‹ Hétérogénie; ou, Traité de la génération spontanee, basé sur de nouvelles expériencesChapitre 42 sur 50 · MALADIE PÉDICULAIRE · texte numérisé non relu

MALADIE PÉDICULAIRE

Amatus Lusitanus, raconte naïvement dans son œuvre, qu'un grand seigneur portugais avait le corps tellement couvert de poux , que deux de ses serviteurs n'étaient occupés qu'à en remplir des corbeilles et à aller les jeter à la mer. Marchelli cite une femme sur laquelle ces insectes pullulaient tellement, que chaque jour on lui en enlevait six à sept cents , ce qui paraît plus digne de foi (1).

Les anciens ont généralement considéré les poux comme étant dus à la genèse spontanée. Aristote, Théophraste et Galien les lui attribuaient. Cette opinion, acceptée déjà par quelques savants de notre époque, a été encore tout récemment reproduite.

Burdaclî , qui semble considérer la genèse spontanée des poux comme un fait positif, prétend que ceuxci apparaissent avec une telle abondance dans la plique polonaise, que l'on n'oserait supposer qu'ils se sont produits à l'aide d'œufs (2). M. Serrurier, en traitant de la maladie pédiculaire, dit que Th. Bonet rapporte plusieurs exemples dans lesquels cette affection a paru se développer spontanément (3).

Quoique connaissant parfaitement la reproduction sexuelle des poux, Bremser n'en admet pas moins que , dans certaines circonstances où iis apparaissent avec une abondance exceptionnelle, ceux-ci sont le produit de l'hétérogénie (4). M. Devcrgie , qui s'est

(1) Marchelli, Memorie délia soc. medic. di Genova.

(2) BuRDACii, Trailé de physiologie. Paris, 1837, t. I, p. 39.

(3) Serrurier, Dict. des se. méd., t. XLII, p. 8, ai t. Phthiriase. — Bonet, Observ.

(4) Bremser, Traité anatomique et physiologique des vers intestinaux de l'homme. Paris, 1824.

spécialement occupé de la phthiriase , professe la même opinion , puisqu'il dit que la maladie pédiculaire, soit de la ièie, soit du corps, peut être spontanée (1).

D'un autre côté , Sichel et Fournier ont fait connaître un assez grand nombre de cas dans lesquels on a rencontré des poux à l'intérieur de tumeurs closes de toutes parts (2) ; et , dans ces cas pathologiques, il était réellement impossible d'expliquer l'apparition de ces insectes à l'aide de la reproduction normale. Le docteur Rust a raconté à Bremser, qu'ayant ouvert une tumeur fort grosse qu'un jeune homme portait à la tête, il n'en sortit qu'une immense quantité de petits poux, qui la remplissaient en entier (3). G. Heberden a rapporté un fait analogue observé par Ed. Vilmot (4). Enfin, Bernard Valentin rapporte qu'un homme adulte offrait sur le corps une foule de petits tubercules qui n'étaient remplis que de poux , et qui en fournirent une quantité si considérable lorsqu'on les incisa, que le malade faillit en périr de frayeur (5). M. Devergie atteste aussi avoir vu de ces (umeurs pédiculaires remplies de myriades de poux, qu'il n'hésite

(i) Devergik, Traité pratique des maladies de la peau. Paris, 1856, p. 650.

(2) Sichel, Historiœ phthiriasis internœ verœ fragmentum, p. 207. — FuuRMER, Art. Cas rares. Dict. des sciences médicales, t. IV.

(3) Bremser, Traité zoologique et physiologique sur les vers de Vhomme. Paris, 1824.

(4) G. Heberden, Commentarii de morborum historia et curatione, Londini, 1802, p. 278.

(5) Devergie, Traité pratique des maladies de la peau. Paris, 1856, p. 649.

GALE. 6f>a

pas à considérer comme le produit de la spontanéité ; et ce médecin s'étonne qu'en présence de tels faits, on ait pu mettre celui-ci en doute (1).

Plusieurs des assertions précédentes ont été l'objet d'une critique judicieuse de la part de M. Rayer. Cet illustre médecin ne nie cependant pas absolument la spontéparité; il semble, à cet égard, adopter un doute philosophique (2). Nous, n'ayant aucune observation particulière, nous nous bornons au rôle d'historien.

Cependant, en reconnaissant que la genèse du pou est encore environnée des plus profondes ténèbres, et en voyant cet insecte remplir des tumeurs absolument inaccessibles aux corps extérieurs, ou constituer une véritable éruption vivante, il ne semble pas étrange que des savants aient vu là un acte de spontéparité.

M. Marchai de Calvi se demande, avec raison, si, dans ces cas , on dira aussi que les œufs des poux flottent dans l'air, toujours prêts à élire domicile sur l'homme; et il ajoute que ce ne sera pas une des moindres violences que la panspermie ait tentées contre le bon sens (3).

Gale. — La gale, qui, ainsi que la phthiriase, est produite par un insecte , a été aussi considérée par

(1) Devefigie, Traité pratique des maladies de la peau. Paris, i8o6,p. 649.

(2) Rayer, Traité théorique et pratique des maladies de la peau. Paris, 1835, t. III, p. 802.

(3) Marchal de Calvi, Idée de la bio-pathologie. Union médicale, 1859.

quelques médecins comme pouvant parfois se manifester spontanément. Telle est l'opinion de M. Devertrie; telle est aussi celle de M. Marchai de Calvi, dans son remarquable article inséré dans ï Union médicale (1); et, selon lui, Vacarus scabiei, au lieu d'être la cause de la maladie, n'en serait parfois que le produit, et naîtrait durant son cours, par la voie hétérogénique.

Burdach , qui paraît avoir quelque tendance à admettre la génération spontanée des acarides, dit même que quelques savants ont observé de ceux-ci dans des tumeurs lépreuses; tels sont Rolando, Murray et Martinet (2).

Anatomie PATHOLOGiQUE. — Nc voulant omettre aucun moyen d'investigation , en terminant cet écrit, je dois dire que pour m'assurer si l'anatomie pathologique s'accordait avec la nouvelle théorie des migrations des helminthes, j'ai consulté un des plus savants professeurs de notre Ecole de médecine , M. Leudet fils, et voici sa réponse, èulaquelle je n'ajouterai aucun commentaire :

« Depuis la publication des recherches de MM. Siebold, Yan Beneden et Kllchenmeister, me dit-il, j'ai voulu savoir si, comme ces deux derniers savants l'ont surtout avancé, la clinique médicale et l'anatomie pathologique humaine venaient à l'appui de leur théo-

(1) Deveugie, Traité pratique des maladies de la peau. Paris, ISoG, p. 418. — Marchal de Calvi, Idée de la bio-pathologie. Union médicale, 18o9, ii" 10, p. 263.

(2) JcERDENS, Entomologie und Helminthologie des menschlichen Kœrpers, t. 1, p. 23. — Bl'udacii, t. I^, p. 39.

Page 1