Tr., V
nésiODB. 11
l5o BÉSIODÊ
Mais radaptation ne se borne pas à une imitation : Hésiode applique souvent les procédés homériques à des mots inconnus d'Homère. Un mode de développement familier à l'épopée est l'accumulation d'épithètes; quand Hésiode en fait usage, c'est surtout avec des termes nouveaux :
(ZfjXoç) îuoxiXaBoç, ^axo^apTOç i[k(xpTfi(jtij orTUYspci^rriÇ... ...(xexopTiUiévcv fi'^op) xpif^vr^ç t' ievaou xai i';:oppjTOu, i;-:' aOéXo-
Le premier vers n'est pas sans quelque redondance ; dans le second, l'emphase a son utilité pratique : si la forme frappe davantage les auditeurs, ils se souviendront mieux qu'il ne faut pas boire d'eau stagnante.
Parfois, c'est au milieu d'une phrase toute prosaïque que surviennent ces expressions empruntées :
Tov çtXéovc' em SatTa xaXsTv, tov S* krjfiph êaaaf Tov 8à (xaXiffTa xaXeïv, cjtîç dsôsv kyyù^i vaCei.
Tous ces mots sont du langage ordinaire, sauf les deux derniers, qui terminent aussi un vers de V Odyssée^. Après avoir donné des renseignements très techniques sur la fabrication du vin, le poète le désigne par cette périphrase : îtôpx Aiwvjffou xoX'JY7)8éo; 3 ; il a voulu sans doute atténuer la sécheresse excessive des vers précédents. Peut-être est-ce encore pour cette raison que les préceptes les plus terre-à- terre sont agrémentés de fragments assez considérables de vers épiques^.
Les deux éléments distincts dont se compose le vocabulaire
1. Tr,, V. igd SgS: fiixrxéXaSo; et àicdppuTo; sont seuls homériques. L'a^jociif xaxdx«pTo; se retrouve au vers a8 (^£pic xax6xapToc) ; le sens en est controversé : « 'AiAçièoXov YjTOi y OLP tj iid xaxotc x^^'P®^*'* ^ ^?' ? ^^ xaxol ^atpouaiv. » (Etym. Magn,, p. tSU^ 46). Cf. v. ai a, etc.
a. Tr., V. 34a sq.; — cf. Od,, VII, v. ag. Hésiode s'est déjà servi de la même expression à la fin du vers a 88.
3. Tr., V. 6i4; — cf. Od., XXIV, v. 74 : Aiwvvaoïo 8à Ôwpov. Le mot itoXvpQÔi^ç est emprunté à V Iliade (XXI, v. 45o: woXuyYjôle; *Ûpai).
4. *EC4|avoç 8' Sys Oeto; àvnp, itticvv|jLéva elÔw; (ôjiixct). (V. 731, - cf. Od., IV, V, 696, etc.)
Mtiô£ icot' ev Tcpo^OT) TCOTa{iâ>v aXaÔe Ttpopeôvtwv ...OVpClv* * (V. 757, — cf. Il.t V, V. 598, elc.)
L^EXPRESSION DEÂ IDEES MOÀALES : LE STYLË làl
d'Hésiode sont ainsi constamment mêlés Tun à l'autre, soit par une simple juxtaposition de termes hétérogènes, soit par la valeur exhorta tive donnée aux termes homériques. La fusion des deux courants est plus intime encore lorsque Hésiode, pour nommer un objet agricole ou exprimer une idée morale, se sert d'un mot employé par l'épopée, mais en le détournant de sa signification primitive. Dans V Iliade, apTq désigne le faucon; chez Hésiode, c'est la faux, à la lame aussi crochue que le bec d'un oiseau de proie'. La corde d'un arc en est le lien, at^iç^; les règles de la navigation en sont les mesures, ixéipa^. *'H0ea ne signifie plus seulement un séjour habituel^, mais les coutumes ou le caractère des hommes^. L'expression finit par y perdre de sa clarté : on hésite un moment avant de comprendre que le labeur inutile, Ipyov sTtijtsv, désigne un sillon inachevé 6, et que le mauvais bruit fait par la haine n'est autre chose que la médisance 7. Est-ce uniquement pour orner son style que le poète court le risque de le rendre vague ou même obscur? Ses tendances habituelles sont tout opposées. Les emprunts étaient nécessités par la nature de l'ouvrage; mais il n'était pas toujours possible de plier complètement à leur usage nouveau les mots antiques auxquels on était contraint d'avoir recours. Cependant cette espèce d'impropriété est trop fréquente pour pouvoir être mise sur le compte d'une négligence, et, d'ailleurs, elle n'est pas spéciale aux passages imités d'Homère. Hésiode remplace volontiers le nom d'un