‹ Hétérogénie; ou, Traité de la génération spontanee, basé sur de nouvelles expériencesChapitre 39 sur 50 · HERMÉTIQUEMENT CLOS · texte numérisé non relu

HERMÉTIQUEMENT CLOS

On sait que certains corps, et en particulier le sulfate de soude, ont besoin du contact de l'air libre pour cristalliser; une solution saturée de ce sel, déposée sous une cloche, reste intacte; et ce n'est qu'au moment où on lève celle-ci, pour laisser le vase en contact avec l'atmosphère, que les cristaux se forment subitement. Schroeder a tout récemment constaté que l'air qui a traversé un tube rempli de coton, empêche la cristaUisation de ce même sulfate de soude (1). Et M. l'abbé Moigno se demande comment expliquer ces faits étrangers (2).

Il est étonnant, que l'on ne se soit jamais adressé une semblable question relativement à la stérilité de diverses expériences hélérogéniques , exécutées à vaisseaux hermétiquement fermés. Nos adversaires voient un sel qui, s'il n'est mis à ciel ouvert, refuse de prendre ses formes cristallines ; et eux, ils exigent que des organismes d'une texture bien autrement complexe , se forment cependant sans entrave, quand on ne leur apporte que de l'air calciné dans un fourneau de coupelle ou lavé dans de l'acide sulfurique concentré. Ils veulent que les plus frôles animalcules de la création résistent

la même colle et en même épaisseur est placée dans un vase en porcelaine et n'ofFre pas encore la moindre végétation.

(!) Schroeder, Cosmos. Revue encyclopédique. Paris, 1850, p. 540.

(2) L'abbé MoiGNO, Cosmos. Paris, 1839, p. 540.

constamment à l'air méphilif[ue ou aux acides qui se forment durant les opérations à vaisseaux clos !

Nous le demandons, est-il rationnel de prétendre que la genèse d'un être vivant doive exiger moins de précautions que n'en réclame la formation d'un cristal ? Et ccpendani, nous pouvons dire que parfois la Monade et le Vibrion sont moins exigeants que le sulfale de soude. En effet, toujours nous les voyons apparaître dans les vaisseaux hermétiquement fermés, et presque toujours aussi dans ceux qui ont reçu de l'air calciné, ou de l'air tamisé à travers de l'acide sulfurique. L'avantage expérimental est donc ici à Torganisme.

La stérilité des appareils, observée dans certaines circonstances, dépend si peu des germes que l'on prétend enlever à l'air, soit en le brûlant à travers des tubes rougis, soit en le lavant dans l'acide sulfurique concentré, que maintes fois, dans des expériences comparatives, nous avons reconnu que l'eau simple paralysait la genèse tout aussi efficacement que le terrible acide, si longtemps représenté comme dévorant au passage les germes organiques.

Il est si peu besoin de tourmenter l'air avec tant de violence pour paralyser son action sur les corps fermentescibles, que quelques chimistes ont cru qu'il suffisait seulement de le tamiser à travers du coton cardé et qu'alors les substances putrescibles renfermées dans les vases ne subissaient aucune altération (1). Nous, nous avons reconnu, dans d'autres

(1) ScHROEDER et Th. V. DiJSCH, Annal, der Chem. w. Pharm.

6iA HETEROGENIE.

expériences, qu'il suffisait parfois de le faire simplement passer à travers de l'eau pour obtenir le même résultat , et voir ensuite de l'urine, de la colle, ou de l'albumine, se conserver deux mois à une température de 15% tandis que les critériums exposés à l'air étaient remplis d'une végétation cryptogamique au bout de cinq à six jours (1).

t. LXXXIX, p. 232. — Gerhardt, Traité de chimie organique. Paris, 1856, t. IV, p. S44.

(1) Expérience. Dans un appareil à simple rentrée d'air et dont les boules de Liebig contenaient de l'eau, on remplit le tiers du ballon de colle de farine légère, que l'on y tint quinze minutes enébuUition à l'aide d'une lampe (pi. ui, fig. 8). Celle-ci éteinte, l'air rentra dans Tappareif en traversant l'eau peu à peu. L'appareil fut abandonné deux mois à une température moyenne de 14 degrés, et pas la moindre moisissure ne se dé'^lara à la surface delà colle durant tout ce temps. Au contraire un critérium, placé à côté, et en contact avec l'atmosphère, avait au bout de cinq jours toute sa surface envahie par des champignons — Expérience COMPARATIVE. Une expérience entrepris^i le même jour et dans les mêmes conditions, mais dans laquelle l'air est introduit dans l'appareil en traversant des boules de Liebig remplies d'acide sulfurique, donna absolument les mêmes résultats (pi. m, fig. 8). — Expérience. Dans notre appareil à simple rentiée d'air (pi. m, fig. 8), et dont les boules étaient remplies d'eau, on mit 175 grammes d'urine humaine, et on l'y tint en ébuUition pendant un quart d'heure. Ensuite, l'air rentra en traversant l'eau, et Tappareil fut abandonné sous l'influence d'une température moyenne de 12 degrés. Deux mois après, l'urine était encore parfaitement limpide et pas la moindre moisissure ne s'était déclarée à sa surface. Un critérium placé à côté, au bout de huit jours était envahi par une abondante végétation cryptogamique. — Expérience comparative. Une expérience est faite le même jour et absolument dans les mêmes circonstances, seulement l'air ne rentre dans l'appareil qu'en traversant des boules remplies d'acide sulfurique. Le résultat est absolument le même que dans l'expérience précédente, l'urine est intacte.

Mais hàtons-nous de dire que ce phénomène n'a pas toujours lieu ; et que si l'on se sert de mélanges propices, on a beau calciner i'air^ ou le tamiser à travers de l'acide sulfurique ou de l'eau, la fermentation n'en a pas moins lieu, et au bout d'un certain temps on voit se produire des champignons et des animalcules dans les appareils.

Jusqu'à ce moment, avec l'appareil de Schultze, à courant d'air, j'ai toujours obtenu une végétation cryptogamique en employant de la colle de farine, longtemps bouillie dans le ballon même. Cette végétation apparaissait de huit à vingt-cinq jours après le commencement de l'expérience, à une température moyenne de 20° (pi. ni, fîg. 2).

• Avec mes appareils à simple rentrée d'air, quand l'expérience est bien conduite, et que l'air est rentré en traversant un de mes doubles tubes laveurs, rempli d'acide sulfurique, dans la plupart des cas, j'obtiens une végétation cryptogamique on ne peut plus splendide (pi. m, fig. 6). Je dis dans la plupart des cas, parce que, dans ces expériences, que j'ai rendues ainsi beaucoup plus rigoureuses que celles de Schultze, l'air du ballon n'étant nullement renouvelé, il en résulte que les phénomènes catalyliques sont sensiblement retardés, amoindris ou même parfois paralysés absolument. Cependant lorsque l'on conduit bien l'expérience, soit en ajoutant à la colle un sel ammoniacal, ou des fragments de bois qui la surnagent, au bout d'un temps fort court, souvent seulement dix jours, si la température s'élève à 25% on a, dans presque toutes les expériences, une végétation

cryptogamique, dont Taspcct varie à chaque tentative.

Ainsi (Jonc, l'expérience de Schuitze, que je rends avec mes appareils trente fois plus rigoureuse, puisque j'y fais rentrer trente fois moins d'air, vient elle-même contester en faveur de l'hétérogénie.

