‹ Hétérogénie: ou traité de la génération spontanéeChapitre 18 sur 56 · SECTION III. — DE L'AIR · texte numérisé non relu

SECTION III. — DE L'AIR

11 est à peine besoin de dire que l'air est indispensable à la production des Microzoaires, l'atmosphère, selon l'expression d'un illustre chimiste, renfermant les matières premières de toute l'organisation (3). Une expérience de Wrisberg suffirait, s'il en était besoin , pour le démontrer. En couvrant ses infusions d'une couche d'huile d'olive, d'une ligne d'épaisseur , jamais il ne vit d'animaux apparaître ;

(1) Fray, Essai sur l'origine des corps organisés et inorganisés. Paris, 1817.

(2) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1831, t. I, p. 21.

(3) Dumas, Essai de statique chimique des êtres organisés. Paris, 1842, p. 10.

tandis que s'il ne mettait à la surface du liquide que quelques gouttelettes d'huile, dans les intervalles desquelles celui-ci se trouvait en contact avec l'atmosphère, on voyait des Protozoaires s'y former (1). D'un autre côté, Spallanzani affirme, ce qui à priori semble n'être pas douteux, que dans le vide de la machine pneumatique, aucun animalcule ne se produit (2). Gruithuisen est venu aussi, par ses expériences, apporter une nouvelle preuve de l'indispensable nécessité de l'air pour la production des Protozoaires. En renfermant une infusion produisant ordinairement d'abondants animalcules, dans des flacons bouchés à l'émeri, et dont le bouchon touchant au liquide entravait la présence de l'air, jamais il ne vit de Microzoaires apparaître (3).

L'air est tellement indispensable à la vie des Microzoaires que si sa masse n'est pas suffisante, lorsqu'on opère à vaisseaux clos, on n'en voit aucun apparaître. Lorsque dans ceux-ci son volume est trop restreint, on observe même que jamais il ne s'y développe que des animalcules de l'ordre le plus infime (4). Ceux-ci y meurent même rapidement, de façon que lorsqu'on ouvre les vases, on n'y trouve plus que leurs vestiges. Spallanzani avait déjà signalé l'influence léthifère qu'exercent sur les animal-

(1) Wrisberg, Observationum de animalculis infusoriis Natura, etc. Goltingue, 1765, p. 82.

(2) Spallàkzam. Observations et expériences sur les animalcules, p. 140.

(3) Gruithuisen. — Gehler, Journal /tir die Chemie und Physik, t. VIII, p. 523.

(4) Monas, vibrio, bacterium, etc.

cules microscopiques les vases fermés hermétiquement (1). Mais il ne nous paraît point en avoir pénétré la cause réelle, qui, selon nous, est peut-être la stagnation à la surface de l'eau de l'acide carbonique et des gaz méphitiques produits par la fermentation putride.

Voici quelques expériences propres à élucider ce sujet.

Expérience. — Ayant pris un flacon d'un litre de capacité, bouchant à l'émeri, on y mit un demi-litre d'eau de citerne, passée au filtre, et 5 grammes de foin. Ce flacon qui contenait en conséquence un demi -litre d'air, après avoir été bouché hermétiquement fut laissé quarante six-jours dans mon laboratoire, en été, à une température moyenne de 23 degrés. Après ce laps de temps l'eau était d'une teinte légèrement citrine, limpide, sans dépôt au fond et sans pellicule à sa surface. Cette eau ne contenait aucun animalcule ni aucune autre production organisée ; de place en place seulement de rares granules, soit globuleux, soit allongés, sont animés d'un mouvement brownien; mais ces granules, qui pourraient en imposer à des observateurs inattentifs, examinés aux plus forts grossissements, ne sont ni des Monades ni des Vibrions. L'air qui se trouve dans le vase a contracté une grande fétidité et son odeur rappelle celle de l'hydrogène sulfuré.

Expérience. — Quatre flacons d'un litre de capacité, bouchant à l'éraeri, ont été remplis aux deux

(1) Spallakzam, Opuscules de physique animale et végétale. Paris, 1787, 1. 11, p. 199.

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tiers d'eau ; on a ensuite introduit dans chacun d'eux

10 grammes de foin, lié en une petite botte; puis ils ont été bouchés hermétiquement, contenant, par conséquent au-dessus de Peau, un tiers de litre d'air atmosphérique. La température moyenne a été de 22 degrés pendant le cours de cette expérience.

Le deuxième jour, le premier de ces flacons a été observé. La macération était d'une teinte fauve, trouble; sa superficie était couverte d'un peu d'écume, mais il n'existait encore aucune pseudo-membrane. La macération contenait alors une immense quantité de Vibrions de grande et de petite dimension, Vibrio tremulans , Vibrio levis. Tous étaient morts; seulement le réseau formé par leurs débris était parcouru déplace en place par quelques Monas lens,Du).

Le quatrième jour, le second flacon a été ouvert; sa surface était écumeuse et sans pellicule apparente.

11 n'y existait absolument que des corps morts du Bacterium triloculare, Ehr. assez espacés, et quelques rares Monas lens en mouvement; souvent même on n'en rencontrait pas un seul dans le champ du microscope.

Le troisième flacon, ouvert le septième jour, ne présente à sa surface que de rares bulles gazeuses. Son liquide est jaune fauve, un peu nébuleux. La pellicule à peine formée se compose de cadavres de Monas crepusculum; dans la liqueur rien autre chose que quelques-uns de ses monas morts et flottants, et quelques Bacterium triloculare également sans mouvement. Vie absolument nulle. Le premier flacon, resté ouvert depuis cinq jours, est rempli au con-

traire d'une abondance de Glaucoma scintillans Duj. et de Kolpoda cucullus, Mull. etc.

Le dix-huitième jour on ouvrit le quatrième flacon; la macération était de couleur citrine, légèrement nébuleuse; à sa surface existait une pellicule extrêmement mince, formée de cadavres de BacteriumlermOj maison ne rencontrait aucun animalcule vivant dans la macération.

Expérience. — Deux flacons à large ouverture reçoivent un litre d'eau, 10 grammes de foin et contiennent en outre un demi-litre d'air.

L'un de ces flacons, dont l'ouverture est abritée d'une simple cloche en verre, est examiné le quatrième jour, une température moyenne de 23 degrés ayant régné pendant la durée de l'expérience; il offre alors à sa surface une pellicule cassante, peu épaisse, peuplée de Monas lens, de Bacterium termo, de Vibrio undulta, de Vibrio levis, de Vibrio granifer Kerona lepus et de vivants.

Le même jour on débouche l'autre flacon qui a été au contraire hermétiquement fermé. Il n'existe aucune pellicule à sa surface, ni aucune bulle gazeuse; son liquide est d'un jaune pâle, peu nébuleux. Les gaz contenus dans l'intérieur sont fétides. La macération n'offre absolument aucun animalcule vivant.

Expérience. — Un flacon ayant un litre de contenance est à moitié rempli d'eau de citerne, et on y introduit 5 grammes de foin. Ce flacon, bouchant à Témeri, est fermé hermétiquement, ayant par conséquent un demi-litre d'air dans son intérieur.

Après quatre jours écoulés, par une température de 25 degrés en moyenne, on ne rencontre dans ce flacon que des Monades et de très-petits Vibrions. Aucun Vibrion gigantesque, aucun Vibrion granifère, et aucun autre animal plus élevé, tandis que dans vingt expériences commencées à la même époque et dans lesquelles l'air est en contact avec Peau, déjà depuis deux jours, l'époque des grands Vibrions est passée et l'on découvre des Kolpodes, des Glaucomes et des Kérones.

11 est à noter aussi que dans celte expérience, comme dans toutes celles qui sont analogues, le foin s'était mieux conservé que lorsqu'on expérimentait au contact de l'atmosphère, comme si l'absence d'une quantité suffisante d'air arrêtait le mouvement putrescible.

Ainsi donc ces diverses expériences concernant ce qui se passe dans les vaisseaux clos, prouvent plusieurs choses : 1° que la stagnation de l'air peut anéantir absolument la production des Proto-organismes; 2° que s'il n'y a pas une complète absence de ceux-ci, leur développement est considérablement entravé : qu'ils sont moins nombreux et constamment d'une organisation moins élevée; 3° que l'atmosphère ne contient pas normalement les germes des organismes, puisque le demi-litre d'air compris dans le flacon n'en dépose parfois pas un seul dans l'eau et n'en dépose jamais d'un ordre élevé; tandis que dans des expériences où l'eau est en contact avec un bien moindre volume d'air, mais dans lesquelles les gaz produits par la décomposition putride peuvent s é-

cbapper en liberté, on voit s'engendrer des myriades d'animalcules de toute espèce.

