‹ Hésiode et son poème moralChapitre 132 sur 165 · Tr., V. 38o · texte numérisé non relu

Tr., V. 38o

nÀe{(i>v jxèv icXe6v(j>v (jLsXéiY], {letscov ô' eictOi^xv].

Cf. V. a 16, aao, 371, a85, 3a7, 365, 360} Miô, etc. Ce fait est très fréquent dans tous les genres poétiques (cf. Kuhner-Gerth, Aussfahri Gramm. der Griech. Sprache, U, i,p. Ai).

6. Celte ellipse a lieu entre autres avec les verbes exeiv (v. 64), expu^/E (v. 47), (TTéçov (v. 75), èdxéÔaae (v. 96), epSeiv (v. i36), çepépLev (v. ai 5), pdtXXr.xai (v. 397), TrjÇeai (v. 4oi), Xy«9)ç fibid.), etc.

L^EXPRESSlOrt bES IDÉES MORALES i IE ST^LÊ i65

volontiers une forme antithétique, d'autant plus frappante que la phrase est plus courte, et les termes opposés plus rapprochés. Souvent en un même vers quatre mots se répondent ainsi deux à deux :

'Psta o' àp{ÇYjXov aivi56et y.al aSYjXcv âéÇet...

Les vers construits de cette manière sont très faciles à retenir : ce rythme assez spécial y remplace le chant des aèdes.

Ces poètes primitifs avaient coutume, pour aider leur mémoire, et sans doute aussi pour faciliter leur tâche d'improvisateurs, de répéter fréquemment certains vers, sorte de refrains, annonçant un discours, un dévelojppement nouveau, et dont le retour accordait à Tesprit du chanteur un répit momentané 3. Hésiode a comme eux usé quelquefois de ce procédé, notamment dans le mythe des âges, où la symétrie des tableaux est accentuée par cette reprise du vers qui les conclut^. Mais les hémistiches répétés par un artifice analogue sont beaucoup plus nombreux que les vers entiers; il ne semble pas qu'Hésiode, qui déjà puisait largement aux sources homériques, ait eu le moindre scrupule à se copier lui-même, — ce qui était encore une façon d'imiter ses modèles ^. Au reste, les auditeurs y trouvaient leur avantage : grâce aux points de repère que leur fournissaient des fragments de vers déjà connus, la

I. Tr., V. 6, 586; cf. v. 276, Bi^, 3/ia, 354, 716, etc. Parfois rantithèse se complique d*un chiasme : yetTOVEC «Çwaxoi exiov, J^iâtray-zo ôà Tcyjoî (v. 345, — cf. y. 7, 3&6). — Les alliances de mots sans cette correspondance rythmique sont plus rares; exemple: 5p«aÇ... Gavatoio Sëteipa (v. 356, — cf. v. 57-58, 35a, etc.). — Quelquefois les deux termes opposés et juxtaposés sont de même racine, ce qui est fréquent aussi chez Homère : açatot te çatot te (v. 3), frixoi t' àppriToî te (v. 4), aiôû ôé.T* àvaiSeitj xaTonciÇTi (v. 3a4), àvép* àvrjvopa (v. 751, suspect), etc.

a. Les vers le plus souvent répétés chez Homère sont ceux qui annoncent un changement d'interlocuteur :

Tbv S' T)(jLEt6eT* EireiTa Ôeôt yXauxcoTct; 'AOi^vr;... Toîdt Si IJL'JÔMV r,p'/e itanip ccv6p(I>v te 6êôv te... Tbv ô' QL\i TY{ké[L0LXOi itETCvvpiévoç àvTiov Y){;5a..., etc.

3. AÙTàcp inù Br\ (ou xat) toOto yévoç xarà yaîa xâXu<|/Ev (v. lai, i4o, i56). Sur les vers 134-135 (= a54-255), 817 (= 5oo), 343 (=700), cf. p. io4, n. 4-

4. Cf., par exemple, les vers 91 et ii3 (voer^iv arsp te xaxû>v-7c6v(i)v), — log, i43 et 180 (yévoç (iEp6n(«>v àv6pcu7ca)v), — 110 etiaS ('OXujJiTcia ôcûjiax* exovte;), — 117, 178 et a37 (ÇsfScopoc ocpoupa), — 78 et 78g (^txiB&a. 6* ai|jLuXiouc îe X^you;), — 3o3 et 741 (tw Se Osq\ vE(A€(iû9t)f — 584 et 664 (OépEo; xapLottcoSso; (tfpY)-(ï)pv)(), etc.

l64 HÉSIODE

récitation était plus facile à suivre, et les préceptes restaient d'autant mieux gravés dans les mémoires.

Un simple mot répété à dessein peut d'ailleurs, de bien des manières, souligner un conseil du poète. Si cette reprise a lieu en un seul vers, elle en oppose les deux parties; c'est encore une sorte d'antithèse qui frappe d'autant plus qu'elle est toute formelle ■. Il arrive même qu'un nom soit répété deux fois de suite, et non sans intention; tel est le procédé dont Hésiode use pour représenter la concurrence qui met en rivalité les hommes de même condition :

xai X6pa[xe'jç xepajJLsT xcTset xai Téxiovt Téxxwv, xal -ïrTCùxoç XTto^û ^6cviet xxi àziZoq àotSw*.

G*est souvent un moyen — tout matériel et bien primitif sans doute — d'attirer et de retenir l'attention, d'insister sur une prescription importante en nous y ramenant par un artifice mnémonique. Les mêmes formules impératives nous rappellent de temps en temps que le poète nous dicte un devoir, et qu'il faut l'accomplir 3. C'est ainsi que l'idée maîtresse de chaque passage s'impose à nous presque mécaniquement. Dans la navigation, il importe avant tout de bien choisir le moment où chaque chose doit être faite; l'adjectif wpaToç, six fois répété dans l'espace de quatre-vingts vers, suffirait à nous le rappeler^. S'agit-il de se tenir en garde contre de mauvais présages, le verbe àXéaj6at, répété cinq fois de suite,' nous fait penser aux dangers à éviter &. Dans les préceptes qui concernent la justice,

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