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après six heures, ils ont retrouvé des molécules de farine dans les veines du mésentère de ces reptiles, et que là elles étaient parfaitement reconnaissables à l'aide du microscope et de l'iode. Bruch assure même que les molécules du lait passent intégralement dans le sang des jeunes animaux encore à la mamelle, et dit avoir retrouvé ce fluide dans les veines mésentériques de plusieurs petits chats (1). Enfin, Marfels, en injectant du sang de brebis et du sang de bœuf dans l'estomac de plusieurs grenouilles, a retrouvé ce sang dans le cœur, et a même vu ses globules circuler dans les capillaires les plus ténus du mésentère de ces reptiles (2).

Mais djpjà on a fait quelques objections à plusieurs des expériences que nous venons de citer. On a prétendu, avec raison, que les molécules du charbon, piésenlant communément des angles assez aigus, avaient pu dilacérer les fines parois des absorbants pour s'introduire danslesystème circulatoire (3). C. E. Hoffmann, qui a remporté le prix proposé par la Faculté de Wûrl/bourg sur cette question : « Si du mercure et de la graisse peuvent entrer en substance dans le système circulatoire? » contredit les expériences

(1) Bruch, Annales de la zoologie scientifique de Ch. de Slebold et Kolhkrr. Leipzig 1853, t. IV.

(2) F. Marfels, Recherches sur la voie par laquelle de petits corpuscules xoltdrs pâment de l'intestin dans l'intérieur des petits vaisseaux chylifères et sanguins, Aon. se. nat. Zoologie. 1856, t. V, p. 134.

(3) Corn p. F. Marfels, Recherches sur la vois par laquelle de petits corpuscules solides, etc.

d'Éberhard sur ce sujet (1). On pourrait enfin se demander si, dans ses expériences, Martels n'a pas pu confondre des globules du sang de grenouille à l'état de corpuscules élémentaires, avec le sang du mouton et du bœuf qu'il avait présenté à l'absorption? Mais une objection autrement capitale que les précédentes, c'est le diamètre des œufs des helminthes, beaucoup plus considérables que celui des globules du sang et du lait, en admettant que l'absorption de ceux-ci soit un fait positivement établi.

En ce qui concerne la fécule, dans mes expériences sur les grenouilles et les poissons, soit que je l'aie fait manger à ces animaux, soit que je l'aie injectée dans leur tube digestif, jamais je ne l'ai retrouvée en circulation dans les veines mésaraïques (2).

Mais si les helminthes qu'on trouve dans les organes profonds, qui n'ont aucune communication avec l'extérieur, ne sont pas le produit de l'hétérogénie, il faut absolument indiquer par quelle voie ils

(1) C. E. Hoffmann. Sur le passage du mercure et de la graisse dans le courant du sang, dissertation inaugurale. Wûrtzbourg, 1854 (en allemand).

(2) Expérience. Sur une Rana esculenta, on injecla dans l'estomac de la fécule non colorée; six heures aprè> on tua ranimai et l'on explora attentivement le mésentère, sans y rencontrer un seul grain de cette fécule ; l'iode n'en signale pas non plus. S'il eût existé des granules d'amidon dans les vaisseaux, on les eût découverts immédiatement» ceux-ci avant un diamètre au moins du double de celui des globules du sang. — J'ai répété ensuite cette expérience avec de l'amidon préalablement coloré en bleu par l'iode, pour qu'elle fût encore plus précise; et, soit sur des grenouilles, soit sur des poissons {cyprinus auralus), jamais je n'ai vu un seul grain de fécule être absorbé.

ont pu s'y introduire. Gomment, par exemple, s'ils ne se développent point sur le lieu même, certains Entozoaires envahissent-ils le cerveau, le foie, la rate, la cavité du péritoine, celles de la plèvre et du péricarde, et même celle des os!

Est-ce à l'état d'œuf qu'on prétend qu'ils y arrivent ou à l'état vivant?

A l'état d'œuf, il est de toute impossibilité qu'ils puissent s'insinuer dans les organesf Je système vasculaire sanguin ou lymphatique ne pouvant les admettre daii6 leurs canaux, ceux-ci formant un ensemble parfaitement clos.

Et d'abord, relativement à l'introduction des œufs, il y a impossibilité matérielle, car dans aucune partie des surfaces absorbantes des mammifères, par exemple, ils ne pourraient être aspirés.

11 n'y a pas besoin d'insister sur la barrière infranchissable que la peau oppose à ces œufs; et il est évident que s'ils peuvent s'introduire à l'intérieur 'des organes, ils doivent nécessairement, après leur admission préalable avec l'air ou les aliments, être aspirés par la surface des muqueuses intestinales ou pulmonaires. Or, les. travaux de précision des anatomistes et des physiologistes du dix-neuvième siècle nous démontrent, jusqu'à l'évidence, que cela est tout à fait impossible.

Les œufs ne peuvent assurément pas être absorbés par les vaisseaux sanguins ou chylifères de la muqueuse intestinale, puisque ceux-ci n'ont aucune ouverture béante à la surface de cette membrane ; et que, d'après Valentin, Béclard et Bérard, ils n'y

DISCUSSION DE l'hYPOTBÈSE DES MIGRATIONS. 559

pompent les fluides que par une imbibition endosmotique (1).

Et d'ailleurs, avant ce débat il y aurait une observation préjudicielle à exécuter : il faudrait Rassurer si Ton peut découvrir des œufs d'helminthes dans les organes digestifs des animaux qui sont le plus fréquemment infectés de vers vésiculaires. Et déjà des helminthologistes, qui ont fait de nombreuses recherches, assurent n'avoir jamais rencontré pn seul œuf de Ténia dans les intestins des porcs et des lapins.

L'absorption pulmonaire étant absolument endosmotique, il est évident que les œufs des helminthes ne peuvent pas plus entrer dans l'économie animale par les cellules bronchiques, qu'ils ne peuvent y pénétrer par les villosités intestinales. Le grand physiologiste J. Mùller a lui-même senti combien ces faite ont une imposante autorité (2).

Enfin, un obstacle encore plus grand viendrait s'offrir par rapport à certains helminthes qui sont vivipares. Pour eux, il faudrait donc que les petits s'échappassent du gîte maternel, ce qui est déjà difficile; puis, qu'après avoir traversé, sans périr, un espace d'atmosphère plus ou moins considérable, ils entrassent ensuite dans l'intérieur d'un autre animal pour s'y insinuer à travers des membranes que nous avons déjà vu être infranchissables pour des œufs

(1) VALEîrrra, Physiol. London, 1843 (trad.), p. 56. — Bbclard, Traité élémentaire de physiologie. Paris, 1859,p. 162. — Bérard, Cours de physiologie. Paris, 1848.

(2) J. Muller, Manuel de physiologie, trad. de l'allemand par Jourdan. 3« édit. Paris, 1851, p. 15.

560 IIÉTÉROGÉNIE.

plus petits qu'eux. C'est encore plus impossible.

Migration des oeufs et dks embryons. — Nous avons d'abord démontré que l'absorplion des œufs était tout à fait impossible; et que les muqueuses intestinales et pulmonaires leur refuseraient absolument passage, si on supposait même qu'ils aient pu s'introduire dans les voies digestives ou respiratoires. La micrométrie parle ia avec une irrécusable autorité. Maintenant il nous sera tout aussi facile de démontrer que la circulation n'est pas plus apte à transporter les œufs à travers l'organisme que celui-ci ne l'est à les absorber.

En admettant même que quelques œufs puissent s'introduire dans le système circulatoire et qu'ils soient entraînés dans son torrent, bientôt une double barrière, barrière absolument infranchissable, s'opposerait à ce qu'ils parvinssent dans la profondeur des organes. En effet, il faudrait qu'avant tout, ils traversassent deux systèmes capillaires : celui du foie et celui du poumon ! double impossibilité.

En effet, nécessairement, ils devront être absorbés par les veines mésaraïques; et, en admettant qu'ils parvinssent à traverser le système capillaire du foie, arrivés dans le poumon, ils y trouveront un nouvel obstacle infranchissable; les capillaires extrêmement déliés qui tapissent les cellules bronchiques, n'offrant pas un calibre susceptible de leur livrer passage. Cependant, si ces premiers obstacles infranchissables, obstacles sérieux, auxquels je crois qu'on n'avait pas encore songé, pouvaient être franchis, le système artériel pourrait- il ensuite lancer les helminthes dans

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cette foule d'organes profonds où parfois on les découvre? mais nullement.

