‹ Hétérogénie;Chapitre 34 sur 49 · HYPOTHÈSE DES MIGRATIONS · texte numérisé non relu

HYPOTHÈSE DES MIGRATIONS

Évidemment embarrassés pour expliquer la propa-

(i) Si Linnëe a pu croire avoir trouvé le distoma hepatieum, le tœnia IcUa et Vctscaris vermicularis dans des marais; si Uiizer a prétendu que les vers de terre et les Ascarides iombricoldes n'étaient que les mêmes animaux; si Beireis assure avoir rencontré Tascaride lombricolde de l'homme dans une fontaine près d*Helmstadt; si Gmeliii dit avoir observé un Ténia dans un marais; enâo^ si SchsefTer prétend qu'il a rencontré des Douves du foie vivant dans l'eau ; Otto-Fredenc Mûller^ Pallas et Bremser ont renversé de fond en comble leurs prétentions. — Otto-Fredf.ric Muller, Verra, terr. hist., 1. 1, p. 36. — Gmelin^ Reisen 3 ter Theil, s. 302. Tab. 30. — Schaeffer^ Die Engelschnecken^ s. 29. Pallas » NoT" dische Beitr, t. I, s. 42. — Bremser, Traité zoologique et physiokh gique des vers intestinauœ de l'homme. Paris, 1824, p. 8, 9.

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gation des helminthes, les adversaires de la génération spontanée ont récemment supposé que les œuFs ou les petits de ces animaux, étaient d'abord introduits dans les voies digestives, et qu'ensuite ils pénétraient diversement dans toutes les parties du corps des êtres sur lesquels ils vivent, même les plus profondes, les plus inaccessibles.

Daprès un certain nombre d'helminthologistcs modernes, voici ce qui adviendrait normalement.

Les vers intestinaux, après avoir été introduits à Télat d'œuf àTintéricur de certains animaux, écloraientdans ceux-ci, et y passeraient la première phase de leur vie. Puis, à l'aide d'une extraordinaire migration, ils parviendraient enfin dans une autre espèce pour y terminer leur existence. Et, comme sous ces deux états ces vers ne se ressemblent nullement, on les aurait considérés comme étant des êtres fort différents. Citons, à titre d'exemple, l'histoire du Ténia de Thomme. Selon ces helminlhologistes, les œufs de ce ver, après avoir étéexpulsés avec nos déjections, seraient inangésparleporc;et, unefoisintroduits dans son cana' digestif , à l'aide des crochets dont les embryons sont armés, ceux-ci perforeraient les tissus et parviendraient à s'enfoncer dans les organes profonds. Arrivés là, en se développant, ils y constitueraient ce que l'on nomme le Cysticcrque du cochon (1), que l'on avait jusqu'à ce jour considéré comme une espèce particulière. Ensuite, l'homme en mangeant du porc cru, au milieu de la chair duquel ces Cysticerques sont restés vivants/

(I) Cysticercus cellulosœ, Rud. Brems.

UtTRODUCTlON DBS HELMINTIIBS PAft l' ALIMENT ATIOlf. 5dt^

les introduirait dans son intestin où, en cbansgeant d'habitat, ils revêtiraient une nouvelle forme et de^ viendraient le Ténia de V homme (I). Ainsi donc, ee' serait le porc qui aurait la fonction spéciale d'élever pour nous la jeune progéniture de notre ver solitaire.

Ceci avait été soupçonné depuis longtemps, car Nitzsch, guidé par Tanalogie, a fait remarquer que les vers vésiculaires pourraient bien n'être que des individus appartenant à d'autres familles d'helminthes, et dont les formes ont subi une déviation spéciale (2). Mais Kùchenmeister, de Zitlau, fit connaître le premier, par des expériences, cette transformation des Cyslicerques en Ténias (3), et celles-ci ont été répétées par Lcv^aid; Siebold et Van Beneden (4).

Sous rinfluence de ces récentes invesligations de la science, Kûchenmeister a même posé comme une loi fondamentale, que tout animal infesté de Cyslicerques en trouve la source dans sa nourriture, ou dans sa proie infestée par des Ténias. Et il ajoute que cela lui a été confirmé par ses observations particulières' et par celles de MM. Von Siebold, Lewald, RolU Esehricht, Van Beneden, MoUer et surtout par Leuckart (5).

(1) Tœnia solium; Rud. Brem!

(2) NiiZâCB, art. Anihocephalus ddDS l'Encyclopédie d'Ersch et deGruher, 1S20.

(3) K'iJCHEMiEisTER, Comp. MtSmolre prësenld à l'Académie des scieiicos, avec celle devise : Omne vivum eœovo; GeneicUio aqtd^ voca nuUa, 1853.

(4) Va» BENKDENy Mémoire qui a obtenu le prix de rAcadémie des sciences, en 1853. Pans, i858> in-4^, avec 27 pi.

(5) De Siebold, Expériences sur la transformation des Cysticer»

536 HftiiROGiNIB.

D'après tes savants qui ont le plus récemment étudié les helminthes* tels que MM. Kûchenmeister et Van Beneden, les crochets que les embryons du Ténia présentent et meuvent à l'intérieur de l'œuf, leur serviraient à perforer les tissus des animaux, pendant leurs migrations. Si l'on songe, dit Van Beneden, que ces embryons ne dépassent guère le volume d'un globule du sang de la grenouille, on comprendra aisément qu'ils perforent les parois de l'intestin pour s'enkyster sous le péritoine» ou pénétrer dans les vaisseaux et se répandre avec le sang dans divers viscères, sans en excepter le cerveau et les yeux (1).

Dans sa Physiologie^ de Siebold avait annoncé le premier, que le Cysticcrque qui vit dans le foie des rats et des souris, n'était autre chose que le Ténia du chat, égaré et devenu vésiculeux (2). Plus tard les expériences du docteur Kûchenmeister deZittau, l'engagèrent à s'occuper de ce sujet. Des Cysticerques communs sur les lapins et les lièvres, le Cysticercus pmformis^ furent administrés à des chiens pour voir s'ils ne donneraient pas naissance au Tœnia serrala^ qui

ques en Ténias, Breslau, 1852, elc. — Lewald, De Cysticercorum in Tœnias metamorphosi. — Roll, On ihe resuit of the administration ofthe Tape-Worm. — Van Benedesi , Les Vers Cestoïdes ou Acotyles. Bruxelles. — Moller, Gazette médicale, 1854. — Lecckart, Archiv fûrphysioL Heilkunde, XI, p. 404,art. Parasiten und Pa-^ rasitismus.

(i) Van Benedbn, Nouvelles observations sur le développement des Vers cestoïdes, Ann. se. nat. Zoologie. i853, t. XXIX, p. 318. -^ Acad. des scien. 1853, p. 788. — Kuchenmeisier, On animal and vegetable parasites ofthe human body. Londres, 1857.

(2) De Siebold, Manuel de physiologie, 1851, vol. II. J'admeU trais volontiers l'idée qu'un cysUcerque n'est qu'un ténia déformé.

iirniODUGTioN DBS HBLinirrHES PAR l'alihbntation. 537

est aussi fort commun sur cet animal. Ces expériences, faites de concert avec M. Lewald, son élève, furent couronnées d'un plein succès (1).

Les auteurs qui ont soutenu la thèse de la transmigration des Cysticerques, ont prétendu, comme on le suppose, que c'étaient ceux des animaux dont ils se nourrissent le plus communément qui les peuplaient de Ténias. Ainsi, selon eux, le Cyslicercus fasciolariSf qui habite sur le rat et les souris, devient le Ténia du chat; le Cysticerciis pisiformis du lapin, se transforme en Tœnia serrata du chien (2) ; le Cysticercus cellulosœ du porc, devient, mangé par Thomme, le tCBnia solium ou ver solitaire. On ne nous a pas encore dit, que je sache, quelle est l'espèce du premier de ces genres qui fournit notre Botryocéphale î

Van Beneden, rapporte qu'ayant administré, vers la fin d'octobre 1 853, à un porc, des œufs du Tœnia so- Uum rendus par une femme, lorsque l'on tua cet animal en mars 1854, on rencontra dans ses muscles et surtout dans ses muscles intercostaux, un grand nombre de Cysticerques complètement développés ou à l'état descolex (3). Kiichenmeister complète la trans-

(1) De Siebold^ Eocpériences sur la transformation des Cysticerqttes en Ténias, (Sociëlé nationale silésienne de Breslau, 1852; — Institut, n« 974.) Voir Ann.des se. nat., Zoologie, i852, t. XVII, p. 377.

(2) II a donc deux systèmes de migrations, puisque ce ténia, selon quelques helminlhologistes, donne le cœnurc du mouton, — Ca»- Dure au cerveau du mouton, — Cysticerque de l'intestin sur le lapin? Inexplicables contradictions !

