CHAPITRE IX
NOUVEAUX FAITS CONCEElNANt L'HÉTËROGÉNIE.
Pendant que nous nous occupions de mettre la dernière main à ce travail , quelques faits nouveaux ont été produits dans la science. Les uns parlent avec éloquence en faveur de Thétérogénie , et en eux tout révèle un véritable cachet de précision; les' autres doivent être rangés parmi les assertions vagues auxquelles la thèse des générations spontanées a trop souvent donné lieu.
Expériences de M. Mantegazza. — Au nombre des travaux sérieux sur ce sujet , nous citerons en première ligne les expériences de M. Mantegazza, de Milan, présentées récemment à FÂcadémiedes sciences (1). Dans Tune de celles-ci, en employant de Teau artificielle, ce savant vit une décoction de feuilles de laitue, mise en contact avec de Toxygène, se peupler de Monades au bout de sept jours (2). Dans une
(1) Compits-rendui de VÀc. desscienc., 18S9, t. XLVUI, p. 262.
(2) Expérience de M. Mantegazza. Je prépare de Teau chimiquement en faisant passer un courant d'hydrogène sec sur du bi oxyde decuivre chauffé au rouge dans un tube de ?erre. L'eau obtenue de cette manière a été recueillie dans un tube de verre qui avaltété chauffé au rouge et a été introduite dans un tube gradué en centimètres cubes où je l'ai fait bouillir ayec des feuilles fraîches de laitue. Tandis que le liquide était en ébullilion, j'ai rempli le tube a?ec du mercure chauffé à + 130 degrés centigrades^ et je l'ai renversé sur une cuvette remplie du même métal chauffé à la même température. Tout étant disposé comme je viens de dire, j'ai fait entrer dans le tube 9 centimètres cubes djoxygène pré-
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autre tentative, non moins curieuse, M. Mantegazza a TU une décoction de lai lue dans l'eau arlificielle, enfermée avec de l'air et chauffée à 140*, se remplir de JSoc* terium termo, après une cinquantaine d'heures ( 1 ) .
Les expériences de M. Mantegazza sont absolument analogues à celles gue nous avons faites nous-méme, soit avec l'oxygène, soit avec l'eau ou l'air artificiels; seulement, les êtres organisés que l'on a rencontrés dans les nôtres étaient plus élevés dans la série zoologique, ce qui tenait, sans nul doute, à ce que nous avons opéré sur une bien plus grande échelle.
Nous ne pouvons que rendre hommage à la grande précision qui règne dans tous les détails de T œuvre du savant italien, que nous sommes heureux de citer (2). Cette précision contraste de la plus ostensible manière avec Toubli total des moindres préceptes de l'expérimentation, qu'on rencontre dans d^ autres travaux.
Maladie pédiculaire. — Tout le monde connaît
paré avec le chlorate de potasse et qui avait passé par lin tube de ▼erre rougi. Après 461 heures^ j'ai rencontré dans la décoction de laitue des Monades yi vantes.
(i) Expérience de M. Mantegazza. Dans un tube solide de verre de la longueur de 15 centimètres, fermé avec la lampe, j'ai mis de la décoction de laitue, en laissant le tube rempli d'air dans une longueur de 10 centimètres. J'ai laissé à la température ordinaire le tube ainsi préparé l'espace de 48 heures^ après quoi je l'ai exposé pendant 30 minutes à 100 degrés centigrades, et pendant 40 minutes à + 140 degrés, dans un bain d*une solution saturée »et bouillante de carbonate potassique ; 59 heures après j*ai coupé le tube et j*ai rencontré dans la décoction des Baeterium termo vivants. La température moyenne avait été de + 25* ceutig.
(2) Mantegazza, Recherchée sur la génération des infusoirss. Journal de l'Institut. Lombard., t. Ul. 1852.
cette maladie , nommée aussi phthiriase , dans laquelle il s'engendre souvent à la surface du corps une prodigieuse quantité de poux.
Ces insectes, dont MM. Ait, Burmeister, Gervais et Yan Beneden ont donné de bonnes descriptions ou des figures (1), paraissent constituer une espèce particulière y pediculus tabescentium , dont la genèse est encore un mystère. Ait prétend que ces parasites naissent dans les plis de la peau , et se cachent sous Tépiderme, qu'ils soulèvent! A l'appui de cette assertion, je dirai *que j'ai été frappé du nombre de petites plaies qu'on observe à la surface du corps des malades, et qui paraissent être d'une dimension beaucoup plus considérable que ne le seraient de simples piqûres. Avenzoar et Galien, pensaient aussi que ces insectes naissent au-dessous de la peau. lieutaud avance même qu'on les voit parfois se produire sous les téguments du crâne (2).