Les physiologistes qui ont parlé de la dissémination des œufs à l'aide du système vasculaire, et qui l'ont fait après un examen attentif des prémisses de la question, à savoir : le rapport des diamètres de ceux-ci et des capillaires, sont restés convaincus qu'il y avait impossibilité physique. Burdach pense, qu'en admettant même qu'ils parvinssent dans les vaisseaux, ils ne pourraient circuler à l'intérieur de leur étroite filière, les œufs de certains vers étant, selon lui, dix fois plus gros que les globules du sang, qui, eux-mêmes, y trouvent parfois des passages dans lesquels ils peuvent à peine s'introduire. J. Muller et Bremser professent une opinion analogue (!)•

En effet, les œufs de beaucoup d'helminthes ont une grosseur qui dépasse considérablement le calibre des capillaires; aussi, est-il impossible d'expliquer par ceux-ci leur transport dans l'organisme. Le diamètre des vaisseaux capillaires de l'homme variant * de 0,005 à 0,006 de millimètre, et celui des œufs des Ténias étant de 0,020 à 0,080de millimètre, ceuxci ne peuvent par conséquent traverser leur réseau.

Les modernes partisans des migrations des Entozoaires expliquent celles-ci par deux moyens. Les uns pensent que l'embryon, après avoir été introduit dans les voies digestives des animaux, se fraye un chemin

• (1) Buidach, Traité de physiologie. Paris, 1837, 1. 1, p. 28. — I. Muller, Manuel de physiologie. Paris, 1851, p. 15. — Bbemser, 'Traité zoologique et physiologique des vers intestinaux. Paris,

PODCHXT. 3 f»

HÉTÉROGÉME.

à travers les tissus à l'aide de ses crochets, jusqu'à ce qu'il soit parvenu dans un site de prédilection (1); les autres croient qu'après s'être introduits dans les vaisseaux, les jeunes helminthes sont passivement disséminés dans tes diverses régions de l'animal qu'ils vont infester. On rapporte même, à l'appui de cette dernière opinion, que Leuckart a trouvé quatre embryons de vers, libres dans la veine-porte, à son entrée dans le foie (2).

Voici déjà une grande concession de faite par les partisans des migrations. La progéniture n'entre point dans le système vasculaire par l'absorption organique, mais elle s'y insinue violemment à l'aide de sa propre force vulnérante; ou bien, en employant celle-ci, elle perfore une série d'organes pour parvenir enfin dans son site d'élection.

Ces nouvelles explications, quoique fort ingénieuses, soulèvent une tourmente d'objections. D'abord quand l'embryon, car ce n'est plus un œuf, a percé l'intestin pour arriver dans les veines du mésentère, alors il faut i° qu'il traverse lé système capillaire du foie; 2° qu'il franchisse le système capillaire du poumon; 3° qu'il passe une seconde fois par le cœur; 4° qu'il soit, enfin, lancé dans les organes à l'aide des artères.

Mais, sans compter tout ce qu'a d'extraordinaire ce

(1) Telle est l'opinion de Kûchenmeister et de Van Beneden, qui décrivent avec un soin extrême le mécanisme par lequel le ver fouille et perfore les tissus. — Kl'cbenmeiste», 1. 1, p. 48. — Va» Beneden, Zool. méd., t. II, p. 217.

(2) Comp. Kucben MEisTER , On animal and vegetable parotite* of the human body. London, «857, 1. 1, p. 50. (Trad. angl.)

voyage, nous avons déjà vu qu'il offre deux insurmontables obstacles, deux systèmes capillaires infranchissables.

Si les œufs des entozoaires qui attaquent l'homme, étaient transportés dans les organes par le système vasculaire, comme nécessairement beaucoup devraient être en circulation, on les y trouverait, comme on trouve dans les vaisseaux ceux de quelques entozoaires qui y vivent naturellement ; et je ne sache pas, qu'excepté M. Leuckart, aucun savant en ait observé.

Les physiologistes ont récemment démontré que plusieurs helminthes se rencontrent, et parfois même en abondance, à l'intérieur du système vasculaire, où semble être leur habitat normal. Presque tous ceux-ci appartiennent au genre Filaire; et MM. Delafond et Gruby en ont reconnu un assez grand nombre circulant avec le sang des mammifères et des reptiles. M. Valentin a découvert un Hématozoaire particulier, une espèce A'Amœba, dans le sang d'un saumon. Plus récemment, M. Gruby a fait connaître des animalcules infiniment petits, de 0,0040 de millimètre de longueur, roulés en spirale et dentés en scie, qu'il a rencontrés abondamment sur des grenouilles adultes, mêlés à des Filaires, et en circulation dans les vaisseaux, où ils se meuvent d'un mouvement extrêmement rapide (1). On sait en outre que Schmitz, Va-

(1 ) Deufond et Gruby, Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XXXIV, p. 9. — Valuntin, Archiv. de Muller. 1841, p. 435.— Gruuy, Recherches et Observations sur une nouvelle espèce d'hématozoaire. (Trypanosoma sanyuinis.) Aim. se. nat. 1844, 1. 1, p. 164, pl. i, flg. B.

364 BKTÉR0GÉN1K.

lentin, Vogt, Remak, Mayer, Berg, Creplin ont aussi rencontré des helminthes dans le sang des grenouilles et de quelques poissons d'eau douce (1); de Siebold en a souvent vu au milieu de celui des oiseaux (2).

On connaît, depuis Swaramerdam, une espèce d'Ascaride qui vit particulièrement dans le poumon des grenouilles (3). M. Gluge a découvert, il est vrai, les ovaires et reconnu les œufs de ce parasite, qui est Y Ascaris nigrovenosus. Valentin a vu circuler ceux-ci avec le sang de ce reptile ; mais ces œufs n'avaient point été introduits du dehors, ils se trouvaient en quelque sorte enfermés dans leurs cavités naturelles (4). Il y a loin de là à l'hypothèse qui admettrait l'entrée de ces œufs, par endosmose, dans le tissu capillaire, à travers la paroi des bronches. Ils sont tellement ici dans leur site d'élection, que M. Gruby, ayant injecté de ces œufs dans les vaisseaux des grenouilles, parvenus au poumon, on les a vus s'arrêter dans ses capillaires pour s'y développer (5).

(1) SaiMiTZ, De vertnibus in circulatione viventibus. Berolini, 1826. — Valentim, De functionibus nervarum cerebralium et nervi sympathici, 1839, p. 101 et 144. — Vogt, Muller's Archiv. 1842 — Remak, Canstatt's Jahresbericht. 1812. — Mater, De organo eleclrico et dehœmatozois. Bonn, 1843, p. 10. — Berg et Crépu*, Archiv skandinavischer Beiiràge zur Nalurgeichichte. 1815, t. I.

(2) De Siebold, art. Parasites du Handwôrterbuch, t. Il, p. 648.

(3) Swamxerdam, Biblia naturœ. Leyde, 1737.

(4) Gluge, Sur un Entozoaire dans le sang de la grenouille. Archives de médecine comparée de Rayer, t. I, p. 44. — Valertin, De la présence d' entozoaire» dans le sang. Archives de médecine comparée de Rayer, 1. 1, p. 42, 43.

(5) Grcbt, Recherches et observations sur une nouvelle espèce d'hématozoaire. Ann. des se. nat., 3e série, t. I.

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M. Joly, ayant rencontré récemment des Filaires de quinze à vingt centimètres de longueur, danslesdeux oreillettes d'un phoque commun, a pensé que ces helminthes, qui tous étaient femelles et remplis d'œufs et de petits éclos, n'étaient que l'état adulte du filaria piscinrn. Ce zoologiste suppose que les phoques, vivant presque exclusivement de poissons, avalent avec ceuxci les Filaires dont il$ sont remplis, et que ces derniers résistant à l'action digestive, perforent les parois du tube intestinal, s'insinuent dans les vaisseaux sanguins et parviennent au cœur (1).

Mais M. Joly, avouant que ce ver, qu'il nomme filaria cordis phoeœ, n'a ni bouche, ni anus, et que même sa téte est obtuse, on ne peut expliquer comment il lui serait possible de perforer les parois résistantes des vaisseaux et de l'intestin. Selon ce zoologiste, ce Filaire acquiert son développement complet dans le sang du phoque, et il y produil même ses petits. Mais comment ceux-ci passent-ils donc dans les poissons? Ces myriades de jeunes Filaires, qui, à un moment donné, envahissent le système sanguin, en sortent-ils en criblant ses parois pour se répandre ensuite dans la merî Ce ne peut être que là que les absorbent les poissons, car ceux-ci ne mangent pas, à leur tour, les phoques dont ils sont la pâture. Il faudrait donc admetlreque cesFilaires naissent dans les canaux sanguins de ces mammifères; qu'ils en sortent ensuite pour aller vivre sur des poissons, et qu'ils ont besoin

(I) Jolt, Mémoire sur une nouvelle espèce d'hématozoaire, 06- % servée dans le cœur d'un phoque. Compt. rend. 1858, t. XLVI,

enfin, pour parvenir à leur état adulte, qu'un phoque les dévore, pour qu'ils se réintroduisent dans le même appareil qu'ils ont précédemment abandonné

Tout cela est vraiment extraordinaire ! et ce que je puis affirmer, bien plus difficile à comprendre què l'évolution spontanée de ces Filaires, tout simplement dans le lieu où on les découvre. Et pourquoi donc ces Filaires se donneraient-ils tant de, peine pour s'expatrier d'un milieu où ils doivent enfin revenir?

