‹ Hétérogénie: ou traité de la génération spontanéeChapitre 30 sur 56 · ÉCLOSION DU MICROZOAIRE SPONTANÉ · texte numérisé non relu

ÉCLOSION DU MICROZOAIRE SPONTANÉ

bout à l'autre, depuis le groupement des premières molécules vitellines jusqu'à l'éclosion.

Désirant pousser mes recherches jusqu'aux confins du possible, afin de parvenir à éclairer la grave question qui me préoccupe, j'ai entrepris une série d'observations sur le développement des Microzoaires, en suivant jour par jour et parfois heure par heure ses diverses phases, décrivant et dessinant successivement tout ce qui se présentait durant cette première manifestation de la vie. Voici le sommaire de mes observations sur la Monade lentille.

Évolution de la Monade lentille. — L'observation fut exécutée dans les premiers jours de mai, sur une macération de foin. L'état a été constamment noté à midi, de vingt-quatre heures en vingt-quatre heures, afin qu'il y eût une différence assez notable dans le mouvement organique.

Après un jour écoulé, la température étant de \ 5* et la pression de 0,745, la macération était colorée en jaune pâle ; il n'existait aucune pellicule à sa surface. Examinée au microscope, l'eau ne contenait absolument rien d'apparent.

Le deuxième jour, la température étant de 20° et la pression 0,76, la surface de l'eau n'offrait qu'une pellicule proligère extrêmement fine. Examinée attentivement, celle-ci paraissait verraiculée et uniquement formée d'un enchevêtrement de petits corpuscules ayant 0,0038 à 0,0057 de millimètre de longueur sur 0,0009 de diamètre. Ces corpuscules n'étaient autre chose que des Baclerium articulatum, Ehr., qui formaient ainsi le fond de cette pellicule proligère.

390 HÉTKROGÉME.

Le troisième jour, à une température de 1 4* et une pression de 0,76, l'eau a une teinte fauve foncée. La pellicule proligère est bien formée; elle a perdu l'aspect vermiculé de la veille et est aujourd'hui granulée, les Bactériums ayant en partie disparu pour faire place à de simples granules. Cependant on en découvre encore quelques-uns dans le fluide, surtout dans les endroits où il est en mouvement, car les éléments de la pellicule, qui hier étaient libres, semblent, en ayant pris l'aspect granulé, avoir contracté une tendance à s'agglomérer et à donner à cette membrane plus de cohésion.

Cette pellicule est évidemment formée par la soudure des Bactériums observés la veille ou par celle des granules résultant de leur fractionnement ; mais avant de s'agglomérer en pseudo-membrane, ces éléments organiques ont été mobiles et animés. Les granules ont 1/500 de millimètre de diamètre, et tous sont tenus à distance par une sphère transparente qui semble les environner (pl. II, fig. 9).

Quatrième jour, température de 16°; pression de 0,76. — La pellicule proligère est plu» épaisse ; son ensemble est composé de grains sablés immobiles; ou distingue de place en place dans cette pellicule, des amas de granules, ayant une forme sphérique et dont le diamètre est de 0,0056 à 0,0076 de millimètre. Ceux-ci ont un chorion parfaitement distinct et sont agités de mouvements absolument analogues ù ceux d'un balancier de montre, seulement ils ont infiniment moins d'étendue et de rapidité, et ne se manifestent qu'à intervalles, comme une sorte de tremblo-

ÉCL0SI0N DU M1CROZOAIRB SPONTANÉ. 391

teraenl ayant pour but de détacher l'ovule de la membrane proligère.

Ce sont ces ovules mobiles, sphériques, qui constituent toute la génération ; et ce sont eux qui vont bientôt donner naissance à la nombreuse progéniture qui va se répandre dans la macération.

Voulant savoir si les ovules delà pellicule proligère ne seraient pas d'abord formés au fond des vases, plus petits, pour ensuite opérer leur ascension vers cette membrane oîi jamais on ne les découvre d'un moindre diamètre que celui mentionné, j'ai examiné le fond de ces vases et n'ai rien découvert qui ressemblât à des œufs. . i ,

Cinquième jour, température 22°; pression 0,758. — La pellicule proligère est toujours formée de grains sablés immobiles, puis d une immense quantité des mêmes ovules qui s'y trouvaient hier, seulement ils sont généralement un peu plus gros. Beaucoup aussi se sont détachés de la pellicule et sont libres dans les endroits où il existe des lacunes liquides (pl. II, fig. il).

