TRANSMISSION HÉRÉDITAIRE
SECTION i'*. — HYPOTHÈSE DE LA TRANSMISSIOIf HÉRÉDITAIRE.
Cette première hypothèse mérite à peine de nous arrêter, tant elle est inadmissible. Cependant elle a été opiniâtrement soutenue par quelques médecins au nombre desquels on compte surtout Brera (1).
Parmi les savants qui ont supposé que les vers intestinaux étaient transmis d'un individu à l'autre par la voie de la génération, les uns prétendaient qu'ils étaient introduits par le mâle, au moment de la fécondation; d'autres, par la femelle, durant le développement de l'œuf dans son sein; enfin, il en est qui ont soutenu que c'était par rallaitement que cette transmission s'opérait.
Une première condition que sont forcés d'admettre les fauteur^ de celte hypothèse, c'est que dès l'origine de la création, chaque animal a dû porter en lui-même, le germe de toutes les espèces de vers qui lui sont propres (2). Ainsi donc, l'homme au mo-
riaux pour servir à l'histoire des Pilaires et des Strongles. Paris, 1836. — MfiHLis, Observ. anat, de Distomate kepatico et lanceolato, Gotting. 1825. — Nordmann, M>krographische Beitrœge, Berlio, 1832. — Lakrkec, Mémoires de la Société de l* École de médecine, Paris, 1812, in-4, avec pi. — Dictionnaire des sciences médicales,"^ Home, Fhilosophical Transactions, 1793. — J. Van der Hoever, Handbook ofzoology. Londres, 1856, t. I. — Dujardin, Histoire naturelle des helminthes. Paris. — Van Beneden. Les vers cesfoïdes ou acotylex. Bruxelles, 1850. — Mémoires sur les vers intestinaux, Paris, 1858. in4. — Zoologie médicale. Paris, 1859.
(1) Brera, Memorie fisico-mediche sopra i principalt verrai dd eorpo umano vivente, etc. Creina, 1811.
(2) Ainsi, par exemple, les Hydalidea, les Strongles et d'autres vers, qui sont rares, ctiemiueraient parfois un millier d'années
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ment de son origine, devait posséder déjà une trentaine d'espèces d'entozoaires ; le renard, le putois, le cochon, le bœuf, le hérisson, le lièvre et le cheval huit à quinze; la cigogne, la pie, le vanneau, le cormoran, sept à dix; la grenouille verte, dix; le silure, la perche, la truite, le saumon et le brochet, de sept à dix.
Puis, Il faut qu'ils admettent que certains Entozoaires, avant de se montrer, restent des siècles occupés à traverser inutilement une succession de générations.
D'ailleurs, supposer que les œufs des helminlhes peuvent être lancés dans l'appareil génital de la femelle, mêlés au fluide séminal, c'est vraiment soutenir une hypothèse qu'il est puéril de combattre. Ces œufs offrant souvent un diamètre qui dépasse celui des canaux spermatiqucs, si réellement ils se trouvaient dans ceux-ci, la micrographie les y découvrirait. Il est beaucoup d'animaux chez lesquels les testicules ne se développent qu'au moment de la fécondation, et dans tout l'intervalle qui sépare ces époques Tune de l'autre, c'est-à-dire pendant la majeure partie de Tannée, ces organes sont absolument atrophiés et presque introuvables. Dans ces cas on se demande ce que deviendrait Timmense magasin d'entozoairesque le mâle
dans notre organisme, et trarerseraient inutHement une quarantaine de générations avant de se réveiller de leur léthargie. On pourrait se demander aussi à quelle époque remontent ces vers qu'on n'a jamais rencontrés qu'une seule fois sur l'espèce humaine, tels que FAmulaire compiimé, le Pulystome pinguicole et rOphiostoiue de Pontier.