Expériences. — Axiome : Les semences des Mucorinées ne résistent pas, durant un quart d'heure, à la température de l'eau en ébuililion ; la colle abandonnée à l'air libre se couvre de ces champignons en quatre à cinq jours, à la température de 20°. Expérience. — Dans un de mes ballons à simple rentrée d'air, on fit bouillir dans de l'eau, pendant une heure, deux petits morceaux de bois de tdleul; ensuite on jeta le liquide et on introduisit de la colle de farine bouillante dans l'appareil (pi. m, fig. 6). Alors on ferma celui-ci à l'aide d'un double tube laveur rempli d'acide sulfurique ; et la colle, qui occupait le quart du ballon, fut tenue en ébullition, à l'aide d'une lampe, pendant un quart d'heure. Ensuite, l'air rentra en traversant l'acide, et l'appareil fut abandonné. Quinze jours après, à une température moyenne de 23% et à une pression de 0,755, la surface des deux morceaux de bois était couverte de six îlots de pénicilliums d'un centimètre de diamètre. Corollaire, — La végétation obtenue, dans ce cas, est évidemment un produit génésique spontané, puisque l'ébullition a été plus que suffisante pour détruire tous les germes de pénicilliums que l'appareil pouvait contenir. Et ceux-ci ne peuvent avoir été introduits du dehors, puisque l'acide sulfurique a dû les détruire au passage. Et d'ailleurs, comme la végétation du ballon

n'est apparue qu'après quinze jours, ce ne sont pas des germes du dehors qui l'ont produile, car sans cela l'appareil en eût élé envahi au bout de cinq jours au plus, la colle exposée à l'air en étant toujours couverte avant ce temps, Ces pénicilliums ne peuvent donc avoir eu une autreorigine que l'hélérogénie.

Celte expérience a été répétée par nous plus de vingt fois. On en active encore les résultats en ajoutant du phosphate d'ammoniaque dans l'appareil, ou delà poudre de noix de galle.

On a fait remarquer que diverses substances, et en particulier le lait, se putréfient tout aussi bien dans l'air tamisé qu'à l'air libre ; mais que, dans le preriiier cas, on n'y remarquait aucun animalcule, ni aucune végétation cryptogamique (l). D'après cela, Charles Gerhardt conclut que si l'air calciné ou tamisé paralyse absolument la production des infusoires et des moisissures, c'est que la chaleur rouge et le tamisage enlèvent à ce fluide les germes qu'il contient, ainsi que les détritus organiques qui s'y Irouvent en suspension, et dont il regarde l'ensemble comme des ferments, dont l'énergie aurait les effets de l'oxygène de l'air ('2). Mais nous n'avons pas besoin de réfuter tout cela, puisque des centaines d'expériences prouvent que l'air tamisé dans de l'acide sulfurique n'arrête pas la production de la végétation cryptogamique.

(1) H. ScnROEDER et Tu. V. Dusch, Jnn. der Chem. u. Pharm, t. LXXXIX, p. 23>.— Geruardt, Traité de chimie organique. Paris, 1856, t. IV, p. 341.

(2) Ch. GEftUARDT, Traité de chimie organique. Paris, 1854, t. IV, p. 545.

Ainsi que le rappelle Ch. Gerhardt, les légumes les plus sujets à s'altérer, enfermés dans des vases auxquels on a fait subir la température de l'ébullition, et que l'on a ensuite hermétiquement fermés, se conservent sans se putréfier. — Ce chimiste rapporte qu'après quinze ans, on les retrouve ayant la même fraîcheur et le même goût que précédemment (1). Mais cependant, dans ce cas, on n'a pas tamisé l'air lors de sa rentrée!

M. Cl. Bernard a considéré, comme une expérience contraire à l'hétérogénie, un cas dans lequel il ne se développa aucun produit organique, en l'espace de six mois, dans un ballon contenant de Veau et une trèslégère quantité de gélatine et de sucre, et dans lequel, après une ébulHtion de vingt minutes, Tair ne rentra qu'en traversant un tube rempli de morceaux de porcelaine rougis au feu. Ce ballon, dont le col était effilé, fut ensuite fermé à l'aide de la lampe d'émailleur (2).

La valeur de l'expérience de M. Cl. Bernard peut être absolument contestée en une seule ligne : il ne s'agit que de rappeler qu'elle a été réfutée à l'avance, et complètement, par des expériences de précision dues à d'Ingen-housz. En effet, ce physicien a vu de la matière verte se développer dans des vases dont l'eau

(1) Ch. Gerhardt, Traité de chimie organique. Panis, 1856, t. IV, p. 538.

(2) Claude Bernard , Leçons sur les propriétés physiologiques et les altérations pathologiques des liquides de l'organisme. Paris, 1859, t. I, p. 488. — Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1859, t.XLVIII, p. 33.

et Fair avaient plusieurs fois traversé des tubes rougis au feu (I). C'est là, comme on le voit, une épreuve bien autrement sérieuse encore pour les éléments employés à la démonstration (2).

Si l'autorité des faits empruntés à Ingen-housz en parlaient pas avec assez d'éloquence, l'expérience de M. Cl. Bernard pourrait aussi donner lieu à d'immenses commentaires. Nous pourrions dire qu'un cas unique n'a que sa propre valeur, et qu'à lui seul il ne peut renverser une masse d'observations qu'on peut lui opposer. Si celte seule tentative a suffi à M. Cl. Bernard pour le ranger parmi les adversaires de l'hétérogénie, des physiologistes illustres, tels que Tiedemann, Tréviranus, Burdacb et Bérard,en sont devenus de fervents adeptes, en s'appuyant sur des expériences sans nombre. Mais allons droit au but.

L'expérience de M. Cl. Bernard est absolument analogue à celle de Scliwann. Mais en l'exposant au sein de l'Académie, ce physiologiste a lui-même anéanti la portée qu'il prétendait lui donner. Il a avoué que dans son ballon il ne s'était produit aucune fermentation (3). Je pourrais, si je n'avais de meilleures raisons à lui alléguer, dire à ce savant ce que d'autres

(1) Pour tous les naturalistes la matière verte est au moins un végétal. Pour nous et plusieurs autres zoologistes, elle n'est composée que de cadavres de quelques espèces d'animalcules du genre Euglena.

(2/ Comp. Ingen-bousz, Expériences sur les végétaux. Paris, 1787. — Expériences et observations sur divers objets de physique. — Raspail, Nouveau système de physiologie végétale. Paris, i837, t. II, p. 319.

(3) Cl. Bernard, Comptes-rendus de V Académie des sciences.

déjà lui ont dit avant moi : c'est que son expérience prouve tout simplement que l'air calciné, à l'aide de la chaleur rouge, n'est plus apte à entretenir la vie.

En effet, les appareils remplis d'air calciné, et fermés à la lampe, offrent tous de grands obstacles à la vie organique, et il n'est nullement étonnant que celle-ci ne s'y montre que si rarement. Cela est tellement vrai, que si on parvenait à introduire dans leur intérieur des plantes et des animaux vivants, ils y périraient assurément en un temps fort court. M. Cl. Bernard nous le révèle lui-même en rapportant que lorsque l'on ouvrit son ballon, l'air y avait été considérablement raréfié; qu'il ne contenait plus aucune trace d'oxygène, et quon y rencontrait plus de douze centièmes d'acide carbonique (1). Je ne pense pas qu'aucun physiologiste oserait prétendre qu'un animal puisse vivre dans de telles conditions. J'ai même vu des végétaux inférieurs périr dans des circonstances moins rigoureuses, lorsque je les enfermais simplement dans des ballons contenant de l'air (2).

Ce qu'il y a de certain, c'est que l'air calciné paralyse les phénomènes de catalyse. M. Cl. Bernard luimême nous le révèle (3;. Or, tous les hétérogénistes

{{) Cl. Bernard, Leçons sur les liquides de l'organisme, t. I, p. 490. — Il est vrai que dans un ballon où l'oxygène manquait il y avait des cryptogames. Mais M. Claude Bernard ne dit pas dans quel étal celles ci étaient lorsqu'il ouvrit le ballon.

