‹ Hétérogénie;Chapitre 18 sur 49 · COMMB VÉHICULE DES GERMES · texte numérisé non relu

COMMB VÉHICULE DES GERMES

Nous venons de dire que des expériences excessi vement simples, démontrent ostensiblement que les germes des animalcules ne se trouvent ni dans le corps fermentescible, ni dans l'eau, ni dans l'air atmosphérique, et que par conséc|uent il faut bien que les animalcules doivent leur origine à une génération primaire.

Maintenant il s'agit de prouver ce que nous avons avancé, et nous débuterons en nous attachant à dé-

montrer que le corps solide ne peut receler les germes organiques. Ce sera facile.

Quoique jouant le rôle le plus important dans le phénomène de l'hélérogénie, le corps solide, dans quelques cas exceptionnels, peut cependant manquer absolument. Ainsi, de la Matière verte, des Conferves se développent fréquemment soit dans Teau ordinaire, soit même dans Teau distillée, qui ne contiennent aucune substance putrescible (1). Et c'est même probablement à cette propriété inhérente à l'eau, qu'il faut seulement attribuer la matière verte que Burdach et d'autres ont vu se développer dans des macérations de granit et de quelques autres corps minéraux (2).

I^s savants qui, à l'exemple de Bonnet, prétendent que les corps putrescibles sont les dépositaires des germes organiques, supposent que ceux-ci se trouvent dispersés à leur intérieur, et qu'ils n'en sortent pour subir leur évolution qu'au moment oii ces mêmes corps se décomposent et rendent leurs éléments à la masse commune (3) . Maintenant que nos instruments d'optique sont si perfectionnés et que l'on connaît si

(1) Bout de Saint* Vincent, Dictionnaire classique d'histoire naturelle. Paris, 1826, art. Matière^ t. X, p. 263.

(2) BimoACB, Traité de physiologie. Paris J 837 1. 1.

(3) Bonnet. La prodigieuse petitesse des germes, dit cet auteur, les met hors de Tatteinte des causes qui opèrent la dissolution des mixtes. Ils entrent dans rintérieur des plantes et des animaux; ils en deviennent même partie constituante ; et, lorsque ces composés viennent à subir la loi des décompositions, ils en sortent sans altération pour flotter dans Tair ou dans l'eau , ou pour entrer dans d'autres corps organisés. {Consid. sur les corps org., 1. 1, p. 3.)

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bien les œufs et les séminiiles d'ime foule d'êtres dû* croscopiques, on peut dire que- cela €8t physiquement impossible, parce que si ces germes encombraient les organes des animaux et des plantes, on les y découvrirait.

Des expériences très-simples suffisent pour démontrer que ce n'est pas le corps putrescible qui recèle les germes ; aussi nous ne nous arrêterons guère sur ce fait qui n est plus contesté, ni contestable.

Si, par exemple, on soumet à la carbonisation certains produits animaux ou végétaux, on sera bien certain qu'après Topération, tout germe organisé a été complètement détruit dans ceux-ci ; et que, dans l'hypothèse contre laquelle nous nous inscrivons, ces mêmes produits ne pourront, par conséquent, donner naissance à aucune génération d'êtres organisés. Et cependant c'est tout le contraire qui s'observe ; seulement on remarque alors que les ani* malcules n'apparaissent que plus tard, et qu'ils sont d'une organisation inférieure à celle que la substance produit lorsqu'elle n'a pas subi la carbonisation, dkns doute que l'on ne prétendra pas que le feu a épargné les germes des Microzoaires que l'on voit naître alors,

tandis qu'il consumait les autres Si l'on pouvait

nous faire cette objection, nous n'aurions plus rien à répondre à de tels adversaires.

Les Protozoaires qui apparaissent ne sont que le résultat d'une combinaison organique autre que celle qu'on eût obtenue des mêmes corps à l'état frais; et s'ils sont moins élevés dans l'échelle zoologique, cela

est uniquement dû à ce qu ils ont été produits par des combinaisons dont l'un des éléments avait en partie perdu sa faculté génésique, durant la rude épreuve à laquelle il a été soumis.

Spallanzani lui-même, qui a fait quelques expériences dans cette direction, a vu que des graines de divers végétaux qu'il exposait, selon son expression, à la terrible flamme du fourneau à réverbère j après y avoir été totalement carbonisées, n'en donnaient pas moins naissance à de nombreux animalcules. Â ce sujet le savant Italien s'exprime ainsi : a J'avoue ingénument que je ne me serais pas attendu à ce que des animalcules parussent encore dans ce nouveau genre d'infusion, comme dans les précédentes; même après les avoir vus et revus, je pouvais à peine en croire mes yeux (1). » Mais, dans ses expériences, Gruithuisen a obtenu des résultats absolument opposés à ceux du physiologiste de Pavie et n'a pu produire des Microzoaires en employant des substances cbarbonnées (2). Cette dissidence absolue entre ces deux savants, nous a engagé à réitérer leurs tentatives, et nous avons reconnu que c'était Spallanzani qui avait raison. Voici nos résultats un peu plus rigoureusement notés que les siens.

