‹ Hernies Inguinales et Crurales VolumineusesChapitre 42 sur 57 · RD · texte numérisé non relu

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diminution de volume est à peu près d'un tiers, mais presque exclusivement, c'est évident, par le refoulement des gaz, sans que le contenu de la hernie rentre dans le ventre. Le diagnostic est : double hernie, surtout intestinale à gauche, surtout épiploïque et très adhérente à droite. Je propose la cure radicale, qui, après quelques hésitations, est acceptée.

Opération le 19 février 1889, avec l'assistance de mes excellents collègues F. HUE et BATAILLE, chirurgiens des hôpitaux. Le malade a été baigné et purgé à plusieurs reprises, La région est rasée, savonnée et lavée au sublimé. Le côté gauche est d’abord opéré. Incision dans l’axe de la tumeur de ce côté, depuis le collet jusqu’à la moitié de la hauteur, 12 centimètres environ. La sac ouvert, on trouve seulement de l'intestin grêle, sans aucune adhérence apparente ; cependant, malgré un léger agrandissement de l'orifice déjà considérable, la réduction semble arrêtée par un obstacle situé près du collet et en arrière. Pour s’en rendre compte, toute la masse est tirée du sac, mise dans des compresses de gaze phéniquée et renversée en haut. On voit alors qu’une anse du gros intestin est fixée près et audessous du collet par un méso et barre, pour ainsi dire, la route. En l’effaçant convenablement, on peut progressivement opérer la réduction avec les doigts. Le méso est ensuite coupé entre deux pinces, assez haut pour que l’anse herniée du colon puisse être repoussée dans le ventre. Le décollement du sac ne présente pas de difficultés et demande seulement un certain temps. Suture en chaîne par trois points de catgut, aussi haut que possible, au-dessus du collet, résection du sac, et enfin, plan de sutures perdues au catgut, superficielles à la soie. Drainage en avant par un drain, suivant la ligne de suture jusqu’à l'orifice abdomi- : nal.

La facilité relative de cette première opération, qui avait duré une heure environ, me décida à entreprendre immédiatement la seconde. Même incision ; mais, ici, le contenu présente une seule masse agglomérée, dont les éléments sont difficiles à distinguer, 11 y a, évidemment, de l'intestin

et de l'épiploon ; mais, celui-ci est tellement adhérent à celui-là, ainsi qu'au mésentère, qu’il est impossible. de l'isoler, sauf quelques fragments insignifiants. Le tout est, de plus, adhérent au sac dans la presque totalité ; son décollement patient peut, néanmoins, s'effectuer dans le fond seulement ; il faut, dans une certaine étendue, sculpter la paroi du sac pour ne pas amener une déchirure de l'intestin. C'est par masses assez volumineuses qu'il faut ensuite réduire, après avoir légèrement agrandi l'anneau. Le suintement sanguin est à peu près insignifiant ; l’attachement de quelques points au thermocautère suffit à l'arrêter.

-Le décollement du sac nous réservait une autre surprise. Nous arrivons, en arrière, sur une sorte de tumeur oblongue, qui semble occuper le siège du cordon, ayant le volume de l'index et allant se perdre au voisinage du testicule. Cependant, nous trouvons le cordon sur un autre point et nous finissons par reconnaître qu'il s’agit de l’appendice ilæo-cœcal considérablement hypertrophié, accolé, mais non adhérent au sac ; au-dessus de lui, le cœcum, recouvert de péritoine seulement dans son tiers ou son quart antérieur, descend dans la hernie, dans l’espace de 3 centimètres environ, sans que sa présence se fasse remarquer tout d'abord à l’intérieur du sac. IL est décollé et refoulé au-dessus de l'anneau. Quant à l’appendice, il est coupé après double ligature en chaîne par un fil de soie passé dans son épaisseur avec l'aiguille de Reverdin. Après cette section, je vois que son calibre est béant et relativement important ; je le cautérise avec le thermocautère et l’abandonne dans la plaie, mais en dehors de l'anneau, ce qui se fait naturellement, puisqwil n’est pas revêtu de péritoine. Le reste comme du côté gauche. Maïs l'opération . à été longue, plus de trois heures en tout, et le patient est violacé. Le côté gauche se met à saigner du sang veineux avec assez de persistance pour que j’enlève, de ce côté, une partie des sutures, sans, d’ailleurs, trouver de vaisseau à lier. La respiration devient meilleure et le suintement diminue, sans, toutefois, cesser complètement.

Pansement à l’iodoforme et à l'ouate de tourbe mainte-

nue assez fortement par un double spica de bandes de gazé mouillées.

Il faut dire que les suites ne furent pas absolument simples. Il n’y eut, il est vrai, à aucun moment, de réaction péritonéale, mais des deux côtés, un peu de suppuration due à deux causes : 1° Une désinfection probablement incomplète de certains fils de catgut que j'avais été obligé de puiser dans un flacon de commerce, n’en ayant pas d'assez gros préparé dans le service ; 2° Une infection par l’appendice ilæo-cœcal. Ma ligature passait évidemment dans le canal perméable et des germes auront filtré le long de la soie ; j'avais eu le tort de n’y plus penser. Ces suppurations ne furent jamais abondantes, mais, aidées par un peu d’épanchement sanguin, un drainage primitivement insuffisant, elles durèrent assez longtemps. IL se déclara des deux côtés une épididymite, qui a laissé des traces persistantes. Sans qu’il y eût de vomissement et bien que l'intestin fonctionnât très normalement, la langue se maintint sèche pendant plus de quinze jours, avec une température de 38° à 38°4 le soir, empêchant une alimentation solide. Je crus devoir aller, vers le quinzième jour, refaire un drainage en arrière, du côté gauche, curer le foyer infectieux de droite. Les incisions nécessaires furent faites dans les cicatrices et se réunirent à nouveau par première intention. D'ailleurs, une fistule stercorale s'était établie à trajet sinueux ; après cette intervention complémentaire, elle persista quelques jours, laissant échapper un peu de matière demi-solide et rarement quelques gaz. Mais, tout rentra rapidement dans l’ordre et la guérison fut bientôt complète.

Je lui fais porter, pour se lever, un double bandage, analogue à celui qu'a imaginé M. LucAS CHAMPIONNIÈRE, c'est-àdire sans ressorts et appuyant sur l'abdomen, au-dessus du pubis, de manière à ne pas opérer de compression sur la cicatrice. Un suspensoir soutient un scrotum encore très allongé par la longue distension et le poids relativement grand de testicules et d'épididymes enflammés quelque temps. Mais, l'état général est excellent ; il a engraissé et il peut travailler. Le côté gauche se maintient bien, mais

déjà, au bout de trois mois, il y a eu une impulsion manifeste à droite, dans une certaine surface, autour de la cicatrice comme dans l’éventration, plutôt que dans un point limité comme dans une simple récidive de hernie.

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