(3) Van Beneden, Note sur des expériences relatives au développement des Cysticerques. Ann. des so, nat. Zoologie, 1856, t. h 104.

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migralîon de cet helminthe en assurant qu'ayant ad*ministre un certain nombre de Cyslicerques à une femme condamnée à mort, et l*ayant ouverte le lendemain de son exécution, il découvrit dans Tintestin de celte suppliciée, dix jeunes ténias. De cette ob^ scrvation, le savant de Zittau conclut que le Cysticerque cellulaire du porc est le jeune individu du Ver solitaire de Thomme (1).

(1) KucREKMRiSTER, Lettre sur des expcn-îences relalivrs à la transmission des vers intestinaux chez Tespcce humaine. Annale» des sciences nafureU*'S, Zoologie. 1853, l. V, p. 377.

Expériences de M, Kilchenmeister, — <• Envi ion cent trente deux iieurcs avant le moment fixé pour l'exi^culion d'i^ne femme condamnée à la déi'«npilation, pour assassinat, je hii fis avaler, à son insu, un CysticercustenuicoUis^ et au bout de vingt heures, je lui donnai six Cyslicercus pm/ormis, n'ayant pas à ma disposition de Cyslicercus ceilulosœ. Ces Vers, drpomllés de leur vessie caudale> furent administi'tls dans un potage, dont Ja température était à peu près celle du corps humain.

«Environ quatre-vingts heures avant l'exc^cution, j'ai pu me procurer de la viande de porc, contenant des Cy^ticercus ceilulosœ, provenant d'un animal tué depuis soixante heures, et, le lendemain, je fis servir à la condamnée du boudin daus lequel j'avais introduit douze de ces Vers; enfiu d'autres Cyslicercus ceUuluscBf au nombre de dix-huit, puis quinze, ensuite douze 1 1 dix-huit, lui furent administrés avec des aliments, qu'elle prit dans divers repas qui prt cédèrent Texécuiiou de soixante-quatre, vingt-quatre et douze heures.

« L'autopsie ne put être faite que quarante-huit heures après la mort. Ayaut fait tremper les intestins dans de reaii pendant quelque temps, je parvins à découvrir dans le duudénutii quatre jeunes ténias, qui tous avaient encore sur la tête une ou deux paires de crochets; l'un de ces Vers avait encore la couronne de crochets presque complète. Ces pard.sit<;s avaient de 3 à 8 millimèties de longueur, et ressemblaient au tcenia solium par te nombre,. la graudeur et la forme de leurs crochets. Je

INTRODUCTION DBS HELMllITHES PAR l'aLIUENTATION. 539

Un petit helmintlie, presque microscopique, qui envahit par millions tout le système musculaire de rhomrae, le Trichina spiralis^ dont on doit la connaissance à MM. Owen, Farre et Hilton (1), avait jusqu'à ce moment paru ne pouvoir être expliqué que par la génération spontanée; mais quelques physiologistes ont aussi annoncé avoir, par l'expérience, prouvé ses migrations. M. Herbst a eu Theureuse idée d'employer cet helminthe dans ses tentatives de transmission, parce que» comme il est extrêmement rare , son développement dans les sujets consacres à celle-ci, ne peut être considéré comme une coïncidence. M. Herbst a été exlraordinairemcnt favorisé à cet égard , ayant rencontré plusieurs animaux infestés de Trichina; il a choisi l'un d'eux, un blaireau, pour ses essais (2). Ayant donné la chair de cet animal à manger à de jeunes chiens, au bout de trois mois, quand on les tua, tous leurs membres furent examinés et l'on reconnut qu'ils contenaient un nombre aussi

trouTai aussi, dans la lavure des intestins, six autres Ténias qui manquaient de crochets, mais qui, du reste, ressemblaient tout à fait aux prôcédenls. »

(1) R. OwEN, Transactions de la Société zoologique de Londres. 18 J5, 1. 1, p. 315. ^* Lectures on the comp anat, andphys., p. 62. " A. Fakre. Comp. zool. Trans. t. 1. Uilton, Médical Gaaette, February 1833. Ce ver, qui est long de 8/10 de millimètre, vit dans de petits kystes à Tiniérieur desquels il est enroulé, et qui ont un demi-miltimêlre de longueur. A l'hôpital Saint- Barlhêlemy de Londres, on en trouva dix-sept h Tintérieur d'un, des muscles des osselets de l'ouïe, sur un militaire qui y était mort.

(2) M. Herbst Ta rencontrée presque simultanément sur un chat« un chien, un hibou et un blaireau.

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considérable de Trichina ^iralis qu'en possédait la chair de l'animal qu'ils avaient dévorée (1).

En résumé y on peut donc dire qu'il résulte des expériences et des observations de Riichenmeister, Leuckart, de Siebold, Lcv^ald, Yan Beneden et MoUer, que les Cysticerques et les Cénures ne sont que de jeunes Ténias, qui, pour arriver à un entier développement, ont nécessairement besoin d'abandonner l'animal sur lequel ils vivent d'abord, pour aller, après une migration plus ou moins longue , se développer sur une autre espèce d'animal, souvent fort difTérente.

SECTION IV. — DISCUSSION DE l'bTPOTHÉSE DES MIGRATIONS.

Les observations et les expériences récentes sur la genèse des helminthes étant considérées, par quelques physiolop^istes, comme ayant donné le dernier coup à l'hétérogénie , il est de notre devoir d'examiner si cette prétention est aussi fondée qu'on l'a pensé. Nous apporterons dans cet examen la plus extrême impartialité, mais aussi nous y mettrons une sévérité qui n'accusera que notre ardeur à démêler le vrai , mais

(i) Herbst, Expériences sur la transmission des vers intestinauœ, Socidlé des sciences de Gœttingue, 185i; InsUtut. n^* 956. Jnn. des se. nat, 1852.

(2) KucHENHCisTER , On animal and vegetable parasites of the hutnan body. London, 1857, t. 1, p. 34. — Leocrart^ Archiv, fur physioL — De Siebold , Mémoire sur les vers rubannés et vésiculaires dé l*homme et des animaux, Ann. des se, nat, Zool. 1855. — Lewald, De cysticercorum in Tcsnias metamorphosi. -^ Van Beneden, Vers Cestoïdes ou Acotyles. Bruxelles.— Hollsr, Gazette médicale. 1 851 .

DISCUSSION DE l'hYPOTBÉSB D£S MIGHATIOKS. 54 i

jamais la loyauté d'aucun expérimentateur. La discussion nous prouvera que de nouvelles expériences sont peut-être encore à désirer , pour mettre la question hors de doute ; et qu'il n*est pas absolument démontré, pour tout le monde, que quelques helminthes ne se produisent pas par la génération spontanée.

Nous avons devant nous des antagonistes d'un grand renom, des expérimentateurs consommés, et au premier abord, notre entreprise paraîtra téméraire. Elle ne l'est cependant nullement , et eux-mêmes , en se combattant réciproquement, nous permettront d'établir, sans conteste, que leur victoire est encore fort indécise. Là, nous assisterons à leurs luttes; ailleurs, nous les verrons successivement changer d'opinions, et, avec le scepticisme qui seul convient au milieu de tant d'indécisions, nous nous demanderons où est la vérité?

En doutant des migrations, nous n'avons pas la prétention de venir ici contester une conquête scientifique, vierge de toute atteinte. Nous ne sommes pas le seul dont les doutes ne soient pas absolument dissipés, car si M. de Filippi a pu dire que les recherches de de Siebold et de Steenstrup (1 ) avaient démontré que les Cercaires sont des larves de Distomes; d'un autre côté, des savants du plus grand mérite, tels que Ehrenberg et Diesing (2), prétendent encore que les

(1) De Filippi^ Mémoires de l'Académie de Turin, 2* série, t. XV. — De Siebold, dans Burdach, PAy»., t. HI. — Steeusteup, Uéber den GenerationsweehseL Copenhague, i842.

(2) Ehrerberg, Monatsbericht d. k. Akademie su Berlin, 1851, p. 776. — D1B6IN6, Systema helmin$hum, Vindobopœ, 4 850, t. I.

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mêmes Cercaires sont des animaux parfaits. Du reste, quelques expérimentateurs nous viennent déjà en aide, en contestant de fond en comble les nouvelles investigations, dont nous nous bornons seulement à signaler l'imperfection ou à nier les conséquences. Ainsi MM. Ercolani et Vella ont récemment combattu les conclusions de Kiichenmcister, de Siebold et dé Van Beneden, en prétendant qucleurs recherches n'étaient point applicables à l'entière solution de la grave question de la genèse des helminthes. Ces savants ont même échoué dans leurs expériences, en voulant obtenir des Cysticerques en employant des œufs de Ténia (1).