(2) C étaient des pénicilliums; en un ou deux mois ils périssaient, renfermés dans une assez vaste almospbère, où ils végétaient très-bien piécédeminent.

(3) Cl. Blr.nard, Académie des sciences, 1859, 1. XLVIII, p. 33.

considérèrent ceux-ci comme d'indispensables préliminaires à toute production spontanée; et Ton veut ici qu'un phénomène secondaire se produise avant que Ton ait vu apparaître ses prémices. Est-ce rationnel?

En effet, la formation des animalcules, ainsi que le dit Valenlin, est manifestement accompagnée d'un changement chimique de l'eau et de la substance mise en infusion (1) : Gruithuisen la considère comme une fermentation spéciale, mais qui peut en môme temps coïncider avec des phénomènes de catalyse normaux (2). Tout cela est fort exact, et nous explique pourquoi, dans certaines expériences, nous n'obtenons pas de résultats positifs. Ce savant ajoute, avec non moins de raison, que le premier changement que l'on observe est un dégagement de bulles de gaz; et que, s'il vient à manquer, on n'obtient que peu ou point d'infusoires. C'est ce dégagement qui ne s'observe pas dans les vases hermétiquement fermés, lorsque l'expérience manque; et ceci vient attester que l'air chauffé au rouge et qui est trop raréfié, ou celui qui est trop dense, s'oppose aux phénomènes chimiques préhminaires. Voici pourquoi les vaisseaux fermés à la lampe, à cause des pressions et des raréfactions diverses que subissent les gaz et les liquides, sont fréquemment improductifs.

Quelques savants ont prétendu que dans quelquesnnes de nos expériences, où les substances employées

(1) Valentin, Addition au Traité de physiologie de Burdach t. IJ, p. 122.

(2) Gruitbuisen, Beitràgezur Physiognosie,^. 108-1 i6.

n'avaient subi qu'une température de 100% celle-ci n'avait pas été suffisante pour tuer tous les germes organisés que ces substances pouvaient contenir. Ils se sont appuyés à ce sujet sur les assertions de M. Doyère qui prétend que certains animalcules, lesïardigrades, peuvent supporter sans périr une température de 120° et même de 140" (1).

Relativement à nos expériences, l'objection n'aurait même pas dû nous être faite, puisqu'elles étaient accompagnées de preuves constatant que les séminules des végétaux produits dans nos appareils subissaient une véritable désorganisation sous l'influence de cette même température. Et, d'un autre côté, on a pu voir dans ce livre, que souvent nous avons soumis les substances à une chaleur beaucoup plus élevée que celle à laquelle, sur une observation inexacte , on a exagéré la limite de la vitalité. Nous avons souvent obtenu des animalcules et des végétaux avec des corps chauffés de 200 à 300" centigrades, ce qui prouvait évidemment qu'ils ne pouvaient provenir de germes cachés dans les appareils ou dans les substances que l'on y employait.

Mais, par une étrange inattention, les savants qui prétendaient que les germes résistent à 100 degrés, oubliaient en professant une telle doctrine, qu'ils anéantissaient eux-mêmes les deux expériences qu'ils peuvent presque seules opposer aux hétérogénistes. En effet, les tentatives de Schultze, de Schwann et de

(i) DoYÉRE, Annales des sciences naturelles. Paris, 1841. — Comp. aussi Milise Edwards , Comptes rendus de VAcad. des sciences. Paris, 1859, t. XLVIII, p. 28.

M. Cl. Bernard deviennent absolument nulles, dès que l'on proclame ce principe. Cette température n'ayant pas été dépassée à l'intérieur de leurs appareils, il en résulte que quelques germes anhydres, collés à leurs parois, auront pu y résister sous cette forme ; et que, bientôt après, sous l'influence de l'humidité qui règne dans les ballons et de l'eau qui ruisselle contre leurs parois, ces germes auront dû reprendre vie. Et alors, il est bien extraordinaire que, dans les expériences des savants qui viennent d'être cités, les appareils aient été trouvés absolument dénués de végétation et d'animalcules. Dans tout ce que je viens de dire, on voit que j'abonde dans l'hypothèse de l'incommensurable dissémination, soutenue par nos adversaires eux-mêmes ; car j'espère que, lorsqu'ils opèrent, ils ne dispersent pas le nuage de germes atomiques dont ils nous environnent, nous, si splendidement, dans noslaboratoires. Pour nous, aucun germe ne conserve sa vitalité lorsqu'on le soumet à la température de 100 degrés soit humide, soit sèche. Nous avons fait un nombre considérable d'expériences sur ce sujet. Et dans celles-ci, nous avons toujours vu soit les séminules de cryptogame, soit les germes des animalcules être absolument tués et ordinairement même désorganisés par l'effet de cette température. M. Cl. Bernard convient lui-même, qu'aucun des germes organiques connus ne résiste à une température humide de 100 degrés (1). Un semblable aveu nous suffit pour sauvegarder la plupart de nos expériences.

(1) Cl. Bernard, Leçons sur les propriétés physiologiques et 1rs

L'expérience de M. Doyère n'est poumons qu'une erreur, que propagent des physiologistes qui ne l'ont point répétée en lui donnant toute la rigueur désirable, ou quelques naturalistes amis du merveilleux.

Expérience. — Ayant recueilli, dans les gouttières delà cathédrale de Rouen, de la mousse remplie de Tardigrades et de myriades de Rotifères des toits, nous avons divisé celle-ci par petits fragments afin d'obtenir une dessiccation plus parfaite de la terre entremêlée auxracines. Cette terre a été exposée pendant deux mois au soleil d'été, et lorsqu'elle était depuis longtemps parfaitement sèche, nous en avons placé dix grammes dans un long tube mince qui plongeait sous de l'eau en ébullition. Toutes les précautions furent prises pour que nulle trace de vapeur ne pénétrât à l'intérieur de nos tubes. Ceux-ci furent tenus une heure sous l'eau bouillante. Après ce laps de temps, jamais dans nos expériences nous n'avons vu un seul Tardigrade revenir à la vie (1).

Cette expérience que nous avons répétée quatre fois a été reprise et refaite avec une attention scrupuleuse par deux de mes plus distingués élèves, par MM. Tinel, professeur de physiologie, et Pennetier, aide naturaliste, et elle a eu, dans leurs mains, le

altérations pathologiques des fluides de l organisme. Paris, 1859, 1. 1, p. 488.

(1^ En essayant aussi de répéter sur cet animal les fameuses expériences de revivificalion, jamais, malgré toutes les précautions, nous n'avons pu en ressusciter un seul quinze minutes après qu'il était desséché sous Tinfluence d'une température de 10 degrés.

même résultat que dans les miennes : les Tardigrades n'ont pas résisté à 100 degrés (1).

M. Doyèrea réclamé, en vain, contre les résultats obtenus par ces deux expérimentateurs, en prétendant qu'ils n'avaient pas fait suffisamment dessécher les Tardigrades qu'ils employaient (2); c'est une allégation tout à fait gratuite. Les animalcules étaient depuis deux mois à sec et exposés au soleil, quand il en faisait. M. Doyère aura tout simplement apprécié la température de ses appareils avec cette légère exagération que l'on remarque dans sa correspondance, où sans la moindre hésitation, il fait régner en France une température qui dépasse celle du Sénégal (3).