Expériences. Dans une cuiller à projection en fer et rougie sur un brasier ardent, on a successivement opéré la carbonisation complète de dix grammes de

(1) Spallakzani, Opuscules de physique animale et végétale. Paris, nS7,t. 1, p. 14-27.

(2)GRUiTHui$E?f, Beitrœge zur Physiognosie und EauU^nosie, p. 105.

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chacune des semences suivantes : du Maïs, des Pois, des Haricots, des Lentilles. Après cette opération, chaque espèce de semence a été placée dans un vase de verre avec 500 grammes d'eau distillée, et mise sous une cloche en verre.

Après vingt jours, la température ayant été en moyenne de 25% et la pression atmosphérique de 0,76, on observa les macérations et on les trouva toutes peuplées d'animalcules; Tune déciles contenait, en outre^ quelques végétaux rudimentaires.

Le Mais avait la surface de sa macération totalement envahie par un champignon appartenant au genre Aspergillus de Micheli, ayant des ramifications très> touffues et enchevêtrées. Il n'y existait alors aucun animalcule ; ce ne fut que quinze jours après, qu'on y rencontra un bon nombre de Monades et de Vibrions.

Les Pois contenaient des Microzoaires assez variés, très-nombreux et très-agiles, ayant 0,0175 de millimètre de longueur, et très-rapprochés du Monas ailenuara, Duj.

Les Lentilles nous ont présenté une abondance des mêmes animalcules.

Les Fèves avaient à leur surface une population encore plus serrée que les macérations précédentes, et évidemment composée par le Monas aUenuata^ Duj. qui là était bien caractérisé (2).

On avait placé à côté de ces macérations des critériums, contenant les mêmes graines, mais qui n'a-

(1) MiCHRLi^ iVova plarUarum gênera. Florentioe, 1770, p. 212.

(2) DujARDi:<, Histoire naturelle des infusoires. Paris^ 1841, pi. m, fig. 12.

raient pas été exposées à raction du feu. Les animalcules y apparurent ayec la plus grande abondance après trois jours ; et ceux-ci se composaient d'espèces bien plus élevées par leur oi^anisalion que celles qui peuplaient les graines charbonnées ; alors celles-ci n'offraient absolument rien encore.

J'espère que l'on conviendra que durant la carbonisation, fous les germes on tété détruits dans les graines, si elles en contenaient; mais nous voulons aller au-devant de toute objection. On ne peut pas prétendre que l'eau a été, dans ces expériences, le dépositaire des germes, puisque nous nous sommes servi d'eau distillée ; et d'ailleurs dans un moment nous démontrerons que celle-ci ne les contient point. On ne pourrait non plus objecter que c'est l'air qui en a été le véhicule. Ce n* est pas plus lui que l'eau, car s'il avait charrié ces germes, on eût trouvé, dès le début, les mêmes animalcules dans les macérations des graines carbonisées que daos celles dfe graines fraîches ; et d'ailleurs, dans un des paragraphes suivants, nous prouverons aussi que l'air ne jouit pas de cette attribution.

Cette expérience suffirait seule pour enlever au corps solide le rôle de Téhicule, si on s'efforçait encore de le lui attribuer. Mais actuellement les plus énergiques fauteurs du panspermisme ont eux-mêmes abandonné cette prétention; aussi nous ne nous étendrons pas longuement sur ce sujet, et é'est à peine même s'il est utile de citer les faits suivants.

Si nous ne poussons pas tout à fait aussi loin que précédemment la rigueur expérimentale^ et si nous nous contentons seulement de soumettre le corps or-

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ganisé à une chaleur qui, sans le carboniser, soit extrêmement élevée, nous voyons dans ce cas apparaître dans l'eau où on le dépose, de nombreuses légions de Proto-organismes. Nous élevons sa température de 200'' à 220^ Sans doute que l'on conviendra que dans ce cas aucun germe organique n'a échappé à la destruction. Si quelques savants ont prétendu que les germes de certains oïdiums n'étaient détruits qu'à la température de 140'' (1), aucun, que je sache, n'a encore avancé qu'un œuf ou qu' une séminule de plante pouvait supporter 200''.

