes :

Comme il ressort des recherches de Du Cazal sur la répartition en France des infirmités ('), que les hernies sont à peu près uniformément répandues, sauf dans un îlot formé par les quatre départements de la Côte-d'Or, de la Nièvre, de l'Allier et de la Saône-et-Loire, on peut dans une certaine mesure appliquer ce résultat à toute la France.

Il ne faudrait cependant pas considérer cette évaluation comme rigoureusement exacte ; outre les causes d'erreur que comportent de semblables calculs, le chiffre des sujets exemptés pour cause de hernies par les conseils de revision en France, ne représente pas la totalité des hernieux du contingent, et dans les pays où l'exclusion du service militaire de tout sujet atteint de hernie est absolue, comme en Suisse, la proportion des exemptions relevant de celte cause est bien plus élevée que chez nous (26 pour 1000 au moins, au lieu de 12,8 pour 1000) (^). On peut donc admettre que la proportion des individus atteints de hernies est encore plus considérable que celle qu'accuse notre statistique.

En se basant sur les relevés du recrutement militaire, Malgaigne avait constaté de notables différences dans la proportion 'des hernieux suivant les diverses régions du territoire. Il était arrivé à conclure que les hernies sont plus fréquentes dans le pays de montagne que parmi les populations des plaines, et que les races celtique et gallo-romaine y sont plus disposées que les races normande, kimrique, ibère ou germanique. On vient de voir que les relevés de Du Cazal sont en contradiction avec cette opinion.

La statistique du docteur J. -H. Baxter('), chirurgien général des armées des Etats-Unis, confirme les résultats que nous venons d'indiquer : d'après ses évaluations le nombre des hernieux, aux États-Unis d'Amérique, s'élèverait à près de trois millions d'individus, ce qui, pour une population de plus de 50 millions donnerait une proportion un peu plus forte que celle que. nous avons accusée.

Baxter a pu comparer, au point de vue de la fréquence des hernies, les diverses nationalités qui 'sont représentées dans la population des États-Unis. Voici le classement qu'il a cru pouvoir établir à ce point de vue : les nationalités les plus exposées aux hernies seraient, par ordre de décroissance, le Portugal, l'Espagne, la Hongrie, le Mexique, l'Allemagne, l'Italie, la Suisse, la Hollande, la France, la Pologne, le Danemark, la Suède, le pays de Galles, la Russie, la Norvège, les États-Unis (race blanche), les Indes, l'Angleterre, les États-Unis (races colorées), l'Irlande, l'Écosse, les possessions anglaises d'Amérique et

Cj Du Cazal, Réparlition en France des infirmités. Paris, 1890.

Jacçues Bertillon, Congrès français de chir., 9' session, oct. 1895. Ç") Henry O. Marcy, The anatomy and surgical Irealment of hernia. New-York, 1892, p. 5 et

Sujets masculins. .

Sujets, féminins . .

Pour les deux sexes

suivantes.

l'IÎKDISPOSITlOX AUX HERNIES.

rAmérique du Siul. ('.ctle (^sliiiuilion ne doil rli'c ac('('|)l(''(" qu(> sous loulcs réserves.

'i° Iii/îuence de riicrédilé. — Aui^uslc (iulllidj Puclitci-, le premier, avait arfirnié le caraclère héréditaire des causes prédisposantes des hernies, en ap{)uyaid son opinion sur des faits tirés delà pratique de Mauchart, de Frédéric Hoirniann et de la sienne. Malgaigne, longtemps après, prouva (pic l'hérédité avail sur le développement des hernies une indéniahle influence; sur un total de 01(1 hernieux, examinés par lui, 87 avaient des hernieux dans leur famille. Les auteurs qui depuis lors se sont occupés de la matière, se sont bornés à reproduire ses assertions sans y rien ajouter; seule, la statistique de la Société des liandagcs de Londres a permis à Kingdon, à Wernher, à Macready de serrer de plus près l'étude de cet ordre de causes en lui donnant l'appui de chiffres |ilns importants.

l/iullueiice héréditaire est mise hors de doute par les relevés du Bureau central ('). Ainsi sur 7542 cas de hernies dans lesquels le commémoratif héréditaire a été recherché, il en est 2079 où cette influence se trouve marquée par l'existence d'un ou de plusieurs autres hernieux dans la même famille. La propoi tion des cas de hernies où le commémoratif héréditaire se retrouve et de ceux où il manque est donc comme 1 est à 5,6. Ces mêmes relevés corroborent l'exactitude de cette règle, déduite par Kingdon des relevés de la Société des bandages de Londres, et d'après laquelle l'hifluence héréditaire sur le dévehippcment des hernies s'exercerait surtout par le père sur h's en/'a-uts du sexe masculin, par la mère, sur ceux du sexe féminin.