Cependant , si l'air pur est indispensable à la vie des Microzoaires, on peut ajouter qu'il ne leur en faut qu'une quantité infiniment petite, car on les voit prolonger longtemps leur existence dans le vide de la machine pneumatique. Malgré la délicatesse de leur organisation, ils supportent même mieux son influence que certains animaux immensément plus robustes, qui, tels que les poissons et les grenouilles, sont bien plus rapidement tués qu'eux par la raréfaction de l'air»

Expérience. — Un vase rempli de Kolpodes, de Kérones et de Vibrions est placé sous le récipient d'une machine pneumatique. On fait le vide, sans en constater l'intensité, et on laisse ces animaux pendant une nuit sous son influence. Le lendemain tous ceuxci étaient parfaitement vivants. La raréfaction de l'air ne peut donc pas influencer la vie des Microzoaires, quand elle n'est pas portée à un trop haut degré.

Expérience. — Le vide, même assez intense, ne semble pas non plus nuire aux animalcules. Une macération de Dahlia qui contenait une nombreuse population de Kérones, fut exposée sous la cloche d'une machine pneumatique et l'an fit le vide. Bientôt le liquide bouillonna avec beaucoup de force et l'on obtint le vide à deux centimètres. Ad bout de deux jours, par une température de 25 degrés, Ton examina l'appareil, et tous les Kérones étaient parfaitement portants et semblaient avoir grossi.

POKUT. il

Digitiz&d

UÊTKROGÉNIE.

Expérience. — Une coupe contenant une macération remplie de Kolpodes et de Vibrions est exposée sous la machine pneumatique ; à côté d'elle, dans un vase pareil, on place un petit Cyprin doré, de 6 centimètres de longueur. On fait le vide, et au bout de deux minutes l'eau de l'infusion bouillonne fortement et se couvre d'écume ; après cinq minutes le Cyprin vient à la surface de l'eau et reste sans mouvement. Le vide est fait à 1 centimètre. Après dix minutes le Cyprin expire ; et après vingt minutes on rend l'air au récipient et l'on observe la macération. Le microscope fait reconnaître que tous les Kolpodes et les Vibrions sont vivants, comme auparavant. Ainsi donc pour tuer ces animaux, il faut une plus puissante action que celle qui tue un poisson.

Dans les belles expériences en treprises par Messieurs V. Regnaultet J. Reiset,les animaux que l'on plaçait (lansdesappareilsoùleurrespirationn'étaitentretenue qu'à l'aide d'un air factice, y ont resté trois ou quatre jours sans en éprouver aucun malaise apparent (1). Nous avons vu aussi que les Microzoaires pouvaient vivre pendant un temps assez long dans un mélange de gaz azote et de gaz oxygène, exécuté dans les proportions rigoureuses pour constituer de l'air artificiel.

Selon Fray, l'air atmosphérique ne serait pas indispensable au développement des Microzoaires, et l'on pourrait le remplacer par divers autres gaz sans qu'il soit entravé. Ce savant dit avoir vu de nombreux Infusoires s'engendrer dans de l'eau qui était en con-

(I) Regnault et J. Reiset, Recherches chimiques sur la respiration des animaux des diverses classes. Paris, 4849, p. 24.

tact avec de l'hydrogène ou de l'azote (1). Burdach assure avoir répété ces expériences et avoir obtenu les mêmes résultats (2).

Déjà Humboldt avait fait pressentir qu'il était trèsdouteux qu'un animal pût vivre dans l'azote pur (3). Pour nous, à diverses reprises, nous avons répété les expériences de Fray et de Burdach, et, comme semblaient à l'avance nous l'indiquer les notions physiologiques, nous avons obtenu des résultats absolument opposés à ceux que mentionnent ces deux savants (4). On conçoit cependant que s'ils ont opéré en employant de l'eau qui contenait beaucoup d'air, il ait pu se faire que celui-ci suffît à la vie des Microzoaires à mesure qu'ils apparaissaient ; mais il est certain que toutes les fois que l'on fait usage d'eau qui ne contient point d'air atmosphérique, aucun animalcule ne se développe avec les gaz précités. Dans les expériences suivantes, exécutées avec toute la précision possible, nous n'avons jamais vu aucun Proto- organisme apparaître , soit dans l'eau privée d'air, soit même dans l'eau aérée, que nous avons mise en contact avec de l'azote, de l'hydrogène, ou de l'acide carbonique; l'oxygène seul, comme on pouvait s'y attendre, a offert une exception.

Expériences avec l'eau aérée. — Ayant mis 10 grammes de foin dans un demi-litre d'eau filtrée

(1) Fray, Essai sur V origine des corps organisés et inorganisés. Paris, 1821, p. 5-8.

(2) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. I, p. 19.

(3) Humboldt, Tableaux de la nature. Paris, 1828, t. Il, p. 89.

(4) Humboldt et Provençal, Sur la respiration des poissons.— Recueil d'observations zoologiques, t. II, p. 194.

180 HÈTÊROGÉMB.

en contact avec i décimètre cube d oxygène, au bout de vingt-cinq jours, la température moyenne ayant clé de \8 degrés, la macération offrait une pellicule mince, et Ton reconnut au microscope que la surface du liquide était animée par une grande quantité de Monas termo, Mull. et de Vibrions, Vibrio lineola , Mull. Vibrio tremulattSy Ehr. Vibrio spirillum, Mull.

Une pareille macération de foin, dans les mêmes circonstances, mise en contact avec de Tazote, ne présentait à sa surface aucune pellicule, ni aucun Microzoaire.

En contact avec l'acide carbonique, une même macération ne m'a offert aucune pellicule à sa surface et aucun organisme.

Enfin, un flacon de la même macération , mais élant en partie rempli d'hydrogène et qu'on n'examina que deux mois et demi après, n'offrait à sa surface aucune pellicule , aucune bulle gazeuse cl ne contenait pas le moindre vestige d'animalcules.

Expériences avec de l'eau privée d'air. — Ayant rempli d'eau bouillante un flacon d'un litre de capacité, eX l'ayant renversé et bouché hermétiquement sous une cuve à mercure, lorsque l'eau fut refroidie, on introduisit dans celui-ci un demi-litre de gaz azote, et 10 grammes de foin, ayant subi quinze minutes l'action d'une étuve à la température de HO degrés. Ce foin fut introduit avec les plus grandes précautions possibles , afin d'éviter la moindre introduction d'air. Ensuite le flacon fut bouché à l'émeri, et pour plus d'exactitude on recouvrit le

DE L'AIR. 18 i

contour du bouchon d'un enduit de vernis au copal mêlé à du vermillon. Six jours après, la température ayant été en moyenne de 19 degrés, l'eau n'offrait aucune pellicule. Alors , ce flacon ayant été ouvert et examiné attentivement, on n'y découvrit aucune trace d'animalcules, ni de végétaux rudimentaires.

Expérience. — En prenant les mêmes précautions que dans l'expérience qui précède, et en employant de l'hydrogène, au bout de douze jours, la macération était d'un jaune citrin, limpide, et ne présentait à sa surface aucune bulle de gaz et aucune pellicule. Cette macération examinée au microscope n'offrit pas la moindre trace d'organismes vivants ou morts.

Expérience. — De l'acide carbonique nous a donné un résultat absolument négatif. Après douze jours, l'eau colorée en fauve clair, était diaphane , sans pellicule et sans bulles à sa surface. Le microscope n'y fit découvrir aucune trace d'organisation. On s'assura à l'ouverture que le gaz était resté intact.

Expérience. — De l'oxygène , au contraire, après un moindre temps, huit jours seulement, ainsi que nous le reverrons9 en son lieu, avait permis à de fortes touffes d'une espèce d'Aspergillus de se développer dans l'eau dont il baignait la superficie (1).

Mais outre son indispensable nécessité comme

(i) Voyez le chapitre de l'élimination de l'air, considéré comme véhicule des germes, où cette expérience et son résultat sont décrits avec les détails qu'ils comportent.

fluide respiratoire , quelques physiologistes considèrent encore l'air comme le véhicule des germes des Microzoaires. Pour eux il en est absolument saturé et les dissémine dans tous les endroits où il pénètre (1). Nous prouverons plus loin, à l'aide d'expériences de précision, que l'atmosphère ne possède nullement la vertu qu'on lui suppose, et que les faits qui suivent suffiraient seuls pour lui faire contester.

