DU CORPS PUTRESCIBLE. U
Le deuxième verre était rempli d'eau qui avait bouilli, mais de 5 grammes de foin qui n'avait point subi TébuUition. Le liquide était fauve et sa pellicule bien formée. 11 contenait les mêmes Vibrions que l'on rencontrait dans le vase précédent, mais en quantité immensément plus considérable. En outre on y observait une abondance de Kolpodes triticiformes.
Le troisième verre contenait de l'eau qui n'avait point été chauffée, et 5 grammes de foin qui avait, au contraire, été dans l'eau en ébuUition pendant quinze minutes. Le liquide était d'un fauve très-p&le comme celui du premier vase ; à la surface on rencontrait les mêmes Vibrions que dans les deux précédents vases; seulement ils y étaient plus abondants que dans le premier vase, mais en bien moindre nombre que dans le second ; en outre on y voyait quelques Kolpodes triticiformes.
Le quatrième vase, que l'on pourrait considérer comme un critérium, contenait de l'eau n'ayant point été chauffée, et 5 grammes de foin n'ayant subi aucune préparation. Son liquide était trouble et d'une couleur fauve, et sa pellicule offrait beaucoup plus d'épaisseur que dans tous les autres vases. Sa faune était la même, mais plus abondante que celle des autres verres. On y voyait à la fois des Vibrions granifères y des Vibrions lisses , et des Kolpodes triticiformes.
Ces expériences rendent donc évident ce que nous avons avancé, à savoir : que le corps putrescible qui a subi l'ébuUition, est moins propre qu'auparavant à fournir les particules élémentaires des Protozoaires.
1 50 HBTÉROGÈNIB.
Cette conclusion aurait pu se déduire à priori^ car on conçoit que l'action d'une chaleur élevée. et lé contact de Teau ont dû attaquer une partie de la substance organique du solide, et par cela même le rendre moins apte à reformer d'autres organismes»
Il est certain que la diversité des substances orga^ niques soumises à la macération, entraine des différences notables dans les Microzoaires qui se développent au milieu d'elles. Bory de Saint-Yinceat Tavait depuis longtemps reconnu (1), etTreviranus insiste également sur ce fait (2) . Le premier de ces naturalistes a même remarqué que certaines infusions de produits exotiques donnaient naissance à des espèces particulières, et que même si l'on unissait deux infusions différentes, il en résultait des microzoaires qui n'étaient nullement les mêmes que ceux que produisait ordinairement chaque liquide séparé (3). M. Gérard a émis une semblable opinion (4). De tels faits sont, je pense, embarrassants à expliquer pour les physiologistes qui s'obstinent à ne voir dans les Infusoires que le résultat de c^te panspermie aérienne que nous combattons.
Treviranus avait aussi prouvé que les mêmes substances fournissent des espèces différentes, lorsque Ton fait varier les conditions de l'expérience. Ainsi, une infusion de Pois dans laquelle on ajoute de l'eau
(1) BouTj Dictionnaire classique d'histoire naturelle. Paris, t.V « p. 46.
(2) Taetirakus^ Biologie. Gottingue, 1822^ t. Il, p. 325.
(3) Bout, oper. crt.,t. V, p. 16.
(4) GËRARt», IHct. univ. d'hist. nat. ^aris, 1846, t. VI„ p. «6^.
DU COKPS PUTUBCnLE. 181
de Laurier-cerise, donne des animalcules plus fins et plus Tifs que ceux de la simple infusion (1). M. Bérard n'hésite pas à accepter cette opinion, nonobstant l'opposition d'Ehrenberg (2), et pour notre compte c'est un fait incontestable.
En effet, nos expériences, si nombreuses, nous ont (ait reconnaître l'exaclitude des opinions de Bory de Saint-Vincent et de Trevtranus; et nous allons au delà, car, pour nous, chaque substance donne nonseulement naissance à des organismes particuliers, mais ceux qu'elle produit peuvent encore varier infiniment selon les conditions dans lesquelles cetle-d le trouve : la saison, la température, la pression at* mosphérique, la nature du liquide, etc., agissent avec plus ou moins d'intensité sur la procréation. Aussi, pour l'œil qui sait saisir les moindres nuances morphologiques, il semble que presque jamais chez les animalcules une forme zoologique ne se reproduit deux toïiparfaUemeM identique.
