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HYPOTHÈSE DE LA DISSEMINATION DES GERMES ORGANIQUES

Les physiologistes qui ont tracé la voie expérimentale à suivre dans le but de réfuter les générations spontanées, ont considéré comme une condition fondamentale de s'assurer d'abord que tout organisme , soit à l'état de germe, soit à l'état vivant , était détruit dans les corps soumis aux expériences; puis ensuite de veiller à ce qu'il ne puisse, durant celles-ci, s'en introduire de l'extérieur. Nous convenons , assurément, que c'est là une condition essentielle; mais il eût fallu ajouter aussi qu'en prenant ces deux précautions , on aviserait à ne pas dénaturer trop profondément les divers éléments génésiques. Nous aurons à examiner si cette loi n'a pas souvent été transgressée par l'action des agents chimiques ou physiques que l'on a employés; et si ceux-ci, en altérant le milieu au sein duquel réside le principe vital, n'y ont pas frappé de mort tout effort organisateur; c'est pour éviter cet écueil que souvent nous avons suivi des routes inusitées.

Pour nous conformer aux exigences de la critique, nous avons exécuté beaucoup d'expériences à vaisseaux hermétiquement isolés du contact de l'atmosphère. Nos précautions, à cet effet, ont été poussées à

l'extrême, afin de suspendre les élans d'imagination de ceux qui pourraient voir dans un atome d'air la source de l'incommensurable fécondité de nos matras. Mais en outre, nous avons fréquemment aussi adopté une voie absolument opposée à celle de nos devanciers: nous avons opéré à l'air libre; et les faits, dans celleci, se sont tellement contrôlés réciproquement, et ils sont tellement nombreux , que nous pensons qu'ils forment un faisceau non moins indestructible que les révélations obtenues par la méthode opposée. Ainsi donc toutes les ressources ont été appelées à notre aide : là le tribut de l'observation a seul été invoqué ; ailleurs les supputations de l'intellect. La méthode expérimentale ne doit pas être plus oppressive que l'idéalisme. Chaque moyen a ses avantages; si l'expérience subjugue parfois la raison, celle-ci peut souvent l'éclairer à son tour ; il faut prendre ce que l'une et l'autre voie ont de bon : nous voulons l'ascendant de Galilée uni à l'investigation de Schelling.

Dans tout le cours de cet ouvrage on verra que nous avons répété la majeure partie des expériences de nos prédécesseurs, non pour nous en servir directement, parce que souvent elles manquent de précision, mais pour expliquer la diversité des résultats auxquels elles ont conduit. Nous ne prétendons nullement rétrograder jusqu'à Spallanzani et Bonnet, mais nous interpréterons la portée de leur œuvre.

En commençant ce chapitre nous exposerons nettement ce qu'il est appelé à démontrer. Le but que nous nous proposons est de prouver que les germes des Proto-organismes ne peuvent être contenus dans

HKTÉRCMiÉNIE.

les corps qui concourent à leurvévolutionf et que, par conséquent, ils ne doivent leur génèse qu'aux réactions qui s'opèrent dans l'ensemble de ceux-ci. De très-simples arguments suffiront pour cela.

Selon Ehrenberg , les germes des Microzoaires auraient une double source : ils préexisteraient dans les substances que Ton met infuser ou dans l'eau qui sert aux expériences. Là, ils resteraient absolument inaccessibles à nos plus puissants microscopes, jusqu'au moment où les infusions leur offrant une nourriture appropriée , devenus plus apparents enfin, nous les apercevons (1). Au contraire, selon Spallanzani et Bonnet, ce serait l'air qui contiendrait les germes des animalcules, en quantité telle que l'esprit ne peut s'en faire une idée. Et ce fluide en pénétrant dans les interstices les plus inaccessibles des corps, y disséminerait ces incalculables légions de Proto-organismes qui, en apparaissant tout à coup, étonnent et stupéfient l'imagination (2).

Ainsi donc, de l'aveu des plus ardents antagonistes de Thétérogénie , les germes des Proto-organismes qu on voit surgir dans nos expériences , ne peuvent

(1) Ehkenbekg (Gérard). Dict. d'hist. natur. de d'Orb., t. VI. p. 65.

