ÉCLOSION DU MCROZOAIRE SPONTANÉ
et de temps à autre, on la voit disparaître en se contractant (pl. Il, fig. 3).
Le cinquième jour, température de 22° ; pression de 0,75. — La pellicule proligère a à peu près le même aspect que la veille. Les œufs conservent leur forme et leur diamètre, mais leur coloration est devenue plus foncée et d'un vert tendre. On distingue facilement, sous leur mince chorion, l'embryon qui se remue et rampe en quelque sorte sous son enveloppe. D'instant en instant, la vésicule cardiaque, qui forme une tache plus pâle que le corps de l'embryon, se contracte et disparaît, pour se remontrer quelques moments plus lard. De temps à autre, on aperçoit quelque embryon qui, après s'être vivement agité sous son enveloppe, finit par la rompre, sort enfin de l'œuf et se disperse dans l'eau. L'animalcule nouvellement éclos est piriforme, aplati, et long de 0,0i20 à 0,05<>0 de millimètre. Son corps est cilié très-finement à l'extérieur, et l'intérieur semble rempli de granulations petites et serrées et d'un vert très-pàle (pl. II, fig. 4). Au bout de peu d'heures, ces animalcules ont acquis tout leur volume. Alors ils sont piriformes, aplatis, verdâtres, et vers leur extrémité antérieure, qui est un peu recourbée, on voit une espèce de fente buccale, garnie de plus longs cils que le reste du corps. Au centre, un organe que quelques auteurs on désigné à tort par le nom de nucleus ; vers la grosse extrémité du corps une vésicule contractile. L'intérieur de celui-ci paraît rempli de granules trèsfins, verdâtres, et on n'y observe à la simple inspection, aucune vésicule stomacale (pl. II, fig. 5).
Lecinquième jour, température de 22°; pression de 0,750. — La macération est peuplée d'un grand nombre d'animalcules piriformes nouvellement éclos. Ce sont évidemment des Paramécies vertes, ayant en moyenne une longueur de 0,0560 de millimètre.
Lorsque l'observation se prolonge, on voit, de temps à autre, passer dans le champ du microscope, des sphères verdàtres de 0,0400 de millimètre de diamètre environ, ciliées finement à l'extérieur. Si on examine pendant un certain temps des Paramécies, on s'aperçoit bien vite que ces corps sphéroïdes ne sont autre chose que des Microzoaires de cette espèce, qui, à cause de la gène qu'ils éprouvent, se contractent, deviennent sphéroïdes au lieu de piriformes et d'aplatis qu'ils étaient; puis se montrent encore quelques instants sous cette forme, qui est un véritable état morbide (pl. II, fig. 7).
C'est cet état, qui en a assurément imposé à quelques observateurs, qui l'ont pris pour un eukystement normal de l'animalcule, préludantà des métamorphoses : c'est: selon nous, au contraire, un véritable enkystement mortuaire.
Ainsi, nous avons exposé l'histoire complète de la genèse de la Paramécie verte.
Œufs normaux. — Dans le but d'expliquer par des voies naturelles la subite apparition des immenses légions de Protozoaires qui peuplent nos macérations, certains naturalistes leur supposent une fécondité qui tient du prodige. Est-ce un fait parfaitement établi ? Nous ne le pensons pas. •< h
A l'égard de la scission, qu'on a regardée comme
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multipliant les Infusoires presque aussi rapidement que pourrait les couper un instrument tranchant, c'est un véritable roman.
Si, pour nous, la spontéparité est le seul moyen par lequel ratipnnellement et expérimentalement on peut expliquer la primitive apparition des Microzoai-r res, nous ne pouvons niqr cependant que chez quelques-uns, la reproduction sexuelle est également évidente. Mais ce mode normal est tellement rare, qu'il ne doit même pas entrer en ligne de compte dans cet incommensurable nombre de Protozoaires qui se manifestent dans tous les lieux du globe où se trouve quelque amas d'eau en putréfaction, ou quelque macération.
J'ai surtout observé des œufs sur des Kolpodes et des Kérones, et jamais je n'en ai vu dans les Paramécies. Cependant je dois avouer que, pour moi, ce n'est qu'assez rarement que j'ai découvert de ces œufs avec leurs caractères biologiques incontestables. Mais leur présence, parfaitement établie, loin de saper nos doctrines sur Thétérogénie vient, au contraire, fournir un nouvel et péremptoire argument en leur faveur ; c'est une preuve de plus apportée à l'édifice dont nous essayons d'affermir la base ébranlée. En effet, dans les cas raresioù nous avons vu des oeufs sur ces animaux, jamais il n'y enavait qu'un seul et qui était fort gros; et, avant de rencontrer des faits semblables, plusieurs milliards de Kolpodes ou de Kérones passaient sous nos yeux. .