Des substances absolument analogues produisent même souvent des animalcules entièrement différents, quoique placés dans des circonstances tout à fait identiques. Ainsi, des fragments de crânes d'bommes de diverses nations anciennes et modernes, mis macérer à la même époque, e( prés les uns des autres, noue ont donné des Proto-organismes animaux et végétaux incontestablement différents. Les faits suivants démontrent ce que nous venons d'avancer :
Expérience. — Le même jour on prit trois vases
(I) Tbitihamjb, Biologie. GoUli^e, (822, t. n. (fi)BfiaARD, Court de physiologie. Paris, 1848, 1. 1, p. 93.
1 si HÉTÉROGÈmB.
en verre, et chacun d'eux fut rempli avec 300 grammes de la même eau filtrée. Dans le premier on mit 5 grammes d'os d'un crâne d'Égyptien, que j'avais rapporté des nécropoles de Sakkara. Le second reçut 5 grammes de fragments d'os provenant d'un crAne de mérovingien ; enfin \ dans le troisième on mit 5 grammes de fragments du crâne de l'un de nos contemporains.
Chacun de ces vases fut placé sous une cloche particulière, et abandonné pendant un mois. Au bout de ce temps, durant lequel la température moyenne avait été de 20*, on inspecta scrupuleusement leur contenu, et l'on reconnut que dans chacun d'eux il était absolument différent :
Le vase qui contenait des fragments de crâne d'Égyptien, était rempli d'une énorme quantité d'Ëpis* tylis, d'Enchéliydeset de Yibrionides.
Le vase contenant des portions de crâne de mérovingien était peuplé d'immenses légions du Glaucoma scimUlanSj Ëhr. et on y observait en outre, ça et là, quelques Varticella infusionum Duj. , mais en fort petit nombre. ^^ Il ne s'y trouvait aucune des es* pèces du vase précédent (1).
Enfin, le liquide qui contenait des fragments d'un crâne contemporain, avait aussi sa zoologie particulière. — Il était seulement rempli de Kolpodes.
(1) Les crânes que nous avons employés dans nos cxpëriences proYenaient de sépultures du sixième siècle^ contemporaines de Chilpéric ou;de Mérovée.'.Le Muséum d'hisloirenalurelle de Rome les avait reçus de notre savant et infatigable ami l'abbé Cochet, auteur de la Normandie souterraine.
Immédiatement après cette première observation, les trois vases qui avaient été séparés jusqu'alors, furent placés sous une même cloche en verre; et par la suite, les débris du contemporain des Pharaons et ceux du compagnon de Mérovée ou de Aotre compatriote, continuèrent toujours à présenter une faune absolument différente.
Expérience. — Dans une autre expérience, 10 grammes des os d'un crâne de mérovingien ayant été mis dans un grand verre, celui-ci, après avoir été rempli d'eau filtrée , fut abandonné dans mon laboratoire pendant six mois d'été, ayant été simplement recouvert d'une lame de verre.
Dix grammes des os d'un crâne que j'avais rapporté des hypogées de Thèbes, furent placés à côté et dans les mêmes circonstances.
On observa d'abord que les animalcules de l'un et de l'autre vase étaient absolument différents ; puis avec le temps, ceux-ci ayant disparu des deux macérations, il se produisit de la matière verte dans l'une et dans l'autre. La macération des débris de mérovingien fut toujours beaucoup moins verte que l'autre, qui finit même par être d'un beau vert d'émeraude très-foncé. Lorsqu'au bout du temps mentionné, on examina au microscope les deux produits, on reconnut qu'il existait dans la macération d'os de mérovingien une algue remarquable, que je n'ai vue nulle part figurée, et qui était formée de cordons verts et courts, fort contournés, paraissant étendus à la surface d'un tube membraneux, excessivement mince ; ces cordons ressemblaient absolument à des phrases d'écriture arabe.
i ^^ , BiriftOGiNiB.
Dans la macération de fragments du crâne de Thébain, il n'existait rien d*analogue. La coloration d'un vert foncé était simplement due à de la matière verte de Priestléy, composée de petits^anules isolés, et d'un beau vert.
Dix grammes d'une Turritelle fossile y provenant des terrains tertiaires de Bordeaux {Turritella tere^ bralis^ Lam.), ayant été placés le même jour dans une égale quantité d'eau, et abandonnés dans le même endroit, offraient une Algue tout à fait différente de celles des deux vases précédents. Celle-ci se composait de petits bâtonnets d'un vert très-pâle, articulés, et contenant dans leur intérieur, entre chaque article, quatre nodules, plus ou moins distincts.
