Édition (le
Siiirant de l'ceil Liandcr duntrcment .
HERO ET LEAXDRE
D'Hero en branle, et demy eslancée,
De la tirer print très bien l'aventure
Par l'un des plis de sa riche vesture,
La deslournanl, et la menant adonc
A l'un des boutz du temple grand et long :
Et elle alloit après luy pas à pas
Tout lentement, comme ne voulant pas:
Puis de propos femenins l'a tencé,
Disant ainsi : « Estes vous insensé,
Mon gentilhomme? Entreprenez vous bien
D'ainsi tirer une fille de bien?
Croyez qu'icy fort mal vous adressez :
Allez ailleurs, et ma robe laissez.
Que n'esprouviez, à vostre grand dommage.
L'ire et fureur de mon grand parentage.
Prier d'amour est chose defTendue
Nonnain qui s'est vierge à Venus rendue,
Et n'est loysible inventer achoison
D'aller au lict de fille de maison. ■>
Telle paroUe aux filles* convenable Tenoil Hero à l'amant bien aymable.
IIERO KT LEAXDKK
El quand Léandre eul de la vierge ouy
Le doulx courroux, il fui loul resjouy,
Senlanl en elle (à celte occasion)
Les signes vrays de persuasion :
Car lors que femme à un amant conteste,
Son contester signe d'amour atteste.
Doncques, après qu'il eut de grand'ardeur Baisé son col blanc et de bonne odeur. Désir d'amour qui l'aguillonne et poinct Le faict parler à sa dame en ce poincl : " Chère Venus après Venus la gente.
Noble Pallas, après Pallas prudente.
Je parle ainsi, car trop grandement erre Qui t'accompare aux femmes de la terre, Veu que tu es, à bien te visiter, Toute semblable aux filles Juppiler; Bienheureux est celluy qui te planta, Et pleine d'heur celle qui t'enfanta.
Si le supply, enlen à mes clameurs.
Et pren pitié des contraincles d'amours Tu le dis fille à Venus consacrée :
KT LKAXUUK
Fais donc cela qui à Venus agrée;
Vien, vien, m'amye, el d'une amour égale
Entrons tous deux en sa loy conjugale;
Ce n'est pas chose aux vierges bien propice.
D'administrer à Venus sacrifice :
Venus ne prend aux pucelles plaisir;
Ses vraiz statuz (si tu as le désir
De les scavoir) et ses mystères dignes
Ce sont anneaulx, nopces, liclz el courtines.
Puis qu'aymes donc Venus doulce etlraiclable
Aymé la loy d'amour tant délectable,
Et me recoy, en laissant tous ces vœux,
Pour humble serf, ou mary, si tu veulx ;
Serf que pour toy Cupido a vené,
A coups de traict poursuivy et mené,
Usant, hélas! en moy de tel elTort
Que feil Mercure en Hercules le Tort,
Quand le mena soubz sa verge dorée
Servir la nymphe en Lydie honorée.
Las ! quant à moi. Venus au beau corsage
M'a rendu tien, non Mercure le sage.
llEItO liT LEANDIti:
0 noble vierge, il ne fauL qu on te die
D'AlhalanU, la belle d'Arcadie ;
Tu scais comment en amour soulager
Ne vouloit pas le beau Meleager,
Pour demeurer tousjoups vierge obstinée ;
Mais au moyen de Venus indignée
Elle devint de luy plus amoureuse
Qu'au paravant ne luy fut rigoureuse.
Pourtant, m'amye, aux choses que j'ay dictes
Te fault ranger, que Venus tu n'irrites. >>
Ainsi l'amant persuadoit de bouche La belle Hero, encor toute farouche.
Si que les motz tant doulx qu'ouys elle a Féirent son cueur vaciller çà et là.
La vierge adonc, muette devenue, Sa veue en terre a longuement tenue, Cachant sa face, en laquelle luy monte Ce sang vermeil lesnioingnage de honte.
Puis cheminant pensive se monstroit, Et sans besoing bien souvent accoustroit Ses vestemens, tous signes en partie
HERO ET LEAXDRE
D'une pucelle à aymep convertie El silence est la promesse accordée De toute fille ainsi persuadée.
Or sentoil jà ceste cy les secousses El aiguillons des amours aigresdoulces, Pource qu'en cueur si noble et de haull prix Facilement le doulx feu s'estoil pris; Puis esbahie estoit d'autre coslé Du doulx Léandre et de sa grand' beauté.
Donc, ce pendant qu'en la terre ses yeulx Elle eust fichez, Léander, curieux Et plein d'amour, de veoir n'esloil lassé Son tendre col, qu'elle tenoil baissé, Lequel pourtant finablemenl leva, Puis, rougissant, ainsi dire elle va :
<i Je ne croy pas. Seigneur, que le pouvoir Tu n'eusses bien d'une roche esniouvoir Par les devis. Qui t'a faicl si sçavant A mettre molz deceplifs en avant, 0 povre moy ! et qui l'a incité De venir veoir mon pays et cité?
}IEnO ET LE ANDRE
Si est ce en vain que m'as propos lenu ; Car, veu que errant lu es et incongnu, El qu'en toy n'a seurelé de fiance', Comment peulx lu avoir mon alliance? Nous ne povons fpour bien le l'exposer) Publicquemenl tous deux nous espouser, Pource que j'ay mes parens au contraire; Et quand vouldrois par deçà le retraire En te faingnant personne fugitive.
Tu ne pourrois cacher l'amour furtive, Car en tout temps les langues sont amyes De faulx rapportz et toutes infamyes; Et ce' que faire en secret on prétend, En plein marché Malebouche l'entend.
Ce neantmoins, je le pry que je sache D'où tu es né, et ton nom ne me cache ; Si quiers le mien, ne te diray de non'- : Sçache de vray qu'Hero est mon droict nom,