Presque tous les savants modernes qui ont spécialement étudié les vers intestinaux, s'accordent à penser que ceux-ci ne peuvent d'abord se produire qu'à l'aide de la génération spontanée. Rctzius avoue que l'apparition des Entozoaires lui parait pouvoir tout aussi bien s'expliquer par elle, que par rémission des œufs ; Reil et d'Outrepont partagent cette opinion ; Linck, Baillieet Cooper sont également unanimes sur ce point (i). Rudolphi etBremser, auxquels on doit de si beaux travaux sur les helminthes, n^hésitent pas eux-mêmes à dire que ces animaux dérivent en par- Ci) Ercolani et Vella, Comptes rendus de V Académie des seiences, 1855, 24 avril.

(2) Retzius, Lect. publica de vermib. intestinalib, imprimis humanis, Holmiœ, 1788. — Reil et d'Octrepont^ Perpétua maieria organie(hanimalis vicissitude, Halœ, 1798. — Likck > Versuch einêr Geschichie und Physiologie der Thiere. Chemnilz, 1803. — Baillie, Morbid onatomy. ^ Cooper^ On intestinal worms, Lond., Med. Soe., t. Y.

DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 543

tiederhétérogéiiie; Tiedemann, Burdach, Bérard et beaucoup d^autres physiologistes partagent cette manière de voir, qui est aussi la nôtre (1). Enfîn, M, Dnjardin^ qui a écrit récemment un traité sur les Entozoaircs, a été conduit à la même conclusion à Tégard de plusieurs d'entre eux. Dans un de ses chapitres, il avance que l'existence du Trichina spiralis est un puissant argument en faveur de la génération spontanée de certains helminthes (2). Dans un autre endroit, la même idée revient, lorsqu'il parle d'un Distome qui se rencontre dans le foie des limaces et n'offre aucun organe sexuel ; il dit qu'il s'y produit spontanénient (3). M. Gérard prête aussi ce mode de génération à la plupart des vers intestinaux (4).

C'est à tort que M. C. Vogt prétend que la reproduction des vers intestinaux a été le dernier refuge des partisans de l'hétérogénie (5), car ils en tirent encore aujourd'hui de vigoureuses objections contre les prétentions de leurs antagonistes ; et celles-ci sont, jusqu'à ce moment, restées sans réponse. M. Vogt lui-même, malgré son mérite éminent, n'apporte sur

(1) RuDOLPHi^ Entozoorum histaria naturalis. Amst. 1808, 1. 1^ p. 375-400. — Bremser, Traité zooiogique, physiologique des vers intestinaux de Vkomme, Paris, 1824. — Tikdemakn, Physiologie dé l'homme. Paris » 1834. *-- Burdacb, Traité de physiologie. Paris, 1837, 1. 1, p. 30. — BERARD, Cours de physiologie, Paris, 1859.

(2) DujARDiN, Histoire naturelle des helminthes, Paris, 1845, p. 294.

(3) DujARom, ibid., p. 408.

(4) Gérard. Diet.univ. d'hist. nat. Paris, 1845, t. VI, p. 67.

(5) Ch. Vogt, On the transmigration ofWorms, Dans The ann. and. niag. of naturalhlstory. T. IX, p. 436.

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ce^sujet aucun fait positif, dans le court article où il parle si facilement de ses adversaires.

Résistance vitale des helminthes et de leurs œufs. — Dans le but d'élaguer Tune des principales difficultés qu'offre leur système, les partisans des migrations ont supposé aux helminthes ou à leurs œufs, une résistance vitale extraordinaire. Il est facile de passer leurs assertions à un critérium infaillible, il ne faut que les opposer à celles des autres naturalistes.

Depuis bien des années, Rudolphi, dans son fameux Traité des vers intestinaux, avait raconté aux savants que des Ascarides placés dans une forte solution d'aloès, y restèrent vivants pendant quatre jours (i).

On sait aussi que Rudolphi rapporte que de pareils v^rs, extraits d'un cormoran» après avoir séjourné onze jours dans de l'alcool, n'avaient pas encore cessé de vivre. Enfin M. Miran dit que des Entozoaires de ce genre, retirés d'un poisson, revinrent aussi à la vie après avoir été desséchés (2) .

Les œufs, peut-être avec plus de raison, ont étéconsidérés comme jouissant encore d'une plus grande résistance vitale. Dans l'eau ils paraissent pouvoir se conserver très-longtemps. M. Verloren, a vu ceux de V Ascaris marginata y vivre une année entière ; et M. Davaine dit avoir reconnu que les œufs del'Âsçaride lombricoide de l'homme restent sous Teau six mois

(1) Redi, Osservazioni degli ammali viventi che si trovano negli animali tnven^i. Jirenie^ 1684.

(2) RuDOLPRU ErUozoorum synopsis, p. 250. MiRAi«. Wiegmann's j4rchiv. 1840, p. 35.

DISCUSSION DE l'HTPOTHËSB DES MIGRATIONS. 545

avant de commencer leur développement. Tout ceci se conçoit parfaitement ; mais, ce qui est tout à fait extraordinaire, c'est de voir MM. Ercolani et Vella, prétendre que des œufs et des embryons d'Helminthes, après avoir été six jours dans l'alcool et avoir subi une dessiccation de trente jours, ont été complètement revivifiés (1). Van Beneden va beaucoup plus loin encore, puisqu'il dit que « des œufs pris de vers conservés depuis assez longtemps dans l'alcool , ayant été placés dans l'eau, on y a trouvé, au bout de quelques jours, des embryons vivants ; et que la vie n'était pas non plus éteinte dans des œufs retirés de préparations anatomiques séchées depuis plusieurs années, ou même plongées dans l'acide cbromique (2). »

Tout cela est prodigieux, et l'on doit regretter que Van Beneden ne dise pas si c'est lui-m^me qui a observé de tels faits. Cependant voici d*un autre côté un des plus ardents partisans des migrations, Kiichenmeister, qui soutient une thèse absolument contraire. Cet helminthologiste prétend que l'action de l'alcool est absolument mortelle sur les œufs des Ténias; et il considère comme tout à fait faux, le fait rapporté par Môller à l'égard du Cysticercus cellulosœ qu' on aurait obtenu à Paris, avec des œufs du tœnia soUum^ conservés dans l'esprit-de-vin (3).

(1) Ercolani et Vella ^ On the embryogeny and propagation of intestinais Worms. Ann., and mag. of. nat. hist. London 1854, XJV, p. 156.— Comptes rendus de TAc. des scienc. 1855, 24 ar.

(2) Van Bbneden, Zoologie médicale. Paris, 1859. T. 11^ p. 3t2, de THomme et de la perpétuation des espèces, Bruxelles, 1859.

(3) RiJCBENMEisTER, On animal and vegetable parasites of hU' man body. Londres, 1857. 1. 1, p. 45. — Môller. Gaz, méd., 1855*

POOCHET. 86

A l'égard de ce qui concerne l'extraordinaire vita* lité des helminthes, nous ne pouvons oroire tout ce qui se trouve plus haBt. I-jes auteurs sont unanime»^ au eontraivey pour considérer ces animaux comme succombant au bout d'un temps fort court lorsqu'ils sont extraits de leur habitat normal. Bremser et Burdach affirment qu'ils périssent presque immédiatement après la mort de l'animal qui les nourrit ;; M. Robin a vu que les échinocoques sueeorabaient en quelques heures lorsqu'on les en avait enlevés (1)^

Relativement à l'innocuité de l'acide chromique et de l'alcool, nous ne pouvons rien dire, n'ayant pas pu faire d'expérience sur ce sujet. Mais ne sommes-nous pas en droit de nous demander si ce phénomène extraordinaire, strictement examiï)éy»e perdrait pas (eut son prestige? Nous avons déjà vu que les Rotitèrcs, que Spallanzani et MM, Doyère et de Quatrefages pensaient pouvoir être impunément tués et ressuscites (2), succombaient, au contraire, dans des expé« riences exécutées avec précision. Et en se fondant sur des observations bien dirigées, MM. Pennetier et Tinel ont mis ce faik hors de doute (3)*

(1) Bbbmser, Traité zôologiqtie et physiologique des vers intestinaux, Paris, 1824. — Bubdach, Traité de physiologie, Paris, 1831, t. I, p. 27. — Nysten, Littré bt Cu. Robiw, Dictionnaire de médecine. Paris, 4858.

