‹ Hésiode et son poème moralChapitre 58 sur 165 · Cf. Hérodote, I, x sq., etc · texte numérisé non relu

Cf. Hérodote, I, x sq., etc

et leur coucher le labourage ; c'est par la position de Sirius, d'Arctouros ou d'Orion qu'Hésiode détermine chaque saison'. Il est impossible, par cette manière de compter le temps, d'atteindre à une précision rigoureuse ; mais les notions très générales que possède Hésiode sont d'une parfaite exactitude'. Les écrivains anciens qui ont traité des sujets analogues à une époque où la science avait déjà fait de sensibles progrès, Xénophon, Théophraste, Élien, de vrais savants comme Varron ou Pline, ont souvent corroboré ses informations, et les ont rarement contredites^. Car elles étaient toujours scrupuleusement contrôlées par son expérience personnelle : il ne faudrait pas attribuer les connaissances astronomiques d'Hésiode à un enseignement sacerdotal issu de l'astrologie chaldéenne ou égyptienne; ce sont plutôt des remarques comme en fait un paysan accoutumé à passer les nuits en plein air, et qui connaît bien le ciel parce qu'il l'a souvent contemplé. C'est en examinant sans cesse la terre et la vie autour de lui qu'il avait pu acquérir quelques éléments de météorologie et d'histoire naturelle, touchant le régime des vents, la qualité des divers bois, les mœurs des escargots, des oiseaux ou des cigales^. Par cette observation constante de la nature qui l'environnait, il en apprenait tous les secrets ; ce que la tradition seule pouvait lui faire connaître, les animaux étranges qui vivent au fond des mers, les régions glacées de la Thrace ou le pays des (( hommes noirs » brûlé par le soleil, il en parle peu, n'osant guère avancer des faits qu'il n'a pas vérifiés 5; et ce n'est pas

1. Tr,, V. 383 sq., 417 sq., 564 sq., $98, C09 sq., 6i5, 6ig. Le seul nom de date employé par Hésiode est celui du mois ionien Lenœon (v. 5o4).

3. Voir notamment dans Tédition Paley (p. a8i sq.) la vcriûcation faite par le D'Pcarson des faits rapportés par Hésiode aux vers 564-567 (position d'Ârclouros vers le 1" mars).

3. Cf. notamment v. 383 et Pline, H. N., XVIIl, 69, — Théophraste, H, P., VII, i,a, — Y. 448 et Elien, N, A,, III, i3, — v. 479 et Xénophon, Écon., XVII, i,— Varron, De Re rustica, I, 34, i, — v. 570 et Platon, Lois, p. 844, etc.

4. Tr., V. 631. 670-677, 681 sq., — v. 435, 486, 671 sq., 682 sq.; — cf. v. 448 sq., 5a4, 568, etc.

5. Tr., V. 5o6 sq., 534-5a8. Hésiode croit encore à Texistence du «fleuve Océan» (v. 566). Outre ces éléments de géographie, la seule notion astronomique qui soit forcément d'origine étrangère est celle du solstice (Tr., v. 479, 564i 663), que les peuples situés sous les tropiques peuvent seuls constater directement. — Ce que dit Hésiode du polype qui «se ronge les pieds» (v. 5a4) a été contesté par Pline (H. N., IX, 39) : « (Polypodem) brachia sua rodere faUa opinio est : id enim e congris evenit ei. »

un moindre mérite pour un moraliste que pour un poète didactique, que d'être en toute matière aussi parfaitement consciencieux I.