C'est à l'envahissement pédiculaire que certains auteurs attribuent la mort d'Hérode, de Sylla et de Philippe n d'Espagne (3) . Dans cette maladie, les insectes pullulent parfois avec une telle abondance à la surface de la peau ^ qu'un médecin du seizième siècle ,
(1) Alt, Dissertatio de Phthirian. Bonn* 1824. — BuarasTER, Gênera insectorum. Berolini, 1838. — Bandbuch der Entomologie. Berlin, 1832.-^Gertais et Van Beneden, Zoologie médicale. Paris, 1859, t. 1. — KucBENMEiSTER, le confond avec le pediculus vestimenti. An. par., t. II, p. Trad. angl.
(2) Lieutaud, Historia anatomica morborum.
(3) Serrurier, IHct. des se. médicales, t. XLIl. Art. Phthiriase. — Devergie, Traité pratique des mcUadies de la peau. Paris, 1856, p. 652.
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Amatus Lusitanus, raconte naïvement dans son œuvre, qu'un grand seigneur portugais avait le corps tellement couvert de poux , que deux de ses serviteurs n'étaient occupés qu'à en remplir des corbeilles et à aller les jeter à la Aer. Marcheïli cite une femme sur laquelle ces insectes pullulaient tellement^ que chaque jour on lui en enlevait six à sept cents , ce qui parait plus digne de foi (1).
Les anciens ont généralement considéré les poux comme étant dus à la genèse spontanée. ÂristotCt Théophraste et G^lien les lui attribuaient. Cette opinion, acceptée déjà par quelques savants de notre époque, a été encore tout récemment reproduite.
Burdach , qui semble considérer la genèse sponta* née des poux comme un fait positif, prétend que ceuxci apparaissent avec une telle abondance dans la plique polonaise, que l'on n*oserait supposer qu'ils se sont produits à l'aide d'œufs (2). M. Serrurier, en traitant de la maladie pédiculaire, dit que Th. Bonet rapporte plusieurs exemples dans lesquels cette affection a paru se développer spontanément (3).
Quoique connaissant parfaitement la reproduction sexuelle des poux, Bremser n'en admet pas moins que , dans certaines circonstances oii ils apparaissent avec une abondance exceptionnelle , ceux-ci sont le produit de l'hétérogénie (4). M. Devergie, qui s'est
(1) Marchelli, AÊemorie délia soc. medic. di Genova.
(2) BuRDACU^ Traité de physiologie. Paris^ 1837, t. I, p. 39.
(3) Sbrrcribr^ Dtct. des se. méd., t. XL1I> p. 8, art. PfUhiriase. — BoMBT, Observ.
(4) Bbehser, Traité anatcmiqfie et physiologique des vers intesfinaux de l'homme, Paris, 1824. v
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spécialement occupé de la phthiriase y professe la même opinion , puisqu'il dit que la maladie pédicalaire , soit de la tète, soit du corps, peut être spon^ tanée (1).*
D'un, autre côté , Sichel et Foumier ont fait con-naître un assez grand nombre de cas dans lesquels on a rencontré des poux à l'intérieur de tumeurs closes de toutes parts (2) ; et , dans ces cas pathologiques^ il était réellement impossible d'expliquer l'apparition de ces insectes à l'aide de la reproduction normale. Le docteur Rust a raconté à Bremser, qu'ayant ouvert une tumeur fort grosse qu'un jeune homme portait' à la tête, il n'en sortit qu'une immense quantité de petits poux, qui la remplissaient en entier (3). G. Heberden a rapporté un fait analogue observé par Ed. Vilmot (4). Enfin , Bernard Valentin rapporte qu'un homme adulte offrait sur le corps une foule de petits tubercules qui n'étaient remplis que de poux , et qui en fournirent une quantité si considérable lorsqu'on les incisa, que le malade faillit en périr de frayeur (5). M. Devergie atteste aussi avoir vu de ces tumeurs pédiculaires remplies de myriades de poux, qu'il n'hésite
(\) Detergib> Traité pratique des maladies de la peau. Paris, 1856, p. 650.
(2) SiCBEL^ Bistoriœ phthiriasis internes verœ fragmêtUum, p. 207. — FuDRKiER, Art. Cas rares. Dict. des sciences médicales, t. IV.
(3) BiiEMSERy Traité zoologiqfie et physiologique sur les vers de rhomme. Paris, 1824.
(4) G. Heberder, Commentarii de morborum Mstoria et euratione, Londini, 1802,p. 278.
(5) Devergie^ TraUé pratique des maladies de la peau. Paris, 1856, p. 649.