Comment donc Vau Beneden, qui connaissait ce fait, mais qui ne le cite que fort brièvement, a-t-il pu dire que tous les hématozoaires paraissent se trouver" à l'état agame dans le système vasculaire (1)?

Lorsque l'on découvre aujourd'hui si habilement les hématozoaires qui circulent avec le sang, et qui ont parfois des dimensions infiniment petites, telles que l'hématozoaire de 0,0040 de millimètre dont parle M. Gruby (2); on se demande comment, si le sang était réellement le véhicule normal des helminthes, comment, nous le répétons, depuis longtemps, on n'aurait pas déjà découvert leurs œufs ou leurs embryons dans ce fluide? Cela serait on ne peut plus facile, car ils devaient se rencontrer en abondance chez certains animaux, qui sont infestés par une inconcevable quantité de vers. On devrait d'autant plus obtenir

(1) Gkrvais et Van Beneden, Zoologie médicale. Paris, 1859, t. H, p. 303.

(2) Ghuby, Recherches et observations sur une nouvelle espèce d'hématozoaire. Ànn. se. nat. Zoologie, 1844, 1. 1, p. 104. Quelques savants ont douté, ilesl vrai, deranimalité de cet helminthe, mais cela ne diminue nullement de la force de l'argumentation, si ce n'est pas un véritable animal, c'est une production quelconque.

ce résultat, que beaucoup de germes voyageurs doivent s'égarer ou périr en route, et qu'il faut nécessairement qu'il y en ait un immense nombre en circulation, pour qu'il en arrive quelques-uns seulement à leur destination.

Mais la découverte des hématozoaires, ainsi que le fait observer Bérard, n'offre aucun argument en faveur de la transmission des œufs à l'aide de la circulation. Bien au contraire, ces animaux sont là dans leur site d'élection, et ils y offrent une preuve de plus en faveur de la génération spontanée (1).

On sait que Valentin a découvert un microzoaire dans le sang. Cet animalcule, qui y était excessivement abondant, ressemblait absolument aux Protées et n'offrait pas la moindre trace d'organisation ni d'appendices (2). La présence de ce microzoaire ne peut être expliquée là que par rhétérogénie ; car je ne suppose pas que les partisans des migrations puissent admettre qu'un être microscopique difflucnt, privé d'appendices vulnérants, a pu pénétrer dans le système sanguin.

De l habitat des helminthes: — Les savants qui prétendent que les œufs s'introduisent du dehors dans l'intérieur des organes, ne se sont pas réellement rendu compte des conséquences de cette hypothèse, sans cela, ils auraient reconnu qu'elle est complètement inadmissible. Burdach, qui a très-bien entrevu les difficultés qu'il y a d'expliquer ainsi les Entozoaires

(1) Bérard, Cours de physiologie. Paris, 1848, t. \, p. 102.

(2) Vai.entis, ArchivesdeMuller. 1841, n° 5, p. 435. Ann. se. nat. Zoologie, i«41,t. XVI, p. 303.

368 HKTÉROGKNIB.

que recèlent les cavités closes ou les divers tissus, dit avec raison : « Leurs œufs ne pourraient être portés « au dehors qu'à la faveur du renouvellement des « matériaux du parenchyme de ces organes ou du « liquide qu'ils contiennent; c'est-à-dire, qu'autant « qu'ils seraient amenés dans le sang par l'absorption « et séparés de cette liqueur par la sécrétion ; après « quoi il leur faudrait, pour arriver chez un autre « individu, à l'endroit qui les doit recevoir, s'introa duire avec les aliments dans le canal intestinal, « puis couler avec le chyle dans le sang, et se détacher « du sang pendant le travail intime de la sécrétion et « de la nutrition. Mais ces migrations sont compléte- « ment fabuleuses, puisqu'il n'existe point ici de voies « ouvertes, et que tous les vaisseaux sanguins ou conc duits sécrétoiresont des parois closes à travers les- « quelles aucune substance ne peut pénétrer qu'à « L'état de dissolution et de liquidité (1). »

En efTct , on implorerait en vain toutes les hypothèses, hors l'hélérogénie, il n'en est aucune qui puisse expliquer la présence de certains helminthes parmi une foule d'organes. Comment; en effet, sans elle, concevoir les Cystiçerques ou les Échinocoques qu'on découvre dans nos organes les plus inaccessibles? Bonet et Geoffroy en citent qui ont été rencontrés dans la cavité pectorale ; Morgagni dans le cerveau et la moelle épinière; Ruysch, F. Plaler et Corvisart dans le foie; Cullerier dans l'intérieur du tibia(2). M. Valencienues

(1) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1837, t. I, p. 28.

(2) Bo>kt, Sepulcretum, seu Anatomia practica. Genève, 1679, Ub. XI, obs. 21 . — Geoffroy, Sut deux hydatides trouvées dans la

a découvert dans la cavité péritonéale d'un lézard vert soixante-trois helminthes de plus d'un centimètre de longueur, appartenant à une espèce nouvelle, assez rapprochée des Ténias. Aucun de ces vers ne se trouvait dans l'intestin de ce reptile, et celuici ayant été gonflé d'air, le savant zoologiste s'assura qu'aucune ouverture n'avait été faite par eux pour pénétrer dans la cavité close de l'abdomen (1). M. Dujardin dit avoir vu un helminthe semblable à Tintérieur de l'une des plèvres d'un singe (2). Dans deux Môles que j'ai disséqués au muséum de Rouen, j'ai moi-même rencontré, dans la cavité péritonéale de ces poissons, une quantité considérable de vers Cestoïdes. Il y en avait dans chacun d'eux, un peloton gros comme la tête d'un enfant, et de toutes les tailles. Le docteur Brunetta assure aussi avoir trouvé quelques Ascarides dans une tumeur molle située sur Tavant-bras d'un sujet qui avait été précédemment affecté de syphilis (3). J'ai moi-même rencontré un ascaris lombricoides mâle, dans une fistule de la partie moyenne de la cuisse, sur le cadavre d'une vieille femme. Les partisans de l'hypothèse des migrations,

cavité thoracf que. Bull.de l'éc. de méd., an xiu,p. 164.— Morgagni, De sedibus et causis morborum. — Rutscii, Thesaur., I, n.42. — Plater,. Observ., lib III, p. 617. — Corvisart, Observation sur une hydropisie enkystée du foie avec hydatides. Journ.de méd. — Coller ier, Observation sur une tumeur du tibia qui contenait une grande quantité d'hydatides. Journ. de méd., 1806.

(1) Vai.ekciemkfs, Observation d'une espèce de ver de la cavité abdominale d'un lézard vert. (Dithyridium lacertœ. Va/.)Ann. se. nal. Zoologie, 184i, t. Il, p. 248. — Inslilut, t. XIX.

(2) Cité par M. Valenciennes.

(3) BauNETTA,Scten4tal» i<aaama«i.Lucca. 1844, p. 532.

expliquent le voyage de l'embryon à l'aide du travail des crochets dont il est armé, Mais comment les ascarides se transportent-ils, eux qui ne possèdent pas de semblables appendices?

Ajoutons enfin, que quelques savants italiens sont unanimes pour soutenir que Ton a parfois trouvé divers animaux dans les pustules de la variole. Le professeur Cerioli dit y avoir rencontré des helminthes, et considère leur production comme une nouvelle preuve de la génération équivoque. Le docteur Morello observa deux cas semblables dans une récente épidémie à Lucques (1).

Par la théorie des migrations, comment expliquer aussi les helminthes quel'on rencontre à l'intérieur des yeux des animaux vertébrés? Si leur habitat dans ces organes était un fait isolé ou rare, on pourrait lui chercher quelque cause extraordinaire ; mais il est tellement fréquent qu'il faut presque lui trouver une voie naturelle, si Ton n'admet point Thétérogénie (2). En effet, Nordmann rapporte qu'ils sont

(1) Cerioli, Scienziati italiani atli. Lticca, 1844, p. 532. — Morello, Scienziati italiani atti. Lucca, 1844, p. 546.