Nous devons ajouter â ce qui précède, qu'il est également fort notable que le corps putrescible n'influe pas seulement, par sa nature intime, sur les êtres qui se produisent à même de sa substance, mais que les proportions dans lesquelles on l'emploie, ont aussi une influence manifeste sur l'essence et sur l'abon* dance de ces mêmes êtres. I^s expériences qui sui* vent, le démontrent suffisamment :
Expérience. — On a pris quatre vases de même forme , et dans chacun d eux on a mis 300 gramme d'eau de fontaine, et une quantité de foin différente. Ces vases ont ensuite été placés séparément sous des cloches. Huit jours après , par une température moyenne de 24' et une^ pression de 0,76, on a ob* serve ce qui suit :
Le premier vase, contenant 10 grammes de foin,
DU CORPS PUTUSSCIfiLE. 155
offrait une pellicule épaisse et de teinte foncée. Le microscope signale dans sa macération une grande quantité de Kérones, Kerona lepus y MuM.y de 0,1120 demillimètrede longueur, desanigaalcuies piriformes offrant 0,0560 de millimètre de lo.ngueuryet un grand nombre de gros kistes de 0,0420 de millimètre de diamètre. En outre la pellicule proligère était remplie par une innombrable quantité de petits kistes de 0,0084 à 0,0140 de millimètre de diamètre, tellement serrés de toutes parts qu'ils se touchaient.
Le second yase contenait 5 grammes de foin. Sa pellicule est moins épaisse. On n'y observe aucune Kérone et il y existait seulement quelques animal^ culespiri formes moins gros que dans le premier vase. Les groskistes, y étaient bien moins nombreux et les petit, sencore en quantité considérable, étaient seulement moins tassés.
Le troisième vase avait reçu seulement 2 grammes 5 décigrammes de foin. Il n'offrait aucune Kérone, aucun gros kiste et Ton y distinguait seulement quelques animalcules très-petits, indéterminables. On y voyait encore quelques petits kistes, mais ceux-ci y étaient infiniment moins nombreux et moins serrés que dans le cas précédent.
Enfin, le quatrième vase qui ne contenait que 1 gramme 25 centigrammes de foin, n'offrait aucun Kérone, aucun animalcule piriforme, aucun grand kiste. Il présentait seulement quelques Microzoaires infiniment plus petits que dans les trois premiers vases et encore indéterminables. Cette macération contenait aussi quelques petits kistes; mais ceux-ci
y étaient tellement rares qu'au Heu de s'offrir par centaines dans le champ du microscope, comme dans les cas qui précèdent. Ton n'y en comptait pas plus de douze à quinze à chaque observation.
U ressort évidemment de cette expérience comparative, comme de tant et tant d'autres, entreprises par nousdansla même direction, l^^que l'organisation et le nombre des animalcules s'élève en raison directe de la masse des corps en état de décomposition, et 2"* que. ces animalcules se forment de toutes pièces dans le milieu où on les rencontre.
U est évident en effet que si la nature, le développement et le nombre des animalcules n'étaient pas absolument subordonnés au volume et à la nature du corps en décomposition, on eût rencontré les mêmes Microzoaires, et en même nombre dans les quatre vases, et il en a été tout autrement. Dans le liquide qui contenait le plus de matériaux putrescibles ils étaient d^une organisation infiniment plus élevée et en nombre infiniment plus grand que dans les autres; et on les voyait successivement diminuer à mesure que Ton arrivait aux vases qui contenaient la moindre quantité de foin. Là ils étaient même excessivement rares. Il résulte aussi de cette expérience que ce n'est point l'air qui est le véhicule des germes, car comme ces quatre vases étaient remplis d'une macération identique, si ce n'est sous le rapport de la masse du corps putrescible, on ne voit pas pourquoi les mêmes germes n'auraient pas tombé et n'auraient pas acquis un égal développement dans le dernier vase comme dans le premier.
DU CORPS PUTRESCIBLE. i 57
Dira-l-on que si le dernier vase ne présentait pas plus d'animalcules, c'est que Taliment n'y était pas en assez grande proportion? ce serait une objection puérile. Si elle était admissible, il y existerait néanmoins quelques spécimens des grosses espèces du premier, et les kistes, eux qui ne mangent point, seraient aussi nombreux dans chaque macération, c'est évident.... et il n'en était pas ainsi. On pourrait objecter que ne m'élant pas servi dune même macération, les germes se trouvaient dans le foin, mais ce résultat qu'on obtient constamment serait alors vraiment extraordinaire. Cependant pour prévenir toute controverse, j'ai aussi opéré avec une décoction de la même substance, qui avait bouilli une demi-heure, et j'ai obtenu absolument les mêmes résultats !