(2) SpallanzamI; Opuscules de physique animale et végétide. Paris, 4787, t. il-, p. 205. — De Quatrefages, Souvenirs d'un «atii^ raliste. Pari», 1 856. — Uoièkk, Annales des sciences naturelles, 4 841 ,

. (3) Peisketier, Journal l'Ami des Sciences. Raris, 4859, Juin. — TiWEL, VUnion médicale. Paris, 1859, no 72. Ce que l'on a pris pour une résurrection est simplement l'éclosion des jeunes Rotifères ou des Tardigrades^ ces animaux possédant une enveloppe imper-

DISGDSSIOll DB L^aTPaVHXSE BES MIGRATIONS. 547

Db l'introduction des oeufs des helminthes.' — La circonscrîptîon géographique des helminthes, parfois si limitée, n'est-elle pas elle-même un argument fort sérieux contre leur introduction par la voie des atîroents? Un fleuve, une rivière établissent, en certains pays, une limite très-tranchée entre les lieux envahis par deux espèces fort distinctes. Ainsi, d'après M. Boudin, le Botryocéphale, qui réside spécialement dans l'est de TEurope, en Russie et en Pologne, s'arrête à la Vistule; et en deçà de ce fleuve, on ne rencontre plus que le Ténia solitaire (1). Cette ligne de démarcation est tellement tranchée, qu'à Dantzick, qui est située sur ce cours d'eau, de Siebold devinait la résidence des personnes à la nature des helminthes qu'elles expulsaient (2). Si c'était la nourriture, comme celle-ci est identique sur les deux rives du fleuve, on ne Toit pas pourquoi des deux côtés on ne rencontrerait pas les mêmes vers.

Une chose aussi serait bien inexplicable pour les helminthologistes qui prétendent que les vers se propagent par les aliments : c'est Textréme fréquence de quelq.ues-uns de ceux-ci, comparée à la rareté de leurs analogues. Ainsi , d'après MM. Boudin et Odier, le quart des habitants de Genève a eu, ou aura, leBolryo-

mëable, sous laquelle ils (Peuvent se conserver vivants^ malgré la sécheresse.

(1) Boudin, Traité de géographie et de statistique médicales, Paris, 1857, 1. 1, p. 336.

(2) R. yfkCîiEK, Handworterbuchder Physiologie. Bràunschweig^ 1844, t. II, p. 652.

S48 HÈTÉROGÉN».

céphale (1); ce Botryocéphale dont la larve n'a point de crochet, et dont on ne peut expliquer la migration ; ce Botryocéphale, enfin, dont les voyages extraordinaires sont encore un mystère, et qui là est plus commun que le Ténia! Est-ce donc qu'à Genève on ne mange point de porc, ni de toutes ces viandes qu'on dit être la source du Ténia des Français?

Enfin, l'hypothèse de l'introduction des vers intestinaux par l'alimentation, et, par suite, celle des migrations, sont tout à fait renversées par l'existence bien constatée de ceux-ci, soit sur des animaux encore à la mamelle, soit même sur des fœtus encore contenus dans l'utérus. Parmi les nombreux exemples que Ton pourrait citer, mentionnons seulement les suivants : Gœze, Bloch et Rudolphi ont fréquemment rencontré de longs Ténias sur de jeunes agneaux encore à la mamelle (2) ; Bremser en a trouvé quarantecinq sur un jeune corvus frugilegus^ encore au nid et sans plumes (3) ; Rudolphi dit avoir observé plusieurs fois des Douves du foie sur plusieurs autres oiseaux aussi jeunes; Fromann a rencontré de ces vers sur des agneaux nouveau-nés (4); enfin Pallas et Bloch

(1) Boudin^ Traité de géographie et de statistique médicales. Paris, 1857, t. 1, p. 336. — Odier, Médecine pratique, p. 224.

(2) GoBZR , Naturgeschichte d. EingeweidewUrmer , cité par Bremser, p. 27. — BLOCB^i46fcafid/., elc. BerUn^i782. — Rudolphi, Ef\lozoorum seu verniium intesiinatium historia naturatis, Amster-

(3) BitKMSER, Traité zoologique et physiologique sur les vers m- L'^finaux. Paris, 1824, p. 27.

[l] Rudolphi, idem. — Fromann, Observ. de verminoso in ovibus rt jnvencis reperto hepate. Ephemcrides nat. cur. 1677.

DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 549

assurent que des Ténias ont été observés à Tintérieur du fœtus humain par Brendel et Heim (1), Hippocrate dit qu'on en a découvert dans les intestins d'un enfant qui venait de naître, et Rudolphi dans ceux d'un chien qui venait d'être mis bas. Quoique M. Blanchard ait contesté la présence des vers intestinaux dans le corps du fœtus (2), c'est un fait établi aujourd'hui par des observations si positives qu'il n'est pas possible de le nier. M. Berthélue a rappelé qu'il y a sur ce sujet des observations positives qui remontent au dix-septième siècle (3) ; et Graetzer, dans son Traité des maladies du fœtus, cite des faits nombreux et bien établis d'helminthes développés sur l'espi^xe humaine, pendant la vie utérine (4). Van Beneden, lui-même, prétend que de jeunes cochons naissent parfois en ayant déjà des Cysticerques (5). Il serait vraiment utile de sortir de toutes ces contradictions. En effet, si les helminthes entrent avec les aliments, comment peut-il s'en rencontrer sur le fœtus? Nous avons vu que la transmission de la mère à celui-ci était impossible.

Les enfants ne sont ordinairement sujets qu'aux Oxyures et aux Ascarides, et ce n'est que par exception que l'on rencontre chez eux des Ténias et des Cysticerques. Si les œufs provenaient du dehors, pourquoi ne rencontrerait- on pas aussi bien chez eux ces derniers

(1) Pallas, De infestis viventibus intra triventia, Rotterdam, 1768. — Bloch, AbhandL, etc. Beriîn, «782.

(2) Blanchard^ Mémoire lu à l'Académie des sciences en 18^8.

(3) Berthéiue^ Revue zoologique, 1818, p. 119.

(4) GRktmti, Maladies du fœtus. Breslau, 1837.

(5) Van Bemedbr, Zoologie médicale. Paris, 1859, t* II, p. 260.

550 HiTÉKOGÉlflS.

Entozoaires, qui semblent n affecter que Thomme adulte. — On ne peut arguer que les enfants n'offrent pas les c<mclîtions de vitalité qu'exigent ces vers, puisqu'on en a observé sur plusieurs, exceptionnelle-^ ment, et qu'on en trouve fréquemment à Fintérieur de quelques jeunes animaux, tels que les chiens. Ce n'est là qu'un argumait accessoire. Mais ne semblet-il pas que si ces Entozoaires ne se développent ordn naireraent que dans Tâge adulte, c'est que celui^i seulement^, livre à leur état naissant une substance assez animalisée pour leur permettre de coercer les matériaux nécessaires à leur organisation.

Si l'air, l'eau et les aliments étaient les véhicules des helminthes, ceux-ci aéraient assurément plus uniformément répartis qu'ils ne le sont sur ces animaux. Pour ne pas rester, à ce sujet, dans le vague des géné«* ralités, citons quelques exemples. Le Trichina spi^ ralisy en particulier, ne peut être assurément expliqué par aucun des moyens derrière lesquels les ovaristes se retranchent. Tout à coup ce ver, dont nous avons déjà parlé, se déclare sur les individus et pullule par myriades dans tous les muscles de l'éconO" mie. En voyant se manifester un tel phénomène, on conviendra immédiatement qu'il- a fallu que le milieu ambiant dans lequel a vécu la personne infestée referme un incalculable nombre de germes de cet Entozoaire, un nombre qui surpasse même tout ce que l'on peut imaginer. Or, comment se pourrait-il faire que lorsque beaucoup d'hommes habitent le même lieu, vivent de la même nourriture, présentent le même accès à l'infection, ont le mêcae âge, et souvent

DISCUSSION DE l'hYI^OTHÈSK DES MIGRATIONS. 551

la même constitution, comment se pourrait-Il faire, dis^je, que quand la cause qui agit est si multiple, si répandue, un seul individu se trouve cependant infesté?... Tel est le cas d'un soldat doînt tout le système musciilaire fut littéralement envahi par le Trichina spiralis, et en telle abondance qu'on en trouva |fùsque dans les muscles de l'oreille interne (1).

Si la cause provenait du. dehors, si les germes de ce Trichina avaient été contenus dans Tair ou dans Teau, comment expliquerait-on pourquoi aucun des autres militaires de la même caserne n'a éprouvé, je ne dirai pas cette véritable infiltration générafle d'Entozoaires, tuais seulement l'attaque de quelques-uns? La cause, ayant eu une incalculable énergie, devait agir sur un grand nombre d'individus, «omrne cela s'observe dans toutes les épidémies; et elle le devait d'autant plus qu'elle trouvait dans sa spfhère d'action des sujets dans la même coodHion. Quoi! l'atmosphère ou la nourriture, qui possédaient pour le militaire en question de si amples matériaux léthifères, avaieqt une parfaite innocuité ^qr ses compagnons de chambrée ou sqq ca^ marade de lit 1 Seul il a été infesté par des myriades d'animaux dont les germes ont enveloppé tous les autres soldats, et aucun de ceux-ci n'a été tourjmenlé par un de ces vers qui tuent leur camarade I Tout eela tiendrait du prodige, dans l'hypothèse des migrations.