(2) Le docteur Haering a découvert un cyslicerque dont on distinguait parfaitemeut les suçoirs et les crochets, entre la sclérotique et la conjonctive de l'œil d'un enfant. — FLering, Observation de cysticerquecelluleux entre la conjonctive et la sclérotique, Gazette médicale de Paris, 1839, p. 636.— Le DiploUomum voivetu, Nord., se rencontre en telle abondance dans l'œil des poissons, que ses cavités en sont presque remplies. Dans son bel ouvrage, Nordmann en a figuré qui avaient envahi l'humeur vitrée d'une perche. On le découvre aussi jusque dans l'humeur aqueuse ; ce savant a représenté les yeux d'un yadus Iota et ceui d'un cyprinus erythrophthalmus sur lesquels cette humeur en coulient une

communs dans les yeux des poissons, et qu'il en a rencontré dans presque tous ceux qu'il a disséqués. Ces vers, de genres variés, appartenaient aux Distomes, aux Diplostomes et aux Holostomes ; les uns siégeaient dans l'épaisseur des membranes, et les autres dans ses plus profondes cavités, l'humeur vitrée et le cristallin (1). II n'est pas rare non plus de découvrir des Filaires vivants dans les yeux des mammifères. Hopkinson, Morgan et Bremser ont observé le filaria papillosa dans la chambre antérieure de l'œil du cheval, où il est assez commun, et où parfois on le distingue parfaitement se mouvoir pendant la vie de l'animal (2). Enfin, plusieurs observations curieuses de MM. Rayer etNordmann prouvent que l'homme luimême recèle parfois des helminthes à l'intérieur du globe de l'œil. Ces savants ont découvert des Filaires dans le cristallin de quelques personnes affectées de cataracte (3). L'hypothèse des migrations serait bien

énorme quantité. — Nordmann, Mikrographische ïleitràge zur AV turgeschichte der wirhellosen Thiere. Berlin, 1832, p. 1 10, pl. i, fig. 1, 2, 3.

(1) Nordmann, Mikrographische Beitràge. Berlin, «832, t. I, p. 2î9.

(2) Hopkinson, Account of a worm in a horse's Eye. In Trans. of the amer, philos, society. 1786, p. 183. — Mopgan, Of a living snakein a living horse's Eye, etc., In Trans. of the amer, society. 1786, t. Il, p. 383. — Bremser, Traité zoologique et physiologique sur les vers intestinaux. Paris, 1824, p. 18.

(3) Rater et de Nordmann, Helminthes dans l'œil de l'homme, Archiv. de médecine comparée. — Ces filaires ont paru à ces observateurs constituer même une espèce particulière, à laquelle ils ont donné le nom de filaria oculi humant. Van Beneden le nomme filaria lentis. — Comp. Sichel , Iconographie ophlhalmologique. Paris, 1859. — Ammon, Klinische Darstellungen, pl. XII.

impuissante pour expliquer tous ces faits, et surtout ces derniers, quand on songe que lesFilaires sont vivipares (1) ! Sœmmering assure même avoir découvert un cysticercus cellulosœ vivant, de la grosseur d'un pois, dans la chambre antérieure de l'œil d'une jeune fille.

Dans Thistoire des helminthes, certains faits de double ou de tripleemboîternent, viennent encore corroborer d'une extraordinaire manière la théorie des générations primaires. Bojanus et de Baëront trouvé, dans le foie de quelques limaçons, des Distomes à l'intérieur desquels il existait des Cercaires (2). De Nordmann rapporte avoir fréquemment rencontré, dans l'œil des poissons, des Trématodes qui contenaient d'autres Entozoaires microscopiques (3). Mais de Siebold a mentionné un fait bien autrement étonnant encore : c'est celui d'un Monostomum mutabile, ver qui vit à l'intérieur des palmipèdes, et dans le corps duquel il existait un œuf occupé par un jeune Monostomum, qui lui-même contenait un Distome (4) !

Bremser rapporte avoir trouvé dans le foie d'un bœuf,

(1) Comp. Lebiokd, Quelques matériaux pour servir à l'histoire des filaires, Acad. des scirne. de Rouet», 1836, p. 145. — Valehcienisls, Institut, I8S6, 4 août. — Jacobson, Nouvelles annales du muséum, 1. III, p. 80.

(2) Bojainus, luis, 1818, p. 729. — Baeb , Nov. ad. nat. eur. t. XIII, p. 605.

(H) Noiidjians, Mikrographische Beitràge. Berlin, 183*. p. 47. Recherches microscopiques, elc.

(4) Siebold. Sur le Monostomum mutabile, dans Wiegmàiw's Arch. t. 1, p. 45. Comp. aussi Carcs, du Leueochloridium paradoxum. Aov. act. nat. cur., t. XVII.

une Hydatide de la grosseur du poing, qui, après avoir élé incisée, laissa s'échapper une grande quantité de vésicules d'eau, dont quelques-unes avaient le volume d'une noix. Celles-ci étaient elles-mêmes remplies de plus petites Hydatides, dans la cavité desquelles nageaient de véritables Êchinocoques.De semblables emboîtementsont élé observés sur l'homme (1).

Recherches expérimentales. — En décrivant les migrations des vers, Kûchenmeister dit, sans mentionner d'exception, que l'hôte qui recèle les Cystoïdes est dévoré par les animaux carnivores, et que c'est par ce moyen que ces vers arrivent dans leur estomac (2). S'il ne s'agissait que des carnivores, si même de nombreuses objections ne se présentaient contre ce mode d'introduction, il resterait encore à expliquer comment les espèces herbivores introduisent dans leur tube digestif les scolex qui sont appelés à produire les nombreux Ténias qu'on rencontre parfois sur eux; eux qui ne mangent pas de viande, et qui par conséquent ne dévorent aucun cystoïde. On pourrait citer en particulier le mouton , qui a parfois plus de cinquante Ténias dans ses intestins. En effet, à une époque où, en Normandie, on remarqua beaucoup de Ténias chez ces animaux, j'ai disséqué des brebis qui en contenaient un tel nombre, que l'intestin grêle en était absolument obstrué (3). On pourrait demander

(4) Bremsrr, Traité zoologique et physiologique des vers intestinaux. Paris, 1824, p. 1 10.

(2) Kûchenmeister, On animal and vegetable parasites of the human body. Londres, 1857, t. 1, p. 80.

(3) Je conserve encore au muséum de Rouen une anse d'intestin grêle de mouton qui est absolument interceptée par ces ténias.

aux fauteurs des migrations, comment ces moutons ont pu collecter une telle abondance d'Entozoaires. On ne peut pas dire qu'ils dévorent de la chair de porc!... Où étaient donc les cystoïdes qui ont engendré leurs cestoïdes?

Les partisans des migrations seraient tout aussi embarrassés à l' égard des chamois mentionnés par Bremser, et dont il a été question. Qui pouvait leur avoir communiqué cette abondance de vers dont parle le célèbre helminthologiste? Relégués vers les confins des neiges éternelles, il n'y a pas là de chiens pour souiller d'immondices leurs solitaires pâturages, et ils ne mangent pas de chair d'animaux I

Il est essentiel de constater ici que le cysticercus cellulosœ vit parfaitement sur l'homme, et qu'on l'y a déjà observé un assez grand nombre de fois. Sur notre espèce, ainsi que l'a fait remarquer R. Owen, c'est spécialement dans les muscles qu'on le rencontre (1). On l'a parfois observé en Angleterre, mais il y est rare; sur le continent, au contraire, on le rencontre assez fréquemment. Rudolphi rapporte que sur deux cent cinquante cadavres humains qui sont annuellement disséqués à l'École d'anatomie de Berlin, on en compte quatre ou cinq qui contiennent un nombre plus ou moins grand de Cysticerques (2).

Les observations de Plater (3), Bonet, Rudolphi,

(1) R. Owem, The Cycloptedia ofanatotny and physiology de Todd. Londres, 1839, art. Entozoa, p. 119.

(2) Cette observation fut faite par Rudolphi durant plusieurs années consécutives.

(3) Plater, Observ. lib. 111, p. 3. — Bonet, Sepulcretum rive Anatomia practica. Genève, 1697. — Rudolphi, Lettre de Brem-

Breraser, Van Beneden, ayant parfaitement démontré que les Cysticerques se développent aussi bien sur l'homme que sur les animaux, on ne voit pas pourquoi le porc deviendrait l'indispensable intermédiaire par lequel ces vers devraient passer avant de venir se fixer dans nos intestins. Or, puisque notre espèce est aussi apte à nourrir ce Cysticerque que l'espèce porcine, et qu'elle doit encore être plus apte qu'elle à le contracter, possédant ce vers adulte, rempli de sa progéniture, nous devrions en être plus fréquemment infestés.

M. Ch. Vogt, quoique prétendant que la théorie de la génération spontanée est ébranlée et renversée sur tous les points, ne nous satisfait pas, tant s'en faut, à l'égard des voies par lesquelles il explique les migrations des Helminthes (1). a Dans tous les pays où le Bothriocéphale est si fréquent, dit-il, on a l'habitude d'arroser les plantes qui servent de légume avec des excréments liquides, puisés dans les fosses d'aisances. Il n'y a point de doute qu'un certain nombre d'œufsdeBothriocéphales, rejetés avec les excréments, ne parviennent, avec la salade et d'autres légumes crus, dans les intestins de l'homme. »

Les physiologistes modernes s'efforcent de faire intervenir le porc commun, comme l'indispensable nourricier des Ténias qui infestent les Anglais et les Fran-

ser. — Bremser, Traité zoologique et physiologique des vers intestinaux de Vhomme. Paris, 1824, p. 228. — Geryais et Van Beneden, Zoologie médicale. Paris, 1859,1. II, p. 251.