La levure qui se produit en si grande quantité dans certains liquides en fermentation, offre encore aux partisans de l'hétérogénie un argument de la plus haute valeur, depuis qu'il a été évidemment démontré que celle-ci n'est qu'un végétal microscopique. Cagniard-Latour, Turpin, Schwann et Mitscherlich l'avaient d'abord considérée comme un champignon (4);

(i)TiNEL, Journal l'Union médicale, mai 1859. — Pennetier, Journal l'Ami des sciences, avril 1859, et le Progrès, mai 1859.

(2) Doyère , Comptes rendus de l' Académie des sciences, mai

(3) M. Doyère dit que les tardigrades supportent cent jours de l'année, sur nos toits, une température de 80 degi es. Pro/?rès, mai 1859. — Adanson dit que la plus forte température qu'il ait observée au Sénégal était de 60 degrés. Voijage au Sénégal, p. 26.

(4) Cagniard-Latour, i4nn. de c/jimî'e et de physique^ t. LXVIII,

mais elle a été placée avec plus de raison parmi les algues par Kutzing, d'abord, et ensuite par M. Ch. Robin (1).

L'algue de la levure de bière, qui a été décrite sous le nom de cryptococcus cerevisiœ par Kutzing, et aussi sous celui de C. fermentum (2), se compose de vésicules microscopiques, ordinairement ovoïdes ou globuleuses, dont le diamètre varie de 0,004 à 0,007 de millimètres. Parmi ces vésicules, celles qui sont les plus volumineuses, offrent une teinte d'un jaune clair, et Ton voit vers le milieu de chacune d'elles, une autre vésicule fort apparente et qui semble occupée par un liquide d'une teinte d'un rose pâle (pi. ni,

fig. 13).

Quelques savants, àl'exemplede Ch. Gerhardt, ont pensé que les vésicules de l'algue de la levure se multipliaient à l'aide d'une sorte de bourgeonnement (3). En effet, quand on les examine au microscope pendant la fermentation, c'est-à-dire, pendant l'instant ou la levure se forme, on rencontre une foule de vésicules sur lesquelles il en existe d'autres beaucoup plus petites, qui leur sont accolées; ou bien on découvre des vésicules qui sont réunies en courts cha-

p^ 206. — TuRPiN, Mémoires de l'institut, t. XVII, p. 93. — Schwann, Ann. de Poggend. t. XLÎ, p. 184. — Mitscherlich, Ann. der Chinu u. P^arm., t. XLVIII, p. 193.

{]) Kutzing, Species algarum. Lipsae , 1849. — Ch. Robin, Histoire naturelle des végétaux parasites. Paris, 1853, p. 322.

(2) Kutzing, Phycologia generalis, p. 48.

(3) Gerhakdt, Traité de chimie organique. Vdiris, 1856, t. IV, p. 542. La levure, dit-il, semble se développer comme le ferait une série de générations d'êtres organisés.

pelets de quatre à cinq individus au plus, et qui semblent avoir une origine commune (pi. n, fîg. 14).

Mais, quoique cette opinion soit fort accréditée, nous ne pouvons cependant pas l'adopter. II est vrai qu'au premier aspect, il semble que les petites vésicules adhèrent aux autres, et n'en sont qu'une sorte de bourgeonnement. Mais, en y réfléchissant, nous pensons que cela n'est pas, et que chaque vésicule de Cryptococcus naît isolément. Si on en rencontre tant d'accolées ensemble au moment de leur production, ce qui n a pas lieu lorsqu'elles sont aduHes, c'est qu'à ce moment, sans doute, leur superficie devient glutineuse et qu'alors, chaque fois que des vésicules se trouvent en contact, elles se soudent, ou plutôt s'accolent temporairement, comme le font certains grains de pollen, que Ton observe sous l'eau ou à sec au microscope.

Ce qui confirme notre opinion sur la genèse de la levure, c'est d'abord que celle-ci se forme parfois dans des milieux où il n'en existait nullement, et que, par conséquent, elle ne peut y trouver aucune souche maternelle. Plusieurs autres raisons d'une grande valeur, s'ajoutent encore à celle-ci. L'une des plus démonstratives, est qu'en même temps que l'on voit de petites vésicules adhérer à de fausses vésicules-mères, on en voit de plus petites, en nombre immense, nager en liberté dans le liquide. Si le bourgeonnement était le mode de reproduction, le nouvel individu formé ne se détacherait de celui qui le produit, que lorsqu'il aurait acquis un certain volume, et Ton ne rencontrerait pas, isolés, de nombreux sujets plus pe-

tits que ceux qui adhèrent encore à la souche maternelle. Souvent aussi on rencontre encore adhérents des individus presque adultes. Enfin, une raison qui nous paraît aussi d'une grande valeur, c'est que trèsfréquemment on trouve deux vésicules de levure, parfaitement adultes, entre lesquelles il existe une vésicule toute jeune. Le bourgeonnement ne pourrait pas donner une rationnelle explication de ce fait. La petite vésicule ne peut pas procéder des deux autres à la fois; et, toute jeune encore, si elle n'était que la progéniture de l'une d'elles, elle n'aurait pas pu engendrer une vésicule plus grosse qu'elle, et qui a déjà acquis tout son volume normal (pi. ii, fig. 14).

L'algue de la levure a si bien son origine dans les réactions chimiques, qu'on la découvre parfois à l'intérieur des organes de l'homme et des animaux, sans qu'on puisse supposer qu'elle y ait été introduite par l'alimentation. M. Gruby l'a rencontrée dans l'estomac d'un malade, après un jeûne de dix-huit heures (1). Bennett, Vogel et Robin l'ont observée, soit dans les vomissements, soit dans les déjections de divers individus (2). llmoni, Bennett et Yogel, ont même rencontré l'algue de la levure de bière dans les urines de

(1) Gruby, Note sur des plantes cryptogames, se développant en grande masse dans l'estomac. Comptes rendus de V Académie des sciences, 1844, t. XVUl, p. 586.

(2) Bennett, Lectures on clinical médecine. Edinburgh, 1851, p. 213. — Vogel, Anatomie pathologique générale. Paris, 1846, p, 387. — Robin, Histoire naturelle des végétaux parasites, etc. Paris, 1853, p. 325. — Le premier observa de la levure dans les vomissements des cholériques.

quelques malades (1). Sans doute que dans cette dernière circonstance on n'en reportera pas l'origine à l'air atmosphérique, et que l'on reconnaîtra que sa genèse n'a pu dériver que des phénomènes de réaction qui se sont produits dans le liquide sécrété par les reins.

Quoiqu'une très-petite quantité de cryptococcus cerevisiœ accroisse énormément la production des nouvelles vésicules de levure, dans une liqueur en fermentation, ainsi que l'a dit M. Charles Robin, c'est à tort que l'on a cru que l'existence préalable de cette algue était nécessaire pour que ce phénomène chimique commençât (2). En effet, la fermentation prélude à son développement, mais ce n'est pas le végétal microscopique qui la détermine.

Une expérience que j'ai instituée donne à ce fait toute l'évidence possible, et, en même temps, avec une immense simplicité, constate la genèse spontanée de la levure.

Expérience. Axiomes. La levure est un végétal. La température de 100°, d'après M. Cl. Bernard luimême, suffit, par la voie humide, pour détruire radicalement tous les germes organisés (3). La levure elle-même, comme nous l'avons constaté, n'y résiste pas. Expérience. On plongea un flacon, bouchant à

(1) Ilmoni, Mémoire de la troisième assemblée des naturalistes Scandinaves à Stockholm, 1842. — Bennett, Lectures on clinical médecine. Edinburgh, 1851. — Cela a particulièrement été observé dans Turine de quelques diabétiques.