L'influence héréditaire est également prouvée par l'existence de véritables l'dïuHles de liernieux. En consultant, à cet égard, nos observations, nous trouvons une liste de cas où 51 familles présentaient ensemble près de 150 individus atteints de hernies; nous avons également pu nous assurer que dans les familles où il existe des hernieux, la proportion des sujets atteints de cette infirmité dépasse 1 individu sur i. Il semble aussi que dans une même famille, et surtout parmi les frères et sœurs, la prédisposition pour une même espèce de hernie, inguinale ou ombilicale, se fasse principalement sentir.

Comment peut donc s'exercer cette influence héréditaire? La première idée (pii se présente à l'esprit est que la hernie est un vice de conformation tenant à un arrêt de développement, et comme tel soumis à l'intluence héréditaire. La permanence de la communication vagino-péritonéale pour les hernies inguinales, l'absence d'oblitération de l'anneau ombilical, pour les exomphales, semblent indiquer pour ces déplacements une origine congénitale dans les cas même où cette origine n'est pas anatomiquement démontrée; mais il est aussi légitime de supposer que l'analogie de structure qui se retrouve entre les ascendants et leur filiation descendante, et qui se traduit par la ressemblance de la physionomie, crée des dispositions similaires d'inclinaison du bassin et de capacité de la cavité pelvienne, de résistance des ligaments tibreux et des aponévroses, de largeur ou d'étroitesse des orifices qui livrent passage aux hernies, enfin des conditions analogues dans le développement musculaire des parois abdominales, et l'on conçoit que cette similitude de conformation mette les parents et les enfants dans des conditions à peu près semblables de prédisposition ou de résistance à l'égard des causes dont les hernies dépendent.

(') 1'. Berger, /.or. cil., p. 127.

[P. BERGERri

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5" L'influence des conditions sociales sur la production des hernies est moins aisée à prouver. Il paraît ressortir néanmoins de l'analyse qu'a faite J. Bertillon (') des cas d'exemption pour hernies dans les divers arrondissements de Paris, que ces exemptions sont plus nombreuses dans les arrondissements pauvres, XI% XIP, XIII«, XIV^ XV^ XVIII% XIX<^ et XX^ que dans les arrondissements aisés ou riches, I", VI1% V1II% IX'= et XVP. Cette condition se confond probablement avec :

6° L'influence des professions, celle-ci ne saurait être un instant contestée : nos relevés du Bureau central, dans lesquels la profession a toujours été indiquée aussi exactement que possible pour les sujets masculins, nous donnent pour 5678 hernieux :

Professions manuelles, travail debout 4403 cas.

Professions manuelles, travail assis 080 —

Professions non manuelles, travail debout 510 —

Professions non manuelles, travail assis 111 —

Professions intermédiaires n'exigeant aucune attitude

déterminée 174 —

Total 5678 cas.

On voit que les professions prédisposent aux hernies dans la mesure des efforts qu'elles exigent et cette notion est rendue plus certaine encore, si on recherche la proportion des hernieux appartenant à une profession déterminée, au chiffre des individus qui exercent la même profession C^). C'est ce qui ressort du tableau suivant où est indiquée la proportion des hernieux observés au Bureau central pour iOOO individus de la même profession :

Chiffre de hernieux

pour mille. Professions.

20 ou plus . . . Balayeurs, paveurs, service de voirie, meuniers.

10 ou plus . . . . Scieurs de bois, menuisiers, charpentiers, raffineurs, maçons, tailleurs de pierres, couvreurs, boulangers, ébénistes, jardiniers, cultivateurs.

9 ou plus . . . Serruriers, apprêteurs d'étoffes, calendreurs.

8 ou plus . . . . Voituriers et charretiers.

7 ou plus .... Plombiers, parqueteurs, plafonniers, tonneliers, layetiers.

6 ou plus .... Forgerons, chaudronniers, taillandiers, ferblantiers, tourneurs sur métaux, peintres en bâtiments, cordonniers, galochiers, selliers, bourreliers, maréchaux ferrants, cochers et conducteurs de voitures publiques, imprimeurs, lithographes, graveurs, cuisiniers.

5 ou plus . . . Tanneurs, corroyeurs, mégissiers, mécaniciens, ajusteurs, fondeurs en fonte, cuivre, bronze, limonadiers.

4 ou plus .... Teinturiers, fumistes, tailleurs, coiffeurs, courtiers de com-

merce et placiers.

5 ou plus . . . Tisseurs, cordiers, industrie céramique et verriers, mar-

briers, chapeliers, boutonniers, pâtissiers, orfèvres, bijoutiers, horlogers, bronziers, ciseleurs sur métaux.

2 ou plus . Ouvriers de papeterie et papiers peints, parfumeurs, confi-

seurs, glaciers, fondeurs de caractères, relieurs, épiciers, garçons d'hôtel, concierges, bouchers.

(') P. Berger. Loc. cit., p. 201.

(-) P. Berger, Loc. cit., p. 142.

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