(1) Ch. Vogt, Sur la transmigration des vers. Bib. univ. de Genève, 1851, t. XVIII, p.

576 BÉTÉROGÉNIE.

çais; M. Vogt, à l'égard du Bothriocéphale, y va plus franchement. Selon lui, cet Helminthe n'est pas enchaîné, comme le Ténia, à faire un pénible stage et un voyage encore plus pénible pour parvenir dans le corps humain : il l'envahit directement. J'ajouterai seulement que c'est par une inconcevable erreur que ce savant prétend qu'en Hollande, ce pays de l'idéal de la propreté, ou en Suisse, on arrose les légumes avec nos excréments liquides.

A l'exemple de M. Vogt, Van Beneden pense aussi que les œufs desBothriocéphales sont introduits immédiatement dans notre intestin. 11 croit qu'ils se trouvent dans l'eau que nous buvons et que leurs embryons ne s'enkystent pas (1). Mais on se demande comment donc il se peut qu'il y ait une si extraordinaire différence entre les mœurs et le développement de deux helminthe» aussi rapprochés que les Ténias et les Bothriocéphalcsî Et, d'un autre côté, ne sait-on pas que depuis un siècle, Schreiber et Bremser ont combattu ce mode d'introduction des vers avec une incontestable supériorité, en joignant l'expérience à la sévérité de l'argumentation (2).

En admettant même, dans toute leur extension, les théories de Ktichenmcister, de Siebold et de Van Beneden, sur les migrations des helminthes, il serait de toute impossibilité d'expliquer, à l'aide de celle-ci, les Cœnures et les Êchinocoques. En effet, si un embryon arrive dans un site et qu'il y produise un helminthe

(1) Van Beneden, Zoologie médicale. Paris, 4859, t. II, p. 237.

(2) Schreiber cité par Bremser. — Bremser, Traité xoologique et physiologique des vers intestinaux. Paris, 1824.

vésiculaire , un Cysticerque, cela se conçoit; mais que cet embryon -là, tantôt donne naissance à un ver vésiculaire simple, et tantôt donne naissance à une vésicule qui, elle-même, engendre de nombreux embryons, je ne conçois plus cet être avec de si étranges prérogatives. On ne dira pas, sans doute, qu'à l'endroit où se développe un Échinocoque, il s'est amassé des myriades d'œufs de Ténia, comme à une espèce de rendez-vous, tandis que Ton n'en trouve nulle part ailleurs, dans 1* économie. En effet, si leur migration s'était produitesur une si vaste échelle, pour qu'il s'en arrêtât autant à une place, on en verrait quelques-uns ailleurs, et souvent il n'existe sur un animal qu'uneseule vésicule de Cœnure ou d'Echinocoque. Al'égard des Échinocoques,les migrations ne peuvent donc paraître sérieuses. Et Ton sait que ces helminthes sont une objection terrible à la théorie nouvelle. M. G. Busk avoue lui-même avoir fait d'infructueux efforts pour éclaircir leur dissémination (1).

Depuis longtemps, la vésicule enveloppante des Êchinocoques a été signalée comme jouant un rôle actif dans la production de ceux-ci ; Laennec, sans la connaître à fond, l'avait déjà entrevu (2). Délie Chiaje a insisté sur ce sujet, et, dans une plus récente productif. Bcsk, Some observations on the Natural History of the Echinococcus. Dans the transactions- of the microscopical society of London, 1840, vol. II, p. 49,

(2) Laeiwec, désignait ces helminthes sous le nom d'hydatides ou d'acëphalocystes. — Delle Chiaje, Compendio di Elmintografia Umana. Naples, 1823, p. 30. — Thomas Huxley, On the Anatomy and Development of Echinococcus vrterinorum» Zoological society. Ann. and. ofmag. nat. hist. 1834, p. 379, pl. xi. Pouchet. 37

HKTÉROGÉNIB

lion, T. Huxley représente, dans une figure hypothétique, la production des Échinocoques par la face interne de la vésicule qui les contient. Enfin, M. Robin a démontré, d'une manière évidente, comment cette membrane interne des Echinocoques, qu'il appelle membrane mère ou fertile, produisait de jeunes individus par une espèce de gemmation. Toutes les phases de leur développement sont représentées avec soin dans le travail de ce savant (1 ).

Nonobstant tout cela, Van Beneden prétend que les Échinocoques ne sont qu'un état particulier des vers Cestoïdes (2) ; et, au contraire, de Siebold affirme que ce ne sont que des Ténias malades, hydropiques (3).

On le voit, ces deux savants se trouvent à cet égard étrangement en dissidence.

Si Ton penchait vers l'hypothèse de de Siebold, n'aurait-on pas à s'étonner de voir des êtres malades, jouir d'une fécondité qu'on ne rencontre pas chez ceux qui se trouvent dans l'état normal 1

Si, avec Van Beneden, on considère les Échinocoques, comme n'étant que des vers Cestoïdes againes (4), alors, ce sont donc les mêmes êtres agames qui, tantôt, sont isolés et obligés d'exécuter une labo-

(1) Robin, Dictionnaire de médecine de Ny$ten. Paris, 1858, l>. 408.— Griffith et A. Henfrey, dans The micrographie dictionary, Lomlon, 1856, ont représente celte gemmation sur la face externe de la membrane de Y Echinococcus veterinorum. Rnd. pl. xvi, f. 2.

(2) Van Beneden, Les vers cestoïdes ou acotyUs. Bruxelles, p 83. Zoologie médicale. Paris, 1859, t. II, p. 216.

(3) Dk Siebold, Zeitschr.fUr wiss. Zool. 1850, p. 220.

(4) Gervais et Van Beneden, Zoologie médicale. Paris, 1859, t. Il, p. 216.

DISCUSSION DE l' HYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 579

rieuse pérégrination, pour aller sur un autre animal s'y métamorphoser et s'y revêtir d'un appareil sexuel, afin de produire des embryons (1) ; et qui, tantôt, sont agglomérés, et, tout agames qu'ils sont, donnent naissance à ces mêmes embryons, par simple gemmation, à la surface de leur membrane interne (2) !

L'esprit ne suit qu'avec difficulté ce dédale de contradictions. Et, en voyant la membrane interne granuleuse des Ëchinocoques, donner naissance, par gemmation, à une nouvelle progéniture, dont l'apparition se voile des plus profondes ténèbres, n'est-il pas plus évident qu'elle y prend spontanément naissance, par cette espèce de gemmation si bien décrite par les observateurs. Ainsi naissent les Microzoaires, dans les granules des membranes proligères.

Un Nématoïde microscopique déjà mentionné, le Trichina spiralis (3) , qui envahit tous les muscles de l'homme, et même ceux de l'oreille interne, offre un argument sans réplique en faveur de l'hélérogénie. Tout le monde l'a parfaitement senti ; cependant, que peut-on opposer aux expériences de Herbst, que nous avons citées? Rien, tant elles sont précises. On ne peut que louer celui-ci d'avoir été assez heureux pour rencontrer tant d'animaux infestés de ce ver, lui qui est si rare chez nous; et ensuite, d'avoir si merveilleusement

(1) Les cysticerques obliges d'aller sur un autre animal s<; transformer en ténia!

(2) Les échinocoques , produisant des embryons libres à leur intérieur !

(3) R. Oweïi, Transactions de la société zoologique de Londres, 1835, t. I, p. 315.

580 HÉTÊROGÉME.

réussi (i). Seulement, on pourrait objecter à cette expérience que de Siebold ne considère le Trichina spiralis que comme une espèce qui s'est égarée dans ses migrations, et que, par conséquent, il est réellement fort extraordinaire que ce ver se soit constamment fourvoyé durant les expériences de Herbst (2). Ainsi, nous opposons toujours les expérimentateurs les uns aux autres.

Remarques sur les transmigrations des vers. — Je n'ai nullement à me préoccuper, dans ce travail, si les Cysticerques sont ou non déjeunes Ténias; ce qui m'intéresse seulement, c'est d'élucider par quels moyens les vers parviennent ou apparaissent dans les organes variés où nous les trouvons. M. Leuckart, qui assure avoir très-souvent vu se produire des Cysticerques sur des mammifères que l'on avait nourris avec des proglottides, dit lui-même : « Je regrette de ne pouvoir pas encore indiquer assurément la voie par la* quelle les embryons parviennent dans le foie, n'ayant pas encore été assez heureux jusqu'à présent pour trouver l'embryon voyageur (3). » Ce serait cependant là, il faut en convenir, la chose fondamentale.

