Même éilitioii
Et lui par qui iwiis sowmcs surmontez.
HERO ET LEAXDRE
L'horrible bruit de la grand'mer flottant.
Ains tous les soirs, mouillé, sans paour ne honte
Nageray nud en la mer Hellesponte :
Car il y a dislance assez petite
De la cité Abydaine où j'habite
Jusques chez toy ; fais moy sans plus ce tour
De me monstrer sur le hault de ta tour
Quelque lanterne ou brandon flamboyant
Devers la nuict, afin qu'en le voyant
Je sois d'amour le navire sans voile.
Ayant sur mer ton flambeau pour esloille ;
Aussi affin qu'en le voyant, ne voye
De Bootes l'occidentale voye,
Ny Orion cruel et pluvieux.
Ne le train sec du chariot des cieulx,
Qui de venir me pourroit bien garder
A ce doulx port où je veulx aborder.
Mais par sus tout (helas! ma chère dame) Si tu ne veulx qu'acoup je^perde lame, Pren garde aux venlz ; vueilles avoir le soing Que, trop esmeuz, n'eslaingnent au besoing
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Le clair flambeau conducteur de ma vie. Si au surplus de sçavoir as envie Quel est mon nom, Léander je m'appelle. Mary d'Hero, la gracieuse belle. •<
Ainsi tous deux ordonnoient le décret Du mariage, entre eulx clos et secret, Et de garder tout l'ordre taciturne Servant au faict de l'amytié nocturne, Dont le flambeau seroit seul lesmoingnage, En promectant tout d'un mesme courage, Elle, de faire esclairer le brandon ; Luy, de se mectre en l'eau à l'abandon.
Puis confirmans la nuict des espousailles Par un baiser donné en fiansailles, Force leur fut (à regret et envis) Se séparer et rompre leurs devis.
Si s'en alla Hero en sa tour haulle, Et Léander (affin que par sa faulte Ne s'esgarast de nuict en son retour) Merquoit de l'oeil le chemin de la tour, Et naviguoit vers Abyde tendant.
IIERO ET LEANDUE
Pensez en vous quanlesfoys ce pendant Ont désiré tous deux l'heure propice D'entrer au lict d'amoureux exercice
Or avoit ja la nuict d'eulx attendue La robe noire en l'air toute eslendue, Et les humains rendit par tous dormans, Fors Léander, le plus beau des amans, Qui sus le bord de la mer pour nager Attend pied coy le luysanl messager De ses amours, et guette de ce pas Le luminaire et jeu de son Irespas, Lequel luy doibt de loing monstrer parsignes Le droict chemin des nopces clandestines.
Si tosl qu'Hero veil que la nuict umbreuse Noircie estoit d'obscurlé ténébreuse, Songneusement comme elle avoit promis A le flambeau en évidence mis, Qui ne fut pas plus subit allumé Que Léander ne fus tout enflammé Du feu d'amour, si que son cueur ravy Et le flambeau s'allumoienl à l'envy
IIERO ET I.EAXDRF.
Bien est il vray qu'oyant les sons horribles Que font en mer ces grands undes terribles, Il eut en soy frayeur de prime face ; Mais, peu à peu prenant cueur et audace, Pour s'asseurer parloil tout seul ainsi :
11 Amour est dur, la mer cruelle aussi : Un bien y a : ce n'est qu'eau en la mer. Et dedans moy ce n'est que feu d'aymer. Sus donc, mon cueur : prens le feu de ta part. Et ne crains l'eau qui en la mer s'espart; A ce coup fault qu'en amour me secondes. Dequoy crains tu les vagues et les undes? 0 cueur d'amant, n'as tu point congnoissance Que Venus print des undes sa naissance, El qu'elle a force et domination Dessus la mer, et sur l'alleclion Qui nous conduicl? » Mis à fin ce propos, Il despouilla ses membres bien dispos, Et des deux mains ses habitz desliez Autour du col a serrez et liez; Puis, s'esloingnant du bort un peu en ça.
D un sault de course en la mer se lança Tirant lousjours vers la clere lanterne, Et tellement en la mer se gouverne, Que luy tout seul navigant vers sa dame Estoit sa ner, son passeur et sa rame.
Hero, tandis, qui des creneaulx esclaires, De son manteau couvroil la lampe claire Quand s'eslevoil quelque nuysible vent, Et la garda d'estaindre bien souvent, Jusques à tant que Léander passé Au port de Seste arriva tout lassé, Et que la vierge en sa tour ' haulte et forte Le feit monter; mais sachez qu'à la porte Elle embrassa, d'amour et d'aise pleine, Son cher espoux quasi tout hors d'haleine, Ayant encor ses blancz cheveulx mouillez,-' Tous degoulans, et d'escume souillez.