OBSERVATION XXV
Nicaise. — Hernie inguinale gauche réductible, incoercible et douloureuse
V. Ed..., âgé de 23 ans, typographe, entre, le 24 avril 1886, à l'hôpital Laennec, salle Malgaigne, n° 31.
TA
Père mort d’un épithélioma de la langue. Mère, frère et sœur en bonne santé. Pas d'autre antécédent personnel qu’un eczéma en 1880. Il y a trois mois, le malade eut un chancre infectant, à la suite duquel il survint dés plaques muqueuses.
Vers la fin de 1879, en faisant un effort pour soulever un poids très lourd, le malade sentit une douleur dans le pli de l’aine ; aussitôt, il constata la présence d’une tumeur grosse comme un œuf, qui disparut sous une pression légère. Il fit immédiatement faire un bandage, qui maintenait efficacement la hernie. Le bandage ayant écorché le scrotum, le malade cessa de le porter, il y a deux ans. Il resta sans bandage pendant six mois ; à ce moment, la hernic n’était pas habituellement au dehors, et dès qui elle apparaissait, le malade la réduisait. Cependant, elle grossissait ; le malade remarquait qu'elle sortait plus grosse, ce qui le dé cida à porter un nouveau bandage.
Pendant six mois, il maintint bien la hernie ; puis, celle-ci commença à sortir sous le bandage, et chaque fois qu'elle sortait, elle déterminait de vives douleurs.
Le malade put toujours la rentrer lui-même. Elle sortit de plus en plus souvent, et, dans ces derniers temps, malgré le bandage, elle était presque continuellement dehors ; le malade était obligé de la rentrer cinq ou six fois par jour ; toutes les fois qu’elle est dehors, elle détermine des douleurs.
C'est dans ces conditions que le malade vint demander qu'on le guérît de sa hernie ; mais il était alors en pleine évolution de syphilis et le scrotum était recouvert de plaques muqueuses ; on lui conseilla donc de revenir au bout de deux mois, ce qu’il fit ; à ce moment, toutes les éruptions syphilitiques avaient disparu.
11 mai 1886. — Lorsqu'on examine le malade, on constate que sous son bandage il y a toujours quelques anses dehors.
Dès qu'il retire son bandage, l'intestin se précipite hors de l'abdomen et on voit se former une tumeur volumineuse. Son bord inférieur est distant de 17 centimètres de l’épine du pubis ; au niveau du pédicule, la tumeur mesure 8 centimètres de diamètre dans le sens transversal. Le testicule
est situé à la partie inférieure de la tumeur et en est complètement indépendant. La hernie se réduit en totalité et ne paraît pas contenir d'épiploon. Lorsqu'elle est réduite, on trouve un scrotum flasque, énormément distendu et qui ne se rétracte pas. Les éléments du cordon sont normaux. Le sac paraît être mince. L'anneau est énormément distendu, le trajet inguinal est, en quelque sorte, supprimé ; on peut aller sentir battre l'artère iliaque dans le bassin.
17 mai. — Cure radicale.
Chloroforme. Incision verticale qui remonte au-dessus de l'anneau. On arrive, après avoir coupé la peau et le tissu cellulaire sous-cutané, sur une membrane grise à reflets bleuâtres, qui est tout d’abord prise pour le sac.
M. NICAISE essaie de la décortiquer, mais il ne tarde pas à tomber sur des adhérences solides ; puis, on remarque bientôt que cette membrane enveloppe les éléments du cordon. Ce n’est pas le sac, mais bien la tunique fibreuse épaissie. Celle-ci est incisée avec précaution et on arrive alors sur le véritable sac. Ce dernier étant découvert, M. Ni- CAISE commence la décortication. Elle se fait avec la plus grande facilité. Les éléments du cordon rampent à la surface du sac séreux, sans y adhérer. Il n'y a qu'en un seul point, vers le fond du sac, de légères adhérences que l'on sépare avec lé bistouri. La piupart des adhérences cèdent sous la simple pression des doigts ou sous la traction d’une pince à disséquer sans donner une goutte de sang.