(1) Herbst, Expérience sur la transmission des vers intestinaux. Société des sciences de Gœtlingue, 1851. Institut, n° 995. Ann. scienc nat. 4852.

(2) C. T. de Siebold, Mémoire sur les vers rubanés et vésiculaires de l'homme et des animaux. Ann. se. nat. Zoologie. 1855, t. IV, p. 72. Ce savant considère aussi comme des vers égarés tes cysticercus celluloses que l'on rencontre sur l'homme, ce qui, dit-il, arrive assez souvent.

(3) R. Leucïart, Lettre relative à de nouvelles expériences sur le développement des vers intestinaux. Ann. se. nat. Zoologie, 1855, t. III, p. 352. — Kûchenmeister rapporte cependant que ce phy-

La lettre de M. Leuckart, qui me paraît avoir été provoquée par de légitimes interpellations de M. Valenciennes, ne me semble nullement répondre à celles ci; et j'avoue ne pas en comprendre divers points, et en considérer d'autres comme tout à fait contraires à la thèse que soutient le naturaliste étranger. Nous dirons d'abord que vraiment il ne nous semble point extraordinaire qu'après avoir nourri des lapins avec des œufs de Ténia, on trouve le corps de ces Rongeurs rempli de Cysticerques. Ils en sont si communément affectés, qu'on pourrait y en rencontrer de même sans leur avoir donné cet aliment. Mais ce que je ne m'explique pas, c'est comment Leuckart, après avoir fixé à 1 ou 2 millimètres la longueur des Cysticerques, au moment de leur éclosion, à quelques lignesdclà, dit que leurs embryons perforants n'offrent que 1/1 2 de millimètre d'étendue! Enfin, l'expérimentateur étranger n'est pas tellement sûr de l'itinéraire de ses jeunes voyageurs, pour qu'il ne soit forcé de convenir«qu'il soupçonne que, parfois, quelques-uns d'entre eux se développent dans le mésentère, sans avoir parcouru le foie (1).

Maintenant, occupons-nous des importants travaux de de Siebold. Mais qu'il nous soit permis de dire, en commençant, que ce grand zoologiste avoue lui-même que les premières tentatives relatives aux migrations des vers, ont fomenté des discussions de toutes parts, et qu'on a reproché au docteur Kûchenmeister de

siologisfe, nous l'avons dit, a trouvé des embryons dans la veine porte. Kûch., t. I, p. 50.

(I) K. Leuckart, /<*., p. 354.

n'être pas assez bon helminthologistc pour pouvoir élucider la question (1). Donc, dès le début, nous trouvons déjà en dissidence les deux grands promoteurs des nouvelles doctrines.

Après cela, on nous pardonnera, nous l'espérons, si nous nous permettons encore quelques doutes. Nous dirons d'abord, que les premières expériences de de Siebold sont loin, pour nous, d'être plus concluantes que celles du savant de Ziltau. Nous n'y trouvons nullement la précision, la rectitude, qu'on doit s'efforcer d'admettre dans de si délicates recherches, et nous trouvons aussi que ce premier mémoire est loin, pour les résultats, d'être en harmonie avec celui que nous analyserons ensuite.

M. de Siebold n'énonce les résultats de ses expériences qu'avec un vague qui étonne. Là il se contente de dire que les chiens tués plusieurs jours après l'ingestion des Cysticerques offraient des Ténias de 1 à 3 pouces. Plus loin, il ajoute qu'après vingt ou vingtcinq jours, ces vers avaient plusieurs pouces de longueur. Enfin, dans d'autres expériences, au bout de huit semaines, les Ténias avaient atteint trente-six à trente-neuf pouces, et quelques individus étaient longs de plusieurs mètres (2). Nous verrons ci-après que toutes ces mesures sont loin d'être en harmonie avec les plus extrêmes proportions que l'illustre naturaliste rencontre dans les expériences mentionnées dans son second mémoire. De Siebold dit bien ici

(1) De Siebold, Expériences sur ta transformation des cysticerques en ténias. Ann. se. nat. 1852, t. XVII, p. 378.

(2) De Siebold, Mémoire précité. Anu. se. nat., p. 379.

qu'il donnait à ses chiens de 30 à 60 Cysticerques, mais il ne note nullement combien il rencontrait de Ténias dans chaque animal soumis ù l'expérimentation. Il est extraordinaire aussi, que dans toutes ses expériences sur les chiens, jamais on ne mentionne un Ténia né naturellement sur ces animaux, eux qui en sont si fréquemment infestés.

Après avoir admis que c'est le Cysticerque des lapins et des lièvres, qui, dévoré par les chiens, produit leurs Ténias, de Siebold fait ingénieusement remarquer que les Ténias sont rares chez les chiens de garde et d'appartement; mais qu'ils sont plus communs chez ceux de chasse, qui ont souvent l'occasion d'avaler les intestins des lièvres et des lapins tués par leurs maîtres, et par conséquent doivent être plus sujets à l'infection (1).

Tout cela est ingénieux, en théorie; mais quand on y réfléchit on voit que le chasseur ne mange pas proportionnellement plus de gibier qu'une autre personne; les produits de ses courses se disséminent, et à l'office le chien de garde, le chien de salon et le chien de chasse ont absolument le même régime. Il n'est pas prouvé par moi que le chien de salon veuille toujours accepter des intestins de lapin crus pour sa nourriture.

J'ai lu attentivement ce qu'a produit de Siebold sur ce grave sujet, et j'analyserai son œuvre avec une impartialité qui saura, tout en rendant hommage à

(I ) De Siebold, Expérience sur la transformation des cysticerques en ténias. Ann. des se. uat., 1852, t. XVII, p. 380.

384 HETÊR0GË1UB.

l'immense mérite de l'auteur, rester inflexible lorsque celui-ci me paraîtra sortir du domaine de la réalité. Le but que s'est proposé le professeur de Munich, dans son long mémoire, est de démontrer que les helminthes ne s'engendrent jamais par l'hétérogénie, mais qu'ils parviennent dans le corps des animaux à l'aide de migrations, et en subissant des transformations plus ou moins extraordinaires (1).

A diverses reprises, de Siebold a senti' lui-même qu'il soutenait une thèse vulnérable, et il s'en explique fréquemment avec ses lecteurs. Au début de son œuvre çet aveu lui échappe : On pourrait pent-êlre croire, dit-il, qu après avoir blâmé les hypothèses imaginées pour expliquer la production des Helminthes, je tombe à mon tour dans le même travers... Van Beneden a eu de semblables appréhensions au début de ses recherches (2).

En faisant connaître les générations alternantes, Steenstrup (3) a peut être contribué beaucoup à l'audace des doctrines émises récemment sur les migrations des Helminthes. Le mémoire de M. de Siebold, en est pour nous la preuve. Ainsi là, sans s'appuyer d'aucun fait relatif à l'animal lui-même, en invoquant la simple analogie, il prétend que le Gordius des marais, si rare chez nous, n'est que l'adulte Aufilaria insectorum9

(1) De Siebold, Mémoire sur les vers rubanés ei vésiculaircs de Vlwmme et des animaux et sur la production des helminthes en général. Afin. se. nat. 1856. Zoologie, t. IV, p. 48.

(2) Quand j'annonçai pour la première fois ce résultat à Paris, on me répondit : C'est un roman. — Van Beneden, De l'homme. Bruxelles, 1859, p. 40.

(3) Steenstrup, Generationswechsel . Copenhague, 184*2.

DISCUSSION DE l'bYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. 585

commun chez les Coléoptères et les sauterelles (1). Nous admettons très-bien, avec de Siebold, que la Linqula simplicissima, pressée dans le corps assez restreint des poissons, y conserve ses organes génitaux à l'état rudimentaire; puis qu'avalée avec ceux-ci par les oiseaux aquatiques, elle les laisse se développer et qu'elle prenne alors un aspect tellement différent qu'on ait pu lui donner divers noms spécifiques (2). Mais il y a de cela à tout ce que l'on nous propose, une immense différence!

L'idée qui domine tout le travail de de Siebold est celle-ci : il veut démontrer que les Ténias sont produits par les Cysticerques, les Cœnures et les Échinoecques, qui n'en sont que les jeunes; et que, par conséquent, il faut faire disparaître un bon nombre des genres qui entrent dans Tordre des Enlozoa-cephalocotylea établi par Diesing (3), et admis par tous les helminlhologistes. Ensuite, selon le professeur de Munich, ces vers vésiculaires naîtraient constamment *ur une espèce particulière d'animal pour ne terminer leur accroissement complet que sur une autre espèce, après avoir accompli une migration.

De Siebold révèle, il me semble, le côté faible de sa théorie, lorsqu'il prétend que les Cœnures et les Échinocoques représentent autant d'embryons de Ténia (cysticerques), qui, sous l'influence de certaines circonstances, deviennent, dit-il, de grandes vessies à la surface desquelles se développe, par voie debour-

(1) De Siebold, op. cit., p. 57.