(2) Ce. Robin, Des fermentations. Paris, 1847.

(3) Cl.;Beknard, Leçons sur les propriétés physiologiques des liquides de l'organisme. Paris, 1859, t. 1, p. 488.

630 HÉTÉROGÉME.

l'émeri, au fond d'une cuve de décoction d'orge germée, enébuUition depuis six heures ; là il fut totalement rempli de cette décoction, et on le ramena vers sa surface où il fut bouché avant d'en sortir. Ensuite, par excès de précaution, la circonférence de l'ouverture de ce flacon, fut enduite d'un lut composé de vernis à la copale et de vermillon , et l'on eut la certitude que le vase était hermétiquement fermé. Au bout de six jours, dont la température moyenne fut de JS^, Ton vit se former un léger dépôt de levure au fond du flacon. Le septième, la température s'étant élevée tout à coup à 21^ dans le laboratoire, ce flacon se brisa avec un grand bruit, et toute sa voûte fut jetée à quelques pouces de distance. Alors on reconnut , à la simple \ue , qu'il s'était formé une quantité notable de levure dans le liquide en expérience, et le microscope donna à ce fait une irrécusable démonstration. — Corollaire. Or, comme il est bien démontré que la levure est une algue microscopique; comme il est bien démontré aussi que ses germes, si elle en possède, ne résistent pas à la température à laquelle le liquide a été soumis pendant six heures; enfin, comme le vase ne contenait pas une parcelle d'air atmosphérique, et qu'en volant en éclats il a prouvé qu'il était hermétiquement fermé, il faut absolument que, dans ce cas, l'algue de la levure se soit formée spontanément.

Comment, sans invoquer l'hétérogénie, expliquerait-on la production de ce végétal? Ira-t-on dire aujourd'hui que notre atmosphère est saturée de germes de levure? Mais cette puérile objection tant

reproduite ne serait pas applicable ici , où nulle parcelle d'air n'a été introduite dans le Yase; et l'eau, de l'assentiment de l'un de nos antagonistes lui-même, de M. Cl. Bernard, ne pouvait contenir ces germes!

Cette expérience, si simple, ne suffirait-elle pas, à elle seule , pour renverser les deux expériences de Schwann et de Schultze , que l'on nous oppose sans cesse, et n'est-elle pas infiniment plus rigoureuse que celles-ci?

Dans le but de décider si la levure agissait sur la fermentation par sa puissance organique, Lûdersdorfî et Schmidt ont vu qu'après l'avoir fait longuement porphyriser, elle était impropre à déterminer ce phénomène (1). Mais, en répétant leurs expériences, nous sommes arrivé à des résultats diamétralement opposés. Il fallait s'y attendre, puisque nous avons vu que si la levure favorise la fermentation , celle-ci s'opère également sans elle, et n'en produit pas moins des vésicules de cryptococciis cerevisiœ (2).

La démonstration de l'organisation de la levure donne un grand intérêt aux récentes expériences de M. Pasteur. Ce chimiste a \u la vie végétale et animale apparaître dans celles-ci , en n'y employant que des matières cristallisables, du sucre et des sels

(1) LuDERSDORFF, Anu. de Poggend., t. LXVIl, p. 409. — Schmidt, Ann. der Chem. u. Pharm., t. LXI, p. 168.

(•2) Expérience. Un gramme de levure de bière fut porphyrisé sur une glace, durant six heures de temps. On mit ensuite cette levure dans un verre de décoction d'orge germée; celle-ci a fermenté manifestement au bout de trois jours, par une température de 25 degrés, et il s'est formé au fond du verre une quantité notable de vésicules de levure.

d'ammoniaque et de chaux , et en formant ainsi un milieu où il ne se trouvait aucun produit antérieurement organisé. Sur ce point, dit-il, la génération spontanée a fait un progrès (1).

M. Pasteur a été étonné de l'abondant dépôt de matières végétales et animales qu'il obtint dans ses expériences. Et quant à l'origine de la levure lactique qui y apparut, il pense qu'elle est uniquement due à l'air atmospliérique, ce qui retombe ici, dit-il, dans les faits de génération spontanée (2). Effectivement, quand il exécute la même expérience en ne mettant en contact avec les substances que de l'air chauffé au rouge, il ne se produit ni fermentation, ni levure, ni infusoires (3).

Il n'est guère possible de citer de plus concluantes expériences en faveur de la thèse que nous soutenons. Ainsi que nous l'avons déjà répété : l'air calciné a ici encore arrêté la fermentation et les produits organiques qui en dérivent ; cet air est donc également impropre au développement des phénomènes chimiques, comme il l'est à celui des phénomènes vitaux. L'expérience de Schwann, et celles qui ont été calquées sur elle, sont donc absolument insignifiantes.

(1) Pasteur, Nouveaux faits pour servir à l'histoire de la levure lactique. — Comptes rendus de r Académie des sciences, t. XLVIJI, p. 337.

(2) Pasteur, Nouveaux faits pour servir à l'histoire de la levure lactique, — Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XLVllI, p. 338.

(3) Les infusoires obtenus dans les expériences de M. Pasteur étaient des bacterium termes et leurs diverses variétés.

LIMITES DE LA DISSÉMINATION \gÉGÉTALE. 633

Sans doute que les fauteurs de la panspermie moderne ne prétendront pas aussi que l'air est rempli de germes de levure, créés dans la prévision du moment où Osiris, car c'est peut-être lui, inventerait les boissons d'orge fermenfées; oii les peuples confectionneraient de la bière; où la chimie moderne produirait de toutes pièces de la levure lactique. Si de si puériles objections pouvaient nous être faites, il n'y aurait plus d'arguments sérieux pour y répondre. Comme on peut faire de la bière sur tous les points du globe, il faudrait gémir sur la destinée de l'atmosphère, forcée ainsi de se surcharger partout d'une inutile semence, afin de satisfaire aux besoins des moindres coins de la terre où cette boisson est en honneur. « Il n'y a pas plus de germes organisés dans l'air qu'il n'y a de germes de sulfate de soude , m'écrivait un des chimistes qui honorent le plus le pays; il y a quelque chose, que nous ne connaissons pas, qui est une condition de la vie. » C'est aussi ce que nous pensons.

Bérard, qui a considéré la génération spontanée d'une manière fort judicieuse, est, ainsi que nous, porté à regarder la production de certains végétaux comme ne pouvant être expliquée d'une manière satisfaisante que par l'hélérogénie (1).

Semés avec une indicible profusion des pôles à l'équateur, les champignons, qui, comme le dit le

(1) Bérard, Cours de physiologie, Paris, 1848, 1. 1, p. 98.

savant botaniste D. Clos, semblent braver l'influence des climats et déjouer les principes de la philosophie botanique (1) , se prêtent mieux que toutes les autres plantes à la démonstration de la spontéparité végétale. Aussi, dans tous les temps, eut-on les plus extraordinaires idées sur leur origine.

L'étrangeté des mœurs de ces êtres vagabonds , comme les appelait Linnée, et leur subite apparition avaient fait généralement croire aux anciens qu'ils se produisaient d'une manière insolite. Parfois même, ils leur donnaient une origine surnaturelle (2).

Mais en général, les savants d'alors, et parmi eux Théopliraste, Pline, Dioscoride et Gahen, les regardaient comme des régénérescences, ou des produits de la putréfaction. Quelques philosophes se contentaient de prétendre qu'ils proviennent du limon du sol, raréfié par la chaleur centrale du globe.