Lorsque le sac est complètement libéré, les anses intestinales étant maintenues dans l'abdomen, M. NIGAISE attire un peu le collet du sac en avant de l'anneau inguinal et passe alors un fil double à travers le sac, au ras de l’anneau.
Il fait une ligature double enchaînée. Le sac n'est ouvert qu'après avoir été lié. Il est excisé ; le pédicule ainsi formé se rétracte derrière l'anneau inguinal.
Deux drains sont placés. L'un sort par la partie supérieure de la plaie, l'autre par une contre-ouverture déclive, faite au fond de la bourse.
Suture de la peau aux crins de Florence.
Méthode antiseptique. Pansement de Lister.
19 mai. — Premier pansement après 48 heures. Les tubes sont raccourcis de moitié. IL n'y a pas eu la moindre réaction.
22 mai. — Deuxième pansement après cinq jours. Suppression des tubes et ablation des fils. Réunion totale par première intention.
26 mai. — Troisième pansement. Iodoforme et ouate hydrophile simple. Pansement de protection.
31 mai. — La guérison est complète, la cicatrice absolument linéaire. Le malade attend son bandage.
Le scrotum, qui n’a pas été réséqué, descend un peu audessous de l'extrémité de la verge ; le testicule n’occupe pas la partie la plus déclive, qui est seulement constituée par la peau plissée. Il est situé un peu en arrière, à peu près à la même hauteur que celui du côté droit. Au-dessus du testicule, on trouve une masse dure, de forme allongée, qui englobe les éléments du cordon et qui remonte jusqu'à l’orifice externe du canal inguinal. Cette masse est très irrégulière ; elle présente des globules saillants gros comme des noisettes. Elle est de consistance ferme, égale dans toute son étendue. La pression à son niveau est absolument indolente. Cette masse est due, sans doute, au recroquevillement de la tunique fibreuse non réséquée, à l'accolement des plis ainsi formés et à l'épanchement d’une certaine quantité de lymphe plastique dans la cavité de la tunique fibreuse.
La hernie ne s’est pas reproduite. Mais, lorsqu'on applique la main au niveau de l’orifice inguinal et qu'on fait tousser le malade, on sent une impulsion très nette. Il devra porter un bandage, qui sera alors efficace.
OBSERVATION XXVI CERNÉ. — Normandie médicale, 1889, 5e année, n° 11, p. 189
Hernies inguinales énormes et irréductibles.
Double cure radicale
Le nommé L.…., âgé de 60 ans, teinturier, se présente à l'hospice général, pour y être admis comme infirme. Il est de vigoureuse constitution ; ses antécédents morbides personnels et héréditaires sont bons, autant que nous pouvons le savoir, d’après les récits incomplets d’un pauvre homme d’une intelligence extrêmement bornée. Il nous affirme seulement que son père était hernieux.
Il est porteur d’une double hernie inguinale, dont le volume est véritablement énorme. C’est pendant l'adolescence qu'elles ont commencé de se former. Il n’a jamais porté de bandage ; il y a quelques années seulement qu'on lui a fait une sorte d'immense suspensoir en cuir, qui le soulage un peu, et sans lequel il ne peut marcher. Il a séjourné, à plusieurs reprises, dans divers hôpitaux, sans que, nous semble-t-il, il ait jamais présenté d'accidents menacçants et son intestin fonctionne assez bien.
Ces deux hernies forment une masse ovalaire, atteignant le tiers inférieur de la cuisse et mesurant, dans la plus grande circonférence, 57 centimètres. À son centre, est l'orifice préputial, au-dessus duquel la verge, complètement cachée, fait une légère saillie depuis le pubis ; on voit audessous ie raphé scrotal.
Le contenu est sonore, plus nettement à gauche qu'à droite. À la main, on n'arrive qu'à une réduction insignifiante. Afin d'établir réellement le degré d'irréductibilité, et aussi, afin de la favoriser, car je me demande si l'abdomen déshabité de cette masse en permettra volontiers la rentrée pendant une opération, j'applique, pendant quelques jours, la bande élastique pendant deux ou trois heures, modérément serrée. Du côté gauche, la réduction est presque complète, sauf une petite partie adhérente ; à droite, la