(2) De Siebold, op. cit., p. 76.

(3) Diesiug, Systema helminthum, t. I.

HÉTÉROGÉME

geonnement , une foule d'embryons, qui y restent adhérents dans les Cœnures, et deviennent libres dans les Echinocoques (I). Celle théorie me paraît renverser tout ce que de Siebold s'efforce lui-même d'établir. En effet, si un Échinocoque n'est que l'état embryonnaire d'un Ténia, comment admettre que cet embryon puisse donner naissance à Tune de ses surfaces, à divers autres embryons de l'espèce. Ce serait donc un embryon qui produirait d autres embryons; c'est inexplicable.

Les expériences qui ont été faites par de Siebold, pour démontrer que le Ténia serrata du chien provient de la migration du Cyslicercus pisiformis, nous paraissent loin d'être concluantes : la plus simple analyse le démontre. Et d'abord le savant de Munich pose en principe général, qu'après un séjour de vingt-cinq jours dans l'intestin d'un chien, les Cyslicerques se transforment en Ténias qui ont de dix à douze pouces de longueur; et cependant dans presque toutes ses expériences, on ne voit jamais ce résultat avoir été atteint, loin s'en faut (2). Bien plus, môme, dans des expériences où les Cyslicerques ont été administrés à peu de distance, l'on remarque des différences telle-

(1) C. T. De Siebold, Mémoire sur les vers rubanis et vésiculaires de l'homme et des animaux. Anu. se. nat.» Zoologie, 1855, t. IV,

(2) Comp. .Zeilschrift ftir wissen<chaftliche Zoologie, 1854 (Journal deZoologic scientifique), où M.dc Siebold a d'abord publié ses recherches. — Lewald, De CysHcercorum in Tœnias metamorphosi pascendi experimentis in Instituto physiologico Vratislavensi administrons illustrata. Berlin, 1852. Thèse inaugurale où furent d'abord consignées les recherches de M. de Siebold.

ment considérables dans l'accroissement qu'il devient de toute impossibilité d'en donner la moindre explication. Là, à côléde Ténias qui n'ont encore acquis que qualre lignes de longueur, on en voit d'autres qui sont parvenus à dix pouces (t).

La conclusion de de Siebold nous parait peut-être un peu prématurée. 11 y a dans toutes ses expériences beaucoup de points contestables. De ce que l'on trouve des Ténias dans des chiens, après leur avoir fait avaler

(1) Mais citons des exemples : Expérience troisième En quatre jours un chien avale trenlc-deux cysticerques; il est tue au bout d'un certain temps et on icncontrc sur lui des ténias qui n'ont que 4 lignes 1/2, tandis que d'autres ont 10 pouces 1/2 : (inexplicable différence). — Expérience quatrième. On l'ail avaler à un chien vingt-deux cysticerques, et après vingl-lrois jours, ce chien est tué et on trouve dix-neuf ténias dont la longueur varie de 4 lignes à i pouce 3/4. (Il y a loin de là à la taille de dix à douze pouces que M. de Siebold attribue aux ténias âgés de vingtcinq jours.) — Expérience cinquième. Tienlc-huil vers vésiculaires sont donnés à unehien, sur lequel, après vingt-huit joui s,on trouve trente deux ténias de 4 lignes 1/2 à 10 pouces 1/2. (De Siebold ne met pas assez de précision en énonçant le résultat de ses expériences. Il ne dit nullement combien de vers avaient acquis le minimum ou le maximum de la mesure, et c'était cependant indispensable. Quoi qu'il en soit, crtle expérience offre ample matière à la critique. Est-il possible, en effet, d expliquer commmt après un si long séjour dans l'intestin ces vers offrent une telle différence dans leur longueur?) — Dans la sixième expérience on a un résultat oppose. Qu iranle-cinq cysticerques celluleux sont donnés à un chien, et treize jours après l'on ne trouva dans son intestin que quelques ténias longs de 3/4 de pouce. (Pourquoi ne pas dire le nombre de ces ténias et pourquoi après treize jours sont-ils si peu développés?) — M. de Siebold sent lui-même qu'on doit être étonné de ces différences extrêmes et s'efforce de les expliquer. Mais il y a là une telle anomalie qu'il nous s.-mble que l'illustre savant reste réellement impuissant pour en donner une raison plausible.

des Cysticerques, cela n'implique pas que ceux-ci n'en possédaient point avant l'expérience, car on sait que ces animaux en nourrissent très-fréquemment. Ces expériences n'expliquent point non plus l'énorme différence, nous le répétons, qu'offraient les produits qu'elles ont fourni.

Je serais assez porté à considérer les Cysticerques comme desTénias téralogiques, dont le développement est entravé, et qui , lorsqu'ils se trouvent transportés accidentellement dans le tube intestinal, peuvent y acquérir leur forme adulle normale ; mais cela ne dit pas qu'ils n'aient point dû primitivement leur origine à riiétérogénie. Ainsi donc , nous faisons déjà une grande concession à l'illustre naturaliste de Munich. Mais de là à admettre que tous les Ténias proviennent normalement des Cysticerques avalés par les mammifères d'un autre ordre, il y a une incommensurable différence. Ainsi donc nous ne changeons rien à notre thèse. Depuis longtemps, lcshelminlhologistes qui ont invoqué l'hétérogénie, n'hésitent pas à reconnaître la reproduction sexuelle de certains vers, qu'ils n'en regardent pas moins comme formés primitivement à l'aide de la génération spontanée (1). Telle est aussi l'opinion de Tiedemann (2).

Je me demande si c'est sérieusement que de Siebold et Van Beneden onl prélendu que c'était à l'aide de l'alimentation avec la chair du porc ou les saucis-

( I ) Comp. Rudolphi — Bremser, Traité zoologique et physiologique des vers intestinaux. Paris, 1824.

(2) TitDEMANN, Traité de physiologie de l'homme. Paris, 1831, t. I, p. 152.

DISCUSSION DE L'HYPOTHÈSE DES MIGRATIONS. fi89

sons confectionnés à froid, que le Cysticerque s'introduisait à l'intérieur de nos intestins pour y produire le Ténia (1). En effet, est-il permis de penser que, tandis qu'à l'aide des plus grandes précautions, nous ne parvenons à conserver vivants les vers intestinaux qu'un temps fort court, le Cysticerque subirait, sans périr, non-seulement le froid et l'espèce de dessiccation à laquelle il serait si longtemps astreint dans les pièces de charcuterie, mais encore l'action de la fumée, du nitreou du sel, dont on les imprègne si amplement?... C'est une prétention qui dépasse les bornes du possible. Enfin, comme c'est la même espèce de porc que mangent les diverses nations de l'Europe, et qu'elle est peuplée par le même Cysticerque, comment se fait-il donc que dans tel pays notre espèce n'est attaquée que par le Ténia, tandis que dans tel autre on ne rencontre que le Bothryocéphale, cet autre ver solitaire dont la généalogie est encore enveloppée des ténèbres cimmériennesî

A l'appui de la théorie de de Siebold et de Van Beneden, on assure que des médecins de Vienne ont observé que les personnes employées dans les boucheries et les cuisines sont fréquemment affectées de Ténias (2). Le docteur Reinlein prétend avoir remarqué que les chartreux, qui ne mangent jamais de viande et se nourrissent ordinairement de poisson, ne sont point

(1) Vaw Bkneden et Gervais, Zoologie médicale. Paris, 4859, t. Il, p 235.

(2) Wawroch, Praktische Monographie der Bandwurmkrankheit . 1844, p. 197.

sujets au ver solitaire (i). Bilharz dit même avoir observé que ces Ténias sont beaucoup plus abondants sur les races humaines qui se nourrissent de chair crue (2). Le docteur Weisse, de Saint-Pétersbourg, affirme aussi qu'il a vu plusieurs fois le Ténia affecter des enfants qu'il avait soumis à ce régime(3). Enfin, l'un des élèves de M. Van Beneden s'est inoculé le Ténia, en mangeant de la chair de cochon crue, farcie de Cysticerques (4).

Mais un seul fait, bien constaté, irrécusable, nous suffit pour renverser les prétentions de de Siebold et de ses partisans; c'est qu'en France, dans toutes nos villes, on ne mange jamais de porc cru, et cependant on y observe à chaque instant le Ténia : on ne dira pas sans doute que les Cysticerques résistent à la température de l'ébullilion !... Il y a même des personnes qui, par goût ou par préceptes religieux, n'accepteraient pas une parcelle de cet animal, et qui n'en sont pas moins sujettes au ver solitaire. En admettant même l'alimentation avec le porc cru, nous venons de le dire, est-ce que les Cysticerques pourraient s'y conserver

(1) Reiklei?i, Berner kungenilber den Ursprung, die Entwickelung% die Ursachen, Symptôme uni Heilart des breiten Bandwurmes in den Gedàrmen der Âlenschen. Vienne, 1855, p. 25.