(2) Spallahzam , Opuscules de physique animale et végétale, Pavic, 1787, t. I, p. 29o.

Bonnet voit même dans chaque être une espèce de microcosme, et il s'exprime ainsi à ce sujet :

« Chaque corps organisé se présente à moi sous l'image d'une petite terre où j'aperçois, en raccourci, toutes les espèces de plantes et d'anijnaux, qui s'oflïent en grand sur la surface de notre globe. Un chêne me paraît composé de plantes, d'insectes, de coquillages, de reptiles, de poissons, d'oiseaux, de quadrupèdes,

dériver que de trois sources : du corps putrescible , de l'eau ou de l'air.

Mais l'examen de l'état de la question contribue encore à la simplifier. En effet , on reconnaît tout d'abord que les physiologistes qui se sont élevés avec le plus de vivacité contre la génération hétérogène, vaincus par l'argumentation de ses partisans , ont été rapidement forcés d'abandonner deux des moyens de propagation : le corps putrescible et l'eau. Et c'esl seulement à l'air qu'ils ont confié le rôle de disséminateur universel de ces germes invisibles, impalpables comme l'atmosphère elle-même, et qui s'insinuent avec lui partout et dans tout (1). Ainsi donc l'air, et l'air seul, sera réellement en question, et l'objet de la lutte décisive.

Si l'on admet que dans nos expériences la génération ne peut s'opérer qu'à l'aide de trois facteurs, et que c'est l'un d'eux seul qui recèle les germes des Proto-organismes, il est évident que si Ton prend chacun de ces trois corps en particulier , sans s'inquiéter nullement alors des deux autres , et que l'on démontre successivement que ce n'est aucun d'eux

d'hommes même. Je vois monter dans les racines de ce chêne, avec les sucs destinés à sa nourriture , des légions innombrables de germes. Je les vois circuler dans les différents vaisseaux, se loger ensuite dans l'épaisseur de leurs membranes pour les augmenter en tous sens. » [Cons. sur les corps org., 1. 1, p. \0'ô.) Et c'est avec de tels arguments que nos adversaires prétendent combattre l'hétérogénic !

(1) Ici nous adoptons le langage de nos adversaires, car nous verrons que souvent ces germes sont parfaitement connus, mesurés, et qu'ils ne peuvent échapper où ils sont réellement.

Digitiz&d

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qui contient ces germes , il faudra bien , en somme , reconnaître, quand le fait aura été strictement établi pour chacun isolément , que ce n'est donc aucun de ces trois corps qui peut servir d'asile aux œufs ou aux séminules introuvables des êtres divers qu'on voit s'engendrer sous ses yeux.

Si cela n'est pas évident, il faut renoncer à persuader nos antagonistes.

Ceci bien nettement posé, nous ajouterons qu'il est de la plus extrême facilité de renverser les divers systèmes qui nous sont opposés, et nous le ferons d'abord en quelques mots , sauf à apporter plus loin des masses de preuves.

D'après ce qui précède, pour démontrer, jusqu'à la dernière évidence, l'existence de la génération spontanée, il suffit donc de constater que les corps que Ton a employés ne contenaient auparavant aucun germe. Mais cela est on ne peut plus aisé par les plus élémentaires combinaisons de l'expérimentation ; et il faut assurément vouloir fermer les yeux et détourner soji esprit, pour ne pas se rendre à l'évidence.

En effet , les trois expériences qui suivent prouvent sans réplique que ce n'est : ni le corps solide, ni leau, ni l'air qui contiennent les germes ; et si je m'étonne, c'est que les savants se soient donné tant et tant de mal pour arriver à un tel résultat.

1° Il est évident que le corps putrescible ne contient point les germes des Proto-organismes, puisque, lorsqu'on n'emploie celui-ci qu'après l'avoir carbonisé, on voit l'eau dans laquelle on l'a placé,

se peupler de Microzoaires et de cryptogames (1).

2° Ce n'est pas l'eau, non plus , qui renferme ces germes, puisque si l'on met une substance organisée dans de l'eau artificielle, on voit s'y produire aussi des animalcules et des végétaux (2) .

