LA MORALE D HESIODE 7I
que la maison du juste, le champ du travailleur sont en pleine prospérité» ; mais ils peuvent causer bien des maux — Hésiode ne se lasse pas de le répéter — aux hommes qui, par leurs défauts ou leurs vices, attirent sur eux la colère céleste^.
Le premier de tous les devoirs religieux est donc de mériter par notre bonne conduite les bienfaits des dieux; en ce sens, on a pu dire que la piété n'était pour Hésiode que « le couronnement de la morale )) 3. Elles ne se confondent pas cependant, car ce n'est pas seulement dans notre cœur qu'il faut honorer les dieux; nous leur devons aussi des témoignages extérieurs de notre respect : notre soumission à leurs volontés doit être complétée par le culte que nous leur rendons. Quoique le polythéisme des Grecs fût une des moins formalistes parmi les religions antiques, les détails du culte ne pouvaient manquer, en s'accumulant, d'acquérir à la longue une importance considérable, et, même pour les hommes d'un esprit très élevé, les actes pieux n'étaient pas moins nécessaires que les sentiments pieux. Xénophon, gardant sur sa tête, à la mort de son fils, sa couronne de sacrificateur, fait moins preuve de grandeur d'âme que d'une piété très profonde : interrompre une cérémonie religieuse serait une offense aux dieux^. Dans l'évolution de presque toutes les religions, cette partie matérielle finit par absorber l'esprit au point d'étouffer la véritable piété : c'est l'époque de la décadence, celle des arguties et des minuties que Jésus a si vivement reprochées aux pharisiens^. Pour Hésiode, la religion ne se réduit pas au culte; les manifestations concrètes des sentiments religieux ne nous dispensent pas d'obéir dans tous, nos actes aux prescriptions morales de la religion; la dévotion ne tient pas la place de la piété, mais elle en est le complément indispensable. Quand les dieux ne reçoivent pas les honneurs qui leur sont dus, le courroux