CHAPITRE
Renseignements donnés par Hérodote sur la Libye. Ses sources d'information.
I. — C'est à propos d'une expédition faite par les Perses en Cyrénaïque, sous Darius, qu'Hérodote parle de la Libye. Il s'agit d'une digression ou, plus exactement, d'un morceau rédigé à part et inséré par l'auteur dans son histoire. Hérodote écrivit de même des livres sur la Perse, l'Egypte, la Lydie, la Scythie (Xoyot Ylepaiy.oi, AtyÙTTTtot, Auf^ixot, XKuOtxot), puis il fondit le tout dans une œuvre à laquelle il ne put probablement pas mettre la dernière main (i). La partie qui traitait de la Libye constituait les Aiêuxol \ôyoi. C'est l'expression même dont l'historien se sert dans son livre sur l'Egypte. Il y dit (2), au sujet du roi Apriès : « Le malheur, lorsqu'il dut l'atteindre, le frappa dans des circonstances que j'exposerai plus amplement dans les \i6uy.oï Xôyoi, et en peu de mots ici ».
Ces Ai6vy.oi Xôyoi, insérés à la suite d'un long morceau relatif à la Scythie, n'occupent qu'une place restreinte dans l'histoire d'Hérodote : soixante et un chapitres du livre iv (145-205). Ils comprennent deux parties bien distinctes et sans doute rédigées séparément.
La première (145-167) est historique. Hérodote raconte les origines lointaines des Grecs qui vinrent en Libye,
(1) Hauvette, Hérodote, historien des guerres médiques (Paris, 1894), p. 60-61. Jacoby, article Herodotoa, dans la Real-Encyclopœdie, Supplément, 2" Heft (1913), p. 327 et suiv.
l'ordre donné par la Pythie aux Théréens de s'établir dans cette contrée, la fondation dans l'île de Platéo d'une colonie dont Batlos fut le chef ; puis la fondation d'Aziris, sur le continent, et celle de Gyrène ; l'arrivée de nouveaux immigrants ; l'appel des Libyens, dépouillés de leurs terres, au roi d'Egypte Apriès et le désastre de l'armée égyptienne ; la fondation de Barcé, la défaite d Arcésilasii parles Libyens; les réformes du législateur arcadien Démonax à Gyrène ; les troubles qui chassèrent de cette ville Arcésilas m et l'assassinat du roi dans Barcé. où il s'était réfugié ; la requête de Fhérétime, mère d'Arcésilas, au gouverneur perse de l'Egypte, Aryandès. et renvoi par celui-ci d'une expédition contre Barcé.
Le récit s'interrompt alors et fait place à la partie géographique et ethnographique, que nous devons étudier. Mais une sorte d'appendice à ce récit vient ensuite et comprend les chapitres 200-205. qui racontent le siège et la prise de Barcé. On ne sait pas la date exacte de l'expédition des Perses. Hérodote (i> indique qu'elle fut contemporaire de la soumission de la Thrace par Mégabaze '. elle aurait donc eu lieu peu après la campagne faite, vers 514-510, par Darius en Scytliie*^). Quelques savants sont cependant disposés à la faire remonter à une époque un peu plus ancienneté). Notre auteur ne dit plus rien désormais de la Gyrénaïque, quoique son histoire s'arrête à l'année 478 avant J.-G. Avait-il l'intention d'y revenir, lors d'une rédaction définitive ? On ne saurait le dire.
La seconde partie des AtêuKoi Xôyoi (chapitres 168-199)
(2) Pour la date de l'expédition de Darius, voir Busolt, Griechische Gesnhichte, ii, 2* édit., p. 523, n. 1 ; Prasek, Geschichte der Meder und Perser, n, p. 77, n. 1.
(3) Prasek (d'après Wiedemanr), l. c.,p. 42. M. Busolt U.c., p. 532) a place vers l'époque de la campagne de Darius en Scytbie.
décrit la Libye et les mœurs des indigènes. Hérodote la relie par une transition au récit historique, dont elle devait être d'abord indépendante!!) : « Aryandès fit partir les troupes en même temps que Phérétime. Celle-ci fournit un prétexte ; en réalité, l'expédition était envoyée, à mon avis, pour soumettre la Libye. Il y a, parmi les Libyens, des peuples nombreux et divers ; quelques-uns étaient soumis au Roi, mais la plupart ne se souciaient en rien de Darius ».