Le sixième jour, la température étant de 18° et la pression de 0,76, je trouvai la pellicule proligère à peu près comme la veille. Les animalcules sont un peu plus grofc et plus mobiles, ils sont encore absolument sphériques et composés uniquement de granules très-fins, au milieu desquels il existe une vésicule transparente. Ces animalcules que Ton reconnaît déjà n'être bien probablement que de jeunes Monades, Monas lens, Mull., ont 0,0095 de millimètre de diamètre et leur vésicule centrale 0,0028. Ces

animalcules s'exercent par leur mouvement de balancier, à se détacher de la pellicule proligère. Examinés avec soin, on voit que celui-ci est produit par un long appendice filiforme, flagelliforme, qui vibre difficilement de côté et d'autre, resserré qu'il est encore près du sphéroïde que représente l'animalcule (pl. II, fig. il).

Le septième jour, la pellicule proligère a repris une forme bacillaire et semble composée de cadavres immobiles de très-petits Vibrions. Les Monades lentilles qui formaient, le sixième jour, la presquetotalité de la population de la macération, s'y trouvent aujourd'hui en bien moindre abondance. Il leur a succédé des animalcules allongés, qui se meuvent à l'aide de mouvements tremblotants. Leur locomotion est due au filament flagelliforme qu'ils portent à leur extrémité antérieure. Ces animalcules, aujourd'hui en nombre considérable, et dont la progéniture semble avoir succédé à celle des Monas, en seraient-ils une métamorphose ? Je le pense. Ils me paraissent évidemment des individus de cette espèce plus avancés en âge, car on suit toutes les transitions de formes. De cette observation il résulterait donc que la Monade lentille n'est qu'un jeune d'une autre espèce.

Le huitième et dernier jour d'observation, il y avait encore moins de Monas lens que la veille, et plus d'animalcules allongés, que je rapproche du Cercomonas crassicauda, Duj., qui me parait en être l'adulte.

En somme, ces observations nous ont révélé toute la genèse de la Monade lentille.

ÉCL08I0N DU MICROZOAtRE SPONTANÉ. 393

Nous devons faire remarquer que la lenteur du développement et l'infériorité des animalcules observés dans cette circonstance, ne peuvent être attribués qu'à la basse température qui régnait, et à la petite quantité de substance fermentescible qui se trouvait dans le liquide. En effet, dans d'autres vases qui contenaient aussi du foin, mais en bien plus grande proportion, les Microzoaires s'y sont montrés beaucoup plus rapidement et plus abondamment, et ils y étaient d'une organisation plus élevée. La progéniture est donc en raison de l'abondance de la substance en fermentation comme nous l'avons déjà répété. Et si, dans ce cas, nous n'avons aucun indice d'animalcules après vingtquatre heures, nous savons que lorsque la température s'élève à 25% alors le liquide en est déjà rempli, et ceux-ci y présentent même parfois une organisation assez complexe.

Je dois avouer que M. Pineau a fait précédemment à moi des recherches sur l'évolution du Monas lensf et qu'elles concordent parfaitement avec les miennes (1). Si cet observateur s'est égaré au sujet du développement de quelques autres Infusoires, au moins, pour celui-ci, il est rigoureusement dans le vrai, et je n'ai fait qu'ajouter, par mes observations, quelques faits de plus à ce qu'il avait déjà vu. Il dit, avec beaucoup d'exactitude, en parlant de la pseudo-membrane des macérations : « On remarquait en premier lieu de petits amas de granulations dont les contours commen-

(i) J. Pineau, Recherches sur le développement des animalcules infusoires. Ann. se. nat. Zoologie, 1845, t. 111. p. 182.

çaient à être diffus; peu à peu ces amas devenaient plus nettement circonscrits, et ils finissaient par acquérir l'aspect de véritables Monades, d'abord immobiles, puis douées de mouvement (!)•>>

L'évolution de la Monade lentille était assez difficile à débrouiller, à cause de sa petitesse, mais à mesure que les observations s'étendent à des espèces de plus en plus volumineuses, elles deviennent aussi de plus en plus faciles, et c'est ce que nous avons vu sur la Paramécie verte, dont nous allons tracer la genèse. Là, l'œil de l'observateur peut suivre chaque phase du développement sans la moindre interruption.