Expérience. — Quatre vases en verre, à large ouverture, ont été remplis chacun avec 300 grammes d'eau de source, filtrée. Dans le premier de ces vases on mit 10 grammes de foin ; dans le second, on en mit 5 grammes; dans le troisième, 2 grammes et 5 décigrammes; enfin, dans le quatrième, seulement 1 gramme 25 centigrammes. Ce foin était parfaitement homogène ; les brins en avaient été finement hachés et mêlés ensemble, pour qu'on ne pût pas arguer que certaines de ses parties pouvaient recéler plus de germes que d'autres.

Après vingt jours d'expérimentation, à une température moyenne de 19 degrés, à une pression de 0,756, et après que durant ce laps de temps on eut plusieurs fois constaté que les Protozoaires abondaient d'autant plus dans les macérations que l'on observait les vases qui contenaient le plus de foin, on s'aperçut que le troisième vase, en vingtquatre heures seulement , s'était rempli sur toute sa superficie, d'une quantité considérable de matière

(1J Spallanzam, Opuscules de physiqueanimale et végétale. Paris, 1787, t. I, p. 295.

DE l'air. 4 83

verte de^Priestley, qui donnait une teinte d'un vert foncé ou liquide dans une épaisseur de 4 centimètres. La surface de ce liquide était occupée par de très-grosses bulles de gaz, dont quelques-unes pouvaient avoir un centimètre cube de capacité. Ce gaz, ayant été examiné, fut reconnu être de l'oxygène. La matière verte était formée de petits grains verts ovoïdes, très-allongés.

Chacun des vases, dans cette expérience, avait été placé sous une cloche particulière, et les quatre cloches étaient groupées sur la même table, et cependant dans aucun des autres vases rien de semblable ne s'observait.

Dans l'hypothèse vulgairement admise de la dissémination aérienne des germes, comment expliquerait-on ce qui se présenta ici? Pourquoi donc, lorsqu'il existe dans les autres vases des macérations analogues, est-ce cependant dans un seul de ceux-ci que Ton voit, tout à coup, se produire cette grande abondance de matière verte, et ces bulles d'oxygène qu'elle engendre? Si les vases étaient restés à découvert, on pourrait, on ne craindrait pas de dire, pour m'exprimer plus exactement, qu'une étroite veine d'air chargée de corps reproducteurs imperceptibles, s'est promenée sur l'un des vases sans s'étendre sur les autres ! mais chaque vase était sous une cloche, et si un effort de pression atmosphérique , une aspiration^ rempli un vase de séminulesde matière verte, il a dû remplir aussi les autres de la même manière, et c'est ce qui ne s'observait pas. On ne pourrait pas arguer que les autres vases contenaient des macéra-

184 HKTÉHOGÉME.

tions impropres au développement de la matière verte, puisqu'ils étaient remplis d'une infusion de la même substance.

On peut donc dire, selon nous, que si cette matière verte est tellement abondante dans le troisième vase, et si elle manque absolument dans les autres, c'est que ce vase possédait seulement et fortuitement l'aptitude à la production de cette matière. Tandis que si les germes de ce corps organisé avaient été transmis du dehors, ils se fussent à la fois introduits dans tous les bocaux, et en égale abondance; car tous étaient évidemment aptes à les laisser se développer s'ils s'y étaient introduits, et si la matière verte ne se formait pas de toutes pièces là où on l'observe.

Nous avons déjà reconnu que la production des Proto-organismes dépendait de la nature des substances qu'on employait, et des influences concomitantes.

On se souvient que les os d'un crâne d'Égyptien ancien, nous ont donné des produits tout à fait différents de ceux d'un crâne de Mérovingien. Dans des expériences subséquentes, nous avons rempli un vase d'une quantité d'eau déterminée, et nous avons mis macérer dans celle-ci des fragments d'un tibia, que nous avions rapporté des hypogées de Thèbes. Dans un autre vase , on mit une égale quantité d'eau et des fragments d'os qui appartenaient à la jambe d'un Mérovingien du sixième siècle.

Ces deux vases furent placés dans mon laboratoire, à côté l'un de l'autre, et ils furent observés huit jours après le commencement de l'expérience. Celleci avait lieu au mois de juin.

Ainsi que dans les expériences précédentes, les Protozoaires qui existaient dans chaque vase, étaient absolument différents.

Après (n'être bien assuré de ce fait, je mis mes deux vases en contact sous une même cloche, afin qu'ils se trouvassent sous les mêmes influences. Je les abandonnai ainsi pendant un mois l'un à côté de l'autre, la température ayant été en moyenne de 22°. Examinés attentivement alors, on reconnut que l'eau avait considérablement diminué danscesdeux vases, et c'était à peine s'il en restait le tiers de la quantité qu'on y avait mise. Le liquide de l'un et de l'autre vase avait contracté, dans les derniers temps, une couleur verte très-intense, mais dont la teinte était fortdifférente dans chacun d'eux ; le vert de la macération des os de l'Égyptien était d'un beau vert pur, transparent; la teinte verte du tibia de Mérovingien, qui s'était déclarée beaucoup après , était moins translucide, plus foncé et d'un vert bleu. Il était évident, à priori, que dans cette seconde phase de l'expérience, on allait encore, après deux mois, comme après huit jours, rencontrer des produits absolument différents. C'est ce qui eut lieu :

La macération d'os d'Egyptien était peuplée, à sa surface, d'une abondance de Vorticelles et d'Épistylis, et sur le fond on rencontrait une épaisse couche de Globuline très-fine, et dont tous les grains verts étaient séparés. Leur diamètre était de 0,0028 millimètre. Il n'existait dans cette macération aucune Paramécie, aucun Vibrion, aucun Bacillaire, aucun e Arthrodiée.

HETEROGKNIE.

La macération d'os de Mérovingien, au contraire, était remplie de Paramécies, de globules d'un beau vert remplis de granules; ces globules, tout à fait différents de la globuline de la macération précédente, offraient de 0,0095 à 0,0119 de millimètre de diamètre. Le fond de cette macération était encombré d'une Arthrodiée, dont beaucoup de compartiments étaient isolés; on y rencontrait aussi de nombreux Vibrions et des Bacillaires. Il n'y existait aucun Épistylis, ni aucun grain de globuline.

Comment donc les partisans de la panspermie aérienne, et c'est le dernier refuge dô nos antagonistes, expliqueraient-ils pourquoi deux macérations presque absolument identiques, et qui par cela même pourraient nourrir les mêmes êtres, si elles les recevaient en même temps, offraient-elles cependant deux faunes absolument différentes ? Dira-t-on que la nappe d'atmosphère qui a labouré l'une d'elles était différente de celle qui baignait l'autre? ce n'est pas soutenable, quand le contact a été continuel. Mais bien plus, les deux vases ont été rapprochés sous la même cloche, les deux tiers de leur eau se sont vaporisés, et une partie de leur population animée a été mise à nu, desséchée sur leurs parois. Si c'est l'air qui transporte les germes avec cette immense facilité qu'on lui prête, les deux vases en expérimentation devaient nécessairement mélanger leurs progénitures diverses : la dessiccation d'une partie de celles-ci favorisait elle-même le transport; l'air pouvait s'emparer d'une multitude de germes, les vases se touchaient, toute la population de l'un d'eux pouvait et

devait envahir l'autre. Et, cependant, on peut dire que pas un germe n'a été déplacé par l'atmosphère; pas un, parce que ce n'est pas lui qui est chargé de ce rôle, et que les générations se forment spontanément, et dépendent de la nature intime des substances sur lesquelles on expérimente, et de l'influence des agenls extérieurs!...

Outre les agents fondamentaux de toute procréation, il existe encore certaines forces physiques générales, qui réagissent sur celle-ci avec une variable intensité. Tantôt elles lui sont absolument indispensables, et tantôt leur influence est plus ou moins accessoire. On peut citer principalement la chaleur, la lumière et l'électricité.

M. Gros admet aussi cette influence des agents extérieurs sur la nature des Proto-organismes. Il a raison de dire qu'un fait qui se présente fort souvent, c'est que les mêmes formes Polygastriques ou Systolidiennes, suivant la saison, la quantité d'eau, de lumière, de chaleur, etc., peuvent présenter d'autres phases évolutives, et donner naissance à d'autres produits (1). Gruithuisen avait depuis un certain temps soutenu à peu près la même thèse, en prétendant que dansplusde mille'expériences, il n'avait jamais trouvé cesanimaux parfaitement semblables(2). Nos observât ions, répétées depuis tant d'années, nous

(1) Gros , Bulletin de la Société impériale des naturalistes de Moscou, 1854, n» 3, p. 27».

(2) GruitbuiïKN, Oryanozoonomie. Munich, 1821, p. 164.

ont absolument conduit aux mêmes conclusions que ces savants. Adanson disait, en parlant des végétaux, que l'espèce est un champ dans lequel chacun peut errer en liberté (1); nous pouvons assurer que cette maxime est on ne peut plus applicable à la généralité des Microzoaires.