Expérience. — Dans un ballon de verre portant à l'intérieur un thermomètre, on plaça 10 grammes de foin , et celui-ci y fut chauffé pendant une heure à une température de 200"" à 210% et même sur les bords du ballon à une plus haute température, car le végétal commençait à s'y charbonner. Ce foin, alors parfaitement sec, cassant, fut placé dans 500 grammes d'eau distillée que l'on recouvrit d'une lapie de verre et que Ton mit sous une cloche. Quatre jours après, une température de 26'' en moyenne ayant régné dans mon laboratoire, la macération fut examinée et on la trouva peuplée d'une abondance de cadavres de grands Vibrions, et d'une population serrée de Glaucomes scintillants (2) et de Monades lentilles (3).

(i) Paten^ Chimie industrielle. Paris, p. 540.

(2) Synonymie : Ovales, Jobblot*, Observations miorographiques, Paris, 17B*, — Cyalidium buUa , Muller, Inf, — Bursaria bulUna^ ScHRAtiK, PaunaBoica, Nuremberg, 1798, — Glaucoma scintillans, Ehrenberg, Inf. — Dcjardin, Inf,

(3) Monas lens, Dujardik, Histoire des Infusoires, pi. m, T. 5, et pi. IV, f. 7.

Expérience. — Lorsqu'on met un corps putrescible dans de l'eau qui a bouilli , et que celle-ci est contenue dans un appareil parfaitement clos et qui reçoit seulement de l'air passé à travers de l'acide sutfurique ou un tube chauffé au rouge, on ne voit aucun animalcule y apparaître encore du troisième au sixième jour, tandis qu'ils fourmillent, beaucoup avant ce temps, dans les critériums exposés à l'air libre et confectionnés avec l'eau ordinaire, si la température moyenne a été d'environ 25*. Si le corps solide contenait réellement les germes des Protozoaires, ils devraient normalement se développer aussi vite dans cet appareil où Tair et l'eau en ont été seulement privés, s'ils en contenaient, mais où le corps putrescible n'a subi aucune altération notable ; et cela n'a pas lieu (i).

Le fait suivant viendrait encore à l'appui, s'il en était besoin, des expériences précitées; comme elles, il contribue à enlever au corps solide la faculté de receler les germes.

M. Poggiale, pharmacien enchefdu Yal-de-Gràce, a communiqué à l'Académie de médecine le résultat de ses recherches sur une coloration du pain de munition fabriqué à la Manutention militaire de Paris, en 1856. Ce pain, qui avait été préparé avec un mélange de farine de blé dur et de farine de blé tendre d'Espagne, passa au noir bleuâtre peu de temps après son refroidissement. M. Poggiale a reconnu que ce pain contenait un nombre considérable d'animalcules

(I) Compulser réUmination de l'air et de l'eau considérés comme véhicules.

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filiformes, cylindriques, roides, articulés et ammés d'un mouvement vacillant. Ces Proto-organismes, que ce savant considère comme appartenaiit au genre Baeteriumf avaient généralement O'^^^OOâ à 0*^,004 de long. Quelques-uns beaucoup plus longs pouvaient être vus à Taide d'un faible grossissement. On observait en même temps d'autres animalcules microscopiques en petit nombre, assemblés par deux ou par troie. Comme on ne trouvait point de ces Infusoires dans les diverses farines employées, ni dans le biscuit préparé sans levain, M. Poggiale conclut que la formation de cette grande quantité de Baclerium était due à la fermentation panaire(i). Sans admettre la génération spontanée, comment expliquerai t-on, en effet, après la cuisson dans le tissu solide du pain, la production de ces animalcules , leurs germes n'ayant pu résister à la chaleur du four ou s'introduire à Tintérieur de la pâte?

Enfin ce que rapporte Bory de Saint-Yincent, dans les lignes qui suivent, suffirait pour prouver que le corps putrescible n est pas le réceptacle des germes, puisque deux de ces corps réunis donnent des produits qui diffèrent de celui qu'offre chacun d'eux en particulier, a Que l'on choisisse, dit ce naturaliste, pour « faire l'expérience, une plante propre au Canada, « par exemple; qu'après l'avoir soumise àl'expérîence « et quand elle a produit des animalcules on en mêle « l'infusion avec celle d'un végétal de l'Inde ou de la « Nouvelle-Hollande, et qu'il en résulte, comme la

(1) PoGGiALB^ Bulletin de Vj4cadém%e de médecine ^ 1856^ t. XXI, p. 875, et Journal VÀmi dea sciences, 1856, n. 29.

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« chose ne manquera pas d! arriver ^ quelque Infusoire c( qui ne se trouvait ni dans Tun ni dans l'autre de <x ces deux liquides, n'aura«t-on pas opéré une véri- « table création, un être que la nature n'avait pas a arrêté dans son plan primitif (1)? » Cela est positif et la nature ici ne déroge pas sans doute à ses su* blimes harmonies ; seulement par Tétroitesse de nos conceptions nous avons méconnu l'extension de ses lois.

SECTION 11. — «ÉUMINATION DE l'bAU^ CONSIDÉRÉE COMME VÉHICULE

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