TRANSMISSION HERBDITAIRE. 529
doit laucer à chaque procréation? Enfin, achevons en disant qu'on n'a jamais rencontré un seul œuf d'helminthes durant les millions d'observations qui ont été faites sur le sperme.
La mère ne peut nullement non plus transmettre les Eotozoaires à son fœtus.
Pour cela, il faudrait qu'ils fussent absorbés dans son intestin et qu'ils passassent dans l'appareil circulatoire; qu'ensuite ils fussent absorbés dans le placenta par les radicules de la veine ombilicale, puis qu'ils traversassent l'appareil circulatoire du fœtus pour être enfin déposés dans l'intestin de celui-ci par une sorte d'excrétion spéciale! mais il y a là, absolue impossibilité. L'absorption ne s'opère que par endosmose et à travers les parois 'des vaisseaux et des membranes; et si l'on supposait même que ces corps, qui sont de nature à ne jamais être absorbés, le fussent cependant, ils seraient trop volumineux pour parcourir le système capillaire, et encore plus pour en sortir et aller se répandre dans les cavités viscérales.
Et cependant nous verrons plus loin que l'on rencontre des vers intestinaux sur le fœtus humain, comme sur celui des animaux.
Or, si comme tous les physiologistes en conviendront, sans conteste, la mère ne peut transmettre d'œufs d*Entozoaires au fœtus, il est évident qu'il ne peut y avoir pour ces animaux d autre origine que la génération spontanée. C'est le sentiment de Bremser, de Burdach, de Bérard(l), et c'est aussi le nôtre.
(1) Brbmser, Traité zoologique et physiologique 9ur les vers tntestinaux de l'homme. Paris^ 1824. — Burdach, Traité de Physiolo-- PovaiKT. S 4
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8ECTI0II II. — INTRODUCnON DES HELMINTHE» BAR l' ALIMENTATION r
HYPOTHÈSE A^GlEN^B.
Cette hypothèse a surtout été soutenue par Pallas; et il l'a fait avec une suite d'arguments qui, au premier abord, ne paraissent point dépourvus de valeur (I). Ce naturah'ste prétendit que les Entozoah*es sont beaucoup plus fréquents sur les hommes et les animaux qui habitent dans les grands centres dépopulation, oii Ton fait ordinairement usage de réservoirs ou de rivières qui reçoivent les immondices. Selon lui, ils sont aussi plus communs dans les localités où les hommes et les animaux vivent environnés de causes débilitantes, de malpropreté. Le naturaliste prussien prétendit également qu'on trouve peu de vers dans les contrées les moins peuplées de la Russie et de la Sibérie. Et il ajoute enfin que les animaux de proie, qui avaient leur nourriture avec voracité, sont beaucoup plus sujets aux vers intestinaux que ceux qui, tels que les Ruminants et les Rongeurs, vivent d'herbes ou de substances végétales, qu'ils n'avalent qu'après leur avoir fait subir une trituration prolongée.
Les faits abondent pour combattre Pallas. L'argument de la plus grande fréquence des Helminthes sur les habitants des cités populeuses, et leur rareté dans les pays dépeuplés , s'explique facilement , la génération de ces animaux étant, oh le sait, sin-
gie. Paris» 1837, 1. 1. ^ Bérabd, Cours de physiologie. Paris, 1848,
(1) Pallas, De infestis viventibus itUra viventia. RoUerdani, 1708. ^ Nette nord. Beitrœge, 1781.
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gutièrcment favorisée par les causes débilitantes. À Taide du système de Pallâs, il serait fort difficile d'expliquer la présence des vers chez les Hollandais, qui poussent la propreté jusqu'à un point fabuleux. La communication se concevrait seulement par l'intermédiaire de l'eau puisée dans les rivières qui reçoivent les déjections. Ce naturaliste semble lui-même se réfuter à l'avance, en convenant que les œufs des helminthes se détruisent fort rapidement quand ils se trouvent éloignés du milieu indispensable à leur conservation (1). Mais en admettant leur introduction avec les boissons, on s'aperçoit qu'à Taide de cette hypothèse, il est de toute évidence que l'on ne peut expliquer comment certains helminthes, envahissent les organes sans communication avec l'extérieur.