La chaleur est non-seulement le plus énergique des agents qui contribuent au développement des Protozoaires, mais on peut même dire qu'elle lui est tout à fait indispensable. En effet, nous n'avons jamais vu aucun animalcule se produire, lorsque la température était au-dessous de -f 5° cent.

Dans le chapitre remarquable sur les générations spontanées, qui se trouve dans sa philosophie zoologique, Lamarck a fait ressortir toute l'importance de cet agent à l'égard des créations primaires. Selon lui, la chaleur, à laquelle il donne le nom de mère de toutes les générations, d'âme matérielle des corps vivants, esi le moteur principal qu'emploie la nature, pour tirer des substances inertes les premières ébauches de l'organisation; et il compare son action, qu'il appelle un acte de vitalisation, à la fécondation sexuelle (2).

Spallanzani s'était contenté de dire que la température requise pour la production des Infusoires, était simplement celle qui suffisait au mouvement fermentescible des substances soumises à Fexpé-

(1) Adassos, Famille des plantes. Paris, 1763, préface, p. 153el suiv.

(2) Lamabck, Philosophie zooloyique. Paris, 1807, t. Il, p. 82.

rience (1). Il aurait dû préciser plus exactement l'action de cet important agent. Dans nos expériences, nous avons généralement reconnu que, plus ia température était élevée, plus la production des Infusoires était rapide et abondante. Des macérations qui étaient sous l'influence d'une température de + 12 degrés centig., ont mis souvent huit à dix jours pour nous fournir desKolpodes adultes et trèsdisséminés; tandis que sous une température de -f 26 degrés, nous en obtenions en quatre jours de nombreuses légions, parfaitement développées.

Selon nous, l'action du calorique influe non-seulement d'une manière manifeste sur l'abondance avec laquelle apparaissent et se développent les Microzoaires, mais il est certain aussi que le degré d'activité qu'il suscite dans les phénomènes de décomposition putride, réagit sur les organismes qui en sont le produit; il en augmente ou en diminue le perfectionnement, de manière que sous une température opposée, avec le même corps, on obtient des espèces différentes. Ainsi, si une même substance est mise à macérer à une température de 1 0 à 1 2 degrés et à celle de 25 à 28 degrés, souvent, dans les deux cas, elle produira des Protozoaires d'une espèce particulière. Nos expériences nous ont mis à même de vérifier cela cent fois. Nous en citerons seulement quelques-unes.

ExpÉRiENCB, — Vers les premiers jours de septembre, par une température de 22 degrés en moyenne, une macération de 25 grammes A' Aster

(l) Spallakzanj, Opuscules de physique animale et végétale, t. I.

190 IÎÉTÉROGÉN1E.

chinensis dans un litre d'eau, au bout de huit jours, est remplie d'une immense quantité d'une petite espèce de Kolpodes, très-grèles, n'ayant jamais plus de 15 divisions micrométriques de longueur et 4 de diamètre. Ces animalcules observés pendant quinze jours n'augmentèrent pas de taille, et, pressés les uns sur les autres, ne parurent pas non plus augmenter en nombre. C'est pour moi une espèce que je ne trouve décrite nulle part.

Une macération de la même plante exécutée dans les mêmes proportions, durant les premiers jours d'octobre, mais par une température moyenne de 12 degrés, au bout d'un nombre égal de jours, offrait une espèce de Kolpodes absolument différente de celle qui avait été observée dans la macération précédente; elle était ovoïde et présentait une longueur presque double, 25 à 30 divisions micrométriques.

Expérience. — En septembre, par une température de 26 degrés en moyenne, après vingt-quatre heures, et à la pression de 0,75, une macération d'Aster chinensis et une macération de lin sont peuplées d'une immense quantité de Monas crepusculum, de Vibrio granifer et de Vibrio levis, doués de mouvements fort énergiques.

La température s'étant abaissée subitement à + 12 degrés en moyenne, deux macérations des mêmes plantes ayant été faites dans les mêmes proportions et examinées après le même laps de temps, on n:y rencontre absolument qu'une espèce de Bactérium, le Bacterium triloculare Ehr. On n'y trouve

aucun vestige ni de Monade, ni de Vibrion granifèrc, ni de Vibrion lisse. La même expérience répétée avec d'autres végétaux a donné des résultats analogues.

Expérience. — Une macération de 10 grammes de foin sur 250 grammes d'eau, durant huit jours, sous une température moyenne de 12 degrés, ne m'a jamais donné, dans les premiersjours du mois de mai, que des Monas len$> Duj.et des Vibrions. Tandis que la même macération, dans les derniers jours du même mois, mais sous l'influence d'une température beaucoup plus élevée, en moyenne 24 degrés, me donnait, dans le même espace de temps, une immense abondance de Vorticelles.

D'après Gruithuisen, la température ne doit pas dépasser 80 à 96 degrés du thermomètre de Fahrenheit (1). Je partage cette opinion, ayant vu que rien ne se produisait dans mes vases quand, pendant l'été, je les exposais à une chaleur trop élevée.

Mais si les animalcules ne s'engendrent point lorsque l'atmosphère est trop chaude ou trop froide, quand une fois ils sont formés ils supportent d'assez extrêmes températures. Spallanzani avait déjà reconnu ce que nous avançons; mais ses expériences sur ce sujet manquent de précision; ce savant ne donnant aucune indication sur les espèces qu'il a employées, nous avons cru devoir répéter ses essais (2).

(1) Gruitbuisem, Beitràge zut Physiognosie,?. 298. — Idées sur la physiognosie.

(2) Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale. Parte, 1787, t. I, p. 76.

i 92 HÉTÉROGÉME.

Nous avons vu que des animalcules qui vivaient dans une eau dont la température était de 22 degrés, s'étant, en peu de minutes, trouvés dans un liquide qui était descendu à 0, ne parurent nullement s'apercevoir de ce brusque changement. On peut dire que tous les animalcules supportent la température de la glace fondante. Il en est même, dans les régions polaires, pour lesquels celle-ci est l'état normal; et tel est aussi lecas des animalcules que nous avons vus colorer en un beau rouge la neige des Hautes-Alpes.

0. F. Muller prétend que certains animalcules peuvent se ranimer après avoir été totalement gelés dans leurs infusions. « Quœdam sic ammalia infusoria rigorem frigoris suslinenl, aquàque gelusolutd, eodem numéro vigoreque pristino circumnatant ; alia gelu enecta periere (1). » Spallanzani soutient, au contraire, que les animalcules ne survivent jamais à la congélation (2).

Les assertions de ces deux naturalistes étant contradictoires, j'ai dû entreprendre quelques expériences pour me fixer à cet égard ; et j'ai reconnu que c'était O.-F. Muller qui avait le mieux observé les faits. En faisant congeler de l'eau dans laquelle il y avait des Infusoires de diverses espèces, j'aivu que toutes les fois qu'il restait dans la glace quelques petits interstices liquides, quoique toute la masse parût solidifiée, dans ce cas, tous les animalcules

(1) 0. F. Muller, Atiitnaliutn infusoriorum succincta historia. Leipzig, 1773-1774.

(2) Spallanzani, Opuscules de physique animale et végétale. Pavie, 1787, 1. 1, p. 77.

résislaient à l'épreuve, et, après la fonte de la glace, semblaient aussi vivants que précédemment. Mais si dans l'expérience le mélange frigorifique agit avec assez d'intensité pour congeler totalement le liquide, alors toutes les grosses espèces périssent, tels que les Dileptes, les Glaucomes, lesKolpodes, etc., et Ton retrouve leurs cadavres inanimés; mais les petites, au contraire, tels que les Monades, les Vibrions, les Bactériums, échappent en grande partie à l'action destructive de la congélation.

Expériencb. — Nous avons entouré d'un mélange frigorifique des vases qui contenaient plusieurs espèces d'animalcules. Bientôt le liquide a été totalement pris en glace, et le thermomètre placé au milieu était descendu à — 2°. Une heure après, ces vases ont été extraits du mélange et se sont peu à peu dégelés. Tous les grands animalcules qu'ils contenaient étaient morts, et Ton distinguait parfaitement leurs cadavres flottant çà et là. Voici la liste des espèces que nous avons vu périr dans cette expérience : Kolpoda cucullus, Glaucoma scintillans, Dileplusfolium,Vibriogr am fer \Pouch. , Vibrio levis, Pouch.