Nous pouvons ajouter que les mêmes macérations ayant été observées àquinze jours de distance, on reconnut constamment que la population zoologique était devenue absolument différente de ce quelle était lors des premières observations, et qu'elle offrait également des différences notables dans chacun des vases en expérimentation.
Nous avons reconnu aussi qu'entre les diverses influences que nous venons d'énumérer, l'état de division du corps putrescible avait une action très-prononcée sur les phénomènes de Thétérogénie ; et que ceux-ci se manifestaient d'autant plus promptement cl plus énergiquement que ce corps était plus finement broyé. C'est là un fait incontestable, et que cent expériences nous ont démontré. On voit même parfois, dans des observations exécutées parallèlement, se
1 58 HÉTBROaÈIIIS.
produire des espèces différentes, dans des macérations absolument identiques, sauf Tétat de division de la substance. Ces divers faits sont une preuve de plus en faveur de l'hypothèse que c'est à la décomposition du corps solide seul, et aux diverses circonstances dans lesquelles elle se produit, que les Proto- organismes doivent leur modalité.
Nous choisissons parmi nos expériences les deux suivantes; elles nous semblent suffire pour démontrer ce que nous avançons :
Expérience. — Après douze heures, à une température moyenne de 23 degrés et sous la pression de 0,76 une macération de 5 grammes d'éloupe dans 300 grammes d'eau, offre seulement quelques petits Vibrions, peu agiles, rectilignes, ayant de 2 à 4 divisions micrométriques de longueur.
De Tétoupe hachée placée dans les mêmes conditions, contenait un bien plus grand nombre de ces petits Vibrions et ils étaient tous en grande agitation. On y rencontrait en outre une quantité considérable de Vibrions) gigantesques ayant de 20 à 25 divisions micrométriques de longueur, animés de vifs mouvements anguilloïdes.
ExpÂiiiBNCE. — Dansdeuxvasesde même capacité, contenant la même quantité d'eau, le même jour, on met un poids égal de foin ; seulement, dans l'un celui-ci «st entier et lié en une petite botte; et dans l'autre il est haché excessivement fin et contenu dans un sac de tulle. Au bout de huit jours, la température ayant été en moyenne de 21 degrés et la pression de 0,755 on observa les deux vases en expérience, et
DE l'eau. 199
Ton reconnut que la population zoologique de Tun était absolument différente de celle de l'autre. ^Dans le vase où le foin était entier Teau offrait une teinte fauve nébuleuse etia pellicule présentait peud*épaisseur et était arachnoïde. Sa trameencore distincte était formée de l'enchevêtrement de longs Vibrions, dans l'intervalle desquels on distingue une énorme quantité de Menas lens Duj. morts. Le liquide était rempli d*animalcules piriformcs de 15 divisions micrométriques de longueur.
Dans le vase où le foin a été haché la faune est plus riche et absolument différente. Elle se compose d*une énorme quantité de Kérones, parfaitement adultes et d'une abondance deKolpodes d*une taille extraordinaire, et que je n'ai jamais rencontrés^ du moins avec une telle dimension. Ces Kolpodes ont 40 et même 45 divisions micrométriques de longueur et offrent des estomacs nombreux, disséminés dans une substance diaphane. En outre il existe aussi dans le liquide une Algue rameuse , ^cloisonnée , et de fous côtés nagent des Vibrions et des Monades.
SECTION 11. — DE l'eau.
L'eau joue un rôle important dans les phénomènes de rhétérogénie, et elle est regardée, avec raison, comme l'un des éléments indispensables au développement des Proto -organismes. En considérant le sujet d'un pointde vue plus élevé, on reconnaît même que toute existence soit végétale, soit animale, dérive primitivement de celle-ei , et que dans la suite, soit
160 HÉTriaOGÈlflE.
à l'état liquide, soit à Tétat de vapeur^ elle continue d'être de la plus haute importante pour l'entretien de la vie.
C'est donc avec une sorte de raison instinctive, que les auteurs inspirés des principales cosniogonies, font tous sortir de Teau la majeure partie de la créa* tion. En traçant le tableau de l'origine des choses, les livres sacrés de presque toutes les nations nous représentent la superficie du globe comme étant submergée par un immense océan. Les commentateur de la Bible, ainsi que l'indique lui-même saint Jean y s* accordent à émettre qu'à l'époque du chaos, la terre était entièrement couverte par une vaste mer, qui dispafut pour faire place à la création (1). Le mot abîme de notre texte sacré a même été considéré par la plupart des commentateurs comme synonyme des eaux sur lesquelles planait l'esprit de Dieu (2).