Enfin, en supposant que c'est à l'aide des boissons, que les animaux absorbent leurs vers intestinaux, comment expliquerait-on leur abondance à Tintérieur de beaucoup de Rongeurs, qui vivent uniquement d'herbes et ne boivent jamais?
Relativement à ce qui concerne la plus grande fréquence des helminthes chez les animaux carnassiers que chez les herbivores , malheureusement pour l'hypothèse favorite de Pallas, de nombreuses nécroscopies d'animaux ont démenti son assertion et prouvé que c'est le contraire qui existe. Bremser rapporte que sur vingt loutres qu'il ouvrit, pas une seule ne contenait d'Entozoaires ; et que parmi cinquante-quatre lapins sauvages qu'il disséqua, il n'y en avait , au contraire,
(I) Pallas, Neue nordisehe Beiirage, ersier Band, Leipzig, 1781 .
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que cinq à l'intérieur desquels on n*en trouva point. U ajoute en outre qu*ayant anatomisé dix-sept chamois provenant des montagnes de la Styrie , tous , à l'exception d'un seul, contenaient des vers (1). Comment donc Pallas expliquerait-il ces faits? Aucun helminthe sur des loutres qui vivent d'animaux qui en sont remplis; et, au contraire, une abondance de vers intestinaux sur des lapins qui ne broutent que de l'herbe I Comment surtout expliquer leur abondance sur ces chamois dont parle Bremser, eux qui n'habitent que les solitudes glacées des montagnes (2) ?
Embarrassés pour expliquer par la simple transmission la présence des Entozoaires, quelques auteurs ont supposé que ceux-ci n'étaient que des vers qui vivent normalement dans l'eau ou dans la terre , et qui après s'être introduits dans le corps des animaux, y subissent diverses métamorphoses.
Cette étrange opinion, dont Brera a été l'ardent défenseur, n'est pas assez sérieuse pour que la science doive s'armer pour la coibbattre (3) ; quelques lignes
(1) Brbmsbr, Traité anatomiqtte et physiologique sur les vers intestinauGcPàvis^ 1824, p. 36.
(2) Une seule expérience, mais une expérience fondamentale, suffirait pour renverser tout Kécbafaudage accumulé par Pallas; c'est celle de Schreiber. Ce naturaliste a soumis un putois, pendant l'espace de six mois, à un régime qui se composait uniquement de vers intestinaux et d'œufs de ceux-ci, puis de laitage; et^ au bout de ce temps, lorsqu'il sacrifia ce mammifère, il ne trouva aucun helminthe dans ses organes. — Schreiber. Cité par Bremser, p. 37.
(3) Brrra^ Traité des maladies vermineuses. Trad. Paris, 1804. — Memorie fisico-inediehe sopra i principali vermi del eorpo unumo. Crème, 1811.
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seulement en démontreront toute la nullité. Et d'ailleurs, la structure des helminthes est absolument différente de celle des animaux dont on prétend les faire descendre , et quand Thabitat impose quelque modification à une espèce ^ celle-ci n'est jamais que superficielle et ne transforme pas l'organisation de fond en comble ; et sous un état identique , un animal ne renverse pas toutes ses habitudes pour s'accommoder à une nouvelle manière d'être. L'œstre, qui à l'état de larve vit dans le canal digestif du cheval, devenu insecte parfait, y périrait au bout de quelques minutes; les libellules, les éphémères, dont les larves vivent sous Veau de nos marais pendant plusieurs années, seraient noyées en un moment si, lorsqu'elles se sont revêtues de leurs ailes , on les plongeait dans leur ancien élément (1).
SECTION m. — INTRODUCTION DES HELMINTHES PAK l'aLIIIEIITATION. —