Expérience. — Une éprouvette contenant de l'eau dans laquelle vivent des Kolpoda cucul lus, des Glaucoma scintillans, des Monas lens, des Vibrio tremulans, des Bacterium iriloculare, etc., est placée dans un vase et entourée de glace fondante. Un thermomètre placé dans l'eau contenant ces Microzoaires, en dix minutes, s'abaisse de vingt-quatre degrés et tombe à 0. Les animalcules ne paraissent nulle-

POOCBST. t 0

19* BÈTÊR0GÉN1E.

ment en être affectés, et tous sont aussi vifs que précédemment.

Expérience. — Une autre éprouvette, contenant les mêmes animalcules, est entourée d'un mélange de sel et de glace pilée. Un thermomètre placé dans Peau qu'elle contient, s'abaisse rapidement à un degré au-dessous de zéro. On laisse cette éprouvette une heure dans le mélange frigorifique, et quand on la retire, le liquide semble être totalement congelé, et le thermomètre se trouve solidement fixé au milieu de lui. On fit dégeler lentement la glace, et quand l'eau fut revenue à l'état liquide, on l'observa et on la trouva peuplée exactement comme auparavant. Ses Kolpodes, ses Glaucomes, ses Monas, ses Vibrions, ses Bactériums, etc., nageaient au milieu d elle sans paraître avoir été le moindrement affectés par l'épreuve qu'ils venaient de subir. Nous attribuons ce résultat à ce que sans doute il aura resté au milieu de la glace quelque espace non congelé où les animalcules se sont réfugiés ; car pas un seul ne semble avoir péri, puisque l'on rencontre pas un seul de leurs cadavres. L'expérience qui suit confirme ce que nous avançons.

Expérience. — Une éprouvette, contenant de l'eau où vivent des Kolpodes, des Glaucomes, desDileptes, des Monades, des Vibrions et des Bacteriums,est placée dans un mélange frigorifique, et, pour plusd'efficacité, on la recouvred'une petite cloche, qui est elle-même surmontée de glace. Cette éprouvette reste une heure exposée à l'action d'un froid de — 5°, et quand on l'y soustrait, l'eau qu'elle contenait a subi la plus

absolue congélation possible. Celle-ci ayant été ramenée lentement à l'état liquide, et ensuite examinée au microscope, on reconnut que la congélation avait tué toutes les grosses espèces, les Dileptes, les Kolpodes et les Glaucomes, dont on rencontrait çà et là les cadavres, très-reconnaissables ; mais qu'au contraire beaucoup de Monas, de petits Vibrions et de Bactériums avaient échappé à cette destruction et étaient encore pleins de vie dans la liqueur.

Certains petits Vibrions supportent même, sans périr, un froid beaucoup plus intense que celui que nous venons de mentionner; une température de quinze degrés au-dessous de zéro ne les tue même pas ; mais les Monades n'y résistent point.

Expérience. — Un tube contenant de l'eau dans laquelle il y a des Kolpodes, des Dileptes, des Glaucomes, des Monades et des Vibrions, est plongé dans un mélange frigorifique énergique pendant une heure, et le thermomètre y reste pendant ce temps à — 1 5°. Le tube ayant été alors retiré de l'eau et son eau ayant été dégelée, on n'y rencoritra de vivants qu'un petit nombre de Vibrio tremulans. Tous les autres animalcules étaient morts, même les Monades.

M. Boudin prétend que la génération spontanée n'est jamais plus active qu'au printemps (1). Nous pensons que c'est une erreur et qu'elle n'est nullement influencée par la saison, mais seulement par le retour de la chaleur à cette époque. Pour nous, nous

(0 Ch. Bocdin, Traité de géographie et de statistique médicales. Paris, 4857, t. 1, p. 244.

HÉTKROGÉNIE.

avons constamment vu que c'était, au contraire, en été et en automne, qu'elle se manifestait avec une plus grande intensité, surtout pendant les journées chaudes et orageuses de ces deux saisons. Au moment où nous écrivons ces lignes, l'automne tire vers sa fin et notre laboratoire se peuple chaque jour d'aussi nombreux Protozoaires qu'il nous en naissait au printemps. Nous avons aussi obtenu des Infusoires en hiver, lorsque nous placions nos vases macératoires dans les endroils où la température était constamment au-dessus de 12 à 15° cent. Mais, dans cette circonstance, les phénomènes marchaient toujours beaucoup plus lentement.

Une lumière peu intense semble, en général, favoriser le développement des Protozoaires; aussi ne puis-je adopter l'opinion de Burdach , qui prétend que ces animalcules se produisent mieux au soleil qu'à l'ombre (1). J'ai même observé que l'insolation, pendant lesjours les plus chauds, leur nuisait, tandis que , sous des cloches noires, mes générations marchaient rapidement. Ainsi, selon nous, une température élevée, unie à la lumière diffuse, est ce qui convient le mieux à la génération spontanée, et, avec les mêmes conditions de chaleur, cet acte se produit parfaitement à l'obscurité absolue.

Les expériences de Treviranus ont mieux déterminé qu'on ne l'avait fait jusqu'alors le rôle important de la lumière dans la génération spontanée. Nous pensons avoir poussé plus loin que ce physiolo-

(1) Blrdach, Traité de physiologie. Paris, 1838, t. II, p. 28.

gistc l'étude de l'influence de cet agent sur la production des Microzoaires. A l'aide d'expériences répétées à des températures différentes, nous avons reconnu que la couleur des rayons lumineux influait énormément sur l'abondance, le développement et même sur la nature des animalcules en voie de procréation.

La lumière blanche paraît être la plus favorable au développement des Microzoaires; après elle vient le rouge, puis le violet, le bleu et enfin le vert. Il est à remarquer, cependant, que cette action des éléments de la lumière est absolument inverse lorsqu'il s'agit des Proto-organismes végétaux, ainsi que de la matière verte de Priestley, qui semble se rapprocher de ceux-ci par quelques caractères. Il résulte de nos observations que le rayon vert est pour eux le plus favorable de tous; le bleu et le violet viennent après, et ensuite la lumière blanche. Le rouge, au contraire, en entrave le développement, lui qui est si favorable à la production des animalcules.

Voici le résultat d'une de nos expériences sur l'influence des couleurs sur la production des Protoorganismes végétaux et de la matière verte.

Expéribnce. — Pour donner au liquide employé une même tendance à la production de la matière verte, nous avons employé de l'eau qui contenait déjà de cette matière, après l'avoir exactement filtrée. L'expérience a été commencée le l*r janvier, et ses résultats examinés trois mois après, le 1er mars.

Sous un vitrail vert, l'eau contient une quantité considérable de globules de matière verte, sphériques

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198 HÊTÉROGRNIE.

ou ovoïdes, paraissant dus à l'agglomération de nombreux grains simples.

Sous un vitrail bleu, on observe des globules de matière verte analogues à ceux qui viennent d'être mentionnés, seulement moins nombreux; et, outre ceux-ci, de petits granules simples de la même couleur.

Sous un vitrail violet, l'eau ne contient que peu de granules simples.

Sous un vitrail rouge, il existe à peine quelques granules verts; celui-ci étant évidemment beaucoup moins favorable que les autres au développement de ces Proto-organismes.

Enfin, sous un vitrail incolore, on trouve les mêmes produits que sous le vert, mais seulement un peu moins abondants.

Selon M. Morren, l'action de la lumière est tellement indispensable à la génésie des végétaux , que, si Ton expose une série de vases remplis d'eau à une lumière de moins en moins intense, la production de ceux-ci diminue et la simplicité de leur organisation augmente à mesure que ces vases sont de moins en moins éclairés ; et même, d'après ce naturaliste, à un certain degré d'obscurité, il ne se développe absolument rien dans le liquide mis en expérience.

La loi établie par M. Morren ne nous paraît pas fondée sur des observations positives. En répétant ses expériences, ou en en faisant d'autres a\ant j our

(i) Morren, Essais pour déterminer quelle est l'influence qu'exerce la lumière sur la manifestation et le développement des êtres organisés. (Ann. des sciences naturelles. Zoologie, 1822, t. 111.)

objet de préciser quelle est Faction de la lumière sur l'évolution des Proto-organismes, je suis parvenu à des résultats absolument opposés aux siens. On sait que quelques moisissures se plaisent mieux à l'ombre qu'à la 1 umière (l)î et il 6n est même, telles sont celles qui abondent à l'intérieur du pain qui se gâté, qui croissent dans l'obscurité la plus absolue. C'est dans des cavernes que Ton cultive le mieux les Champignons, et Humboldt a trouvé certaines Rumex dans l'obscurité des mines. Dans l'économie animale on voit môme des végétaux apparaître dans des lieux tout à fait inaccessibles à la lumière. M. Rayer a observé des productions Bissoïdes sur la plèvre d'un phthisique (2). Enfin, les expériences qui suivent achèvent de démontrer ce que nous avançons.