Nous n'avons jamais découvert de Kolpodes accouplés; mais plusieurs fois nous avons rencontré et
dessiné quelques-uns de ces animalcules qui avaient un œuf dans la cavité viscérale , œuf qu'il était impossible de confondre avec quoi que ce soit. J'ai observé ce fait sur des Kolpodes qui paraissaient arrivés aux dernières limites de la vie, tant ils étaient volumineux. Ceci est si exact, qu'une ou deux fois j'ai vji ces Kolpodes entr'ouverts et ayant encore l'œuf au milieu de leurs débris; de manière que je me demande , mais sans avoir d'opinion arrêtée à cet égard, si ces œufs en se produisant n'étouffent pas la mère.
Voici ce qui est exact. Sur des Kolpodes de 0,0840 de millimètre de longueur, et parfois même sur de plus longs encore, j'ai trouvé cet œuf placé vers le milieu de l'animalcule, et toujours au-dessus du cœur; il a de 0,0150 à 0,0224 de millimètre de diamètre. Son chorion est mince, translucide, et contient un vitellus formé de granules fins et d'un jaune pâle. Je n'ai reconnu, dans ces cas, aucune gyration, aucun punctum saliens. Mais comme là tout était analogue à ce que nous allons voir ci-après, il est indubitable que nous avions affaire à un œuf. Celui-ci était entièrement libre dans la cavité viscérale qui le contenait. En pressant un peu l'animalcule sous le compresseur, la résistance du vitellus étant plus considérable que celle du reste du corps, arrêtait le Kolpode, etalorson le voyait faire des efforts pour se débarrasser. Durant ceux-ci, l'œuf restait fixé, mais le Microzoaire faisait varier la forme de la cavité qui le contenait ; ou bien même l'œuf, à certains moments, devenait une espèce d'axe immobile, autour duquel l'animalcule ac-
OEUFS NORMAUX. AOi
complissait une rotation plus ou moins rapide, ce qui démontrait que ce produit n'avait nulle adhérence avec la mère. En donnant du carmin aux animalcules qui présentaient un semblable état, les estomacs se coloraient subitement en rouge et apparaissaient sous la forme de petits globules de 0,0084 de millimètre de diamètre, et jamais aucune coloration ne se manifestait sur l'œuf. Plus rarement, outre cet œuf, j'ai vu une ou deux autres masses moins volumineuses, et qui paraissaient évidemment des ovules plus jeunes. Jamais je n'en ai aperçu plus.
Sur quelques Kérones j'ai trouvé des œufs dont le développement, encore plus avancé, ne permettait plus le doute. Mes observations ont été faites sur des Kerona kpus, Mull., de 0,180 de millimètre de longueur. Dans ces animalcules, que j ai parfois rencontrés accouplés, il n'existait jamais qu'un seul œuf silué vers la partie postérieure de la cavité viscérale. Celui-ci était sphériquc, environné d'un chorion assez épais, translucide. Cet œuf offrait un diamètre de 0,0224 de millimètre et était parfaitement libre dans sa cavité. Le Kérone comprimé tournait autour de lui comme sur un axe fixe, et même parfois assez rapidement. Cet œuf contenait des granules trèsserrés, et son vitellus, dans plusieurs cas, était évidemment animé de mouvements de gyration ; dans d'autres où l'œuf était plus avancé, la vésicule cardiaque existait indubitablement et se contractait de temps à autre : ce n'était plus un œuf, c'était quelque chose de plus, c'était un embryon (pl. II, fig. 13).
L'œuf interne de la Kerona lepus, bien vu par moi,
HÉTKROf.ÉNIE.
je dois le dire, avait déjà été soupçonné par 0. F. Muller ; je ne fais donc ici que démontrer un fait déjà entrevu par le zoologiste danois (1).
M. Balbiani a fait des observations qui confirment absolument ce que je viens de dire. Il pense que la Paramécie verte, Pavamecium bursaria de Focke, qu'il a principalement étudiée, se multiple d'abord par scission, et qu'ensuite il y a un accouplement entre les individus, qui tous sont hermaphrodites. Bientôt après celui-ci, on voit apparaître un groupe de cinq à six gros œufs dans le corps de chaque individu, et qui s'y transforment en autant d'embryons dont on aperçoit déjà la vésicule cardiaque se mouvoir (2). L'analogie de ce fait avec ce que j'ai observé dans les Kolpodes et les Kérones, me porte à supposer qu'il est exact, quoique je n'aie jamais eu occasion de le vérifier. Seulement, je dois avouer que je ne crois pas à la scissiparité dont parle cet observateur, n'ayant jamais rien vu qui l'indiquât sur tant et tant de millions de Paramécies qui sont passées sous mes yeux.
Ainsi donc, voici bien évidemment des œufs de Kolpodes, de Kérones et de Paramécies, développés à l'intérieur delà mère; et dont l'embryon est même déjà formé, comme l'attestent ses mouvements
(1) 0. F. Muller dit, en décrivant la Kerona lepus : In medio scepe corpora duo sphœrica, opaca an ovaria ? Seulement je n'en ai jamais vu qu'un seul. Animalcula itifusoria fluviatilia et marina. Hauniae, 1186, p. 243.
(2) Balbiani, Génération sexuelle chez les infusoires. Journal de Physiologie, par Brown Sequard. Paris, 1858, t. J, p. 346.