LIMITES DE LA DISSÉMINATION VÉGÉTALE
tains mollusques morts ou simplement malades (1) ? Faudrait-il aussi, pourelles^ admettre que Timmenr site de rOcéan ou les eaux des fleuves, se trouvent surchargées de sporules attendant pour ainsi dire leur sol au passage ! Le transport d'œufs ou de spores microscopiquesà l'aide de l'air, pouvait paraître spécieux, quoiqu'il ne supporte pas Texamen ; mais ces milliards de germes disséminés sous l'eau ne dépassentils pas toutes les bornes de l'imagination?
On ne peut pas non plus, il nous semble, expliquer par la dissémination, les moisissures que M. Bérard dit avoir observées à Tintérieur du péritoine de certains cadavres humains, qui avaient séjourné plusieurs semaines sous l'eau. Comment leurs spores auraientils pu parvenir jusque-là? Quelques zoologistes ont aussi vu des moisissures verdâtres et pulvérulentes, étendues sur le péritoine de certains animaux tels que des pigeons, des biches et des tortues de terre : MM. Rousseau et Serrurier en citent plusieurs exemples (2).
On a opposé aux spontéparistes la fécondité de certaines plantes ou de divers animaux, afin d'expliquer l'extraordinaire dissémination de leur descendance. Pries a compté plus de dix millions de corpuscules
(i) BuRDACH, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. \, p. 37.
(2) Rousseau et Sebrurier> Développement de eryptogamei sur les tissus de vertébrés vivants, — Comptes rendus de {'Institut, t. Xni. p. 18. — Mais nous devons reconnaître avec s!nc<!rité que plusieurs d'entre eux n'ont peut-être pas toute la valeur désirable. Car, pour ce qui concerne les biches et les perroquets, on pourrait nous répondre que le péritoine communique aTec Fextdrieur.
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reproducteurs dans un seul individu du rèticularîa maxima (1). Decandolle dit que les grandes espèces de LycoperdQn en contiennent peut-être bien davantage, et il prétend que ces germes entraînés par , Tair ^u par Teau, peuvent pénétrer partout et se répandre jusque dans les tissus des êtres organisés (2). Nous portons beaucoup au delà que ne le fait Decandolle, rincommcnsurable fécondité des champignons; et nous dirons que sur le Lycoperdon gigantesquBj ce n'est pas par millions qu'il faut compter ces germes reproducteurs, mais par millions de milliards. Fécondité telle, qu'il ne nous parait pas déraisonnable d'admettre que si tous les spores d'un spécimen que nous avons observé, qui avait la grosseur d'une petite citrouille, se développaient en une nuit donnée, et sans nulle perte, toute la surface du globe pourrait en être couverte (3).
Eh bien ! malgré cette immense concession, nous ne nous expliquons pas encore comment, dans certaines circonstances, les séminules ou les œufs des êtres organisés parviennent dans quelques endroits où on voit apparaître tant d'espèces variées d'animaux ou de plantes; et comment aussi, au contraire, la souche d'une aussi féconde progéniture n'est fréquemment environnée que par la plus absolue stérilité.
(1) Pries, Syst. orbis vegetabiliSj t. I, p. 4i.
(2) Decandolle, Physiologie végétale, Paris^ i832, p. 752.
(3) La terre a environ 509,300 billions de mètres carrés ; en donnant un mèlrè carré de surface pour chacun de ces gros végétaux, les sëininules d'un seul sufQraieni peut-être, pour ensemeucer tout le globe.
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Dans l'hypothèse de la panspermie, dont nos antagonistes ont tant abusé, il devient réellement im« possible d'expliquer comment les séminules de certains Y^étaux que l'on rencontre dans la profondeur des organes des animaux, ont pu y parvenir. Ainsi comment donc avait pu s'introduire dans l'intérieur de l'œil, cette conferve que le docteur Helmarecht a extraite de cet organe, sur un pasteur chez lequel elle avait produit la cécité? Le* docteur Neuber considérait aussi qu'il devait la perte d'un de ses yeux à un végétal semblable (1).
