‹ Hétérogénie;Chapitre 17 sur 49 · HYPOTHÈSE DE LA DISSÉMINATION DES GERMES ORGANIQUES · texte numérisé non relu

HYPOTHÈSE DE LA DISSÉMINATION DES GERMES ORGANIQUES

Les physiologistes qui ont tracé la voie expérimentale à suivre dans le but de réfuter les générations spontanées, ont considéré comme une condition fondamentale de s'assurer d*abord que tout organisme , soit, à l'état de g^me, soit à l'état vivant , était détruit dans les corps soumis aux expériences ; puis ensuite de veiller à ce qu'il ne puisse, durant celles-ci, s'en introduire de l'extérieur. Nous convenons , assurément, que c'est là une condition essentielle ; mais il eût fallu ajouter aussi qu'en prenant ces deux précautions , on aviserait à ne pas dénaturer trop profondément les divers éléments génésiques. Nous aurons à examiner si cette loi n'a pas souvent été transgressée par Taction des agents chimiques ou physiques que l'on a employés; et si ceux-ci, en altérant Je milieu au sein duquel réside le principe vital, n'y ont pas frappé de mort tout effort organisateur; c'est pour éviter cet écueil que souvent nous avons suivi des routes inusitées.

Pour nous conformer aux exigences de la critique, nous avons exécuté beaucoup d'expériences à vaisseaux hermétiquement isolés du contact de l'atmosphère. Nos précautions, à cet effet, ont été poussées à

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rextréme, afin de suspendre les élans d'imagination de ceux qui pourraient voir dans un atome d'air la source de l'incommensurable fécondité de nos matras. Mais en outre, nous ayons fréquemment aussi adopté une voie absolument opposée à celle de nos devanciers : nous avons opéré à l'air libre; et les faits, dans celleci, se sont tellement contrôlé» réciproquement, et ils sont tellement nombreux , que nous pensons qu'ils forment un faisceau non moins indestructible que les révélations obtenues par la méthode opposée. Ainsi donc toutes les ressources ont été appelées à notre aide : là le tribut de l'observation a seul été invoqué ; ailleurs les supputations de l'intellect. La méthode expérimentale ne doit pas être plus oppressive que l'idéalisme. Chaque moyen a ses avantages; si l'expérience subjugue parfois la raison, celle-ci peut souvent l'éclairer à son tour; il faut prendre ce que l'une et l'autre voie ont de bon : nous vouions l'ascendant de Galilée uni à l'investigation de Scbelling.

Dans tout le cours de cet ouvrage on verra que nous avons répété la majeure partie des expériences de nos prédécesseurs, non pour nous en servir directement, parce que souvent elles manquent de précision, mais pour expliquer la diversité des résultats auxquels elles ont conduit. Nous ne prétendons nullement rétrograder jusqu'à Spallanzani et Bonnet, mais nous interpréterons la portée de leur œuvre.

En commençant ce chapitre nous exposerons nettement ce qu'il est appelé à démontrer. Le but que nous nous proposons est de prouver que les germes des Proto^organismM ne peuvent être contenus dans

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qui contient ces germes , il faudra bien , en somme , reconnaître, quand le fait aura été strictement établi pour chacun isolément , que ce n'est donc aucun de ces trois corps qui peut servir d'asile ' aux œufs ou aux séminules introuvables des êtres divers qu'on voit s'engendrer sous ses yeux.

Si cela n*est pas évident, il faut renoncer à persuader nos antagonistes.

Ceci bien nettement posé, nous ajouterons qu'il est de la plus extrême facilité de renverser les divers systèmes qui nous sont opposés , et nous le ferons d'abord en quelques mots , sauf à apporter plus loin des masses de preuves.

D'après ce qui précède, pour démontrer, jusqu'à la dernière évidence, l'existence de la génération spontanée, il suffit donc de constater que les corps que Ton a employés ne contenaient auparavant aucun germe. Mais cela est on ne peut plus aisé par les plus élémentaires combinaisons de l'expérimentation ; et il faut assurément vouloir fermer les yeux et détourner son esprit, pour ne pas se rendre à l'évidence.

En effet , les trois expériences qui suivent prouvent sans réplique que ce n'est : ni le corps solide, ni Teau, ni l'air qui contiennent les germes ; et si je m'étonne, c'est que les savants se soient donné tant et tant de mal pour arriver à un tel résultat.

■l* Il est évident que le corps putrescible ne contient point les germes des Proto-organismes, puisque, lorsqu'on n'emploie celui-ci qu*après l'avoir carbonisé, on voit l'eau dans laquelle on l'a placé,

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se peupler de Microzoaires et de cryptogames (1).

2* Ce n*est pas Feau, non plus , qui renferme ces germes, puisque si l'on met une substance organisée dans de l'eau artificielle, on voit s'y produire aussi des animalcules et des végétaux (2) .

3"" Enfia» il est évident aussi que ce n'est pas l'at-^ mosphère qui dissémine les germes, puisque , dans nos expériences multipliées, nous avons vu des Protoorganismes s'engendrer soit dans des vases où il n'existait que de l'air artificiel, et pas la moindre parcelle d'air atmosphérique ; soit dans des appareils où il ne parvenait que de l'air dont on avait détruit radicalement tout principe vital , en le soumettant à la température de la chaleur rouge ou en lui faisant traverser de l'acide sulfurique concentré (3).

Si la genèse d'un Proto-organisme réclame, généralement, le c(Hicours de trois éléments , comme aucun de ceux-ci, en particulier, n'a la puissance de le produire, et ne le contient pas, ainsi qu'on le démontre expérimentalement, il faut bien, nécessairement, que l'être nouveau dérive de deux ou de trois de ces éléments. Or, comme un germe ne peut pas être biou «tripartite , il est évident que celui-ci résulte de toutes pièces des combinaisons des particules orga-

(1) Voyex, pour le développement de cette proposition^ le chapitre concernant rélimination du corp9 putrescible considéré comme véhicule des germes, où se trouvent les expériences à l'appaL

(2) Compulser la section de l'élimination de Teau, etc. , p. 231.

(3) Consulter, pour toutes les expériences sur ce sujet , la section de ^élimination de Tair considéré comme véhicule des germes, p. 2I0.

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niques contenues dans les trois éléments producteurs.

Si c'était réellement Fun des trois corps au milieu desquels se produisent les Proto-organismes qui en contint les germes, on ne voit pas pourquoi ceux-ci ne se développeraient pas dansTeau pure, comme le font les œufs de tant d'animaux aquatiques, qui n'emploient absolument à leur évolution que le fluide ambiant. Sans doute qu'on n'ira pas jusqu'à représenter les germes des Microzoaires comme étant plus exigeants que ceux des poissons ou de tant d'autres animaux. Et si l'on prétendait que l'eau pure ne peut pas nourrir les légions de germes qui y tombent, nous répondrions à cela qu'au moins on rencontrerait de jeunes animalcules dans celle-ci , sauf à les voir périr d'inanition ; et nous ajouterions même que l'expérience nous a prouvé que les adultes trouvent trèsbien leur nourriture dans l'eau pure, et même dans l'eau distillée.

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