L'examçn des animaux peut nous fournir des arguments analogues à ceux qui précèdent.

(1) R. OwfiN, Transactions de la Société zoologique. Londres^

552 HÉTÈR06ÈNIB.

On rencontre parfois à Tintérieur de quelques-uns une extraordinaire abondance d'helminthes, tandis que les autres individus de la même espèce n'en offrent jamais un nombre qui lui soit comparable ; c'est ainsi que M. Nathusius a trouvé dans une cigogne noire, plusieurs centaines d*helminthes appartenant à des genres trèsdivers,et disséminés dans presque tout l'organisme (1).

Krause rapporte aussi qu'un cheval de deux ans et demi contenait plusieurs milliers, de vers très-disparates (2).

En voyant ces animaux tourmentés par un si grand nombre d'helminthes, on se demande comment, en admettant que c'est à l'aide de l'air ou des atifnents que se transmettent ces parasites^ on pourrait expliquer pourquoi cette cigogne et ce cheval sont ainsi devenus de véritables pépinières de vers, tandis que leurs congénères n'en étaient point affectés, quoique vivant dans les mêmes circonstances. Cependant cela

(4) Nathusius, WiegmanrCs Archiv, i837. — Vingl-qnatre filaria labiata dans le poumon, seize syngamui trachealis dans la trachée, plus de cent spiroptera alata entre les membranes de l'estomac, plusieurs centaines d'holostomumexcavatum deimViniesiin grêle, environ cent dtstoma ferox dans le gros intestin, vingt-deux distoma hians dans l'œsopbage; cinq disioma hians (?) entre les ^membranes de l'estomac, et enfin un distoma echiruUum dans Tintestin grêle.

(2) Krause, Wiegmann's Archiv, 1840. — Plus de cinq cent dixneuf ascaris megalocepkaîa^ cent quatre-vingt-dix oxyuris curvula, deux cent quatorze strongylus armatus^ pluî^ieurs milliers de strongylus tetracarUhus, soixante-neuf tœnia perfuliata, deux cent quatre-vingt-sept filaria papillosa, et six cyslicercus fistularis.

DujARDiN, Histoire naturelle des helminthes. Paris, 1945. p. 13.

DISCUSSION DE l'hYPOTHÈSB DES MIGRATIONS. 55S

aurait dû être si les vers provenaient réellement du dehors. Si cela ne s'est pas présenté, c*est que ceuxci n'ont Irouvé la raison de leur apparition que dans la nature des circonstances particulières qui leur ont été oflerles par les deux animaux en question, circonstances qui chez eux en ont déterminé Tapparition spontanée.

A l'aide de l'expérience, Pallas a prouvé que des œufs d'Entozoaires peuvent se grefîer sur un autre animal que celui qui les a produits, et se développer là où on lésa placés. Il rapporte avoir introduit, par une plaie, quelques œufs de Ténia du chien dans la cavité abdominale d'un autre animal de cette espèce, et qu'ils s y sont parfaitement développés, jusqu'au point d'atteindre la longueur d'un pouce dans l'espace d'un mois. Mais, comme le fait Judicieusement observer Bremser, cela est insignifiant, puisque ces œufs possédaient toute leur fraîcheur, venant d'être extraits à l'instant même d'un autre chien (i). Cette expérience soulève quelques objections fondamentales. Gomment donc ces œufs de Ténia ont-ils donné naissance à de jeunes individus finement annelés, ayant le faciès de leurs parents, et non pas à des Cysticerques, ce qui devrait avoir eu lieu, si les faits annoncés par les partisans des migrations sont exacts? Comment s* est-il pu faire aussi, en suivant leurs errements, qu'il se soit développé de jeunes 1 énias à la surface du péritoine, eux qui pour arriver dans l'intestin des

(I) BftBMSEa, Traité anatomique et physiologique des vers irUes^ tinawD. Paris^ 4824, p. 42.

tSt(4 flÊI^ftOGÂNIB.

aniaians/Jeur site de prédileclion, opèrent de si «x* tnaordinaires voyages?

Absorption des oeufs ou des sBiBRTOffs. -^ Pour être à Tabri de tout reproche, les 'expériences de mi* grations artificielles des helminthologistes auraient dû, absolument, se rapprocher de la marche de la nature, et c'est ce qui n'a pas eu lieu.

Ces expériences sont tellement subordonnées aux précautions q«e prennent les [^ysîologistes , que Kfichenmeister avoue lui-même «iiue, peur en foeilîter la réussite, on doit avoir la précaution d'enlever les enveloppes des Cysticerques, et même d'inciser la vésicule de ceux qui sont VoluminettK, paroe que, sans cela. Ils sont vomis très-facilement. Dans la nature, les aninmux qui mangent acciden tellement des Cysticerques prennent-ils ces précautions (1)?

Mais si, dans ces expériences, le Cysticerque, qiie Yoïï a mis libre dans l'estomac, traverse cet organe pour aller ensuite se développer sur l'intestin grdle, cela ne dit nullement ^ue, 'àdiK l'ordre natarel, les phénomènes se passent ordinairement ainsi. Aussi sommes^ous porté à oonsidérer «ces exf^jences, non comme exprimant la marche normale de 4a nature, mais comme n'étant qu'une transpontîon artificielle d'un animal qui, placé dans de défavorables circonstances, n'y devait jamais présenter qu'une forme tératologique ; mais qui, transporté par le bienfait de la transmigration, dans un habitat plus propice, y prend toute son extension. Ainsi une plante s'étiole et meurt

(1) RccHEFWEis'rfiR^ Ofi animal and vegetàble parasites of the human body, Londres, 1857, 1. 1, p. 83.

DISCUSSION DE L'flVVQTflèSE DES MIGRATIONS. 55$

dans un sol trop restreint et privé d'éléments nutritifs, mais devient un végétal robuste quand ensuite on la confie à une terre plus riche et plus étendue.

Admettons cependant que cette difficulté soit levée, et que Fœuf ou i'embryon d'un Cestoïde se trouve parvenu dans l'intestin d'un animal ; comment de ta opérera-t-il sa nrigralion pour se rendre dans les organes éloignés ? Les helminthologistes prétendent qu*il est absorbé) mais les physiologistes sont fortement autorisés à nier que cela soit possible.

Il est vrai que Heri)9t , par ses expériences sur les fonctions dn système lymphatique, a'vait fait supposer que des molécules de lait ou d'amidou pouvaient être absorbées «dans l'intestin, et passer dans le système sanguin (1); et que, plus tard, (SEsterlen, ayant nourri des lapins, des chats et des poules avec de la poussière de charbon, a retrouvé des parcelles de celle-ci, de lé? à A de miHimètre, «dans ie sang des vemcs du mésentère (2) . Il est vrai aussi que 'F. Éberhard a retrouvé des molécules ^e soufre de liô à 7I0 de millimètre de diamètre , dans le sang <des veines mésaraiques de divers dhiens qu'il avait nourris avec du soufre guMimé (3). L'on sait aussi, que Mensonides et Donders prétendent qu'ayant fait avaler, de vive force, de l'amidon à des grenouilles, au moyen d'une seringue,

(1) Herbst^ Le Système lymphatique et ses opérations. GcBiiiïi^ue, 1844 (en allemand).

(2) QEsTERLEN^ Annales de Henle et Pfeufer pour la médecine rationnelle, Heide)berg, 1. V, p. 434.

(3) F. Eberhard, Recherches sur le passage des matières insO" lubies de Viniestin et de la peau dans le sang. Zurich, 1847 (en allemand).

556 HÉTÉEROGÉiaB.

après six heures, ils ont retrouvé des molécules de farine dans les veines du mésentère de ces reptiles, et que là elles étaient parfaitement reconnaissables à Taide du microscope et de Tiode. Bruch assure même que les molécules du lait passent intégrale— ment dans le sang des jeunes animaux encore à la mamelle, et dit avoir retrouvé ce fluide dans les veines mésentériques de plusieurs petits chats (1). Enfin, Marfels, en injectant du sang de brebis et du sang de bœuf dans l'estomac de plusieurs grenouilles, a retrouvé ce sang dans le cœur, et a même vu ses globules circuler dans les capillaires les plus ténus du mésentère de ces reptiles (2).

Mais déjà on a fait quelques objections à plusieurs des expériences que nous venons de citer. On a prétendu, avec raison, que les molécules du charbon, présentant communément des angles assez aigus, avaient pu dilacérer les fines parois des absorbants pour s'introduire danslesystème circulatoire (3). G. E. Hoffmann, qui a remporté le prix proposé par la Faculté de Wûrtzbourg sur celte question : « Si du mercure et de la graisse peuvent entrer en substance dans le système circulatoire? » contredit les expériences

(\) Bruch^ Annales de la zoologie scientifique de Ch, de Siebold et Kôlliker. Leipzig 1853, t. IV.