Hérodote parle d'abord des tribus nomades de la région côtière, à l'Est de l'Egypte, jusqu'aux Auses, dont le territoire se trouve au delà du fleuve Triton (168-180) ; puis des populations qui vivent dans le Nord du désert, entre Thèbes e( l'extrême Ouest (181-185). Il donne ensuite des indications générales sur les mœurs des Libyens nomades (186-190). Puis il passe aux Libyens cultivateurs, qui habitent à l'Ouest des nomades, et décrit la faune de leur pays, en y joignant un développement sur la faune du pays des nomades (191-194). Suivent des renseignements d'origine carthaginoise sur l'île de Cyraunis (195) et sur le commerce des Carthaginois au delà des Colonnes d'Héraclès (196). « Tels sont, conclut Hérodote (197), ceux des Libyens que nous pouvons nommer. La plupart d'entre eux ne tiennent et ne tenaient aucun compte du roi des Mèdes». On le voit, cette phrase répète à peu près textuellement celle qui sert d'introduction à la seconde partie. Cependant, avant de reprendre le récit de l'expédition des Perses, Hérodote a ajouté des indications sur la fertilité des régions du Cinypset de Cy rêne (198-199).
Dans le corps même de la seconde partie, il semble bien qu'il y ait deux morceaux intercalés après la rédaction du reste. Le développement sur les peuples du désert
(1) IV, 167, à la fin.
interrompt la description des Libyens Womades du littoral ; le texte porte une trace assez nette de la coupure (^i. On doit probablement en dire autant du morceau relatif à Cyraunis et au commerce des Carhaginois ; là aussi la coupure se devine (2).
II. — Nous trouvons encore dans d'autres parties de l'histoire d'Hérodote des indications éparses qui se rapportent à la Libye : relations d'Amasis, roi d'Egypte, avec Cyrène (ii, 181 et 182) ; hommages rendus à Cambyse, après la prise de Memphis, par les Libyens voisins de l'Egypte, les Barcéens et les Cyrénéens (iii, 13) ; rattachement de ces Libyens et de ces Grecs à l'Egypte dans l'organisation administrative de Darius fin, 91) ; troupes libyennes dans l'armée de Xerxès (vir, 71, 86, 184). Hérodote mentionne aussi une tentative malheureuse faite par des Lacédémoniens pour fonder une colonie en Libye, sur le Cinyps (v, 42). il donne quelques renseignements sur le culte de Zeus chez les Ammoniens (ii, 42), sur l'origine de l'oracle d'Ammon (n, 55), et raconte le désastre de l'expédition envoyée vers l'oasis d'Ammon par Cambyse (m, 25, 26 ; conf. m, 17). Il faut ajouter ce qu'il dit sur la prétendue origine occidentale du Nil et le voyage des .Xasamons à travers le désert (n, 32-33), sur le périple du continent africain par les Phéniciens, au temps de Néchao, sur la navigation du Perse Sataspès au delà des Colonnes d Héraclès (iv, 42-43). ainsi que quelques généralités sur la Libye (ii, 32 ; iv, 41, 42, 45).
(1) Le début du ch. 186 fait suite, non ft la fin du ch. 185. mais aux cb. 168-180.
(2t Voir le début du ch. 197 : comme le fait ol)server M. Macan, il fait suite au ch. 194, non au ch. 196. — Il est pos&ible aussi que la description de la faune des deu.\ réprions habitées par les agriculteurs et par les nomades ait été intercalée dans le développement sur les Libyens cultivatenr.<«. L'addition commeDceraitau.\ mots H ne x^P^ '"'■''"> da oh. 191 et s'étendrait jusqu'à la fin du ch. 192.
III. — Quelles ont été les sources d'Hérodote? Question à laquelle il est difficile de répondre. Selon une habitude assez générale chez les anciens, il ne donne pas d'indications précises à ce sujet.
Pour la partie historique, il rapporte, affîrme-t-il, ce que racontent les Théréens et les Cyrénéens (^), mais on ne voit pas s'il s'agit de traditions orales ou d'emprunts à des écrits antérieurs (2).
Dans un passage de la partie géographique (3), il parle des (I longues recherches » qu'il a faites pour connaître la faune du pays des Libyens nomades, mais il ne dit pas ce que furent exactement ces recherches.
Il a pu soit se servir d'ouvrages de ses devanciers, soit recueillir des informations orales.
Avant lui, il y eut en lonie des géographes dont les plus célèbres furent Anaximandre et Hécatée de Milet. Ils tracèrent des cartes et écrivirent des descriptions (^). Pour quelques régions, ils durent être mieux renseignés qu'Hérodote et ses contemporains. Au septième siècle et pendant une partie du sixième, des Grecs d'Asie Mineure, Rhodiens, Samiens, Phocéens, avaient beaucoup navigué dans la .Méditerranée occidentale et même au delà ; par eux-mêmes, ou par les gens des pays qu'ils fréquentaient, ils avaient pu connaître des contrées lointaines. Plus tard, Carthage interdit à ses rivaux certaines régions de la mer intérieure et le passage du détroit (5). L'autorité
(1) IV, 150 et 154.
(2) Sur cette question, voir les hypothèses présentées par L. Malten, Kyrene (dans Philologii^che Untersuchungen de Kiessling et Wilamowitz, XX, 1911), p. 95-103.