3° Enfin, il est évident aussi que ce n'est pas l'atmosphère qui dissémine les germes, puisque , dans nos expériences multipliées, nous avons vu des Protoorganismes s'engendrer soit dans des vases où il n'existait que de l'air artificiel, et pas la moindre parcelle d'air atmosphérique; soit dans des appareils où il ne parvenait que de l'air dont on avait détruit radicalement tout principe vital , en le soumettant à la température de la chaleur rouge ou en lui faisant traverser de l'acide sulfurique concentré (3).

Si la génèse d'un Proto-organisme réclame, généralement, le concours de trois éléments, comme aucun de ceux-ci, en particulier, n'a la puissance de le produire, et ne le contient pas, ainsi qu'on le démontre expérimentalement, il faut bien, nécessairement, que l'être nouveau dérive de deux ou de trois de ces éléments. Or, comme un germe ne peut pas être biou tripartite , il est évident que celui-ci résulte de toutes pièces des combinaisons des particules orga-

(1) Voyez, pour le développement de cette proposition, lécha* pitre concernant l'élimination du corps putrescible considéré comme véhicule des germes, où se trouvent les expériences à l'appui.

(2) Compulser la section de l'élimination de l'eau, etc. , p. 231.

(3) Consulter, pour toutes les expériences $ur ce sujet , la section de l'élimination de l'air considéré comme véhicule des germes, p. 240.

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niques contenues dans les trois éléments producteurs.

Si c'était réellement l'un des trois corps au milieu desquels se produisent les Proto-organismes qui en contînt les germes, on ne voit pas pourquoi ceux-ci ne se développeraient pas dans l'eau pure, comme le font les œufs de tant d'animaux aquatiques, qui n'emploient absolument à leur évolution que le fluide ambiant. Sans doute qu'on n'ira pas jusqu'à représenter les germes des Microzoaires comme étant plus exigeants que ceux des poissons ou de tant d'autres animaux. Et si l'on prétendait que l'eau pure ne peut pas nourrir les légions de germes qui y tombent, nous répondrions à cela qu'au moins on rencontrerait de jeunes animalcules dans celle-ci , sauf à les voir périr d'inanition ; et nous ajouterions même que l'expérience nous a prouvé que les adultes trouvent trèsbien leur nourriture dans l'eau pure, et même dans l'eau distillée.

SECTION 1. — ÉLIMINATION DU CORPS PUTRESCIBLE, CONSIDÉRÉ COMME VÉHICULE DES GERMES.

Nous venons de dire .que des expériences excessivement simples, démontrent ostensiblement que les germes des animalcules ne se trouvent ni dans le corps fermentescible, ni dans l'eau , ni dans l'air atmosphérique, et que par conséquent il faut bien que les animalcules doivent leur origine à une génération primaire.

Maintenant il s'agit de prouver ce que nous avons avancé, et nous débuterons en nous attachant à dé-

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montrer que le corps solide ne peut recéler les germes organiques. Ce sera facile.

Quoique jouant le rôle le plus important -dans le phénomène de l'hétérogénie, le corps solide, dans quelques cas exceptionnels, peut cependant manquer absolument. Ainsi, de la Matière verte, des Conferves se développent fréquemment soit dans l'eau ordinaire, soit même dans l'eau distillée, qui ne contiennent aucune substance putrescible (1). Et c'est même probablement à cette propriété inhérente à l'eau, qu'il faut seulement attribuer la matière verte que Burdach et d'autres ont vu se développer dans des macérations de granit et de quelques autres corps minéraux (2).

I.es savants qui, à l'exemple de Bonnet, prétendent que les corps putrescibles sont les dépositaires des germes organiques, supposent que ceux-ci se trouvent dispersés à leur intérieur, et qu'ils n'en sortent pour subir leur évolution qu'au moment où ces mêmes corps se décomposent et rendent leurs éléments à la masse commune (3) . Maintenant que nos instruments d'optique sont si perfectionnés et que l'on connaît si

(1) Bort de Saint- Vincent, Dictionnaire classique d'histoire naturelle. Paris, 4826, art. Matière, t. X, p. 263.