L'élément fluide joue aussi un très-grand rôle dans les cosmogonies indiennes. Là, les védas représentent Siva,* le suprême auteur de la création» déposant daps le sein de l'Océan les germes de l'universalité des êtres (3). Ailleurs ils peignent Yichnou, qui en est le symbole, flottant sur l'abime des eaux,
(1) Skinn Jean , Apocalypse, ch. xxi, 1. — Gomp. Bost , t. I, p. 238.
(2) Gomp. J. A. Bost, Dictionnaire de la Bible. Paris, 1849, 1. 1, p. 231. — Job, xxxviii, 30. Ps. xlii, viii, civ, vi. — Jonas^ ii, ft.
(3) Siva, principe de la chaleur et de la lumière, y tient manifestement la place du grand générateur ou créateur. Son action a précédé toute autre action, et c'est lui qui déposa dans les eaux primitives (représentées parBhavani), les germes producteurs de toutes choses. (F. Creuzer, Religions de Vantiquité. Paris, 1825, t. I, p. 177.)
DE l'eau. 161
paisiblement endormi dans les replis du serpent adysséchen (1). Enfin , dans d'autres endroits, s offre la charmante figure de Maya, mère de la mer de lait, matière première de toutes choses (2), et d'où naquit la déesse des sciences elle-même , Sarassouadi^ épouse de Brama (3).
Dans les anciennes théogonies des Persans, on voit que ceux-ci regardaient la terre, l'air et Teau, comme les principes de toutes choses (4).
Au milieu de leurs errements, les alchimistes du moyen âge et de la renaissance, accordent aussi à l'eau une suprême puissance et la considèrent comme le grand agent de la vie universelle. Dans un endroit de ses œuvres, le trop célèbre Paracelse la désigne sous la dénomination de creaturarum universarum mairix (5). Et plus loin, comme s'il avait une con-
(1) Selon Greuzer^ Yichnou n'est pas seulement i'eau, mais bien plutôt l'esprit ou le souffle divJn , se mouvant ou marchairU sur les eaux, c'est-à-dire les vivifiant. (Relig. de Varit., iA, p. i69.)
(2) C'est une des plus gracieuses conceptions de Tart indien. Cette déesse , richement parée et entourée du voile des préformations, dont les plis recèlent toute la création , effleure légèrement la surface de la mer de lait qui s'écoule de sou sein en deux longs ruisseaux.
Comp. Niclas Muller, inDoaoVs morgerUand. AUerthum,XAl, pi. 2, fig. 2. — Creuzer> Relig. dé l'atU,
(3) SoNNERAT, Voyage aux Indes orientales. Paris, 1782, t. I, p. 154-172.
(4) Th. Hyde, Veterum Persarum religionis historia, eorumque Magorum. Oxonii^ 1760, 1. 1.
(5) Paracelse. Nobilis, clarissimi ac prohatissimi philosophé et mediciy Dn. Aureoli Philippi Theophrasti Bombast, ah Hohenheim^ dicti Paracelsi , operum medico^chimicorum sive paradoxorum^ tomas genuinus primus, Francfort, 1603, t. III, p. 25.
POUCBIT- i 1
fuse idée du rôle des principaux agents de Thétérogénie, on le Toit dire : « Vita in omnibus animcdibus a a duahus sphœris gubematnr : a superiore quœ « aer est et ignis ; ab inferiore , quœ aqua est et « terra (1). »
Si, abandonnant ces supputations purement historiques, nous passons à Texanien de la fonction de l'eau dans la production des phénomènes de Thétérogénie, nous reconnaissons que, quoique l'apparition normale des Proto-organismes nécessite ordinairement la présence simultanée de ce fluide, de l'air et d'un corps putrescible, il est cependant non douteux que des organismes peuvent apparaître, ainsi que le dit Gleichen, dans l'eau simple, filtrée ou distillée; seulement leur formation y marche beaucoup plus lentement que dans les infusions, la nourriture y manquant (2). Selon Fray, l'eau pure seule pourrait même engendrer des Microzoaires ; il assure en avoir parfois observé dans celle-ci (3). Si ce savant ne prétendait y avoir rencontré que des végétaux rudimentaires, nous pourrions partager son opinion, mais jamais nous n'avons vu de l'eau distillée produire des animalcules, si ce n'est de la matière verte.