Comment, par le transport des séminules à l'aide de l'air, expliquerait-on la présence des cryptogames que l'on rencontre, soit dans la profondeur des tissus des plantes, soit dans les cavités parfaitement closes qu'offrent leurs organes? J'ai souvent trouvé des moisissures dans les cavités qui recèlent les graines des oranges, des citrons et des pommes, lorsque ces fruits commencent à se gâter. Harting dit avoir rencontré un champignon dans une cavité de l'intérieur d'un arbre où il était recouvert d'une trentaine de zones ' ligneuses. Ce cryptogame constituait même une espèce particulière du genre NyctomiceSj qui ne contient jamais de spores, et par conséquent ne peut pas se reproduire (2) . Dans les magnifiques planches de son Traité des mahdies de la pomme de terre , le docteur H. Schacht a même figuré un champignon microscopique qui parait prendre naissance à l'inté-
(1) Neuber, Des mouches volantes de Vceil. Hambourg, 1830. — Bérard, Cours de physiologie, p. 97.
(2) BuRDACB, Traité de physiologie, Paris, 1837, 1. 1^ p. 35.
POUCHET. ^i
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rieur des grains de la fécule , et en perforer successivement les couches (1).
Jusqu'à un certain point, on peut convenir qu'il est possible d'expliquer, par le transport des sporules, la* production de certains végétaux qui attaquent l'homme et les animaux, et produisent chez eux plusieurs affectipns pathologiques. La teigne-faveuse (2), la Mentagre (3), le Muguet (4), etc., qui sont des maladies propres aii premier, sont évidemment déterminées par des champignons, et peuvent résulter de la dissémination de leurs séminules. '
En renouvelant l'appareil d'une fracture de la jambe, à l'Hôtel-Dieu de Rouen, je le trouvai rempli de plus de cent champignons de diverses tailles, et dont quelques-uns avaient leur chapeau ouvert, et s'élevaient à 4 centimètres. Cette végétation n'avait
(1) Hehmann ScRkCBJ^ Rapport au collège royal d'économie rurale sur la pomme de terre et ses maladies» Berlin^ 1856^ pi. IX, flg. 11. *- Plusieurs des figures de cet ouvrage, qui sont faites avec le [dus grand soin, semblent' éyidemment indiquer que la végétation
* cryptogamique prend naissance à l'intérieur des grains de fécule.
(2) Cette teigne est produite par l'i^c^orion Schœnleinii^ Remak.
— Comp. Lebert, Physi<d, ffotfkologique. Pdris, 1845, t. II, p. 477.
— VoGEL, AruU. patholog, générale, Trad., Paris, 1847, p. 391. — RoBUf^ Hist, nat, des végétauœ parasites qui croissent sur V homme. Paris, 1853^ p. 441.
(3) Cette dartre est causée par le Microsporon mentagrophytes^ Ch. Robin. — Comp. Gaimi, Sur une gspèee de mentcigre eorUagieuse^ résultatU du développement d'un nouveau cryptogame. Académie des sciences, 1842, t. XV, p. 512. — Ch. Robin, Hist. natur. des végétaux parasites f p. 430.
(4) Le muguet est dû à VOidium albicans, Ch. Robin. — Comp. Grdbt, Recherches anatomiques sur un cryptogame qui constitue le muguet des enfants, — Comptes-rendus, 1842, t. XIV, p. ^34. — . Cn. RoBUf, Hist, nat, des végétaux parasites, p. 488.
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eu lieu que sur un seul malade, quoique la salle renfermât plusieurs personnes affectées des mêmes fractures. Jamais, pendant quatre ans de séjour dans cet hôpital, je n'observai aucune réapparition de cet agaric, car c'en était ^n.