(2) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837 t. I.

(3) Bonnet. La prodigieuse petitesse des germes, dit cet auteur, les met hors de l'atteinte des causes qui opèrent la dissolution des mixtes. Us entrent dans l'intérieur des plantes et des animaux ; ils en deviennent même partie constituante ; et, lorsque ces composés viennent à subir la loi des décompositions, ils en sortent sans altération pour flotter dans l'air ou dans l'eau , ou pour entrer dans d'autres corps organisés. {Consid. sur les corps org., 1. 1, P- 3.)

bien les œufs el les séminules d'une foule d'êtres microscopiques, on peut dire que cela est physiquement impossible, parce que si ces germes encombraient les organes des animaux et des plantes, on les y découvrirait.

Des expériences très-simples suffisent pour démontrer que ce n'est pas le corps putrescible qui recèle les germes ; aussi nous ne nous arrêterons guère sur ce fait qui n'est plus contesté, ni contestable.

Si, par exemple, on soumet à la carbonisation certains produits animaux ou végétaux > on sera bien certain qu'après l'opération, tout germe organisé a été complètement détruit dans ceux-ci; et que, dans l'hypothèse contre laquelle nous nous inscrivons, ces mêmes produits ne pourront, par conséquent, donner naissance à aucune génération d'êtres organisés. Et cependant c'est tout le contraire qui s'observe ; seulement on remarque alors que les animalcules n'apparaissent que plus tard, et qu'ils sont d'une organisation inférieure à celle que la substance produit lorsqu'elle n'a pas subi la carbonisation. Sans doute que l'on ne prétendra pas que le feu a épargné les germes des Microzoaires que l'on voit naître alors,

tandis qu'il consumait les autres Si Ton pouvait

nous faire cette objection, nous n'aurions plus rien à répondre à de tels adversaires.

Les Protozoaires qui apparaissent ne sout que le résultat d'une combinaison organique autre que celle qu'on eût obtenue des mêmes corps à l'état frais; et s'ils sont moins élevés dans l'échelle zoologique, cela

est uniquement dû à ce qu'ils ont été produits par des combinaisons dont l'un des éléments avait en partie perdu sa faculté génésique, durant la rude épreuve à laquelle il a été soumis.

Spallanzani lui-même, qui a fait quelques expériences dans cette direction, a vu que des graines de divers végétaux qu'il exposait, selon son expression, à la terrible flamme du fourneau à réverbère, après y avoir été totalement carbonisées, n'en donnaient pas moins naissance à de nombreux animalcules. A ce sujet le savant Italien s'exprime ainsi : « J'avoue ingénument que je ne me serais pas attendu à ce que des animalcules parussent encore dans ce nouveau genre d'infusion, comme dans les précédentes; même après les avoir vus et revus, je pouvais à peine en croire mes yeux (1). » Mais, dans ses expériences, Gruithuisen a obtenu des résultatsabsolument opposésà ceux du physiologiste de Pavie et n'a pu produire des Microzoaires en employant des substances charbonnées (2). Cette dissidence absolue entre ces deux savants, nous a engagé à réitérer leurs tentatives, et nous avons reconnu que c'était Spallanzani qui avait raison. Voici nos résultats un peu plus rigoureusement notés que les siens.

Expériences. Dans une cuiller à projection en fer et rougie sur un brasier ardent, on a successivement opéré la carbonisation complète de dix grammes de

(1) Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale, Paris, 4787, t. 1, p. 14 27.

(2) Gruithuisen , Beitrœge zur Physiognosie und Eautognosie, p. 105.

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chacune des semences suivantes : du Maïs, des Pois, des Haricots, des Lentilles. Après cette opération, chaque espèce de semence a été placée dans un vase de verre avec 500 grammes d'eau distillée, et mise sous une cloche en verre.

Après vingt jours, la température ayant été en moyenne de 25°, et la pression atmosphérique de 0,76, on observa les macérations et on les trouva toutes peuplées d'animalcules; l'une d'elles contenait, en outre, quelques végétaux rudimentaires.