(4) Hérodote, iv, .36 ; v, 49. Strabon, i, 1, 1. Agathémère, dans Geographi graeci minores de C. Mûlier, ii, p. 471 ; Eustathe, Commen taire à Denys le Periégète, ibid., ii, p. 208.
(5) Voir Gsell, Histoire ancienne de l'Afrique du Nord, i, p. 413, 443 (n. 2).
de ces géographes resta pendant longtemps très grande : nous en trouvons des témoignages dans Pindare, dans les poètes tragiques, dans les traités mis sous le nom d'Hippocrate '*'. Hérodote, qui ne les désigne que par de vagues allusions, paraît avoir pris plaisir à critiquer leurs théories, à douter de leurs assertions (2). H s'est cependant servi d'eux ; en tout cas, il est certain qu'il a fait usage d'Hécatée.
IV. — Hécatée de Milet <3) composa, tout à la fin du sixième siècle ou au début du cinquième, un ouvrage géographique, connu sous les noms de Ilspîoôoç YTiç ou de rieptrjYTjCTtç, qui était accompagné d'une carte. Cette description de la terre comprenait deux livres, l'un sur l'Europe, l'autre sur l'Asie, à laquelle était rattachée la Libye. L'authenticité du second livre fut mise en doute dès l'antiquité"^'. Dans un catalogue de la bibliothèque d'Alexandrie, Callimaque l'avait inventorié sous le nom d'un certain NTjcricÔTrjÇ (5) : l'exemplaire qu'il avait en main portait sans doute ce nom, qui a pu être celui d'un ancien possesseur du manuscrit. Cependant Eratoslhène attribuait l'ouvrage entier à Hécatée '^> et, dans ce qui nous en reste, rien ne justifie l'opinion contraire, soutenue par quelques érudils modernes i'^).
(1) Voir H. Berger, Geschichte der tci/^senschafilichen Erdkunde der Griechen, 2' édit. (1903i, p. 27 et suiv.
(2) II, 15, 16, 17, 20, 23 ; ui, 115; iv, 8, 36, 42. 45.
(3) Sur Hécatée, voir surtout Diels, dans Hermès, xxii, 1887, p. 411 et suiv. : Jacoby, dans la Real- E ncyclopœdie , vu, p. 2667-2750. Les fragmeots géographicjues se trouvent dans le tome i des Fragmenta historicorum graecorum, édit. C. .Mûller, p. 1-25.
(4) Athénée, ii. 82, p. 70, a-b; conf. ix, 70, p. 410, e. Arrien, Anabase, V, 6, 5.
(5) Athénée, ii, 82. 'SriviÛTn; est un nom propre, et non pas un nom commun signifiant « insulaire »: Diels, l. c, p. 415.
(6) Strabon, i, 1, 11.
(7) On n'a pas non plus de preuves que le second livre ait été interpolé.
Hécatée avait beaucoup voyagé 'l>. Nous savons qu'il était ailé en Egypte et qjll s'était entretenu à Thèbes avec des prêtres (2), mais nous ne pouvons pas indiquer les autres pays qu'il visita.
De son ouvrage, il nous est parvenu un peu plus de trois cents citations, qui consistent le plus souvent en des noms géographiques. On ne saurait donc dire ce qu'il contenait exactement. Ce n'était pas, autant qu'il semble, un traité destiné uniquement à renseigner les voyageurs, ni une sèche nomenclature qui aurait constitué une sorte d'annexé de la carte : l'auteur faisait des remarques sur la faune, les mœurs des indigènes, l'étymologie des noms, etc. (3).
Nous avons une trentaine de fragments relatifs à la Libye : on les trouvera plus loin, dans un appendice. Tous, sauf un, sont des citations faites par Etienne de Byzance. Ce sont pour la plupart des noms de villes et d'îles, qu'en général, on n'a pas pu identifier. Quelques autres fragments, dont nous allons parler, ont plus d'intérêt et appellent une comparaison avec certains passages d'Hérodote. <
Que celui-ci ait consulté la partie de l'ouvrage d'Hécatée qui traitait de l'Egypte, c'est ce que dit expressément Porphyre'^'. Arrien nous apprend qu'Hécalée, avant Hérodote, avait ditque l'ÉgypIeest un dondu Nil, (5cbpov toû TTOTafxoû (5). II est donc permis de supposer que l'historien a fait aussi des emprunts au géographe dans sa description de la Libye. Des savants '^) croient que ces
(1) Agathémère (l. f.) l'appelle «v///--. t:o\-jt:\v.^jy,ç
(2) Hérodote, ii, 143.
(3) Jacoby, l. c, p. 2697.
(4) Apud Easèbe, Praep. ecang., x, 3, 16, p. 466, b = Fragm. hisi. gr., I, p. 21, n* 292.
(5) Fragm. hist. gr., i, p. 19, n* 279.
(6) Diels, l. c, p. 422. Jacoby, /. «., vu, p. 2729 et suiv. ; le môme, article Herodoton, p. 437.
emprunts ont été très importants : « Au livre iv, dit l'un d'eux (1), les \i6\jy.à dérivent entièrement d'Hécalée ».
