OBSERVATIONS ET COMMENTAIRES
OBSERVATION fre Etranglemeut par inflammation dans une hernie crurale. Guérison.
La nommée Virginie B..., âgée de 29 ans, lingère, depuis 5 ans à Paris, d'une forte constitution, est apportée à l'hôpital Saint-Louis (salle Sainte-Marthe, n° 4), atteinte des accidents de l'étranglement herniaire, le dimanche soir, 19 décembre 1858. e |
La malade s’est ressentie pour la première fois de sa hernie il y a {2ans, à la suite d'un accouchement; sa hernie n’est jamais rentrée complétement : elle faisait saillie, dit la malade, au-dessous du pli de laine; d’abord grosse comme ün œuf de pigeon, la tumeur a grossi insensiblement. La malade n’a jamais porté de bandage ; il y a deux ans elle essaya d'en porter un, mais les douleurs qu’il occasionnait la forcèrent d'en suspendre l'usage. Elle dit qu’elle n'a jamais Souffert avant l'année dernière. Depuis un an elle a des coliques fréquentes, el même assez violentes, qui reviennent deux fois par mois, en moyenne.
Le samedi soir, 18 décembre, à six heures, avant son diner, elle est prise d'accidents alarmants : coliques violentes, ventre ballonné ; pas de selles depuis deux jours; cette absence de selles avait con-
1831. — Couthon. tapés: RL
= 10 — iraint la malade à prendre deux lavements, qu'elle n'a pas rendus. Hérnie rouge: douloureuse. Fièvre: Cés accidents empêchent la malade de prendre des aliments. Absence de miction.
Le 19, au soir, elle entre à hôpital. |
Le 20, tumeur herniaire oblongue, “endue, roupe, douloureuse, surtout au toucher, du volume d’un gros œuf de poule, dans l'aine gauche. |
Coliques et vomissements persistants. Cependant les vomissements ont un peu diminué par l'administration de la glace. État général bon, fièvre légère; pas de prostration.
La malade rejette l'opération avant qu'on ne la lui ait proposée. Elle pousse des cris quand on veut lexaminer. Le soir, application de 20 sangsues; grand bain. s
Le 21. Les accidents sont apaisés. La tumeur herniaire est moins tendue, moins rouge, moins douloureuse; la réduction est impossible, mais on sent les bords de l'anneau constricteur qui est peu tendu. ; L
Les vomissements ont cessé dans la soirée d' hier : les coliques ont diminué d'intensité. NEA |
Le 22. Le mieux persiste. En faisant quelques efforts de taxis pendant cinq minutes, M. Denonvilliers parvient.à réduire la hernie. — Huile de ricin, 20 grammes. : w
Le 23. Il ne reste que quelques liraillements d'estomac: il ya deux selles. — Potages.
Le 24. La malade se trouve très-bien. — Une portion.
Le 29, exéat.
C'est là un cas de hernie étranglée par fat un pseudoétranglement, ainsi que le désigne M. Malgaigne. Il est vrai que l'on a affaire à une hernie crurale, chez une femme encore jeune. Mais, si l’on considère que la hernie est ancienne (elle date de 12 ans), volumineuse, que la malade n’a jamais porté de bandage, on ne peut croire à autre chose qu’à une inflammation herniaire. De plus, je dois ajouter que le lendemain de l'entrée à à l'hôpital, on pouvait presque circonscrire le pédicule de la tumeur.
ii estimpossible, d’ailleurs, .qu'un étranglement proprement dit
cède aussi rapidement à l'emploi de quelques moyens médicaux. 5 M. Broca a dit, en parlant de l'étranglement vrai, que les antiphlogistiques n'ont jamais rien fait dans l'étranglement, et que presque tous les cas cités, où ces moyens ont réussi, sont des exemples de hernie enflammée. Cette opinion, déjà émise par MM. Lutens et Michau, d'une façon plus'catégorique encore, tend de plus en plus à prévaloir, et si quelques chirurgiens ont encore recours aux moyens médicaux dans les étranglements, c’est, ou bien parce qu'ils soupçonnent la préexistence d'une inflammation, ou bien par pure formalité et par acquit de conscience.
Je pense, qu'en présence d'un cas d'étranglement. herniaire, si les signes donnés par M. Malgaigne, et si les antécédents, de la bernie enflammée n'existent pas, si de plus le taxis avec chloroforme n'a pas réussi, il faut opérer immédiatement, Il n'y a.pas à Lemporiser ; le péril est pressant, et la perje du temps; que l’on consacre aux moyens médicaux est le plus souvent un arrêt de mort pour le malade.
Si la mort suit l'opération, dit l’expérimenté Bertrandi, c'est qu on la pralique trop tard; et si on la pratique. trop tard, c'est le plus souvent parce qu'on a trop compté sur les moyens médicaux.
Dans les cas d'inflammation herniaire, comme dans le.cas présent, les antiphlogistiques reprennent tous leurs droits, et'je doute même que le taxis immédiat eût donné ici un résultat aussi heureux que:les moyens employés.