Expérience. — On mit un morceau de mie de pain dans un grand verre à expérience; celui-ci fut recouvert de trois cloches noires et placé dans un endroit où régnait une profonde obscurité. Huit jours après, la température de l'appartement ayant été de 21 degrés en moyenne, toute la surface de l'eau est occupée par le Pénicillium glaucum, Link(3), en fructification, entre les filaments duquel nagent en abondance des Monas lens, Duj., des Monas obfanga, Duj., et diverses espèces de Vibrions.

Expérience. — Ayant placé du lait absolument dans les mêmes circonstances, nous obtenons des résultats tout à fait analogues. Sa surface est couverte

(1) Bérard, Cours de physiologie, Paris, 1848, 1. 1, p. 89.

(2) Rayer, Journal l'Institut, 1842, n° 492.

(3) Linx, Species, 1. 1. — Synonymie : Mucor penicillatus, Bull.

de Pénicillium glaucum, Link, et (V Aspergillus glaucus, Fries (1); et en outre elle est parcourue par un grand nombre de Monasattenuata, Duj.

M. Morren prétend aussi que la lumière est indispensable à la production des Protozoaires. Il rapporte qu'ayant mis macérer des substances végétales dans deux vases dont un se trouvait absolument dérobé à l'action de la lumière, tandis que l'autre y restait exposé, il vit qu'il ne se formait aucun Infusoire dans le premier, tandis qu'ils pullulaient dans le second. Cependant M. Morren ajoute qu'en substituant des substances animales à celles que Ton avait employées, on trouva quelques Monas termo dans le vase placé dans l'obscurité, mais que celui qui, au contraire, était exposé à la lumière, contenait une foule d'animalcules d'un ordre plus élevé (2). De là le naturaliste que nous venons de citer proclame comme une loi, que l'on obtient d'autant moins de Protozoaires dans les macérations, que l'on soumet celles-ci à une obscurité de plus en plus intense.

Dans ses expériences relatives à l'influence qu'exerce la lumière sur l'apparition et le développement des Microzoaires, M. Morren aura sans doute été victime de l'une des nombreuses causes d'erreurs qui égarent parfois les physiologistes. Nous avons

(0 Fuies Systcma mycologicum, 1829, 1. 111, p. 385. —Synonymie : Mucor glacusa danica , Lin., Species; Mucor aspergillus. Bulliard, Histoire des champignons; Monilia glauca, Persoon., Synopsis methodica fungorum.

(2) Morren , Essais pour déterminer quelle est Cinfluence qu'exerce la lumière sur la manifestation et le développement des êtres organisés. (Ann. des sciences naturelles. Zoologie, vol. III.)

obtenu des résultats absolument opposés aux siens, et ce sont nos expériences qui doivent faire autorité parce que nous sommes parvenu à constater un fait positif, précis, tandis que le savant de Bruxelles n'a obtenu qu'un résultat négatif.

Expérience. — Dans nos expériences sur ce sujet, nous avons pris toutes les précautions imaginables pour qu'il régnât l'obscurité la plus absolue là où nous opérions. Dans une pièce de mon laboratoire, soustraite à la lumière à l'aide de rideaux doubles, noirs et fauves, on prit un vase à précipiter et celui-ci fut rempli d'eau et reçut 5 grammes de foin. Après l'avoir mis sur un pied, on le recouvrit d'une cloche peinte en noir. Sur celle-ci on plaça une forte feuille de papier gris ; puis enfin, le tout fut recouvert d'une seconde cloche noire dont le pied était environné d'un linge roulé, afin que le vase ne reçût pas le moindre rayon de lumière.

Le troisième jour après que cette expérience avait été commencée, on examina la macération. La température avaitélé en moyenne de 26 degrés, la pression de 0, 759. La liqueur était trouble et d'un fauve foncé; sa surface était recouverte d'une pellicule épaisse, muqueuse. On y trouva des Monades, des Bactériums, des Vibrions gigantesques et des Vibrions granifères, en quantité; enfin on y voyait aussi de nombreux Kolpoda lepus, Mull., de lOà i 2 divisions micrométriques de longueur. Nous avons diverses fois répété celte expérience avec des résultats analogues.

On voit, par l'apparition de cette nombreuse popu-

Digitizsd by

202 HÉTÉROGÉME.

lation zoologique, qu'il n'est pas possible de prétendre que l'obscurité, même l'obscurité la plus absolue, entrave la production des Microzoaires. L'expérience qui suit vient encore à l'appui de nos prétentions.

Expérience. — Dans un malras de verre, on met un litre d'eau et un morceau de pain. Ce vase est placé sous trois cloches en verre, peintes en noir en dedans, et se recouvrant les unes les autres; on en entoure le pied avec des linges, et l'appareil, ainsi disposé, est même placé dans un cabinet où règne une obscurité profonde. Après quatre jours, durant lesquels la température a été de 14 degrés en moyenne, et la pression de 0, 75, on ouvre cetle pièce et on examine le liquide. On le trouve rempli de Monas oblonga, de Monas lens et de Monas crepusculum, parfaitement vivants. Là nous avons une population moins élevée que dans l'autre expérience, ce qui dépend seulement du refroidissement de l'atmosphère.

L'observation seule suffisait même pour rendre toutes ces expériences inutiles. Ainsi que le dit de Humboldt, la vie remplit les lieux les plus cachés de la nature (1); et ne sait-on pas qu'une foule d'Entozoaires naissent et vivent dans des sites de l'organisme tout à fait inaccessibles à la lumière (2)?

Parmi les agents qui ont une remarquable influence sur l'évolution des êtres organisés, l'électricité occupe une place importante; et son action, qui est si remarquable sur le développement des animaux

(1) Humboldt, Tableaux de la nature. Paris, 1828, t. II, p. 9.

(2) Le cerveau, le foie, le canal intestinal sont habités par des . Cysticerques, des Distomes, des Ténias, etc.

élevés, ne l'est pas moins sur celui des Proto-organismes les plus infimes.

À l'égard des premiers j'ai constamment vu dans six expériences comparatives, que, sous l'influence d'un simple élément d'une pile de Bunsen, des œufs de la grenouille verte, Rana esculenta, éclosaient un jour et parfois deux plus tôt que ceux du même reptile qui se trouvaient soustraits à l'action de l'électricité. A une température moyenne de 18 degrés, les œufs que je soumettais à un faible courant électrique éclosaient au bout de neuf jours; et ceux qui ne subissaient point son influence n'éclosaient que le dixième ou le onzième jour.

Expérience. — Sous l'influence de l'électricité il est évident aussi que les Infusoires apparaissent et se développent beaucoup plus vite qu'ils ne le font normalement. Je m'en suis assuré à l'aide de plusieurs expériences. Au mois de mai, en faisant traverser par un courant électrique constant, obtenu à l'aide d'un élément de Bunsen, un vase rempli d'une macération de lin, j'ai vu, à une température moyenne de i8 degrés et sous une pression de 0,75, que des Kolpoda cucullus, Mull., y parvenaient à leur entier accroissement en six à sept jours, tandis que dans les vases placés dans des circonstances analogues mais soustraits à l'influence de la pile, pour atteindre cet état, ils mettaient neuf à dix jours.

L'influence de l'électricité atmosphérique est encore plus remarquable. Plus elle est abondante, plus j'ai reconnu que les Infusoires s'engendraient vite, surtout si l'air n'en est pas surchargé instantanément

HETËKOCiÊNIE.

par un orage, et si sa tension électrique se prolonge plusieurs jours : dans ce cas, j'ai vu une accélération de moitié dans le développement des Kolpodes. En trois jours, par une température de 25 degrés, j'obtenais deces animalcules offrant une dimension qu'ils mettaient six jours à acquérir par la même température lorsque l'air n'était pas surchargé d'électricité.

Treviranus avait fait des expériences analogues mais sur les végétaux. Il dit que sous l'influence du galvanisme on voit des Bissusse former sur des infusions qui, soustraites à son action, ne donnent que des moisissures, au moins le plus communément (1).

Quand on reconnaît celte influence si manifeste de l'électricité sur le développement non-seulement des organismes inférieurs, mais encore sur celui des êtres d'un ordre élevé , n'est-il pas permis de croire que ce fluide joue un grand rôle sur les phénomènes primaires de la vie, au moment où le premier groupement des molécules organiques va se former? MM. Coste et Delpech le lui prêtent en effet, et prétendent qu'il domine les premiers éléments générateurs (2).

