OBSERVATION II
Hernie crurale étranglée, gangrène; opération. Mort.
La nommée Marie B..,, âgée de 70 ans, ayant eu six enfants, est apportée salle Sainte-Marthe, n“ 23, le 25 juillet 1855, au matin, présentant tous les symptômes de l’étranglement herniaire.
II y a déjà une vingtaine d'années qu’elle a sa hernie. Elle n’a jamais porté de bandage. Sa tumeur n’a d’ailleurs jamais été réductible. De la grosseur d’un œuf de pigeon d’abord, elle a augmenté de volume surtout dans ces derniers temps. Les renseignements que donne la malade ne sont du reste pas très-précis; elle est dans un état de prostration et d’insensibilité considérable, et on est, pour ainsi dire, obligé de lui arracher les réponses aux questions qu’on lui fait.
Depuis quatre jours les symptômes suivants se sont déclarés :
Constipation complète, coliques; vomissements bilieux, puis stercoraux; hoquet.
Etat actuel :
Tumeur oblongue du volume d’une grosse orange, complètement irréductible, située dans le pli de l’aine du côté gauche. La malade n’accuse pas une douleur vive ; quand on presse sa hernie, qui du reste n’est pas très-tendue, M. Denonvilliers éprouve la sensation de bosselures au toucher et en conclut qu’il y a de l’épiploon dans la hernie.
Le ventre n’est ni tendu ni très-sensible.
L’état général de la malade est très-grave : faciès grippé ; prostration extrême; insensibilité presque complète, à tout ce qui se passe autour d’elle ; pouls misérable.
iM. Denonvilliers pratique immédiatement l’opération.
Incision sur toute l’étendue de la tumeur. Le tissu cellulaire épaissi est incisé couche par couche. On arrive sur le sac. Incision du sac dans les deux tiers de son étendue, et parallèle à l’incision cutanée. Les parois ont environ 2 millimètres d’épaisseur. L’ouverture de la poche laisse écouler une petite quantité de matières jaunâtres, gruneleuses, d’odeur stercorale. On aperçoit une lame épaisse d’épiploon rouge et tuméfié; enfin, soulevant cet épiploon, M. Denonvilliers trouve au fond du sac une tumeur d’un violacé livide, d’un volume d’une grosse noix. En examinant de plus près, on aperçoit deux perluis d’un millimètre de diamètre environ. Ils sont entourés
d’une auréole grisâtre, cendrée, de 2 miiümètres environ de largeur. La tumeur, du reste, est peu tendue, et laisse échapper à la pression, par ces deux pertuis, des matières fécales, liquides, grisâtres.
M. Denonvilliers fait un débridement sur la partie supérieure de l’anneau constricteur ; puis, attirant l’intestin un peu au dehors, il incise les parties gangrenées et fait un anus contre nature. L’épiploon est laissé au dehors. Une sonde est introduite dans le bout supérieur de l’intestin ; il s’échappe une grande quantité de matières fécales, même sur le côté de la sonde. La sonde est retirée, on fait un pansement à plat. — Eau de Sedlitz.
Le 26. La malade est mieux ; elle semble se ranimer un peu ; le faciès est meilleur; la plaie est bonne; l’épiploon est rosé.
Les matières sortent facilement.
Bouillons.
Le 27, la malade est plus faible qu’hier; elle semble retomber en prostration ; la plaie devient pâle.
Le 28. La plaie est presque flétrie ; le pouls est misérable ; les extrémités froides.
Mort dans la journée.
Autopsie. A l’ouverture de la cavité abdominale on trouve la masse intestinale légèrement rosée dans toute son étendue; l’épiploon se porte vers la fosse iliaque gauche , en formant un triangle dont la base est en haut le sommet dans le canal crural; il est, du reste, d’un rouge foncé, au niveau de la fosse iliaque gauche. En coupant le cordon épiploïque, on aperçoit les deux bouts intestinaux parallèles qui plongent dans la plaie, et sont encore assez adhérents à ses bords. L’intestin a été divisé dans presque toute sa circonférence. Du reste on ne constate aucun épanchement péritonéal