Comment ^'est-il donc fait que la production de ce champignon ait été isolée dans une salle où 1^ autres malades ont pu, aussi bien que celui qui est cité, en recevoir des séminules sur leur appareil ? Pourquoi donc aussi, si l'apparition de ce cryptogame n'a pas été absolument fortuite, ne se produit-il pas plus souvent? Pourquoi enfifi, les agarics adultes observés sur l'appareil, ne se sont-ils pas reproduits sur d'autres, en y répandant leurs séminules ?
Les hétérogénistes considèrent encore comme autant de preuves en faveur de la génération spontanée, l'apparition insolite de certaines plantes; mais ces faits, qui ne sont pas sans valeur dans la balance, nous paraissent beaucoup moins importants pour le soutien de notre thèse, que ne le sont ceux fournis en masse par l'expérience directe. Nous en citerons cependant quelques-uns, que Burdach comprend sous la dénommaiion ^'hétérogénie problématique (1).
Souvent des végétaux apparaissent dans des contrées où, de mémoire d'homme, on en ignorait absolument l'existence. Et Burdach avance que s'iKest peu probable qu'ils soient .dus alors à l'hétérogénie, il y a au moins des cas où leur propagation ne parait concevable que par le concours de circonstances
(!) Burdach, Traité de physiologie, 1. 1. — Gérard, Art. Génér. tpofU. du Dict. univ, d'hist. nat., qui en cite un grand nombre.
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Traîmcnt extraordÎDairés. Cela se présente fréquemment après des incendiés qui mettent à nu certains terrains. Ainsi, après celui de Londres, en 1666, au rapport de Morison et de Mérat, on vit apparaître YErysùnium latifoliumy que l'on ne connaissait point aux environs de cette ville (t). Franklin dit que dans rAménque septentrionale, lorsque Ton détruit, par le feu, des forêts de pins, on voit surgir des peupliers sur le lieu incendié (2).
Link fait remarquer, dans sa PUoslaphie botanique, que lorsqu'une source d'eau salée se manifeste dans quelque localité éloignée de la mer, on . voit bientôt croître tout autour d'elle certaines plantes inconnues dans la contrée, et qui n'habitent que les terres imprégnées de selon les rivages maritimes (3). Hoffmann a observé un fait encore plus remarquable. Sur un espace de terrain occupé par la mer, mais qu'on lui avait ei^levé à l'aide de digues, il reconnut qu'il existait une végétation qui offrait de capitales différences, coïncidant avec la nature du sol mis à nu par le travail de l'homme. L'apparition des plantes qui surgissaient là ne pouvait rationnellement s'expliquer par aucune cause. Toutes croissaient loin de l'endroit, et elles s'y manifestèrent si rapidement, que ni les vents ni les courants d'eau ne pouvaient en expliquer l'apparition. Le Salicornia lèerbacea habitait les endroits que la mer avait le plus imprégnés de dépôts
(i) Morison, cité par Trkyirands, Biologie. Voir Burdach, p. 4!. — Méràt, ÉUmenU de botcmique,
(2) Fraiirlin, cité par Bdrdacb^ Phys.y 1. 1, p. 41.
(3) LwK, Elmnenia philosophiœ botanioœ, p. 462.
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salins; YArenaria maritima étendait ses longues racines dans le sable pur; Y Aster tripolium se trouvait dans la vase, et YHippuris vulgaris dans quelques eaux de sources imbibant des terrains argileux (i). Mais assurément, le fait le plus extraordip^re de cette nature, est celui rapporté par Yiborg. Il s'agit d'un étang du Danemark, que Ton dessécha, et sur le fond duquel on vit apparaître, avec une foule d'autres plantes, une certaine quantité de Carex cyperoides, végétal, qu'au rapport des botanistes, on ne connaît point dans le royaume (2).
Lorsque l'on confectionne du pain avec certaines farines avariées, peu de temps après sa cuisson, on voit tout son intérieur envahi* par des moisissures, sans qu'il soit possible d'expliquer comment elles ont pu s'insinuer jusque-là. Spallanzani, il est vrai, prétend avoir saupoudré du pain avec des moisissures calcinées, et y avoir ainsi déterminé l'apparition d'une nouvelle procréation. Mais doit-on croire à ce fait, tandis qu'on sait qu'une température fort peu élevée anéantit la faculté germinalive des graines et des séminules?