En effet, lorsque de l'eau très-pure, ou même de l'eau distillée, est abandonnée à la lumière dans les yases de nos laboratoires, au bout d'un temps qui varie, selon la température, on voit y apparaître des
(1) Paracelse^ Id,f ibid., p. 27.
(2) Gleichen , Dissertation sur la génération, Paris , an VU , p. il6.
(3) Fray, Essai sur V origine des corps organisés, Paris, 18i7.
DE l'bàU. 163
granulations d'un beau verl, rondes ou elliptiques, plus ou moins abondantes et rapprochées. Celles-ci sont immobiles ou douées de mouvements excessivement prononcés.
Cette matière verte, dont il est souvent question lorsqu'il s'agit de génération spontanée, fut signalée au monde savant par Priestley, dans un travail devenu célèbre. Ce physicien ne l'avait d'abord considérée que comme un sédiment muqueux (1); mais à peine deux ans s'étaient écoulés depuis sa découverte, qu'il revint sur sa première idée, et éleva cette matière au rang des végétaux, en la regardant comme une espèce de Conferve (2). Forster, Senebier et De Candolle, ont successivement partagé cette erreur. Le premier la prit pour le Bissus botryoides de Linnée; Senebier ne vit en elle que le Conferva cespitosa filis rectis undique divergentibtis de Haller (3) ; et De Candolle créa pour celle-ci son Vaucheria infusionum (4) .
Ingen Housz, patient observateur, jeta un jour nouveau sur la nature de la matière verte, qui avait déjà donné lieu à tant de controverses (5). Il la considéra d'abord comme une espèce de mousse ; puis plus tard il se rangea de l'opinion de M. Thompson de la société royale de Londres, qui ne vit en
(1) Priestlet^ Expériences et observations sur différentes espèces d'air, etc. Paris, 1779, t. IV.
(2) Priestlbt, Expériences et observationSy etc. 178i, t. V.
(3) Senebier , /ournal de physique. 1781, t. XXVIT, p. 209. Ouvrage sur la lumière solaire. 1782.
(4} Db Candolle, Flore française. Paris 1805, 1. 11, p. 65. (5) Ingkn Housz, Journal de physique. 1784, t. XIV, p. 356.
164 HÉTÈR06ÉNIE .
elle que des animalcules (1) et il l'envisagea comme n^étant que le groupement d'une immense quantité de Microzoaires auxquels il donna improprement le nom d'Insectes (2). Cette matière se développe également dans l'eau de pluie, dans les infusions, et même dans l'eaii de la mer, et elle abonde parfois aux environs des fontaines, sur les pierres qui sont imbibées d'eau. Selon Bory de Saint-Vincent^elle se développe bientôt après que l'eau a manifesté son sédiment muqueux, et celui-ci s'en remplit pour constituer le végétal qui, par son extrême simplicité, a le droit d'être placé à la tête de la série, le Chaos prirnordialis. Ainsi donc, pour ce savant, celui-ci n'est que le résultat de l'apparition de la matière verte, qu'il appelle matière végétative de la matière muqueuse (3). Enfin, plus récemment, cette matière paradoxale a été regardée par Wagner comme n'étant formée que par les cadavres de plusieurs espèces d'infusoires de couleur verte, et surtout par ceux de VEuglena viridis (4). Nos observations nous ont conduit à la même conclusion , en voyant cette matière verte s'aniaier à certains moments de mouvements qui ne peuvent appartenir qu'à Tanimalité.
Des Proto-oi^anismes peuvent aussi apparaître dans des liquides de composition variée. Retzius dit
(1) TaoMPSON, Transactions philosophiques. n87.
(2) Ingen Hodsz, Ea>périenoes sur lesvéffétauœ. Paris, 1789, t. H, p. 365.
(3) BoEYOE Saint- Vincent, Dictionnaire classique d'histoire noturelU. Paris, { 826, t.'J, p. 264.
(4) Gomp. J. MuLLER, Manuel de physiologie,\. I^ p. 11.
BE l'eau. 165
avoir vu desGonferves se développer dans une dissolution de chlorure de baryte , opérée à laide d'eau distillée, et contenue dans un flacon bouché à l'émeri (1).