Nous constatons en effet certaines ressemblances. Hécatée(2) mentionnait le golfe Psyllique (ô M'uXXixôç /.éXiroç) ; Hérodote (3) écrit que le pays des Psylles se trouve tout entier à l'intérieur d'un golfe, qu'il appelle la Syrie. Hécatée 1*^ indiquait en Libye la ville de Mégasa, à partir de laquelle vivaient des mangeurs de blé et des cultivateurs ((jiTO'fàyot xal àpoif^peç). D'après Hérodote (^), des Libyens cultivateurs (àpoTr^psc) font suite aux Auses, à l'Ouest du fleuve Triton ; ils portent le nom de Maxyes (Mâçueç). Un nom presque semblable se lisait dans Hécatée '6' : Mà^us^, ol \l6ùr^ç vo(JLà'5£ç ''^i. Hécatée parait de la ville de 'Z.vyoLvziç, en Libye '8), et Etienne de Byzance(9), qui le cite, indique, d'après Eudoxe de Cnide, que les habitants de ce lieu, les ZûyavTSç. faisaient du miel avec des fleurs. Hérodote (^0) mentionne les rû^avTsç et des hommes de ce peuple qui fabriquent du miel. Enfin, Hécatée 'il) connaissait ip peuple des Zaûrjxeç, qu'Hérodote (12) connaît aussi.
On voit que les concordances ne sont nulle part iitté-
(l| Jacoby, l. c, vu, p. 2686.
(2) Fragment n" 303.
(7) Je ne vois pas pourquoi l'on admettrait, avec Meltzer fQeschichte der Knrthager i, p. 442), que les mots oi AtSùrj; voaaâsç ne sont pas d'Hécatée. Etienne de Byzance ajoute qu'il faut distinguer les MzÇyg? des ^\uçji; .
(9) S. V. ZjyavTt,-.
raies, que les noms, tels du moins qu'ils nous sont parvenus, ne sont pas tous exactement semblables, qu'Hécatée mentionnait une ville de Zygantis et Hérodote un peuple appelé Gyzantes, que les Mazyes du premier étaient des nomades et les Maxyes du second des agriculteurs, que l'un et l'autre ont bien indiqué la limite à laquelle commençaient les cultivateurs, mais quMls ne l'ont pas indiquée de la même manière. Quant au miel fabriqué par les Gyzantes ou Zygantes, il n'y a aucune bonne raison de croire qu'Hécatée en ait parlé avant Hérodote : si Etienne de Byzance avait trouvé ce renseignement dans le géographe de Milet, qu'il cite à propos de Zygantis, il ne l'aurait pas mis sous le nom d'Eudoxe de Cnide ; l'hypothèse la plus vraisemblable est que celui-ci, qui écrivait dans la première moitié du quatrième siècle, a fait un emprunt à Hérodote.
Deux passages du Périple attribué faussement à Scylax ont été aussi allégués(i). L'un est relatif à l'extension de la plante appelée silphium(2). l'autre à l'aspect du fruit du lotus et à l'usage que les indigènes en font^^). Ils rappellent, sans leur ressembler exactement*'*), deux passages d'Hérodote*^). Or, dil-on, le Périple a reproduit ici Hécalée. C'est ce qu'il faudrait prouver. Cet ouvrage a été composé au milieu du quatrième siècle ; il n'est pas
(1) Jacoby, Le., vu, p. 2733-4. M. Jacoby [ibid., p. 2731-4) trouve bien d'autres ressemblances entre Hérodote et le Pseudo-Scylax. Faut il donc s'étonner que ces deux auteurs, décrivant le même littoral, aient mentionné les mêmes lieux et les mêmes peuples ?
(2) § 108, dans Geographi graeci minores, i, p. 83.
(3) § 110, p. 86 et 87.
(4) Pour le silphium. Scylax indique les limites d'une autre manière et ajoute des détails qu'Hérodote ne donne pas. Ce qu'il dit de l'usage du lotus concerne, non seulement les Lotophages du littoral, mais aussi les l)abitants d une île (Djerba). Dans Hérodote, il s'agit seulement d'indigènes vivant sur le continent.
(b) IV, 169 et 177.
impossible que des échos d'Hérodote soient parvenus indirectement à l'auteur ; il est possible aussi que la source du Périple n'ait été ni Hécatée, ni Hérodote.