(2) F. Marfels, Recherches sur la voie par laquf'lle de petits corpuscules solides passent de l'intestin dans l'intérieur des petits vaisseaux chylifères et sanguins, Ann. se. nat. Zoologie. 1856, t. V, p. 134.

(8) Gomp. F. Mahfels, Recherches sur la voie par taqueUê de petits corpuscules solides, etc.

Disc:;ssioN de l'htpothèsb des migrations. 557

d'Éberhard sur ce sujet (1). On pourrait enfin se demander si, dans ses expériences, Marfels n'a pas pu confondre des globules du sang de grenouille à l'état de corpuscules élémentaires, avec le sang du mouton et du bœuf qu'il avait présenté à l'absorption? Mais une objection autrement capitale que les précédentes, c'est le diamètre des œufs des helminthes, beaucoup plus considérables que celui des globules du sang et du lait, en admettant que l'absorption de ceux-ci soit un fait positivement établi.

En ce qui concerne la fécule, dans mes expériences sur les grenouilles et les poissons, soit que je Taie fait manger à ces animaux, soit que je Taie injectée dans leur tube digestif, jamais je ne l'ai retrouvée en circulation dans les veines mésaraïques (2).

Mais si les helminthes qu'on trouve dans les organes profonds, qui n'ont aucune communication avec l'extérieur, ne sont pas le produit de l'hétérogénie, il faut absolument indiquer par quelle voie ils

(1) C. E. Hoffmann. Sur le pttssage du mercure et de la graisse dans le courant du sang, dissertation inaugurale, Wûrtzbourg^ 1854 (en allemand).

(2) Expérience. Sur une Rana esculenta, on injecta dans l'estomac de la fécule non coloiée ; six heures après on tua l'animal et l'on explora attentivement le mésentère, sans y rencontrer un seul grain de cette fécule ; l'iode n*en signale pas non plus. S'il eût existé des granules d'amidon dans tes vaisseaux, on les eût découverts immédiatement, ceux-ci ayant un diamètre au moins du double de celui des globules «lU sang. — J'ai répété ensuite cette expérience avec de l'amidon préalablement coloré en bleu par l'iode, pour qu'elle fût encore plus précise; et, soit sur des grenouilles, soit sur des poissons (cyprinus aurcUus), jamais je n'ai vu un seul grain de fécule être absorbé.

$58 BÈofÈÊioeÉunÊ.

ont pu s'y introduire. Comment» par exemple, s'ib ne se développent point sur le lieu même, certains Entazoaires envabissent-ils le cerveau, le foie, la rate, la cavité du péritoine, celles de la plèvre et du péricarde, et même celle des os!

Est-ce à Tétat d'œuf qu'on prétend qu'ils y arrivent ou à l'état vivant?

A l'état d'œuf, il est de toute impossibiltté qu'ils puissent s'insinuer dans les 'organes; le système vasculaire sanguin ou lymphatique ne pouvant les admettre dans leurs canaux, ceux-ci formant un ensemble parfaitement clos.

Et d'abord, relativement à l'introduction des œufs, il y a impossibilité matérielle, car dans aucune partie des surfaces absorbantes des mammifèrei^ par exemple, ils ne pourraient être aspirés.

11 n'y a pas besoin d'insister sur la barrière infranchissable que la peau oppose à ces œufs ; et il est évident que s'ils peuvent s'introduire à l'intérieur des organes, ils doivent nécessairement, après leur admission préalable avec l'air ou les aliments, être aspirés par la surface des muquetiscs intestinales ou pulmonaires. Or, les travaux de précision des anatomistes et des physiologistes du dix-neuvième siècle nous démontrent, jusqu'à l'évidence, que cela est tout à fait impossible.

Les œufs ne peuvent assurément pas être absorbés par les vaisseaux sanguitis ou chylifères de la muqueuse intestinale, puisque ceux-ci n'ont aucune ouverture béante à la surface de cette membrane ; et que, d'après Valentin, Béclard et Bérard, ils n'y

DISCUSSION DE l'hTPOTBËSE DES MIGRATIONS. ^t^^

pompent les fluides que par une imbibition endosmotique (1).

Et d'ailleurs, avant ce débat il y aurait une obser^ vation préjudicielle à exécuter : il faudrait s'assurer si Ton peut découvrir des œufs d'helminthes dans les organes digestifs des animaux qui sont le plus fréquemment infectés de vers vésiculaires. Et déjà des ' helminthologistes, qui ont fait de nombreuses recherches, assurent n'avoir jamais rencontré un seul œuf de Ténia dansles intestins des porcs et des lapins.

L'absorption pulmonaire étant absolument endosmotique, il est évident que les œufs des helminthes ne peuvent pas plus entrer dans l'économie animale par les cellules bronchiques, qu'ils ne peuvent y pénétrer par Jes villosités intestioales. Le grand physiologiste J. MûUer a lui-même senti combien ces faits ont une imposante autorité (2).

fiftiin, un obstacle encore plus grand viendrait s'of* frir par rapport à certains helminthes qui sont vivipares. Pour eux, il faudrait donc que les petits s'é* chappassent du gîte maternel, ce qui est déjà difficile; puis, qu'après avoir traversé, sans périr, un espace d'atmosphère plus ou moins considérable, ils entrassent ensuite dans l'intérieur d'un autre animal pour s'y insinuer à travers des membranes que nous avons déjà vu être infranchissables pour des œufs

(i) Valshtim» Phynol. London, «843 (trad.)> P' 56.— Bécurd^ Traité élémentaire de physiologie. Paris, 1859^p. 102. — Bérarp, Cours de physiologie, Paris, 1848.

(2) J. MtiixBR^ ifanuW de physiologie, trad. de rallemand par Jourdan. d< ëdit.lteis, i85i, p. 15«

560 HÉTÉROGÊNIB.

plus petits qu'eux. C'est encore plus impossible.

MlGRATlOI^ DES OEUFS ET DES EMBRYONS. JVOUS

avons d*abord démontré que l'absorption des œufs était tout à fait impossible ; et que les muqueuses intestinales et pulmonaires leur refuseraient absolument passage, si on supposait même qu'ils aient pu s'introduire dans les voies digestives ou respiratoires. ïjsl micrométrie parle là avec une irrécusable autorité. Maintenant il nous sera tout aussi facile de démontrer que la circulation n'est pas plus apte à transporter les œufs à travers l'organisme que celui-ci ne l'est à les absorber.

En admettant même que quelques œufs puissent s'introduire dans le système circulatoire et qu'ils soient entraînés dans son torrent, bientôt une double barrière^ barrière absolument infranchissable, s'opposerait à ce qu'ils parvinssent dans la profondeur des organes. En effet, il faudrait qu'avant tout, ils traversassent deux systèmes capillaires : celui du foie et celui du poumon ! double impossibilité.

En effet, nécessairement, ils devront être absorbés par les veines mésaraïques ; et, en admettant qu'ils parvinssent à traverser le systènie capillaire du foie, arrivés dans le poumon, ils y trouveront un nouvel obstacle infranchissable; les capillaires extrêmement déliés qui tapissent les cellules bronchiques, n'offrant pas un calibre susceptible de leur livrer passage. Cependant, si ces premiers obstacles infranchissables, obstacles sérieux, auxquels je crois qu'on n'avait pas encore songé, pouvaient être franchis, le système artériel pourrait-il ensuite lancer les helminthes dans

DISCUSSION DB l'bTPOTHÈSI DBS MIGRATIONS. Mi

cette foule d'organes profonds où parfois on les découvre? mais nullement.

Les physiologistes qui ont parlé de la dissémination des œufs à l'aide du système vasculaire, et qui l'ont fait après un examen attentif des prémisses de la question^ à savoir : le rapport des diamètres de ceux-ci et des capillaires, sont restés convaincus qu'il y avait impossibilité physique. Burdach pense^ qu'en admettant même qu'ils parvinssent dans les vaisseaux, ils ' ne pourraient circuler à l'intérieur de leur étroite filière, les œufs de certains vers étant, selon lui, dix fois plus gros que les globules du sang, qui, eux-mêmes, y trouvent parfois des passages dans lesquels ils peuvent à peine s'introduire. J. MuUer etBremser professent une opinion analogue (1).

En effet, les œufs de beaucoup d'helminthes ont une grosseur qui dépasse considérablement le calibre des capillaires; aussi, est-il impossible d'expliquer par ceux-ci leur transport dans l'organisme. Le dià^ mètre des vaisseaux capillaires de l'homme variant de 0,005 à 0,006 de millimètre, et celui des œufs des Ténias étant de 0,020 à 0,080de millimètre, ceux^ ci ne peuvent par conséquent traverser leur réseau.