Dans certaines circonstances, la composition de Teau peut à elle seule expliquer l'apparition des Microzoaires, sans qu'il soit utile d'invoquer la présence de germes. De l'eau météorique, analysée par Zimmermann , lui a fourni une certaine quantité d'une substance particulière, dégageant de l'ammo** niaque, différente du mucus, et qu'il a appelée Pyr^ rhine. Cette eau contenait en outre du fer, du manganèse, de la chaux et quelques autres substances (2). Selon Nées d'Esenbeck, lorsque cette pyrrhine vient à se précipiter, il se peut qu'elle produise des animalcules.
Selon Burdach, l'eau qui, dans nos expériences, se fait remarquer par sa plus grande fécondité en produits organiques, est celle de la rosée ; l'eau de pluie vient après, et enfin celle de source (3).
On peut considérer comme une règle générale que le mouvement fermentescible qui précède constamment Tapparition des Protozoaires, se manifeste beaucoup plus lentement et plus difficilement dans l'eau qui a bouilli, que dans celle qui n!a pas subi l'action de la chaleur. Les observations viennent à satiété établir ce que nous avançons.
(1) ReTzitJS. Froriep, Notizmli, no 56,
(2] Zimmermann » Archiv, (kir gesammte Naturlehre, 1. 1, p. 257. ArchîTes de l'histoire naturelle.
(3) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1. 1^ p. 18.
Expérience. — Les diverses combinaisons suivantes ont été abandonnées durant cinq jours à Tair libre, par une température moyenne de 24% et une près* sion de 0,755. On opérait sur 300 grammes d'eau.
Le premier vase contenait une décoction de foin, filtrée, ayant subi une heure d'ébuUition. Le liquide était un peu trouble et fortement coloré en fauve ; sa surface n'offrait aucune trace de pellicule. Seulement de place en place .on voyait nager quelques petits îlots d'un Bissus microscopique, inarticulé, rameux. Il n'existait aucun animalcule dans la liqueur.
Le second vase contenait, outre la même décoction que le précédent, 5 grammes du foin qui avait servi à la confectionner. Le liquide n'offrait pas la moindre trace de pellicule. Le microscope y signala quelques rares fragments du même Bissus que dans le vase précédent, et de plus une immense quantité de Vibrions en mouvement. Aucun autre animalcule n'y existait.
Le troisième vase contenait de l'eau de citerne filtrée, dans laquelle on avait mis 5 grammes de foin qui avait subi l'ébullition. Le liquide était d'une couleur fauve, et recouvert d'une pellicule bien formée. Il était peuplé de Kolpodes, de Glaucomes et d'une innombrable quantité de Vibrions dispersés au milieu de filaments bissoîdes.
Enfin , un quatrième vase était rempli d'eau de citerne, et contenait 5 grammes de foin, n'ayant subi aucune préparation. Dans ce vase la pellicule était encore plus épaisse que dans le précédent. L*examen y fit reconnaître un nombre de Vibrions^
DE l'eau. 167
de Rolpodes et de Glaucomes encore beaucoup plus considérable que dans le troisième matras, et en outre une infinité de petits kistcs oviformes, représentant les nouveaux éléments d'une immense population de Monade lentille, qui va apparaître.
Cette expérience, que nous avons répétée plusieurs fois, en variant l'intervalle du temps, nous a toujoursdonné les mêmes résultats. Elle démontre donc : r que l'eau qui a subi un certain temps d'ébullition est infiniment moins apte à produire des animalcules que ne Test l'eau ordinaire ; H" que le foin qui a subi l'ébuUition, comme nous l'avons déjà vu, est luimême moins rapidement prolifique que celui qui est naturel. Elle prouve, en outre, que ce n'est pas le foin qui recèle les germes des animalcules, puisqu'il s'en développe d'abondantes légions dans les expériences où lui seul a subi l'ébuUition; et enfin, que ce n'est pas non plus Teau qui contient ces germes, puisque dans Teau qui a bouilli on découvre également des animalcules, mais seulement ceux-ci n'y apparaissent qu'avec plus de lenteur.
On peut aussi considérer comme une loi fondamentale que les phénomènes de l'hétérogénie se manifestent avec d'autant plus d'intensité que le corps putrescible est placé davantage vers la surface du liquide. Gela est tellement évident, que lorsque nous voulons activer dans nos bocaux la production de certains animalcules, nous nous bornons à laisser surnager une petite portion de la substance sur laquelle nous opérons. Il est même fort curieux de noter que la profondeur à laquelle se trouve le corps
putrescible, influe même sur la nature des espèces qui sont j)roduites9 ainsi que le prouvent les dernières expériences que nous citons ici à l'appui de nos assertions.