Une autre i:idication d'Hérodote a été encore regardée comme un emprunt probable à Hécatée. Il rapporte (*) que, dans la Libye occidentale il y a des monstres à tête de chien, et d autres sans tête, avec des yeux sur la poitrine, « du moins d'après ce que disent d'eux les Libyens ». Or Eschyle, antérieur à notre historien, parlaitde monstres semblables(2) : ce serait dans Hécatée qu'il les aurait trouvés(3*. Mais nous n'en avons aucune preuve. Hemarquons en outre qu'Eschyle parlait en même temps de monommates (monstres à un seul œil), dont il n'est pas question dans Hérodote, et que nous ignorons où il plaçait ces divers êtres fabuleux. Il n'est nullement certain qu'il leur ait donné pour patrie la Libye ; des auteurs anciens les signalent en Indel^K Enfin, si Hérodote avait copié dans ce passage Hécatée, il faudrait atl mettre qu'il lui aurait aussi emprunté le membre de phrase (( ôiç Ôr] XéyovTaî ys ùtzo Aiêûcov » : ce qui, sans être impo.ssible*^). est cependant peu vraisemblable.
D'au Ire part, si maigres que soient nos connaissances sur la partie de l'ouvrage d'Hécatée relative h la Libye, nous constatons i|ue la plupart des noms tirés par Etienne de Byzance de la description du vieux géographe ne se retrouvent pas dans Hérodote.
Xous avons d'ailleurs peine à croire que celui-ci, trai-
(2| K-jv'j-AfuAoï. ÎTê,iivo^6a/uot. MovôfiiftaTot : voir Strabon (qui cite Eschyle), I, 2, 35, et vu, 3, 6.
(3i Diels, l. <:, p. 422.
(4) Pour les cynocéphales et les acéphales, voir plus loin, § xxi. Pour Itss monstres à œil unique, voir Straboii, ii, 1, 9, el xv, 1,57.
(5) Conf. Jacoby, s. v. Herodotost p. 402.
tant de la Libye et de ses habitants, se soit borné à piller Héc-Uée. Si! écrivit ce morceau, s'il l'inséra dans son ouvrage historique, ce fut apparemment parce qu'il pensait intéresser en disant des choses nouvelles.
V. — Dans les \i6vy.o\Xôyoi, Hérodote a fait une très large part à ce que nous appelons l'ethnographie. Ses contemporains étaient curieux de connaître les mœurs des peuples barbares ; Hécatée déjà ne les avait pas négligées'!*. Hellauicos de Mytilène, qui vécut à l'époque de notre auteur, et Damastès de Sigée, écrivain un peu plus récent, composèrent des traités sur cette matière.
Or un passage d'Hellanicos, conservé par Athénée, mentionne, comme Hérodote l'2), les habitations portatives des Libyens nomade.s faites en asphodèles i^). La concordance, presque littérale, n'est certainement pas fortuite. H faut admettre soit une source commune, soit un emprunt de l'un des deux auteurs à l'autre. A en croire Porphyre i^), l'emprunteur aurait été Hellanicos, qui. dans ses Mœurs des Barbares, aurait compilé Hérodote et Damastès. Il y a peut-être erreur en ce qui concerne Damastès, plus jeune qu Hellanicos. Mais ce dernier a pu copier Hérodote, puisqu'il écrivait encore une vingtaine d années après la mort de l'historien d'Halicarnasse.
On attribuait à Hellanicos un Voyage à l'oasis d'Am-
(1) Denys de Milet, qui écrivit drs Usf.ijr/.ù, était peut-être antérieur h Hérodote : Jacoby, s. v. Herodotos, p. 405, 417.
(3) Athénée, xi, 6, p. 462, a-b (= Fragm. hist. gr., i, p. 57, q« 93) : OiSa ûè "/ai E/Xavtxov sv EÔvwv O'^ouv-fTiKt; îiîyovra, ort Atêû'wv T'wv vo/i«â<wv Ttvè> .. . olxiu; e^o-uTiv è^ «vôsûixou ■KîTzotr/uévaç ftixpàç ôaov TKiv.ç svty.y, ûç y.xi Trect^éjOO'ufftv otto'j av Tropsvwvrat.
(4) Apud Eusèbe, Praep. ecang., x, 3, 16, p. 466, b : Ta ^up^ocpty-ài. vôfiiftu E^/«vixou èy. twv HjOoSotou xa« Aw^coy (sic : il s'agit de Damastès) ouv^xTat.
mon (*). Mais rien ne permet de croire qu'Hérodote se soit servi de cet ouvrage, dont l'authenticité était du reste contestée <2).
Un autre écrivain, probablement un peu plus ancien qu'Hérodote, Gharon de Lampsaque, aurait conjposé plusieurs traités concernant l'Afrique : des Libyques, des Éthiopiqucs, un Périple en dehors des Colonnes d'Héraclès. Mais Suidas, qui nous donne ces indications (3), l'a peut-être confondu avec Charon de Carthage. plus récent. Il serait tout à fait téméraire de chercher de ce côté une source d'Hérodote.
En résumé, nous ignorons l'étendue des emprunts que celui-ci a pu faire à des ouvrages antérieurs. Seul, l'emploi d'Hécatée est vraisemblable. On ne sait pas dans quelle mesure Hérodote l'a utilisé ; d'après certains indices, cette mesure ne paraît pas avoir été très large.