11 y a une vingtaine d'années , qu un expérimentateur anglais, M. Cross, fit retentir le monde savant de faits non moins extraordinaires que ceux que Fray avait avancés. Dans des essais qu'il avait, dit-il, répétés h plusieurs reprises, en soumettant de la lave arrosée d'une solution de silice à l'action

(1) Treviranus, Biologie, t H, p. 327.

(2) Coste et Delpech, Recherches sur la génération des mammifères. Paris, «834.

d'un courant électrique, il vit bientôt se produire, à la surface de cette roche, de petits corps qui s'animèrent enfin , prirent une forme déterminée, celle d'un Acarus d'une espèce encore inconnue (l).Mais cette assertion ne nous parait pas assez sérieuse pour mériter qu'on la réfute , et nous ne l'enregistrons que comme document historique.

L'état hygrométrique de l'atmosphère a aussi une influence non douteuse sur les phénomènes de l'hétérogénie. Gruithuisen avait déjà fait remarquer que les Microzoaires apparaissent en plus grande abondance dans les temps humides et chauds, que dans ceux qui offrent une constitution opposée (2). Dans nos expériences nous avons aussi constaté ce fait et remarqué que la chaleur humide accélérait énormément l'accroissement des animalcules. Toutes les fois que nous placions, sous des cloches dont le pied était baigné d'eau, des vases dans lesquels nous voulions produire des animalcules, ceux-ci se développaient manifestement beaucoup plus vite que dans les matras exposés à l'air.

Nous avons reconnu que la génération spontanée est influencée par la température et par l'intensité et la coloration de la lumière; on doit ajouter que la naissance de certains Microzoaires est aussi influencée par l'heure de la journée. Ainsi, M. Boudin prétend que le Cercaire éphémère, Cercaria ephemera, naît constamment vers midi, et qu'avant cette

(1) Cross, Athenœum.

(2) Gruitiiuisf.s, Beitrâge zur Phtjsiognosie. — Idées sur la physiognosie.

206 HÈTÈROGÊMB.

heure, l'eau qui en fourmille n'en offre point le moindre individu; car tous ceux qui apparaissent si subitement, sont morts le lendemain matin avant le moment où il s'en reproduit une nouvelle génération (t). Six jours consécutifs d'observations ont démontré ce fait à Nitzsch. Une autre Cercaire, la Cercaria major, devance de deux heures la précédente : elle apparaît vers dix heures du matin (2).

Outre l'influence qu'ont sur les Proto-organismes les principaux agents de la nature, il en existe encore d'autres qui possèdent également sur eux une action réelle, lorsqu'ils se trouvent accidentellement soumis à leur influence. Enfin, l'on doit aussi rectifier ce que l'on a avancé d'inexact sur la manière d'agir de certains corps à leur égard.

Dans cette dernière catégorie nous devons citer le mercure dont on a considéré les émanations ou le contact, comme étant funestes aux animalcules. L'efficacité avec laquelle les sels mercuriels paralysent le développement des Proto-organismes en aura sans doute imposé, car, dans nos expériences, nous avons constamment reconnu l'innocuité des vapeurs ou du contact de ce métal à l'égard des Protozoaires et de la végétation cryptogamique.

Les vapeurs mercurielles, dans les expériences de M. Gaspard, semblent avoir agi avec plus d'intensité sur les insectes qu'elles ne l'ont fait dans les miennes

(1) Boudin, Traite de géographie et de statistique médicales. Paris, 1857. t. Il, p. 9.

(2) Nitzsch, Beitrâge zur Infusorienkund*. Halle, 1817, p. 43. — lddes sur l'histoire naturelle des infusoircs.

sur les Microzoaires. Des œufs de Mouche qui se trouvaient sur un morceau de viande, ayant été placés dans des vases contenant du mercure et sans être en contact avec le métal, ne produisirent jamais de larves, tandis qu'il en naissait de ceux qui avaient été mis dans des circonstances analogues, mais loin des émanations mercurielles (1 ) .

Expérience. — Le fait suivant suffirait seul pour démontrer ce que nous avançons :

Le 1er mai, nous avons pris un verre à expérience rempli de Kolpodes et de Vorticelle?, et nous l'avons exposé sous une cloche dont le pied était baigné de mercure. Deux jours après, la température moyenne ayant été dans l'intervalle de 20 degrés, on examina le contenu du verre et Ton y rencontra ces mêmes animaux en parfait étal. Deux jours après ce premier examen, ces Vorticelles et ces Kolpodes avaient même considérablement pullulé. Le 15 mai, toute la population animée déposée sous les cloches se portait parfaitement bien.

Ainsi donc il est évident que les vapeurs mercurielles pendant un espace de quinze jours, n'ont eu aucune influence délétère sur des Microzoaires et n'ont nullement arrêté leur procréation. Le niveau de Ja macération était à dix centimètres au-dessus de celui du mercure.

Expérience. — Cette expérience prouve encore mieux que les précédentes l'innocuité du mercure. Des Vorticelles et des Kolpodes ayant été placés sur

(1) Gaspard. Journal de physiologie expérimentale de Magendie. mi,t.J,p. 105.

208 HÉTÉROGÉME.

une couche de mercure qui était contenue dans une petite cuvette en cristal, et celle-ci ayant été ellemême mise à flot sur un bain de ce métal et recouverte dune cloche, le lendemain, quoique ayant été exposée à Faction directe du mercure et aux vapeurs qui s'en élèvent, ainsi que le prouvent les expériences de Faraday (1) et d'Alex. Colson (2), les animalcules que nous venons de citer ne parurent en avoir éprouvé aucun inconvénient. Huit jours après, ces animalcules étaient encore en parfaite santé.

L'expérience qui suit démontre même que le contact du mercure n'entrave nullement la production des Microzoaires.

Expérience. — Le fond d'une cuvette en cristal, de 30 centimètres de diamètre, a été rempli d'une couche de mercure d'un centimètre de profondeur. Au-dessus on a mis une couche d'eau de 3 centimètres d'épaisseur; dans le milieu de celle-ci on plaça une petite cuvette en cristal, qui flottait sur le métal et contenait 5 grammes de foin, afin d'empêcher celui-ci de toucher le mercure, sans cependant qu'il cessât d'être baigné par la masse du liquide en expérience; enfin, l'appareil fut recouvert d'une cloche en verre.

Après avoir abandonné cet appareil pendant huit jours, sous l'influence d'une température moyenne de 21 degrés, il fut examiné. Toute la surface de l'eau était peuplée d'une immensité de Kolpodes.

(1) Quarterly Journal of sciences and arts, 20lh novcmhor.

(2) Alex. Colson, Archives générales de médecine. Paris, 1826, t. XII, p. 70.

Ce Kolpode venu sur le mercure ne me paraît se rapprocher d'aucune espèce décrite. Il est réniforme et contient ordinairement de dix à vingt vésicules stomacales; on voit fort bien que ces vésicules ont une paroi ; elles offrent de deux à trois divisions micrométriques de diamètre et semblent remplies d'aliments qui leur donnent une teinte légèrement jaunâtre. L'animalcule est diaphane, hyalin ; le cœur, peu apparent, est très-difficile à reconnaître, à cause de la lenteur de ses contractions. La superficie du corps est grossièrement striée, granulée. Les vésicules internes sont évidemment des estomacs et non des œufs, ce que Ton pourrait croire. J'ai donné du carmin à ces animalcules et bientôt je lésai vus remplir un certain nombre de ces vésicules ; en dix minutes, dix à vingt étaient déjà gorgées.

Si réellement il était possible d'assigner un caractère positif à de tels animaux, je nommerais ce Kolpode, que je crois particulier, Kolpoda hydrargyri.

M. Morren a prétendu que l'air qui passait à travers l'acide sulfurique déterminait la mort des Microzoaires ou entravait leur production (1).

Nos expériences nous ont démontré l'inexactitude de cette assertion. Et quoiqu'elles fussent exécutées avec plus de rigueur que celles qui ont été précédemment entreprises, et que nous ayons poussé le soin jusqu'à faire traverser l'eau où vivaient les Microzoaires par l'air lavé dans l'acide, ceux-ci n'ont jamais

(I) MorreKj Expériences sur l'absorption de Vazote par les anttnalcules et les algues. (Ann. des sciences naturelles. Zoologie, 1854 1. 1, p. 339.)

POCCHIT. I Ê

210 HÉTKROGÊMR

paru en souffrir, et ils ont même multiplié dans les vases où ils se trouvaient.

