DESSINS ET GRAVURES
Aux nombreuses gravures que nous avons indiquées en même temps que les éditions qu'elles illustrent, il faut ajouter une vignette de Moreau fine et sèche, comme la plupart de ses productions : les deux amants noyés près d'une touffe de roseaux.
Vne suite curieuse est celle que fournit Debucourt en 1801 à l'édition de son ami le chevalier de Querelles. Pour en comprendre le caractère, il faut d'abord se rendre compte du procédé particulier au moyen duquel elle est exécutée. Ce procédé consiste dans l'emploi, pour une même estampe, de quatre ou cinq planches, sur ch.icune desquelles on distribue les couleurs. Sur la première on grave le sujet à l'aqu.a-tinta et ou le tenninc assez pour qu'il puisse être imprimé dans une couleur foncée, puis on étend sur chacun des autres cuivres la couleur qu'il doit imprimer, le rouge sur l'un, le bleu sur
l'autre, le jaune sur un troisième. Le vert s'obtient par la superposition du bleu sur le jaune, lequel, uni à son tour au rouge, fournit une nouvelle teinte. Qu.ant aux lumières, elles sont données par le fond du papier, qui reste blanc.
Quoique cette façon d'imprimer soit purement mécanique, un artiste, s'il est adroit, peut en tirer des effets surprenants par l'accord des tons fondas en un ensemble barraouieux. Debucourt y a excellé. On se dispute dans les ventes les gravures en couleur où il a fait revivre avec tant de vérité et d'esprit le monde galant dn Directoire se pavanant sans vergogne aux galeries de bois du Palais-Royal. Il en est de même des figures de Héro et Léandre. Grâce à la morbidesse des teintes molles etalangruies dont il cnnuage ses dessins, il attire et caresse agréablement la vue. Ce n'est certes pas un art sérieux ni même un emploi très honorable du talent que de chatouiller aiusi la fibre erotique. On ne peut se plaire longtemps à ces formes plus qu'à demi entrevues, à ces chairs efféminées qui s'étalent sous l'impudeur de la gaze. L'effet est pareil à celui que font certaines enluminures accrochées aux lieux de débauche. Un honnête homme s'oubliera peut-
HEKO ET LEA.VDRH
être nu Uistaut à les efflr;ui-er du regivrd, mais le bon goût, à défaut d'autre vertu, l'en éloignera bientôt.
L'illustration du poèuie se compose de 9 planches :
1° Le frontispice ; tombeau des deux amants près duquel pleure l'Amour, qui éteint son flambeau dans lesondes, le tout un peu lourd et froid comme une allégorie.
2" Le couronnement. Léandi'e reçoit des mains de Héro la couronne du vainqueur : dessiu excellent, mais l'ensemble est maniéré. C'est une Grèce travestie par le Directoire.
3* Les colombes. La prêtresse de Vénus rend la liberté à deux colombes devant la foule assemblée dans le temple, scène gracieuse et très animée.
4" La course. Deux coureurs vigoureusement lancés approchent du stade, le bras tendu et le visage en- Hammé par l'ardeur de la lutte.
5" Invocation à VAmour. Voluptueusement étendue sous un verdoyant bosquet au.x pieds de la statue du petit dieu qui sourit malicieusement, Héro est prête à succomber au sommeil, t.ableau plein de charme et de langueur.
G" L'enlrie dans la (jrotte. Inutile d'eu expliquer
H KIÎO KT LKANDUK
le sensquel'on devine (Vaillcurs au regard passiouné de Lôandre, ainsi qu'à la deiui-résist<ance de la prêtresse,
7° Le matin. Le jeune homme, du milieu des flots, retourne la tête vers celle qu'il vient de quitter et qiiij du rivage, lui envoie un baiser.
8- La tempête. Ici les inconvénients du procédé sautent aux yeux ; la planche est surchargée de couleur et la mer paraît solidifiée, taut elle est noire.
9° La niort de I/éro. C'est, à notre avis, le meillcnr de la série, pur de toute affectation et très finement dessiné.
En passant de Debucourt à Girodet, on respire un air plus salubre et l'on retrouve avec bonheur une inspiration élevée et chaste au sein même de la volupté. Entre les deux s'est opérée une réforme dans l'art, celle de David.
Les deux esquisses de Girodet représentent, l'une liêro et Léandre, au moment où celui-ci dénoue la ceinture de sa maîtresse ; l'autre, IWo versant des parfums sur la tête de son amant. Elles ont été lithogri'aphiéespar Dassy, sous la direction du peintre et sont trop répandues pour que nous les décrivions.
HElïO ET LEANDHE
Ce qui est beaucoup moins connu et qui mériterait do l'être, ce sont vingt dessins de petite dimension laissés pal' Girodet sur ce sujet, les uns esquissés au crayon noir et blanc sur papier bleu, les autres seulement au trait. Il n'y en a que trois de terminés à l'estompe et au crayon noir sur papier blanc. Pourquoi ne les a-t-on jamais gravés?
En 1814, un élève de Girodet, dont j'ai parlé plus haut, à l'anicle peinture, Cl.-Fr. Delorme, exposa nu Salon Héro et Léandre. 11 y ajouta plus tard la mort d<i Léandre. Ces deux compositions jouissent d'une certaine vogue, due sans doute il leur caractère d'académies et aux gravures qu'en a faites Laugier.
Un artiste anglais, G. Kellaway, s'est essayé sur le même sujet et a laissé une très belle estampe, Ilero and Leander, d'après Fr. Delorme.
Notre petite promenade artistique serait incomplète, si nous ne disions quelque chose, en finissant, d'une caricature de Daumier. Imaginez par une nuit sombre, une tour au haut de laquelle une jeune fiUe en chemise élevée une torche fumeuse audessus de sa tête, et dans le bas Léandre, coiffé d'un serre-tête et soutenu par deux vessies, qui tire bour-
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geoisement sa coupe vers elle. La charge est complétée par des vers soi-disant empruntés aux poésies de Byron :
Ctia([iie mtil, lieu velu, mais Uo Tiçon galaiilt', £t comptant SIIT «jn bras de fer, Il traversait lui bras Je mer
Toiir aller se jeter dans ceux de son amante.
Musée le Grammairien .
Héro et Léaudre 1
Poème do Marut. . .
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