Le Maïs avait la surface de sa macération totalement envahie par un champignon appartenant au genre Aspergillus de Micheli, ayant des ramifications trèstouffues et enchevêtrées. Il n'y existait alors aucun animalcule ; ce ne fut que quinze jours après, qu'on y rencontra un bon nombre de Monades et de Vibrions.

Les Pois contenaient des Microzoaires assez variés, très-nombreux et très-agiles, ayant 0,0175 de millimètre de longueur, et très-rapprochés du Monas al* tenuata,ï)uj.

Les Lentilles nous ont présenté une abondance des mêmes animalcules.

Les Fèves avaient à leur surface une population encore plus serrée que les macérations précédentes, et évidemment composée par le Monas attenuata, Duj. qui là était bien caractérisé (2).

On avait placé à côté de ces macérations des critériums, contenant les mêmes graines, mais qui n'a-

(1) Micheli, Nova plantarum gênerai FJorentiœ, 1779, p. 212.

(2) Dujardik , Histoire naturelle des infusoires. Paris, 1841, pl. ui, fig. 12.

raient pas été exposées à l'action du feu. Les animalcules y apparurent avec la plus grande abondance après trois jours ; et ceux-ci se composaient d'espèces bien plus élevées par leur organisation que celles qui peuplaient les graines charbonnées ; alors celles-ci n'offraient absolument rien encore.

J'espère que l'on conviendra que durant la carbonisation, tous les germes on tété détruits dans les graines, si elles en contenaient; mais nous voulons aller au-devant de toute objection. On ne peut pas prétendre quel'eau a été, dans ces expériences, le dépositaire des germes, puisque nous nous sommes servi d'eau distillée; et d'ailleurs dans un moment nous démontrerons que celle-ci ne les contient point . On ne pourrait non plus objecter que c'est l'air qui en a été le véhicule. Ce n'est pas plus lui que l'eau , car s'il avait charrié ces germes, on eût trouvé, dès le début, les mêmes animalcules dans les macérations des graines carbonisées que dans celles de graines fraîches ; et d'ailleurs, dans un des paragraphes suivants, nous prouverons aussi que l'air ne jouit pas de cette attribution.

Cette expérience suffirait seule pour enlever au corps solide le rôle de véhicule, si on s'efforçait encore de le lui attribuer. Mais actuellement les plus énergiques fauteurs du panspermisme ont eux-mêmes abandonné cette prétention; aussi nous ne nous étendrons pas longuement sur ce sujet, et c'est à peine même s'il est utile de citer les faits suivants.

Si nous ne poussons pas tout à fait aussi loin que précédemment la rigueur expérimentale, et si nous nous contentons seulement de soumettre le corps or-

ganisé à une chaleur qui, sans le carboniser, soit extrêmement élevée, nous voyons dans ce cas apparaître dans l'eau où on le dépose, de nombreuses légions de Proto-organismes. Nous élevons sa température de 200° à 220°. Sans doute que Ton conviendra que dans ce cas aucun germe organique n'a échappé à la destruction. Si quelques savants ont prétendu que les germes de certains oïdiums n'étaient détruits qu'à la température de 140° (1), aucun, que je sache, n'a encore avancé qu'un œuf ou qu'une séminule de plante pouvait supporter 200°.

Expérience. — Dans un ballon de verre portant à l'intérieur un thermomètre, on plaça 10 grammes de foin , et celui-ci y fut chauffé pendant une heure à une température de 200° à 210*, et même sur les bords du ballon à une plus haute température, car le végétal commençait à s'y charbonner. Ce foin, alors parfaitement sec, cassant, fut placé dans S00 grammes d'eau distillée que l'on recouvrit d'une lame de verre et que Ton mit sous une cloche. Quatre jours après, une température de 26° en moyenne ayant régné dans mon laboratoire, la macération fut examinée et on la trouva peuplée d'une abondance de cadavres de grands Vibrions, et d'une population serrée de Glaucomes scintillants (2) et de Monades lentilles (3).

(1) Payen, Chimie industrielle. Paris, p. 540.