Nées d'Ésenbeck professait encore, il y a peu d'années, que les champignons sont formés par la décomposition des êtres vivants, et qu'on devait les regarder comme des atomes de plantes que la nature fait sortir de la substance expirante. Vers le milieu du dix-septième siècle, à une époque où la chimie était encore dans les langes, un botaniste anglais, le célèbre Morison, prétendait que ces végétaux n'étaient

(1) D. Clos, Origine des champignons. Toulouse, 1858, p. 2.

(2) Ils leur imposaient le surnom de fils des dieux et de laterre; qualification qu'ils donnaient aux hommes dont les parents étaient inconnus , et qu'ils adaptaient d'autant mieux aux champignons que ceux-ci naissent souvent pendant les temps d'orage^ c'est-à-dire, d'après le mythe antique, lors de la prétendue conjonction du ciel et de la terre !

que des sortes d'excroissances du sol, produites par la combinaison des parties grasses et des principes sulfureux de la terre (1). En Allemagne, Dillen se contentait de dire qu'ils dérivaient de la fermentation putride (2). Ces idées, qui font dériver certains champignons de la génération hétérogène, ont été aussi adoptées par Lancisi, Marsigli, de Necker et Médicus; Moscati lui rapportait la production des moisissures (3), tandis que le baron Palisot de Beauvois regardait comme des blasphémateurs ceux qui leur accordaient une semblable origine (4).

En effet, les champignons doivent être rangés parmi les êtres organisés dont l'apparition ne peut souvent s'expliquer que par la genèse équivoque, car, dans certaines circonstances, on les voit naître sans qu'il soit possible de découvrir leur mode de propagation... Telle était naguère et telle est encore aujourd'hui l'opinion de Cadet de Gassicourt, Marquis, Parent-Duchâtelet, Gérard et Burdach (5).

(1) Excrescentia terrœ.... ex quàdam commixione salis suif uris junctâ cum terrœ pinguedine, etc. Hort. blés., p. 490.

(2) Fungus est plantœ genus.... ex putridinusâ fermentatione ortum. {Catal. plant. Jppend. p. 71.)

(3) Lancisi, De ortu, vegetatione ac textura fungorum. Diss. Romse, 1714. — Marsigli, De generatione fungorum, epistola ad Lancisum. Romse, 1714. — De Necker, Traité sur la mycétologie, Manheim, 1788. — Moscati (aîné) , ^('(^(^ acad. Bonon., t. III. — Comp. Spallanzani qui a combattu ce savant, t. H, p. 305.

(4)GuviER, Éloge historique de Palisot de Beauvois. — Mémoire de l'Académie des sciences, 1819, t. IV.

(5) Cadet de Gassicourt, Dictionnaire des sciences médicales, Paris, 1813, t. IV, p. 503. — Marquis, Fragments de philosophie botanique. Paris, 1821. — Parent-Ducbatelet, Hygiène publique.

Peut-on sérieusement professer, que la nature a saturé l'atmosphère d'innombrables germes de certains champignons, qu'on ne voit apparaître que dans les circonstances les plus exceptionnelles? Il en est que l'on ne rencontre que sur une seule espèce d'insectes; d'autres ne viennent que sur les gouttes de suif que les mineurs, dont parle Bérard, laissent tomber en travaillant! Y avait-il donc, dans la création, des sporules tout formés dans la prévision de l'exploitation des mines, à l'aide de notre vulgaire moyen d'éclairage (1)?

Un assez grand nombre de végétaux ne se rencontrent jamais que dans des circonstances tout à fait particulières et fort limitées; et beaucoup afîectent même un habitat tellement absolu, que leur apparition semble un défi porté aux procédés ordinaires de la reproduction. Peut-on supposer qu'il y ait partout en suspension dans l'air, des spécimens de ces myriades de germes qu'il devrait nécessairement contenir, pour satisfaire à l'infinie variété des exigences qui se présentent? L'Isaria felina, qui ne vient que sur les excréments du chat; le Monilia penicillus^ qu'on trouve sur ceux de la souris; VIsaria aranearum, qui ne se développe que sur les cadavres des araignées; VOnygena eqidna, qu'on n'observe que sur les sabots

Paris, 1836, t. I, p. 228. — Gérard, Dict. univ. d'hist. nat.y art. Génération, t. VI, p. 83. — Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. I, p. 32, 404.

(i) Bérard, Cours de physiologie.Pdins, 1848, t. I, p. 98.

des chevaux en putréfaction (1), sont-ils toujours en permanence pour la circonstance?

Quelques autres champignons ont encore un habitat non moins extraordinaire que les précédents. Les uns ne s'observent jamais que sur certains insectes; telle est une espèce de Clavaria, qui, selon Fougeroux, n'affecte que les cicadaires; d'autres ont même un sol encore plus restreint : on ne les voit apparaître que durant un état déterminé de la vie de l'animal. Ainsi, selon Schweiniiz, Visaria sphhigum ne se rencontre jamais que sur certains papillons nocturnes, tandis que Visaria crassa n'affecte que leur chrysalide, et Visaria truncata \eur larve (2). Faut-il donc supposer que la nature a encombré de séminules toute l'atmosphère, pour, à un moment donné, qu'une parcelle de celles-ci envahisse le cadavre d'une chenille ou d'un papillon! Enfin, on connaît un champignon fort gros qui ne se rencontre jamais que sur la queue d'une certaine chenille (3). Peut-on admettre, en suivant l'hypothèse des panspermistes, que l'air a été universellement bourré des séminules de ce champignon, pour qu'il en naisse un seulement, de temps à autre, surcetinsecte?Etsi encore ce champignon était commun ou abondant en spores impalpables comme

(l)Comp. Robin, Histoire naturelle des végétaux parasites qui croissent sur l'homme et les animaux. Paris, 1853, p. 606. — Leveillé, Dict. univers, d'kist. nat., t. YIII, p. 461, art. Mycologie.

(2) ScHWEiNiTZ, CaroL, n° 1298.

(3) C'est le Cordyceps Robertsii (Hooker) qui acquiert souvent de quatre à cinq pouces de longueur, il vit sur la chenille de Vhepialus virescens, D.

un lycoperdon, cela pourrait offrir le champ à l'imagination des fauteurs de la panspermie; mais il n'en est nullement ainsi. Les champignons, dans presque tous ces cas, n'envahissent réellement que des surfaces malades ou expirantes, les végétaux et les animaux sur lesquels on les trouve ayant leur organisation déjà altérée, ou même en voie de décomposition. C'est ainsi que Mayer a découvert des moisissures fihformes dans des produits pathologiques qui avaient envahi le poumon d'un geai {corvus glandarius) (1). JsBger et Heusinger ont rencontré de ces cryptogames dans les sacs aériens de plusieurs cygnes et de quelques cigognes, qui avaient également subi des altérations morbides (2).

Il y a une cryptogame remarquable, le Racodium cellare, qu'on ne rencontre que sur les futailles de nos ceUiers. Où donc étaient ses séminules avant l'invention de celles-ci?

A l'aide de l'hétérogénie, on explique fort simplement certains faits que, malgré tous leurs efforts, ses antagonistes ne peuvent clairement élucider. Ne fautil pas l'invoquer, en effet, pour expliquer comment, ainsi que l'ont remarqué Gruithuisen, Mertens, Roth, et Schrank, ce sont des espèces particulières de conferves qui se produisent sur certains poissons ou cer-

(1) Mayer, Deutsches Archiv. fur die Physiologie, t. I. p. 310.