On voit aussi parfois des moisissures à l'intérieur des cavités des fromages (3).
Je ne citerai pas comme probants en faveur de la génération spontanée, les cryptogames élémentaires que l'on rencontre à l'intérieur des œufs. J'ai vu l'albumine et le jaune de ceux-ci être envahis par des
(i)HoFMANN, Proriep's NoHzen , t. Vlll,p. il 3. — Burdach^ Traité de physiologie, Paris^ 1837, 1. 1, p. 43.
(2) ViBORGy Der Gesellschafft naturforschender Freunde dans Berlin Magazinyi.Xl, p. 74. — Ann.de laSoc.desnat.deBerl.Btxrdàch, 1. 1.
(3) Comp. BuRDACH, Physiologie, 1. 1^ p. 32 et 35.
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moisissures, lorsqu'on les avait longtemps abandonnés. Mœrklin a vu un champignon le Sporotrichum albun mifda envahir de ses filaments tout le blanc d'un œuf de poule (1). Mais on peut facilement objecter à ces observations, que les spores impalpables de ces cryp*togames ont pu passer à travers la coquille par les ouvertures qui servent à introduire Tair indispensable à la respiration du fœtus.
Résumé. — Le contenu de ce chapitre prouve qu'il est évident que les expériences sur la végétation, viennent aussi apporter de décisives preuves en faveur de
l'hétérogénie.
En employant des vaisseaux hermétiquement fermés, nous avons prouvé que, lorsque les expériences sont bien conduites, et exécutées à l'aide de procédés enôore plus, sévères que ceux de nos devanciers, on obtenait dans la plupart des cas, une végétation qui apparaissait en un temps assez court.
En répétant encore les expériences de Schultze, au point de vue de la production des cryptogames , dans nos mains , elles ont donné des résultats opposés à ceux obtenus par cet observateur : les appareils se sont remplis de champignons microscopiques de la plus belle apparence.
La science nous enseignant que la levure, qui se produit pendant la fermentation, est un v^étal, il est de* venu évident que celui-ci s'engendre spontanément durant les phénomènes chimiques qui ont lieu lors de celte opération. Dans une de nos expériences, l'algue de
(1) MoKRKLm^ cité par Burdacb, PhyHoloffie^ 1. 1, p. 35.
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la levure de bière s'est produite en abondance dans des vaisseaux absolument dérobés au contact de Tair et hermétiquement fermés.
En opérant à ciel ouvert, les résultats n'ont pas été moins manifestes, et nous avons vu, sur un sol factice, Thétérogénie se produire en suivant les caprices de l'expérimentateur, partout où sa main traçait des caractères variés.
Soit dans les expériences à vaisseaux hermétiquement fermés, soit dans celles à ciel ouvert, nous avons aussi constamment reconnu que les produits végétaux variaient à l'infini, et en dehors de toute prévision. Les mêmes substances donnent des cryptogames absolument différents , selon la pression atmosphérique, la température, l'éclairage, etc.
Nos expériences prouvent aussi que l'extrême vitalité des germes, proclamée par les ovaristes, pour les besoins de leurs théories, est une assertion complètement erronée. De telle sorte que, malgré ce qu'en a dit un spirituel écrivain belge, on ne peut pas supposer que ces germes aient une résistance vitale supérieure à l'énergie de nos moyens de destruction (1).
Enfin, la dissémination elle-même, ce fait réel, mais souvent plus limité qu'on ne le prétend , est venue nous offrir quelques arguments en faveur de l' hétérogénie ; mieux appréciée, nous avons vu qu'elle ne pouvait nullement avoir l'extension qu'on lui prête et peupler de végétaux certains endroits où on en voit apparaître.
(i) Jobard^ De la vitalité des germei. — Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XLVIU, p. 334.