Les modernes partisans des migrations. des Ento-« zoaires expliquent celles-ci par deux moyens. Les uns pensent que l'embryon, après avoir été introduit dans les voies digestives des animaux, se fraye un chemin

'(1) BuBDACB, TraUé dé physiologie. Paris, fS37, 1. 1, p. 2S. — I. MoLLEB, Manuel de physiologie. Varis, 485i, p. 15. — >BftKiiSEB, Traité Moalogique et physiologique des vers tntMlûiaiHP. Paris,

POOCHBT. S<

à travers les tissus à l'aide de ses crochets, jusqu'à ce qu'il soit parvenu dans un site de prédilection (1); les autres croient qu'après s'être introduits dans les vaisseaux, les jeunes helminthes sont passivement disséminés dans les diverses régions de l'animal qu'ils vont infester. On rapporte même, à l'appui de cette dernière opinion, que Leuckart a trouvé quatre embryons de vers, libres dans la veine-porte, à son entrée dans le foie (2).

Voici déjà une grande concession de faite par les partisans des migrations. La progéniture n'entre point dans le système vasculaire par l'absorption organique, mais elle s'y insinue violemment à l'aide de sa propre force vulnérante ; ou bien, en employant celle-ci, elle perfore une série d'organes pour parvenir enfin dans son site d'élection.

Ces nouvelles explications, quoique fort ingénieuses, soulèvent une tourmente d'objections. D'abord quand l'embryon, car ce n'est plus un œuf, a percé l' intestin pour arriver dans les veines du mésentère, alors il faut 1* qu'il traverse le système capillaire du foie; 2* qu'il franchisse le système capillaire du poumon ; 3* qu'il passe une seconde fois par le cœur; 4*" qu'il soit, enfin, lancé dans les organes à l'aide des artères. Mais, sans compter tout ce qu'a d'extraordinaire ce

(1) Telle est l'opinion de Kûchenmeister et de Van Beneden^ qui décrivent avec un soin exirême le mécanisme par lequel le ver fouille et perfore les tissus, rr- KucBBMiinsTER, 1. 1> p. 48. — Van BiNKDBif» Zool. m^., t. n, p. 217.

(2) Gomp. Kdchenmeistbr, On animal and vegeiabU parantes of Hhê humm body. Undon, 4857, 1. 1, p. 60. (Trad. angl.)

DISCUSSION DB l'hTPOTHÈSB DES MIGRATIONS. 563

voyage, nous avons déjà vu qu*il offre deux insurmontables obstacles, deux systèmes capillaires infranchissables.

Si les œufs des entozoaires qui attaquent Thomme, étaient tr^sportés dans les organes par le système vasculaire, comme nécessairement beaucoup devraient être en circulation, on les y trouverait, comme oii trouve dans les vaisseaux ceux de quelques entozoaires qui y vivent naturellement ; et je ne sache pas, qu'excepté M. Leuckart, aucun savant en ait observé.

Les physiologistes ont récemment démontré que, plusieurs helminthes se rencontrent, et parfois même en abondance, à Tintérieur du système vasculaire, où semble être leur habitat normal. Presque tous ceux-ci appartiennent au genre Pilaire; et MM. Delafond et Gruby en ont reconnu un assez grand nombre circulant avec le sang des mammifères et des reptiles. M. Valentin a découvert un Hématozoaire particulier, une espèce diÂmœbd, dans le sang d'un saumon. Plus récemment, M. Gruby a fait connaître des animalcules infiniment petits, de 0,0040 de millimètre de longueur, roulés en spirale et dentés en scie, qu'il a rencontrés abondamment sur des grenouilles adultes, mêlés à des Pilaires, et en circulation dans les vaisseaux, où ils se meuvent d'un mouvement extrêmement rapide (1) . On sait en outre queSchmitz, Va-

(I) DfiLAFOND et Grubt, ComfttêS rendus dé V Académie deêsdmceif t. XXXIV, p. 9. — Valertin, Archiv. de MuUer. 1841, p. 435. ^ Grubt^ Recherches et Obiervations sur une nouvelle espèce d^kénuh toxoaire,{Trypanosomasan^inis,) Aun. se. nat. 1844, 1. 1, p. 164, pi. I, fig. B.

564 HÈTÉROGÉmB.

lentin, Yogt, Remak, Mayer, Berg, Creplin ont aussi rencontré des helminthes dans le sang des grenouilles et de quelques poissons d'eau douce (1) ; de Siebold en a souvent vu au milieu de celui des oiseaux (2).

On connaît, depuis Swammerdam, une espace d*Âscaride qui vit particulièrement dans le poumon des grenouilles (3). M. Gluge a découvert, il est vrai, les ovaires et reconnu les œufs de ce parasite, qui est Y Ascaris nigrovenosus. Valentin a vu circuler ceux-ci avec le sang de ce reptile ; mais ces œufs n'avaient point été introduits du dehors, ils se trouvaient en quelque sorte enfermés dans leurs cavités naturelles (4). Il y a loin de là à l'hypothèse qui admettrait l'entrée de ces œufs, par endosmose, dans le tissu capillaire, à travers la paroi des bronches. Us sont tellement ici dans leur site d'élection, que M. Gruby, ayant injecté de ces œufs dans les vaisseaux des grenouilles, parvenus au poumon, on les a vus s'arrêter dans ses capillaires pour s'y développer (5).

(1) ScHHiTZ, De vennibus in cireulatione viventibus. Berolini, 1826. — Valenti:!, De fwicUonibus nervorum cerebralium et nervi sympaihici, 1839, p. 101 et 144. — Vogt, Mulier's Archiv. 1842 — Remak^ Canstatt's Jahresbericht. 1842. — Mater^ De organo eledrico et dehœmatozoie. Bonn, 1843, p. 10. — Berg et Crepun, Archiv skandinavischer Beilràge zur Naiurgeschichte. 1815, t. I.

(2) De Siebold, art. Parasites du Handwôrterbuch, t. Il, p. 648.

(3) SwAMMERDAx, BîbHa notuTCB . Leyde, 1737.

(4) GujGE, Sur un Entozoaire dans le sang de la grenouille. Archives de médecine comparée de Rayer, t. I, p. 44. — Valentin, De la présence d*entozoaires dans le sang. Archives de médecine comparée de Rayer, 1. 1, p. 42, 43.

(5) Grobt, Recherches et observations sur une nouvelle espèce d^ hématozoaire. Ann. des se. nat., 3* série, 1. 1.

DUCOSSION DE L'HTPOTSiSB DBS HIGRATIOIM. SflK

M. ioly, ayant rencontré récemment des Pilaires de quinzeÎL vingt centimètres de longueur, dans les deux oreillettes d'un phoque commun, a pensé que ces helminthes, qui tous étaient femelles et remplis U'œufs et de petits éclos, n'étaient que l'élal adulte da filaria fnscium.Ce zoologiste supposeque les phoques, vivant presque exclusivement de poissons, avalent avec ceuxci les Filaires dont ils sont remplis, et que ces derniers résistant à l'action digeslive, perforent les parois du tube Intestinal, s'insinuent dans les vaisseaux sanguins et parviennent au cœur (1 ).

Mais H. Joly, avouant que ce ver, qu'il nomme' filaria cordis phocœ, n'a ni bouche, ni anus, et que même sa lète est obtuse, on ne peut expliquer comment il lui serait possible de perforer les parois résistantes des vaisseaux et de l'intestin. Selon ce zoologiste, ce Filaire acquiert son développement complet dans le sang du phoque, et il y produit même ses petits. Mais comment ceux-ci passent-ils donc dans les poissons ? Ces myriades de jeunes Filaires, qui, à un moment donné, envahissent le système sanguin, en sortent-ils en criblant ses parois pourse répandre ensuite dans la mer? Ce ne peut être que là que les absorbent les poissons, car ceux-ci ne mangent pas, à leur tour, les phoques dont ils sont la p&ture. Il faudrait donc admettreque cesFilaires naissent dans les canaux sanguins de ces mammifères; qu'ils en sortent ensuite pour aller vivre sur des poissons, et qu'ils ont besoin

(I) JoLT, Mémoire *ur une nouvelle etpèee d'hématosoaire. obtervii dani le cour d'tm phoque. Compl. rend. 1898, l. XLVl,

566 HÉTÉROGBNIB.

enfin ^ pour parvenir à leur état adulte, qu'un phoque les dévore, pour qu'ils se réintroduisent dans le même appareil qu'ils ont précédemment abandonné

Tout cela est vraiment extraordinaire I et ce que je puis affirmer, bien plus difficile à comprendre que l'évolution spontanée de ces Pilaires, tout simplement dans le lieu où on les découvre. Et pourquoi donc ces Pilaires se donneraient-ils tant de peine pour s'expatrier d'un milieu où ils doivent enfin revenir T

G)mment donc Van Beneden, qui connaissait ce fait, mais qui ne le cite que fort brièvement, a-t-il pu dire que tous les hématozoaires paraissent se trouver à l'état agame dans le système vasculaire (1)?