ExPÉRiENCB. — Une forte éprouvette est remplie d*eau de citerne jusqu'à la hauteur de 30 centimètres ; 1 centimètre au-dessous de la surface du liquide on a suspendu 5 gram mes de foin haché, maintenu dans un sac de tulle. Le troisième jour , le liquide est légèrement trouble ; sa surface offre une pellicule mince, fragile, et des bulles d'acide carbonique. On y rencontre des Kolpodes piriformes et des Kérones nageant au milieu d'une immense quan-* tité de Vibrions granifères, de Vibrions gigantesques, et de Monades .
Dans une éprouvette absolument semblable, avec la même quantité d'eau, on met le foin au fond du vase. La pellicule est excessivement mince, etcette macération est infiniment moins peuplée que la précédente. Les Monades y sont clair-semées ; les Vibrions gigantesques et les Vibrions granifères sont beaucoup moins nombreux ; on n'y rencontre ni Kolpodes ni Kérones.
Expérience. — Dans une autre expérience, nous avons placé 5 grammes de foin à 50 centimètres de profondeur dans un long tube de 2 centimètres de diamètre. Parallèlement, ou a placé la même substance, et en quantité égale, au fond d'un tube, à I mètre au-dessous du niveau de l'eau; enfin, dans un troisième tube, le foin a été placé à 2 mètres de profondeur. Vingt-quatre heures après, voici ce que
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Ton observait, la température étanl de 25% la pression de 0,757.
Dans le tube où le foin était à 50 centimètres sous Teau, il existait une innombrable quantité de Mo-* nades, et d'innombrables légions de Vibrions gigantesques et de Vibrions granifères, tous fort agiles.
Dans le tube où le foin était placé à 1 mètre sous Teau, il y avait moins de ces animalcules.
Enfin, dans le tube où le foin était situé à 2 mètres au-dessous du niveau de Teau^on ne rencontrait plus que des Monas iermOy MulL fort espacés, fort rares, enli'emèlésde quelques Vibrions très-fins. On ne découvre plus ici un seul Vibrion gigantesque, ni un seul Vibrion granifère.
* Expérience. — J*ai répété cette expérience, mais en observant seulement ses résultats quatre jours après qu'elle avait été commencée. Voici ce qui eut lieu :
Dans le tube où le foin a été placé à 2 mètres de profondeur, la pellicule est aréniforme et composée de granules immobiles : la liqueur ne contient pas le moindre animalcule vivant.
Dans le vase où le corps putrescible est à 1 mètre de profondeur, il existe quelques animalcules indéterminables, très-agiles, allongés, d'une division micrométrique de longueur, puis nn assez bon nombre de fins Vibrions.
Dans le tube où le corps fermentescible est placé à 50 centimètres au-dessous du niveau de l'eau, on trouve une immense quantité d'animalcules très** agiles, d'une division micrométrique de longueur.
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encore indéterminables; puis des Vibrions très-fins; et en outre un nombre considérable de Protées, tandis que les autres tubes ne contiennent pas un seul de ces animalcules.
Ces expériences, que nous avons répétées à di* verses reprises, et toujours avec des résultats analogues, viennent donc nous démontrer que la profondeur à laquelle le corps putrescible est placé sous l'eau, a une extraordinaire influence, non-seulement sur la rapidité de l'évolution des Microzoaires, mais encore qu'elle suscite Tapparition d'espèces absolument différentes, quoique l'on fasse usage de la même substance. Ces expériences prouvent en outre, que si les germes des animalcules étaient dans l'un des trois corps que l'on en a fait successivement déposisitaires, il n'y aurait pas de raison pour que les animalcules ne fussent pas identiques et aussi abondants dans un tube que dans l'autre ; au contraire, cela s'explique , si leur production n'est que le résultat de l'action combinée des éléments de l'eau, du solide et de l'air.
Expérience. — En expérimentant sur de l'eau contenant du Trèfle ordinaire, je suis parvenu aux mêmes résultats que précédemment. Si ce végétal se trouvait submergé par une abondance d*eau, les infusoires étaient fort longtemps à apparaître, et peu nombreux. Au contraire, plus j'approchais de la surface du liquide le végétal en expérience , plus la génération était copieuse et rapide. Enfin, si même je laissais une portion du Trèfle sortir de l'eau, dans ce cas j'obtenais une production de Microzoaires