(2) Synonymie: Ouates, Jobelot, Observations micrographiques. Pari?, 175 1, — Cyrlidium bu lia , Muller, Inf. — Bursaria buUina, Schrank, Fauna Boica. Nuremberg, 1798, — Glaucoma scintillans, Ehrekberg, Inf. — Dujardin, Inf.

(3) Monas lens, Dujardin, Histoire des Infusoires, pl. m, f. 5, et pl. iv, f. 7.

Expérience. — Lorsqu'on met un corps putrescible dans de l'eau qui a bouilli, et que celle-ci est contenue dans un appareil parfaitement clos et qui reçoit seulement de l'air passé à travers de l'acide sulfurique ou un tube chauffé au rouge, on ne voit aucun animalcule y apparaître encore du troisième au sixième jour, tandis qu'ils fourmillent, beaucoup avant ce temps, dans les critériums exposés à l'air libre et confectionnés avec l'eau ordinaire, si la température moyenne a été d'environ 25°. Si le corps solide contenait réellement les germes des Protozoaires, ils devraient normalement se développer aussi vite dans cet appareil où l'air et l'eau en ont été seulement privés, s'ils en contenaient, mais où le corps putrescible n'a subi aucune altération notable ; et cela n'a pas lieu (1).

Le fait suivant viendrait encore à l'appui, s'il en était besoin, des expériences précitées; comme elles, il contribue à enlever au corps solide la faculté de recéler les germes.

M. Poggiale, pharmacien en chef du Val- de-Grâce, a communiqué à l'Académie de médecine le résultat de ses recherches sur une coloration du pain de munition fabriqué à la Manutention militaire de Paris, en 1856. Ce pain, qui avait été préparé avec un mélange de farine de blé dur et de farine de blé tendre d'Espagne, passa au noir bleuâtre peu de temps après son refroidissement. M. Poggiale a reconnu que ce pain contenait un nombre considérable d'animalcules

(i) Compulser l'élimination de l'air et de l'eau considérés comme véhicules.

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filiformes, cylindriques, roides, articulés et animés d'un mouvement vacillant. Ces Proto-organismes, que ce savant considère comme appartenant au genre Bacterium, avaient généralement 0œm,003 à 0mm,004 de long. Quelques-uns beaucoup plus longs pouvaient être vus à laide d'un faible grossissement. On observait en même temps d'autres animalcules microscopiques en petit nombre, assemblés par deux ou par trois. Comme on ne trouvait point de ces Infusoires dans les diverses farines employées, ni dans le biscuit préparé sans levain, M. Poggiale conclut que la formation de cette grande quantité de Baclerium était due à la fermentation panaire(l). Sans admettre la génération spontanée, comment expliquerait-on, en effet, après la cuisson dans le tissu solide du pain, la production de ces animalcules , leurs germes n'ayant pu résister à la chaleur du four ou s'introduire à l'intérieur de la pâte?

Enfin ce que rapporte Bory de Saint-Vincent, dans les lignes qui suivent, suffirait pour prouver que le corps putrescible n'est pas le réceptacle des germes, puisque deux de cescorps réunis donnent des produits qui diffèrent de celui qu'offre chacun d'eux en particulier, a Que l'on choisisse, dit ce naturaliste, pour « faire l'expérience, une plante propre au Canada, « par exemple ; qu'après l'avoir soumise à l'expérience « et quand elle a produit des animalcules on en mêle « l'infusion avec celle d'un végétal de l'Inde ou de la « Nouvelle-Hollande, et qu'il en résulte, comme la

(1) Pogcialb, Bulletin de V Académie de médecine, «856, t. XXI, p. 875, et Journal VAmi des sciences, 1850, n. 29.

« chose ne manquera pas d'arriver, quelque lofusoire « qui ne se trouvait ni dans l'un ni dans l'autre de « ces deux liquides, n'aura-t-on pas opéré une véri- « table création , un être que la nature n'avait pas « arrêté dans son plan primitif (1)? » Cela est positif et la nature ici ne déroge pas sans doute à ses sublimes harmonies ; seulement par l'étroitesse de nos conceptions nous avons méconnu l'extension de ses lois.

SECTION II. — ÉUMIPiÀTION DE L'EAU, CONSIDÉRÉE COMME VÉHICULE

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