Lorsque l'on découvre aujourd'hui si habilement les hématozoaires qui circulent avec le sang, et qui ont parfois des dimensions infiniment petites, telles cpel'hémalozoairede 0,0040 de millimètre dont parle M. Gruby (2); on se demande comment, si le sang était réellement le véhicule normal des helminthes, comment, nous le répétons, depuis longtemps, on n'aurait pas déjà découvert leurs ceufs ou leurs embryons dans ce fluide? Cela serait on ne peut plus facile, car ils devaient se rencontrer en abondance chez certains animau^^, qui sont infestés par une inconcevable quantité de vers. On devrait d'autant plus obtenir

(\) Gertais et Yan Beneden^ Zoologie médicale, Paris^ 1859^ t. II, p. 303.

(2) Grubt, Recherches et observations sur une nouvelle espèce d'hématozoaire. Ann. se. nat. Zoologie, 1844, 1. 1, p. 104. Quelques flayants ont douté^ il est vrai, deranimalité de cet helminthe, mais cela ne diminue nullement de la force de l'argumentalion, si ce D'est pas un véritable animal, c'est une production quelconque.

DISCUSSION DE L'HTFOiaiSB DES MIGRATIONS. 567

ce résultât, que beaucoup de germes voyageurs doi^ vent &' égarer ou périr eu route, et qu'il faut nécessairement qu'il y en ait un immense nombre en circulation, pour qu'il en arrive quelques-uns seulement à leur destination.

Mais la découverte des hématozoaires, ainsi que le fait observer Bérard, n'offre aucun argument en faveur de la transmission des œufs à l'aide de la circulation. Bien au contraire, ces animaux sont là dans leur site d'élection, et ils y offrent une preuve de plus en faveur de la génération spontanée (1).

On sait que Yaientin a découvert un microzoaire dans le sang. Cet animalcule, qui y était excessivement abondant, ressemblait absolument aux Protées et n'offrait pas la moindre trace d'organisation ni d'appendices (2). La présence de ce microzoaire ne peut être expliquée là que par Thétérogénie ; car je ne suppose pas que les partisans des migrations puissent admettre qu'un être microscopique diffluent, privé d'appendices vulnérants, a pu pénétrer dans le système sanguin.

De l'habitat des helminthes. — Les savants qui prétendent que les œufs s'introduisent du dehors dans l'intérieur des organes, ne se sont pas réellement rendu compte des conséquences de cette hypothèse, sans cela, ils auraient reconnu qu'elle est complètement inadmissible. Burdach, qui a très-bien entrevu les difficultés qu'il y a d'expliquer ainsi les Entozoaires

(I) Bérard^ Cours de physiologie. Paris, 1848» t. I^ p. f02. {%) Valentik, ArchivesdeMiiller, 1841,0* 5» p.435.AQn.8C.nat. Zoologie, 1841, t. XVl, p. 303.

que recèlent les cavités closes ou tes divers tissus, dit avec raison : « Leurs œufs ne pourraient être portés « au dehors qu'à la faveur du renouvellement des m matériaux du parenchyme de ces organes ou du « liquide qu'ils contiennent; c'est-à-dire, qu'autant « qu'ils seraient amenés dans le sang par l'absorption

■ et séparés de celte liqueur par la sécrétion; après « quoi il leur faudrait, pour arriver chez un autre

■ individu, à l'endroit qui les doit recevoir, s'intro* « duire avec les aliments dans le canal intestinal, « puis couler avec le chyle dans le sang, et se détacher « du sang pendant le travail intime de la sécrétion et « de la nutrition. Mais ces migrations sont complète- « ment fabuleuses, puisqu'il n'existe point ici de voies

■ ouvertes, et que tous tes vaisseaux sanguins ou con- « duits sécrétoires ont des parois closes à travers les- « quelles aucune substance ne peut pénétrer qu'à « l'état de dissolution et de liquidité (1). »

En effet, on implorerait en vain toutes les hypothèses, hors l'hétérogénie, il n'en est aucune qui puisse expiF qucrlaprésencedecertains helminthes parmi unefoule d'organes. Comment, en effet, sans elle, concevoir les Cysticerques ou les Échinocoques qu'on découvre dans nos organes les plus inaccessiblesT Bonet et Geofl'roy en citent qui ont été rencontrés dans la cavité pectorale ; Morgagni dans le cerveau et la moelle épinière; Ruysch, F. Plaler et Corvisart dans le foie; Cullerier dans l'intérieur du tibla(2). M. Valcnciennea

(1) BuHDACH. TraOé de physiologie. Paris, 1837, t. 1, p. 38.

(2) Bo.iET, StpulerHKjn, (ni Anatomia praetica. Genève, 1619, lib. XI, obs. 31.— Giomot, Sut deux hydatides tratviet data la

DISCUSSION DB l'hYPOTSÈSB DES MI6BATI0NS. 569

a découvert dans la cavité périlonéale d*un lézard vert soixante-trois helminthes de plus d'un centimètre de longueur^ appartenant à une espèce nôu^ velle, assez rapprochée des Ténias. Aucun de ces vers ne se trouvait dans Tinteslin de ce reptile, et celuici ayant été gonflé d'air, le savant zoologiste s'assura qu'aucune ouverture n'avait été faite par eux pour pénétrer dans la cavité close de l'abdomen (i). M. Dujardin dit avoir vu un helminthe semblable à Tintérieur de l'une des plèvres d'un singe (2). Dans deux Môles que j'ai disséqués au muséum de Rouen , j*ai moi-même rencontré, dans la cavité péritonéale de ces poissons, une quantité considérable de vers Cestoides. Il y en avait dans chacun d'eux, un peloton gros comme la tête d'un enfant, et de toutes les tailles. Le docteur Brunetta assure aussi avoir trouvé quelques Ascarides dans une tumeur molle située sur l'avant-bras d'un sujet qui avait été précédemment affecté de syphilis (3). J'ai moi-même rencontré un oêcaris lombricoides mâle, dans une fistule de la partie moyenne de la cuisse, sur le cadavre d'une vieille femme. Les partisans de l'hypothèse des migrations,

eavitéthoraeique. Bull, de l'ëc. de méd., an xiii,p. 164.— Morgagui^ De sedibus et causis morborum. — Rutscb, Thesaur.y i, n. 12. — Platkr, Observ.y liblll^ p. 617. — Corvisaht, Observation sur une hydropisie enkystée du foie avec hydatides. Journ.de nnéd. — CuLLBRiEB, Observation sttr une tumeur du tibia qui contenait une grande quantité d'hydatides. Juurn. de méd., 1806.

(1) Vai.enciekmes, Observation d'une espèce de ver de la cavité abdominale d'un lézard vert, (Dithyridium lacertœ. Val.) Ann. se. nat. Zoologie, 1844, t. Il, p. 248.— Instilul, t. XIX.

(2) Cité par M. Valeocîennes.

(3) BRimfiTTA, Sciemiati italiani oOi. Lucca. 1844, p. 632.

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expliquent le voyage de Tembryon à Taide du travail des crochets dont il est armé. Mais comment les ascarides se transportent-ils, eux qui ne possèdent pas de semblables appendices?

Ajoutons enfin, que quelques savants italiens sont unanimes pour soutenir que Ton a parfois trouvé divers animaux dans les pustules de la variole. Le pro* fesseur Gerioli dit y avoir rencontré des helminthes, et considère leur production comme une nouvelle preuve de la génération équivoque. Le docteur Morello observa deux cas semblables dans une récente épidémie à Lucques (1).

Par la théorie des migrations, comment expliquer aussi les helminthes que Ton rencontre à l'intérieur des yeux des animaux vertébrés? Si leur habitat dans ces organes était un fait isolé ou rare, on pourrait lui chercher quelque cause extraordinaire ; mais il est tellement fréquent qu'il faut presque lui trouver une voie naturelle, si Ton n'admet point Thétérogénie (2). En effet, 5îordmann rapporte qu'ils sont

(i) Cerioli, Scienziati italiani aUi. Liicca, !844, p. 532. — Mo* RELLO, Scienziati italiani a((t. Lucca, 1844^ p. 546.

(2) Le docteur Hœring a découvert nu cysiicerque dont on distinguait parfaitement les suçoirs et les crochets , entre la sclérotique et la conjonctive de Tœil d'un enfant. — Hjbring, Observation de cysiicerque celluleux entre la conjonctive et la sclérotique, Gazette médicale de Paris, 1839, p. 636. — Le Diplostomum vo^ven^, Nord., se rencontre en telle abondance dans l'œil des poissons, que ses cavités en sont presque remplies. Dans son bel ouvrage, Nordmann en a figuré qui avaient envahi l'humeur vitrée d'une perche. On le déoouvre aussi jusque dans Thumeur aqueuse ; ce savant a représenté les yeux d'un gadus Iota et ceux d'un cyprinus erythrophthalmus sur lesquels cette humeur en contient une

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