Évolution de la paramécie verte. — On a observé le développement de cet animalcule dans une macération de 5 grammes de foin sur 300 grammes d'eau. À une température de 23° et une pression de 0,758, après dix-huit heures, le liquide est devenu d'un fauve rougeàtre foncé ; il n'existe aucunepcllicule à sa surface. Cependant toute celle-ci est déjà peuplée d'une immense quantité de Vibrions, de 0,0084 à 0,0140 de millimètre de longueur; presque tous sont rectilignes et mobiles. Le liquide contient en outre un grand nombre de Vibrions lisses, de 0,0840 à 0,0900 de millimètre de longueur, nageant fort élégamment comme des anguilles. Il n'y existe aucune Monade, ni aucun petit Vibrion.

L'observation ayant été répétée dans la même journée, vers le soir, six heures après, déjà beaucoup des

(!) J. Pineau, Supplément aux recherches sur le développement des animalcules infusoires. Ann. se. nat. Zoologie, 1845, t. IV, p. 403.

ÉCL03I0N DU MlCROZOAIRE SPONTANÉ . 395

Vibrions qu'on avait vus le matin vivants, étaient morts et formaient les éléments dq la pellicule proli* gère. Ils étaient aussi devenus bien plus nombreux, et de place en place on voyait apparaître quelques Vibrions granifères vivants.

Deuxième jour; température de 23°; pression de 0,76. — Pellicule proligère très-mince, encore incomplète, formée d'îlots aréniformes, composés de débris de Vibrions. Elle est presque entièrement granulaire, entremêlée seulement d'un petit nombre de cadavres de longs Vibrions. Dans les espaces des îlots on dis~ tingue un grand nombre de corps de Vibrions de pe+ tite espèce, morts, et ceux d'un bon nombre de Vibrions granifères, presque tous morts. Ces grands Vibrions n'étaient apparus que la veille, dans la soirée, et déjà ils ont presque tous succombé ; leur existence est donc fort éphémère et ne comprend guère qu'un cycle de vingt-quatre heures au plus. On voit apparaître dans la liqueur un grand nombre de Monades termes*

Lorsque Ton comprime légèrement la pellicule proligère, on voit qu'il existe de place en place des amas de granules un peu plus tassé», plus foncés que dans le reste de l'étendue de cette membrane. Ces amas de granules sont environnés d'une zone plus pâle et assez large. Dans celle-ci les granules sont, au contraire, moins abondants qu'aux environs. Ce sont là les premiers rudiments des ovules. Quand ceux-ci sont rapprochés, cela donne à la pellicule un aspect tigré. La zone pâle n étant pas encore limitée, aucune mesure exacte n'est alors possible (pl. 2, fig. 1).

Le troisième jour, la température étant de 21° et la

HÉTÉROGRME.

pression de 0,76, les amas de granules se sont transformés en ovules sphériques, parfaitement circonscrits et ayant un diamètre de 0,0420 de millimètre. Les granules ne forment plus d'amas concentriques, mais ils semblent s'être éparpillés dans un fluide hyalin.

11 résulte de cette nouvelle disposition, que ces ovules ne constituent plus dans la pellicule des taches tigrées plus denses, plus foncées que la pseudo-membrane, mais qu'au contraire ils ressemblent à autant de sphères plus pâles que cette pellicule, contenant dans leur intérieur des granules plus rares et plus gros que ceux de celle-ci, et qui constituent les granules vitellins de l'œuf. Ces gros granules ne semblent être que ceux qui s'étaient primitivement entassés vers lecentre, et qui, après avoir trouvé dans leur contact une nouvelle force plastique, ont grossi. A cette époque le chorion est excessivement mince, indistinct, et, quoique l'œuf soit parfaitement circonscrit, il semble adhérer à la pellicule granuleuse qui l'environne; on ne distingue alors ni gyration, ni punctum mliens.

Le quatrième jour, température de 22'; pression de 0,755. — La pellicule proligère est devenue plus épaisse et s'est augmentée des cadavres d'une énorme quantité de Monades, de Bactériums et de Vibrions. Les ovules offrent la même forme sphéroldale et le même diamètre que précédemment, mais leur intérieur s'est rempli de granules plus fixes et plus serrés. Le chorion, qui est fort mince, s'aperçoit quand on comprime légèrement l'œuf. A l'intérieur de celui-ci le vitellus est en état de gyration. Sur les œufs les plus avancés, on distingue même la vésicule cardiaque.

Page 1