(2) J^GER, ibid, t. n, p. 354. — Heusikger, Berichte der zootomischen Anstalt zu Wurtzburg, p. 32. — Olfers, Commentarius de vegetativis et animatis in corporibus animatis reperiwidis. Berlin, 1816,

tains mollusques morts ou simplement malades {!)? Faudrait-il aussi, pour elles, admettre que Timmensité de l'Océan ou les eaux des fleuves, se trouvent surchargées de sporules attendant pour ainsi dire leur sol au passage ! Le transport d'œufs ou de spores microscopiques à l'aide de l'air, pouvait paraître spécieux, quoiqu'il ne supporte pas l'examen; mais ces milliards de germes disséminés sous l'eau ne dépassentils pas toutes les bornes de l'imagination?

On ne peut pas non plus, il nous semble, expliquer par la dissémination, les moisissures que M. Bérard dit avoir observées à l'intérieur du péritoine de certains cadavres humains, qui avaient séjourné plusieurs semaines sous l'eau. Comment leurs spores auraientils pu parvenir jusque-là ? Quelques zoologistes ont aussi vu des moisissures verdâtres et pulvérulentes, étendues sur le péritoine de certains animaux tels que des pigeons, des biches et des tortues de terre: MM. Rousseau et Serrurier en citent plusieurs exemples (2).

On a opposé aux spontéparistes la fécondité de certaines plantes ou de divers animaux, afin d'expliquer l'extraordinaire dissémination de leur descendance. Fries a compté plus de dix millions de corpuscules

(1) BuRDACH, Traité de physiologie. Paris, 1837, 1. 1, p. 37.

(2) Rousseau et Serrurier, Développement de cnjptogames sur les tissus de vertébrés vivants. — Comptes rendus de Vlnstitut^ t. XïlI. p. 18. — Mais nous devons reconnaître avec sincérité que plusieurs d'entre eux n'ont peut-être pas toute la valeur désirable. Car, pour ce qui concerne les biches et les perroquets, on pourrait nous répondre que le péritoine communique avec l'extérieur.

6A0 HÉTÉROGÉNIE.

reproducteurs dans un seul individu du reticularia maxima (1). Decandolle dit que les grandes espèces de Lycoperdon en contiennent peut-être bien davantage, et il prétend que ces germes entraînés par Tair ou par l'eau, peuvent pénétrer partout et se répandre jusque dans les tissus des êtres organisés (2). Nous portons beaucoup au delà que ne le fait Decandolle, l'incommensurable fécondité des champignons; et nous dirons que sur le Lycoperdon gigantesque, ce n'est pas par millions qu'il faut compter ces germes reproducteurs, mais par millions de milliards. Fécondité telle, qu'il ne nous parait pas déraisonnable d'admettre que si tous les spores d'un spécimen que nous avons observé, qui avait la grosseur d'une petite citrouille, se développaient en une nuit donnée, et sans nulle perte, toute la surface du globe pourrait en être couverte (3).

Eh bien ! malgré cette immense concession, nous ne nous expliquons pas encore comment, dans certaines circonstances, les séminules ou les œufs des êtres organisés parviennent dans quelques endroits où on voit apparaître tant d'espèces variées d'animaux ou de plantes; et comment aussi, au contraire, la souche d'une aussi féconde progéniture n'est fréquemment environnée que par la plus absolue stérilité.

(1) Pries, Syst. orbis vegetabilis, t. I, p. 41.

(2) Decandolle, Physiologie végétale. Paris^ 1832, p. "752.

(3) La terre a environ b09,300 billions de mètres carrés; en donnant un mètre cane de surface pour chacun de ces gros végétaux, les séminules d'un seul suturaient peut-être, pour ensemencer tout le globe.

Dans riiypothèse de la panspermie, dont nos antagonistes ont tant abusé, il devient réellement impossible d'expliquer comment les séminules de certains végétaux que l'on rencontre dans la profondeur des organes des animaux, ont pu y parvenir. Ainsi comment donc avait pu s'introduire dans l'intérieur de l'œil, cette conferve que le docteur Helmarecht a extraite de cet organe, sur un pasteur chez lequel elle avait produit la cécité? Le docteur Neuber considérait aussi qu'il devait la perte d'un de ses yeux à un végétal semblable (1).

Comment, par le transport des séminules à l'aide de l'air, expliquerait-on la présence des cryptogames que l'on rencontre, soit dans la profondeur des tissus des plantes, soit dans les cavités parfaitement closes qu'offrent leurs organes? J'ai souvent trouvé des moisissures dans les cavités qui recèlent les graines des oranges, des citrons et des pommes, lorsque ces fruits commencent à se gâter. Harting dit avoir rencontré un champignon dans urte cavité de l'intérieur d'un arbre où il était recouvert d'une trentaine de zones ligneuses. Ce cryptogame constituait même une espèce particulière du genre Nyctomices, qui ne contient jamais de spores, et par conséquent ne peut pas se reproduire (2) . Dans les magnifiques planches de son Traité des maladies de la pomme de terre , le docteur H. Schacht a même figuré un champignon microscopique qui paraît prendre naissance à Tinté-

(1) Neuber, Des mouches volantes de Vceil. Hambourg, 1830. — BérarDj Cours de physiologie, p. 97.

(2) BuRDACH, Traité de physiologie. Paris, 1837, 1. 1, p. 35.

rieur des grains de la fécule , et en perforer successivement les couches (1).

Jusqu'à un certain point, on peut convenir qu'il est possible d'expliquer, par le transport des sporules, la production de certains végétaux qui attaquent l'homme et les animaux, et produisent chez eux plusieurs affections pathologiques. La teigne-faveuse (2), la Mentagre (3), le Muguet (4), etc., qui sont des maladies propres au premier, sont évidemment déterminées par des champignons, et peuvent résulter de la dissémination de leurs séminules.

En renouvelant l'appareil d'une fracture de la jambe, à l'Hôtel-Dieu de Rouen, je le trouvai rempli de plus de cent champignons de diverses tailles, et dont quelques-uns avaient leur chapeau ouvert, et s'élevaient à 4 centimètres. Cette végétation n'avait

(1) Hermann ScuAcm, Rapport au collège royal d'économie rurale sur la pomîïie de terre et ses maladies. Berlin, 1856, pi. IX, fig. 11.

Plusieurs des figures de cet ouvrage, qui sont faites avec le

plus grand soin, semblent évidemment indiquer que la végétation cryptogamique prend naissance à Tinlérieur des grains de fécule.

(2) Cette teigne est produite ^a.rV Achorion Schœnleinii, Remak.

— Comp. Lebert, Physiol. pathologique. Pdiis, 1845, t. II, p. 477.

— VoGEL, Anat. patholog. générale. Trad., Paris, 1847, p. 391. — Robin, Hist. nat. des végétauœ parasites qui croissent sur Vhomme. Paris, 1853, p. 441.

(3) Cette dartre est causée par le Microsporon ment agrophy tes, Ch. Robin. — Comp. Gruby, Sur une espèce de mentagre contagieuse y résultant du développement d'un nouveau cryptogame. Académie des sciences, 1842, t. XV, p. 512. — Gh. Robin, Hist. natur. des végétaux parasites, p. 430.

(4) Le muguet est dû à V Oïdium albicans, Ch. Robin. — Comp. Gruby, Recherches anatomiques sur un cryptogame qui constitue le muguet des enfants. — Comptes-remlus, 1842, t. XIV, p. 634. — C». Robin, Hist. nat. des végétaux parasites, p. 488.

eu lieu que sur un seul malade, quoique la salle renfermât plusieurs personnes affectées des mêmes fractures. Jamais, pendant quatre ans de séjour dans cet hôpital, je n'observai aucune réapparition de cet agaric, car c'en était un.

Comment s'est-il donc fait que la production de ce champignon ait été isolée dans une salle où les autres malades ont pu, aussi bien que celui qui est cité, en recevoir des séminules sur leur appareil ? Pourquoi donc aussi, si l'apparition de ce cryptogame n'a pas été absolument fortuite, ne se produit-il pas plus souvent? Pourquoi enfin, les agarics adultes observés sur l'appareil, ne se sont-ils pas reproduits sur d'autres, en y répandant leurs séminules ?