VI. — Hérodote a tiré grand profit de ce qu'il a vu et entendu au cours de ses voyages. Or il n'est guère douteux qu'il ne soit allé à Gyrène <'*). Il parle au livre ii d'une statue d'Aphrodite, qu'une Gyrénéenne, Ladicé, femme du roi d'Egypte Amasis, avait envoyée dans sa patrie et qui, ajoute-t-il, « existait encore de mon temps, tournée vers l'extérieur de la ville (^f». Dans le même livre, il dit que les bateaux sur lesquels les Égyptiens transportent des marchandises sont faits avec un arbre épineux, dont Taspect est très semblable au lotus de Gyrène <6). Il
(1) Athénée, xiv, 66, p. 652, a ( = Fragm. hist. gr., i, p. 67, n* 157).
(2) Athénée, l. e.
(3) S, V. \Ùf>MV.
(4) Voir F. R. Hildebrandt, De itineribtis Herodoti Europaeis et Africanis (Leipzig, 1883), p. 54; Malten, Kyrene, p. 194; Jacoby, s. v. Herodotos, p. 253.
(5) II, 181 : . . . yyuAu.01. «Trirreui^e èç Ku//rivrjv, tô izi z«t iç èpè r,v tÔov, s^m 7rrû«|a^£vov Toû Ku/sqvKtcuv vrzto;.
avait pu voir des lotus entre la mer et Cyrène et autour de la colonie.
Mais nous ne trouvons dans son histoire aucune preuve qu'il ait visité d'autre lieux de la Libye. Il n'avait pas débarqué dans Tîle de Platea, dont il ne connaissait que par oui-dire l'étendue (!'. Les indications qu'il donne sur le territoire du Cinyps, entre les deux Syrtes, sont assez détaillées, mais d'une exactitude très contestable. Il n'avait pas dû y aller (2)^ ni, à plus forte raison, pousser plus loin vers l'Ouest : il a été en somme très mal renseigné sur les pays situés au delà des Syrtes. Il n'y a pas lieu de croire qu'il ait visité l'oasis d'Ammon. Ce qu'il en dit, il a pu le savoir par des Gyrénéens : ce furent des gens de Cyrène qui, s'étant rendus à l'oasis, lui rapportèrent des propos tenus par le roi des Ammoniensi^). Sur d'autres régions et peuples de la Libye, il recueillit sans doute aussi nombre d'indications à Cyrène.
En avait-il également recueilli lors de son voyage dans la vallée du Nil ? Il décrite une série d'oasis qui se succèdent de l'Est à l'Ouest, à des intervalles de dix journées de marche, et dont la première, celle d'Ammon, est à dix jours de Thèbes d'Egypte. On a supposé (^) qu'il reproduit ici un itinéraire d'origine thébaine : il s'agirait d'une route suivie par des caravanes qui, partant de la grande ville, auraient traversé le désert. Mais Hérodote ne fait aucune allusion à ce prétendu commerce des Égyptiens vers l'Occident : cela eût été cependant tout indiqué s'il avait tenu ses informations de ceux qui s'y seraient livrés.
(2) Quoi qu'en pense Jacoby, l. c, p. 254.
(5) Heeren, De la politique et du commerce des peuples de l'antiquité, trad. française de Suckau, iv, p. 227 et suiv.
La grosse erreur initiale qu'il commet rend l'hypothèse très invraisemblable : l'oasis d'Ammon se trouve en effet à une dislance de Thèbes très supérieure à dix journées, et Thèbes n'était pas le point de départ pour aller d'Egypte à cette oasis, située à une latitude bien plus septentrionale.
VII. — A plusieurs reprises, Hérodote mentionne des renseignements donnés par des indigènes.
H est évident qu'il vil des Libyens à Cyrène et dans le voisinage. Il paraît avoir entendu les cris perçanls que les Libyennes aiment à pousser et qu'elles modulent si adroitement ; avoir observé leur costume et constaté par lui-même qu'il ressemblée celui des slalues d'Athéna'l). Naturellement, pour s'entretenir avec les indigènes, il avait besoin d'interprètes (2). Il est vrai qu'il mentionne un mol libyque'^' : a Les Théréens et les Cyrénéens disent que Baltos a reçu ce nom de son père, parce qu'il était bègue. Je pense, quant à moi, qu'il ne le prit qu'après sa venue en Libye, comme un titre d'honneur..., car baltos signifie roi dans la langue des Libyens'^' ». Mais personne n'en conclura qu'Hérodote ait su le libyque : il a dû connaître ce mot par un Grec de Cyrène.
Nous venons de voir que des Cyrénéens lui répétèrent une conversation qu'ils eurent avec le roi des Ammoniens : il le dit expressément. « Nul ne sait, écrit-il ailleurs '^l, le sort de Texpédition envoyée par Cambyse, sauf les Ammoniens et ceux qui l'ont appris d'eux (6) ». Il est à
(2) Il fait mention (ii, 26) de conversations qu'il a eues avec des Libyens: AtêOwv ... r&iv iuoi àTrtxouévwv è; ).ôyouf.