Réduite à des observations personnelles et à quelques notions géographiques transmises par les récits des voyageurs, la science d'Hésiode est nécessairement rudimentaire. La recherche de la vérité ne revêt d'ailleurs chez lui aucun caractère spéculatif, et n'a d'autre raison d'être que ses résultats pratiques. Hésiode paraît avoir déjà pensé que u savoir, c'est pouvoir » : car la science est à ses yeux un moyen de nous assurer^ dans toutes nos entreprises, une nouvelle chance de succès : c'est pour faire fructifier notre travail qu'il est bon d'être instruit, c'est-à-dire expérimentée Grâce à nos connaissances, nous pourrons acquérir la prévoyance, dont Hésiode fait ressortir la nécessité dans tous les conseils qu'il adresse aux campagnards comme aux navigateurs ; et pour les paysans qui n'ont d'autre calendrier que la marche des étoiles et la croissance des végétaux, le savoir est indispensable au maintien de cet ordre que l'homme doit apporter dans toutes ses afifaires. Mais c'est précisément par son caractère utilitaire que la science a pour l'auteur des Travaux une grande valeur morale : grâce aux avantages matériels que l'on peut en retirer, elle est un élément important dans la recherche du bonheur légitime qui fait l'objet des préceptes d'Hésiode.

Dès que la science cherchait à dépasser le domaine de l'expérience, elle entrait nécessairement dans celui de la religion. Mis en présence des phénomènes naturels, l'homme

I. Hésiode passait aux yeux de toute l'antiquité pour un auteur omniscient: Uermésianax, cité par Athénée (XIII, p. 697 d), l'appelle Tràay); f,pavov taTOpiTiç; c'est cette réputation qui lui a valu la fameuse critique d'Heraclite (fr. 4o Diels = Diog. Laert., I\, 1): HoXujxaÔi'ri vdov oy oiôicntei, xtX. — La superstition seule le conduit parfois à des affirmations sans fondement ; c'est ainsi qu'il prétend (v. 777) que l'araignée file sa toile le douzième jour — ou, suivant nous, le trentième —de chaque mois. C'est pour cette raison que Schômann conteste l'authenticité du vers 777 ; mais ce n'est pas la seule croyance peu justifiée que l'pn surprenne chez Hésiode.

a. Tr.,'\, 836-827 (cités p. 48); cf. v. 396-297, 6^0 sq., etc.

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se borna d'abord à les constater, puis peu h peu à les prévoir; mais la seule explication qu'il pût y trouver consistait à diviniser les forces de la nature, c'est-à-dire à leur attribuer non seulement un pouvoir illimité, mais surtout une volonté libre'. L'imagination plastique et réaliste des Grecs en fit des personnalités nettement déterminées, et la poésie épique acheva de donner à chacune d'elles sa physionomie distinctes L'histoire de la nature devenait ainsi l'histoire des dieux, et la science se trouvait inévitablement englobée dans la religion.

La conséquence de l'anthropomorphisme fut qu'à la puissance physique des divinités, où se conservait un souvenir de leur origine 3, s'ajouta une autorité morale, qui devint bientôt prépondérante. Pour Hésiode, Zeus est bien le dieu qui lance la foudre, qui fait mûrir les fruits, qui, à la lettre, fait la pluie et le beau temps ^; mais c'est surtout le souverain infaillible, impénétrable, protecteur et gardien de la justice^, le maître incontesté de l'Univers, qui exige des mortels une rigoureuse obéissance^. Au-dessous de lui, mais étendant encore sur l'humanité leur domination absolue, les autres dieux l'aident à gouverner le monde suivant les lois de l'équité : 'ce sont eux qui exigent de nous la probité, Pactivîté, le respect de l'amitié et de la parole donnée^. Aussi, pour déterminer la valeur morale d'une action, le moyen le plus sûr est-il de se demander quelle satisfaction ou quel déplaisir les dieux doivent en éprouver. Car autant leur faveur est profitable, autant leur inimitié est à redouter : c'est grâce à leur appui

I. Certains auteurs voient dans le culte des fleuves {Tr., v. 737-741* 757-769), des vents, etc., les vestiges de la primitive religion naturaliste. Cf. L. Schmidt, op. cit., t. II, p. 85-87.

3. C'était déjà Tavis d*Hérodote, qui attribue à Homère et à Hésiode — en les considérant comme les deux plus anciens poètes épiques de la Grèce — la création de la théogonie hellénique : « Us ont donné aux dieux leur nom, leur culte, leurs attributs et leur physionomie. » (II,53.)Cf. également Xénophane, fr. i6CrusiuB,v. i :

navra 8eoî(j' «vé8y)xav "Ofnripi; 6* *H7io66; te.

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