Expérience. — On a pris un appareil de Woulf, composé de trois flacons à deux tubulures. Le premier de ces flacons fut rempli, aux trois quarts, d'acide sulfurique concentré. La première tubulure donne entrée à un tube effilé à la lampe à son extrémité et qui plonge au fond de l'acide. De la seconde, part un tube qui naît au-dessus du niveau de cet acide et va se rendre dans le flacon suivant. Ce second flacon a été rempli aux trois quarts d'eau et Ton a peuplé sa surface d'une immense quantité de Glaucomes, de Dileptes et de Kolpodes. Le tube qui provient du flacon d'acide sulfurique plonge au fond de l'eau, et l'autre tubulure donne issue à un tube qui naît un pouce au-dessus de l'eau et va se terminer dans le dèrnier flacon à la même hauteur. Enfin ce troisième flacon est également rempli aux trois quarts d'eau, et en outre on y met les mêmes animal- . cules que dans le précédent. De la dernière tubulure sort un tube qui se rend dans une éprouvette remplie d'eau.

Deux fois par jour on pousse dans cet appareil une cinquantaine de litres d'air, et il se passe donc ceci : cet air traverse d'abord tout l'acide sulfurique qui remplit en grande partie le premier flacon; ensuite il traverse de bas en haut toute l'eau que l'on a placée dans le second, et enfin il laboure toute la surface du troisième.

L'appareil est déluté le huitième jour, et Ton reconnaît que non-seulement tous les animalculesqu'on

y a introduits sont en parfait état, mais qu'en outre ils ont multiplié ; quelques animalcules nouveaux ont même apparu dans l'un et Pautre flacon. On n'y avait mis aucune Vorticelle, et quand on examina le résultat de l'expérience, il s'y en trouva un bon nombre.

Ainsi donc, non-seulement les Microzoaires vivent bien sous l'influence de l'air qui a traversé de l'acide sulfurique, mais encore on peut faire traverser par cet air l'eau qui les recèle, et ils ne paraissent pas non plus en souffrir; bien mieux, ils y multiplient.

La proximité de l'acide sulfurique semble aussi être sans action sur les Microzoaires.

Expérience. — Le 1er mai, j'exposai un grand verre à expériences, rempli de Kolpodes et de Vorticelles sous une cloche dont le pied était baigné d'acide sulfurique concentré. Deux jours après, la température moyenne ayant été de 20 degrés centigrades, le contenu du verre ayant subi un nouvel examen, j'y retrouvai les mêmes légions d'animalcules qui y existaient précédemment, tout aussi abondantes et seulement un peu plus développées. Le 15 mai, un nouvel examen ayant été fait, on reconnut que les animalcules avaient augmenté en nombre et qu'il s'en était produit de nouveaux. Il était donc évident que l'acide n'avait point influencé les Microzoaires pendant un contact médiat de quinze jours.

La proximité de certains corps influe d'une manière extraordinaire sur les phénomènes de la génération spontanée. Dans de nombreuses expériences, exécutées dans des conditions absolument identiques,

SI 2 HÉTÉROGÉNIB.

avec les mêmes liquides, dans des vases absolument pareils, et sous l'influence de temps égaux, nous avons constamment vu que les vases que nous recouvrions avec un fort couvercle en bois, offraient toujours une pellicule animée beaucoup plus épaisse que ceux qui avaient un simple couvercle en verre, et que leurs animalcules étaient infiniment plus abondants et se développaient avec plus de rapidité que dans ces derniers. Un semblable résultat ne peut être attribué qu'aux émanations de la substance végétale qui se trouvait à proximité de la surface de l'eau, à quatre millimètres à peu près.

Au contraire, les effluves du bois semblent avoir un effet paralysant sur la production de la matière verte. Mais pour ceci je n'ai qu'une seule expérience à citer. Plusieurs vases étaient remplis d'eau de puits; ils restèrent en expérience deux mois. Au bout de ce temps tous les vases offraient de la matière verte en abondance, nageant à la surface de l'eau ou précipitée au fond. Le vase recouvert de bois n'en contenait que beaucoup moins et sa coloration était d'un vert sale, blafard, peu foncé.

Nous avons fait un grand nombre d'expériences sur ce sujet, et ce qu'elles ont en outre offert d'extrêmement remarquable, c'est que, non-seulement la proximité d'une masse végétale augmentait l'intensité de la production des organismes, mais, en outre, c'est qu'elle déterminait l'apparition d'espèces d'un ordre plus élevé que celles qu'on rencontrait dans les autres macérations. Nous ne citerons qu'une seule de nos expériences sur ce sujet :

Expérience. — On remplit deux vases en cristal d'une égale quantité de foin et d'eau qui ont bouilli vingt-cinq minutes, pour qu'on ne puisse dire qu'ils contenaient quelques germes. L'un de ces vases rempli presque au niveau de son bord, est recouvert dune épaisse planche de tilleul et placé sous une grande cloche en verre. L'autre est rempli pareillement et recouvert d'une lame de verre et placé aussi sous une cloche. On a la précaution de ne laisser le foin surnager ni dans l'un de ces vases, ni dans l'autre. Huit jours après, on procède à l'examen des produits.

Le vase recouvert par une planchette' de bois est rempli d'un nombre considérable de Kéroiœs et de Glaucomes adultes.

Le vase recouvert d'une plaque de verre n'offre que quelques rares Kolpodes de petite dimension.

Il y a donc eu, dans le premier vase, production d'animalcules plus abondants et d'espèce différente et plus hautement organisés.

Au nombre des choses qui influent sur la procréation spontanée des Microzoaires, on ne s'attendrait guère que l'on dût compter la forme des vases, et cependant il est certain que celle-ci a une incontestable action sur cet acte. Nos expériences sur l'hétérogénie nous ont souvent démontré que la population zoologique est différente dans les vases de configuration dissemblable. Ceci ne veut pae le moins du monde dire que la manifestation organique est liée à la forme grossière de la matière, mais seulement que, par la disposition de celle-ci, les réactions chimiques ou physiques sont influencées, et qu'il en résulte ainsi

214 HÉTEROGÉME.

une manifeste influence sur la genèse des Protoorganismes. Les faits qui suivent, pris au hasard, parmi tant d'autres, confirment cette assertion.

Expériences. — Dans toutes ces expériences on a employé la même quantité d'eau et de foin, 500 grammes d'eau, 5 grammes de foin, et le produit a élé examinéle troisième jour, la moyenne de la température ayant été de 19 degrés, la pression atmosphérique en moyenne de 0,759.

Dans un petit ballon de verre, la pellicule est peu épaisse, et l'on trouve une grande quantité, de Vibrions granifères, quelques Vibrions gigantesques, et enfin quelques Monas lens, Duj.

Dans une éprouvetle extrêmement étroite, de deux décimètres de diamètre, la pellicule est peu épaisse. Il n'y existe aucun Vibrion granifère, mais seulement un fort petit nombre de Vibrions lisses inanimés; on y voit en outre des Vibrions tremblants et quelques Monades lentilles.

Dans une cuvette en verre, de 25 centimètres de diamètre, la pellicule, proligère est peu épaisse. Au microscope, elle est granulée et renferme un nombre considérable de Monas oblonga. En outre on y voit un assez bon nombre de Vibrions granifères, et tout le liquide est sablé de petits Vibrions.

Ce vase, dont la surface est peut-être cent fois plus étendue que celle du précédent, contient, en proportion, un nombre d'animalcules immensément plus considérable. Si c'est le corps solide qui les produit seul ou les recèle, un vase en contenant la même quantité que l'autre, les Microzoaires eussent dû être

infiniment plus nombreux à la surface restreinte du précédent, et c'est l'opposé qui a eu lieu ! . Une nouvelle série d'expériences sur la forme des vases fut entreprise dans les mêmes conditions que la précédente, mais on n'examina les résultats qu'après huit jours, durant lesquels la température avait été en moyenne de 24 degrés.

Dans un petit ballon en verre, la pellicule est trèsmince. On y observe une abondance de Kérones lièvres et de petits Vibrions. Aucun Kolpode.

Dans une éprouvette étroite, la pellicule est bien formée, de couleur jaune pâle terne, et contient beaucoup de petits Kolpodes et des animalcules piriformes. Il n'y existe aucun Kérone, mais beaucoup de petits Vibrions.

Dans une grande cuvette de 25 centimètres de diamètre, la pellicule est à peine formée et même manque par places. On n'y découvre que des Kolpodes» mais en très-petit nombre, et une immense quantité de Bacterium articulalum, Ehr.

Dans un grand verre à expériences la pellicule est plus épaisse que daus aucun des autres vases. Le liquide est aussi d'une teinte plus foncée. On y observe immensément plus d'animalcules vivants que dans aucun des vases précédents.

Dans un vase en coupe, dilaté à son fond et un peu rétréci au haut, la pellicule est plus mince que dans le verre. On y trouve des Kérones de forte taille et surtout des Kolpodes et des Bactériums.

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