(4) At6u€; yàp ^KTÙia ^«ttov Y.zkiovai.
(6) A.UMwvtot •/.ott oi TOVTwv àxoûffavTt» .
croire que ce dernier membre de phrase désigne aussi des Cyrénéens.
Hérodote rapporte d'autres propos tenus par des indigènes et dont il leur laisse la responsabilité: « Je dis ce que disent les Libyens », « d'après ce que disent les Libyens», remarque-t-il au sujet de la destruction des Psylles, d'opérations médicales pratiquées par les nomades, de certains monstres qui vivraient dans la Libye occidentale (1). Une peuplade pi'étend qu'elle descend des Troyens '2) ; d'autres indigènes racontent une légende relative à une déesse identifiée par les Grecs avec Athéna et disent qu'en accomplissant une cérémonie, ils suivent une coutume de leurs ancêtres (3); d'autres enfin affirment qu'une montagne de leur pays est la colonne du cieM"^'.
Ces divers passages d'Hérodote peuvent reproduire des indications recueillies par lui dans des conversations avec des Cyrénéens (^), ou bien, — hypothèse plus douteuse — , consignées dans des écrits antérieurs, qui les auraient empruntées aux mêmes intermédiaires. L'une d'elles (6) concerne une région fort éloignée de la Cyrénaïque : elle a dû parvenir aux Grecs par l'entremise de plusieurs peuples ; il en fut sans doute de même pour bien des renseignements qu'Hérodote nous a conservés.
VHL — Il invoque explicitement le témoignage des Carthaginois au sujet de l'île de Cyraunis»'^' et du com-
(5) La légende sur Athéna (iv, 180), racontée, selon Hérodote, par des indigènes, est d'origine grecque et semble bien avoir été introduite en Afrique par des colons de Cyrène : voir § i.xiv.
(6) IV, 184. C'est celle qui se rapporte au monl Atlas, colonne du ciel.
merce de l'or que des marchands de Carthage faisaient sur la côte africaine de l'Océan (*). Il mentionne leur opinion sur la possibilité de faire par mer le tour de la Libye (2). En outre, nous pouvons soupçonner une source punique dans un passage où il décrit la faune de la Libye des nomades 13) Il y parle de rats appelés ^ByipiEç, mot qui répond, dit-il, au grec |3ouvot (collines). Or on a des raisons de croire que ce mot est phénicien. Nous savons en effet, par une indication jointe à l'ouvrage médical de Dioscoride(^), que la langue punique appelait s'Y^p une plante nommée en grec jSouvtov (a de colline ») : le mot transcrit ^syéptsç devait signifier dans cette langue {rats) de colline et répondre à un adjectif grec formé de (3ouv6ç*^'. Cependant Hérodote, qui affirme qu'il a fait de longues recherches sur cette faune, ne dit point qu'il doive tout ou partie de ses informations à des Carthaginois. Le mot même qui nous donne un indice, il le qualifie de libyque. Il est donc très probable qu'il l'a recueilli, sans en connaître l'origine, dans une conversation avec un Cyrénéen, ou bien dans quelque ouvrage grec (6).
Quant aux autres renseignements qu'il attribue à des Carthaginois, il n'est certainement pas allé les chercher à Carthage. Rien n'indique qu'il ait visité cette ville, dont
(4) IV, 123, édit. Wellmann.
(5) Gsell, Histoire ancienne de l'Afrique du Nord, i, p. 313, n. 2.
(6) Dans le même passage, il parle de 7«W (genettes?), qui habitent la région du silphium (en Cyrénalquel et qui ressemblent beaucoup à celles de Tartessos, c'est-ft-dire du Sud de l'Espagne. Cette indication témoigne de la connaissance des deux contrées. Hérodote l'a peut-être trouvée dans un auteur ionien qui aura utilisé des renseignements rapportés du pays de Tartessos et de la Cyrénaïque par des tirées d'Asie Mineure (des Samiens ?).
il parle peu dans son histoire (^^ Il a dû être informé pai des Grecs qui avaient fréquenté des Carthaginois, soit à Garthage même, soit dans d'autres ports, en Gyrénaïque, en Sicile, ou ailleurs (2).
IX. — Il serait intéressant de pouvoir fixer la date du voyage à-Gyrène et aussi celle de la composition des A.i6vy.oi Xoyot. Malheureusement, la vie d'Hérodote (né vers l'an 484, mort vers 428; nous est fort mal connue et il est bien superflu de présenter des hypothèses dénuées de toute solidité.
On a supposé, par exemple, qu'il alla en Libye dans sa jeunesse, au temps oii, exilé de sa patrie, il vivait à Samosi^). Les Samiens étaient unis aux Gyrénéens par une vieille et étroite alliance ('*). Mais ce n'est pas là un argument suffisant. Hérodote visita peut-être Gyrène dans un âge plus avancé ; en tous cas, il ne fit usage que plus tard des renseignements qu'il y recueillit.