Les hétérogénistes considèrent encore comme autant de preuves en faveur de la génération spontanée, l'apparition insolite de certaines plantes; mais ces faits, qui ne sont pas sans valeur dans la balance, nous paraissent beaucoup moins importants pour le soutien de notre thèse, que ne le sont ceux fournis en masse par l'expérience directe. Nous en citerons cependant quelques-uns, que Burdach comprend sous la dénomination dliétérogêiiie problématique (1).

Souvent des végétaux apparaissent dans des contrées où, de mémoire d'homme, on en ignorait absolument l'existence. Et Burdach avance que s'il est peu probable qu'ils soient dus alors à l'hétérogénie, il y a au moins des cas où leur propagation ne paraît concevable que par le concours de circonstances

(1) Burdach, Traité de physiologie, t. I. — Gérard, Art. Génér. spont. du Dict. univ. d'hist. nat., qui eu cite uu grand nombre.

vraiment extraordinaires. Cela se présente fréquemment après des incendies qui mettent à nu certains terrains. Ainsi, après celui de Londres, en 1606, au rapport de Morison et de Mérat, on vit apparaître V Erysimum latifoUum, que l'on ne connaissait point aux environs de cette ville (l). Franklin dit que dans l'Amérique septentrionale, lorsque l'on détruit, par le feu, des forêts de pins, on voit surgir des peupliers sur le lieu incendié (2).

Link fait remarquer, dans sa Phioslophie botanique. que lorsqu'une source d'eau salée se manifeste dans quelque localité éloignée de la mer, on voit bientôt croître tout autour d'elle certaines plantes inconnues dans la contrée, et qui n'habitent que les terres inlprégnées de selon les rivages maritimes (3). Hoffmann a observé un fait encore plus remarquable. Sur un espace de terrain occupé par la mer, mais qu'on lui avait enlevé à l'aide de digues, il reconnut qu'il existait une végétation qui offrait de capitales différences, coïncidant avec la nature du sol mis à nu par le travail de l'homme. L'apparition des plantes qui surgissaient là ne pouvait rationnellement s'expliquer par aucune cause. Toutes croissaient loin de l'endroit, et elles s'y manifestèrent si rapidement, que ni les vents ni les courants d'eau ne pouvaient en expliquer l'apparition. Le Salicornia herbacea habitait les endroits que la mer avait le plus imprégnés de dépôts

(1) Morison, cité par Treviranus, Biologie. Voir Burdach, p. 41. — Mérat, Éléments de botanique.

(2) Frainkli.n, cité par Burdach, Phys., t. I, p. 41.

(3) Ll^K, Elementa philosophiœ botanicœ, p. 462.

salins; VAvefiaria maritima étendait ses longues racines dans le sable pur; VAslcr tripoliiim se trouvait dans la vase, et Vllippuris vulgaris dans quelques eaux de sources imbibant des terrains argileux (1). Mais assurément, le fait le plus extraordinaire de cette nature, est celui rapporté par Viborg. Il s'agit d'un étang du Danemark, que l'on dessécha, et sur le fond duquel on vit apparaître, avec une foule d'autres plantes, une certaine quantité de Carex cyperoides) végétal, qu'au rapport des botanistes, on ne connaît point dans le royaume (2).

Lorsque l'on confectionne du pain avec certaines farines avariées, peu de temps après sa cuisson, on voit tout son intérieur envahi par des moisissures, sans qu'il soit possible d'expliquer comment elles ont pu s'insinuer jusque-là. Spallanzani, il est vrai, prétend avoir saupoudré du pain avec des moisissures calcinées, et y avoir ainsi déterminé Tapparition d'une nouvelle procréation. Mais doit-on croireàce fait, tandisqu'on sait qu'une température fort peu élevée anéantit la faculté germinative des graines et des séminules?

On voit aussi parfois des moisissures à l'intérieur des cavités des fromages (3).

Je ne citerai pas comme probants en faveur de la génération spontanée, les cryptogames élémentaires que l'on rencontre à l'intérieur dçs œufs. J'ai vu l'albumine et le jaune de ceux-ci être envahis par des

(l)HoFMANN, Froriep's Notizen, t. VIU^p. il3. — Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. I, p. 43.

(2) Viborg, Der Gesellschafft naturforschender Freunde dans Berlin Magazin,i.X\, p. 74. — Ann. de la Soc.des nat . de Berl.BurddiCh, t. I.

(3) Comp. BuRDACH, Physiologie, 1. 1, p. 32 et 35.

moisissures, lorsqu'on les avait longtemps abandonnés. Mœrklin a vu un champignon le Sporotrichiim albuminis envahir de ses filaments tout le blanc d'un œuf de poule (1). Mais on peut facilement objecter à ces observations, que les spores impalpables de ces cryptogames ont pu passer à travers la coquille par les ouvertures qui servent à introduire l'air indispensable à la respiration du fœtus.

Résumé. — Le contenu de ce chapitre prouve qu'il est évident que les expériences sur la végétation, viennent aussi apporter de décisives preuves en faveur de l'hétérogénie.

En employant des vaisseaux hermétiquement fermés, nous avons prouvé que, lorsque les expériences sont bien conduites, et exécutées à l'aide de procédés encore plus sévères que ceux de nos devanciers, on obtenait dans la plupart des cas, une végétation qui apparaissait en un temps assez court.

En répétant encore les expériences de Schultze, au point de vue de la production des cryptogames , dans nos mains , elles ont donné des résultats opposés à ceux obtenus par cet observateur : les appareils se sont remplis de champignons microscopiques de la plus belle apparence.

La science nous enseignant que la levure, qui se produit pendant la fermentation, est un végétal, il est devenu évident que celui-ci s'engendre spontanément durant les phénomènes chimiques qui ont lieu lors de cette opération. Dans une de nos expériences, l'algue de

(i) Mœrklin, cité par Burdacb, Physiologie, i. 1, p. 35.

LIMITES DE LA DISSEMINATION VEGETALE. 647

la levure de bière s'est produite en abondance dans des vaisseaux absolument dérobés au contact de l'air et hermétiquement fermés.

En opérant à ciel ouvert, les résultais n'ont pas été moins manifestes, et nous avons vu, sur un sol factice, l'hétérogénie se produire en suivant les caprices de l'expérimentateur, partout oii sa main traçait des caractères variés.

Soit dans les expériences à vaisseaux hermétiquement fermés, soit dans celles à ciel ouvert, nous avons aussi constamment reconnu que les produits végétaux variaient à l'infini, et en dehors de toute prévision. Les mêmes substances donnent des cryptogames absolument différents , selon la pression atmosphérique, la température, l'éclairage, etc.

Nos expériences prouvent aussi que l'extrême vitalité des germes, proclamée par les ovaristes, pour les besoins de leurs théories, est une assertion complètement erronée. De telle sorte que, malgré ce qu'en a dit un spirituel écrivain belge, on ne peut pas supposer que ces germes aient une résistance vitale supérieure à l'énergie de nos moyens de destruction (i).

Enfin , la dissémination elle-même, ce fait réel , mais souvent plus limité qu'on ne le prétend , est venue nous offrir quelques arguments en faveur de l'hétérogénie ; mieux appréciée, nous avons vu qu'elle ne pouvait nullement avoir l'extension qu'on lui prête et peupler de végétaux certains endroits où on en voit apparaître.

(i) Jobard, De la vitalité des germes. — Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XLVIII, p. 334.

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