TECHNIQUE OPÉRATOIRE DE D'URET
Soins préliminaires. — Avant d'opérer les grosses hernies, il faut recommander le repos au lit, sans oreiller, et même, le bassin légèrement soulevé décongestionne la hernie, diminue sa tension, assouplit le tissu cellulaire périherniaire et facilite beaucoup la rentrée de la masse intestinale.
Les purgatifs répétés évacuent le contenu de l'intestin, réduisent le volume des anses. La diète agit de la même manière. Il convient aussi de faire de la compression, soit à l’aide d’un pansement, soit à l’aide d’un suspensoir, que l’on peut, de plus en plus, garnir d’ouate à mesure que la hernie rentre. Les anciens mettaient deux lames de plomb, qui, par leur malléabilité, pouvaient prendre la forme de la tumeur, et qui, par leur poids, faisaient une sorte de compression continue. Tous les jours, on fera des séances de taxis pour arriver à faire rentrer peu à peu les anses intestinales et à donner à la cavité péritonéale la capacité qu'elle avait primitivement.
Pendant combien de temps faut-il prolonger ces soins préliminaires ?
MALGAIGNE fit rentrer la hernie de son malade au bout de dix-sept jours. THIRY mit deux mois et demi pour arriver au même résultat. Mais, il n’est pas nécessaire d’avoir une réduction complète pour tenter l'opération. Dupar n'attend généralement que quatre semaines.
Ainsi, les diamètres de la tumeur deviendront de plus en plus petits, la cavité abdominale reprendra ses dimensions normales et l'opération deviendra plus facile.
PAUCHET, d'Amiens, recommande, chez les obèses, le jeûne, qui supprime l'infiltration graisseuse du tissu cellulaire sous-péritonéal, de l’épiploon, du mésentère, qui augmente le volume des viscères abdominaux et diminue la capacité du ventre par l’épaississement des parois ; de plus, le jeûne augmente la résistance du sujet en mettant au repos le foie et les reins, surtout si on les lave à grande eau par des boissons. PAUCHET fait boire deux litres par vingt-quatre heures (tisane, eau, limonade). « Si le malade désire circuler et s'occuper, il a droit à une salade nature à midi et à une pomme, matin et soir, ou bien à quatre ou cinq oranges par vingtquatre heures. Le malade sera purgé l’avant-veille : ia veille, il prendra un grand bain et on lui fera un pansement antiseptique qu'il conservera jusqu'à l'opération. »
Gure radicale. — Une fois le malade endormi et toutes les précautions aseptiques et antiseptiques étant prises, on fait une incision descendant plus bas que la racine des bourses et remontant en haut, plus haut que l’orifice interne du canal inguinal. On arrive ensuite sur l’aponévrose et sur les fibres du grand oblique. On les
incise l’un et l’autre, ainsi que le petit oblique et le transverse : on fait ainsi une hernio-laparotomie. On dissèque ensuite le sac entièrement et on remonte jusqu’à la graisse sous-péritonéale. On ouvre le sac vers l’extrémité inférieure avec beaucoup de précaution, de façon à ne pas blesser l'intestin qui peut être adhérent à ce niveau. L'ouverture étant faite, on place quelques pinces
tout autour et on les confie à l’aide.
On en vient alors à la réduction du contenu de la hernie, un des temps les plus difficiles. 11 importe que le malade dorme parfaitement et qu'il soit mis en position de Trendelenburg. Si l’épiploon est adhérent, :l faut le libérer de ses adhérences ; s’il est sain, il faut le rentrer dans le ventre ; le plus souvent il est chroniquement enflammé : on le réséquera alors par une série de ligatures en chaîne. On cherche alors à réduire l’intestin ; afin de mener à bien cette manœuvre, M. le professeur DURET emploie de grandes compresses avec lesquelles il enveloppe les anses intestinales et qu’il pousse dans le ventre avec l’intestin sans les perdre de vue. Chaque fois qu’il parvient à rentrer quelques anses intestinales, il applique une seconde compresse par-dessus, cherchant à leur faire jouer le rôle de tampon et à diminuer la grandeur de l’anneau inguinal. Si, malgré ces manœuvres, on ne parvient pas à réduire l'intestin, ce qui nous paraît exceptionnel, on pourrait réséquer quelques anses intestinales, comme le fit MonProrir. (Obs. 22).
On fera ensuite plusieurs ligatures en chaîne sur le collet du sac, on le réséquera et le pédicule rentrera de lui-même dans le ventre. Les ligatures de catgut, posées sur le collet du sac proprement dit, laissent ouverte en
= Vos
dehors la portion du péritoine qui a été largement incisée. On y fait une suture continue au catgut comme dans les laparotomies ordinaires ; ainsi se trouve fermée la cavité péritonéale.
Par-dessus celle-ci, on fait une seconde suture au catgut des muscles ef des aponévroses comprenant la plus grande épaisseur possible de ces parties. C’est là un premier bâtis, comme le pratiquent souvent les couturières. C’est par-dessus et à travers lui qu'on fait ensuite une série de 10 à 12 sutures à la soie forte parfaitement stérilisée et à points séparés. On a ainsi une fermeture de da paroi abdominale très solide, très résistante et qui ne cède pas les jours suivants, comme cela arrive fréquemment aux points où le catgut seul est employé. Les piliers de l’anneau externe sont particulièrement serrés par 3 ou 4 points spéciaux à la soie, de manière à ne laisser qu'un étroit passage aux éléments du cordon.
La peau est suturée au crin de Florence et un gros drain est placé entre la peau et les plans musculo-aponévrotiques.
M. le Professeur DURET n'emploie jamais le Bassini et ne pratique pas la castration, comme certains le conseillent, pour fermer complètement le canal inguinal. I] ne résèque pas non plus en partie la peau du scrotum, car les bourses reprennent vile leur volume presque normal.
Enfin, on fera un pansement aseptique légèrement compressif, afin de permettre aux liquides transsudés de se résorber plus facilement et pour maintenir en contact les parties nouvellement suturées, Le malade gardera le lit pendant un mois.