Les Aiêuxoi \6yoi paraissent, en effet, avoir été écrits
(1) Il dit (VII, 167) qu'il existe à Carthaiçe un très grand monument élevé au roi Amilcar (disparu lors delà bataille d'Himère, en 480) et que d'autres monuments lui furent élevés par les Carthaginois dans toutes leurs colonies. Mais il y a là sans doute une confusion avec des sanctuaires de Melqart, le dieu tyrien : Meltzer, Gesehichte der Karthager, i. p. 215-6, 501 ; Gsell, Histoire, i, p. 392, n. 3.
(2) Hérodote a encore invoqué le témoignage des Carthaginois h propos de faits qui se passèrent en Sicile, en 480: vu, 167. — Dans d'autres passages, relatifs à l'Afrique, on a voulu reconnaître, à tort, croyons-nous, des renseignements d'origine carthaginoise : indications sur deux peuplades, les Zauèces et les Gyzantes; prétendus échos de la navigation d'Hannon : v. infra, § xliii ; Gsell, Histoire, i, p. 455, n. 1, et p. 513. Hérodote mentionne à deux reprises le cap Soloeis (le cap Cantin : voir § xii). dont le nom est phénicien. Mais cela ne prouve pas qu'il l'ait connu par des entretiens avec des Carthaginois. Le cap pouvait être mentionné par des auteurs grecs antérieurs; d'autre part, Hérodote en entendit parler à propos du voyage que lit le Perse Sataspès et sur lequel il fut probablement renseigné ft Samos (conf. Gsell, Histoire, i, p. 513, n. 2).
(3) Voir, entre autres, Hauvette, Hérodote, p. 27-28.
(4) Hérodote, iv, 152.
après le livre sur TEp^ypte (livre n). Dans ce livre**), l'auteur indique qu'il parlera plus longuement év -zoiai Ai6vy.oï(ji XôyoïGi des causes qui déterminèrent la chute d'Apriès. Or ce qu'il en dit au livre iv<2) est à peine plus détaillé. Il avait eu le temps, semble-t-il, d'oublier sa promesse (3). En un autre endroit du livre iv'*), il renvoie à son traité sur l'Egypte'^). D'autres passages encore du même livre prouvent qu'il connaissait cette contrée^^h
Lorsqu'il la parcourut, un certain nombre d'années avaient dû s écouler depuis la bataille livrée à Paprémis en 459(7). Le pays était entièrement pacifié, sous la domination des Perses: la révolte d'Amyrtée, qui durait encore en 449, avait donc pris fini^). Hérodote rédigea-t-il le traité .sur l'Egypte aussitôt après son voyage dans la vallée du Nil ? Nous l'ignorons. Mais l'on peut croire que, quand il l'écrivit, il était déjà allé à Gyrène, car des passages du livre M témoignent de cette visite l^).
Le traité sur la Libye aurait donc été composé un certain temps après 449. Il est impossible de préciser
(1) Chapitre 161.
(2) Chapitre 159.
(3; On pourrait, il est vrai, supposer que nous avons des Atêwxoè Àoyot une rédaction qu'Hérodote ne regardait pas comme détinitive et qu'il n'aurait pas eu le temps de mettre au point.
(4) Chapitre 181.
(5) w? xaè TTpfjieçov eipTnrui uot (renvoi h ii,42).
(7) III, 12. Il Ht des observations sur les crânes des Perses qui avaient été tués dans cette bataille.
(8) .lacoby, s. v. Herociotos, p. 266.
(9) II, 32 (conversation avec des Cyrénéens) : ii, % (lotus de Cyrène) ; n, 181 (statue d'Aphrodite à Cyrène). Voir aussi ii, 77, sur la constitution robuste des Libyens (conf. iv, 187) ; ii, 28 (entretiens avec des Libyens : il est vrai qu'Hérodote aurait pu rencontrer ces Libyens en Egypte). — Du reste, cela ne prouve pas, comme on l'a soutenu (Malten, h'yrene, p. 195), que le séjour d'Hérodote ù Cyrène ait été antérieur ft son voyage en Egypte.
davantage(l). Peut-être même notre raisonnement est-il contestable. En effet, si ce traité fut formé de plusieurs morceaux rédigés à diverses époques et remaniés ensuite, si l'on admet que le traité sur TÉgypte fut également remanié, nos points de repère disparaissent.
(l) Nous trouvons un indice chronologique au chapitre 163, où Hérodote mentionne un oracle qui fut certainement forgé après la mort d'Arcésilas iv de Cyrèue. Or ce personnage régnait encore en 460 (Hauvette, p. 27, n. 2). Mais c'est lô une constatation inutile, puisque nous savons par ailleurs que les AtÇu/ot Xôyot sont bien postérieurs h cette date.