(2) Bilharz , Beitràge zur Helminthographia Humana , in der Zeitschrift ftir wissenschaftliche Zoologie. Jahrgang 1852.

(3) M. Van Beneden qui reproduit cetle observation fait remarquer qu'il parait que le ténia solium se trouve aussi sur le bœuf. mais cependant ce savant dit que les mammifères herbivores n'ont ordinairement que des cestoîdes sans crochets. Op. cit., p. 236. Comment admettre celle coïncidence?

(4) Berthelot, Thèse inaugurale. Montpellier, 1856. — Gervais et VakBbredek, Zoologie médicale. Paris, 1859, t. II, p. 259.

vivants? Si les fauteurs des migrations prétendent que oui, nous, nous pouvons leur assurer que les observations de M. Robin affirment que non; ce savant ayant vu que les Êchinocoques périssaient de vingt-qualre à soixante-douze heures après la mort de l'animal qui les portait (I).

Le docteur Schleisner rapporte que le foie des Islandais est fréquemment envahi par des vers vésiculaires, et que ceux-ci affectent même parfois les autres viscères abdominaux et la peau (2). Un sixième de la population en est attaqué. De Siebold considère ces animaux comme n'étant que les jeunes du Tœnia serrata, et il attribue cette affection aux chiens qui sont employés en Islande pour garder les troupeaux.

Mais ce fait nous semble combattre absolument l'hypothèse à l'appui de laquelle on le cite. En effet, de Siebold étant arrivé à réunir le Ténia de l'homme à celui du chien, et à les considérer comme une même espèce, comme l'homme nourrit en Islande on ne peut plus communément le Cysticerque, et qu'il nourrit aussi le ver solitaire, il devient évident qu'il n'est plus besoin d'invoquer d'extraordinaires migrations et l'intermédiaire du porc pour nous infester du Ténia, sa larve et le ver adulte pouvant vivre sur nous.

Et d'abord il serait, avant tout, indispensable que les helminthologistes s'accordassent à l'égard de l'identité de l'espèce en question, et ils sont fort loin

(I)Ch. Rodiîi, Dictionnaire de médecine de Nysten, !!• édilion, Paris, 1838, p. 170.

<2) Scbleisnkb, Portôg til en Nosogrophie of hland. Copenhague, 1849.

DÉTÉROG

d'en être là. Van Benedcn conteste à Siebold qu'il s'agisse ici du Ténia du chien, et il prétend avec M. Kschricht que ce sont des Echinocoques qui infestent ordinairement les Islandais (1). D'un autre côté, comment donc le chien communiquerait-il ces Echinocoques à l'homme, puisque cet animal, d'après Van Beneden lui-même, n'en nourrit aucun. Que doit-on croire au milieu de toutes ces fluctuations (2)?

Arrêtons-nous un moment, car ici tout est extraordinaire et l'hypolhèse change de face.

En attendant, qu'on nous pardonne de sortir, en apparence, du domaine des supputations sérieuses; nous nous y renfermons cependant fort sévèrement ; ce n'est pas notre faute si la doctrine que nous combattons s'est elle-même plongée dans d'inextricables contradictions...

Voici donc l'homme envahi par des Cysticerques qui, selon de Siebold, ne sont que déjeunes Ténias du chien : là conséquemment ce sont les Islandais qui par rapport à cet animal remplissent l'ofBçe du porc à notre égard, puisque ce sont eux qui nourrissent les Cysticerques qui vont se métamorphoser en Tœnia serrata sur l'espèce canine. Mais une difficulté se présente. Puisque l'on a prétendu que nous devions notre ver solitaire à l'emploi de la chair du porc infestée de Cysticerques, comment donc cet ento-

(1) Van Beiseden et Gervais, Zoologie médicale. Paris, 1859, t. H, p. 273. — Eschricbt, Undersogelser over den i Island eiidtmiske hydatidesygdom. Copenhague, 1854.

(2) Tableau des helminthes du chienr Zoologie médicale, t. U, p. 316.

zoaire se communique-t-il au chien, car je ne suppose pas qu'en Islande il se nourrisse de chair humaine?

Il y a encore dans le fait qui se passe en Islande une bien profonde erreur de la nature. En effet, ces Cysticerques, en choisissant l'homme, se sont égarés, leur instinct a fait défaut, puisque leur progéniture s'y voue à une évidente extinction, les hommes ne s'entre-mangeant pas.

Enfin, quelle complication dans le fait de l'Islande ! On a prétendu que c'était en se livrant à ses habitudes immondes que le porc avalait les œufs du Ténia; les moutons, dit-on, s'en infestent en broutant l'herbe souillée des excréments du chien de berger. Mais comme toutes ces supputations ne sont plus possibles à l'égard de notre espèce, comment donc les habitants de cette île introduisent-ils à l'intérieur les germes des Cysticerques qui les rongent? Les fauteurs de l'hypothèse des migrations ne sortiront jamais de ce dilemme ! Ils ne peuvent même pas dire que l'Islandais suffit seul aux métamorphoses et aux voyages du Ténia! Car si on conçoit que ses embryons tombés dans le tube intestinal ( en abondant dans l'hypothèse de nos antagonistes) puissent se frayer un passage à travers les organes , pour aller au loin mener la vie de Cysticerque, nous ne concevons pas quel itinéraire pourraient suivre ces vers vésiculaires , pour revenir dans l'intestin, vivre sous la forme de Ténia. Partout des impossibilités... Voici la doctrine que nous combattons (I).

(1) Mais nous devons avouer que Van Beneden lui-même hésite

Mais c'est surtout en s' occupant des migrations des Trématodes qui vivent dans le corps des Vertèbres que de Siebold, arrive jusqu'aux plus extraordinaires suppositions. Il en semble lui-même étonné!... Et c'est là qu'il craint de ne point pénétrer ses lecteurs. « On pourrait croire, dit-il, qu'après avoir blâmé les hypothèses imaginées pour expliquer la production des helminthes, je tombe à mon tour dans le même travers. » II redoute qu'on accuse ses idées de n'être que de simples supputations de l'esprit. Et malheureusement cela est assez supposablc à l'égard des Distomes. En effet, comment admettre son système relativement à ceux-ci? Selon lui, dans leur jeune âge, ces helminthes ne seraient que de petits Cercaires de la taille des Infusoires, qui vivent en parasites sur divers mollusques d'eau douce tels que les Lymnées et les Planorbes. Plus tard, ces jeunes helminthes perforeraient le corps des larves de certains insectes aquatiques (1), puis après s'être introduits & l'intérieur de ceux-ci, ils s'y enkysteraient pour attendre que leur hôte ait quitté l'eau et subisse ses métamorphoses, afin d'être, en dernier ressort, introduits dans le corps de plus grands animaux avec leur nourriture. Les insectes qui les contiennent sont alors digérés, à ce que prétend de Siebold, et les Cercaires, devenus libres par la dissolution de leur capsule, se fixent sur le

et se demande comment pénètre cet helminthe.... après cela on nous permettra nos doutes à nous-mêmes.

(I) Selon Siebold ces jeunes distomes attaqueraient surtout les larves des névroptères, qui , telles que t elles des libellules des éphémères et des phryganes, vivent dans l'eau.

DISCUSSION DE l'hYPOTHÉSE DES MIGRATIONS. 595

nouvel être, oiseau ou mammifère, qui doit les nourrir à l'état adulte, et produisent ainsi les Distomes. Malgré tout le respect qu'on doit aux opinions d'un homme aussi justement illustre que le professeur de Munich, comment admettre qu'une telle source puisse fournir ces Distoraes que Ton trouve en quantités innombrables sur les moutons et divers mammifères? Assurément, ceux-ci n'ont guère la faculté d'attraper fréquemment, en paissant, les libellules et les éphémères si légères dans leur vol, et qui siègent dans des lieux ordinairement si éloignés de leurs pâturages.

A l'aide de ce moyen, jamais on ne parviendrait à expliquer les épidémies de Distomes qui ravagent certaines campagnes. Et nous ajouterons que dans des observations exécutées sur bien des insectes qu'on dit recéler leur jeune progéniture, et d'abord sur plusieurs centaines d'Ephémères, que nous avons anatomisées ou observées soit au microscope ordinaire, soit au microscope solaire, jamais nous n'avons découvert " les kystes de Cercaires dont parle de Siebold.

Dans l'hypothèse des migrations, une objection se présente immédiatement. Qu'on admette que la progéniture du Ténia suffise pour produire les générations de Cysticerques, malgré les immenses pertes qu'elle doit éprouver pendant ses extraordinaires voyages, on le conçoit cependant parfaitement. Mais si Ton prétend, avec Kûchenmeister (1), que les Cysticerques »

0) KûCHENMEiSTtn, On animal and vegetable parasites ofthe human body. Londoo, 1857, 1. 1, p. 27.

sont le premier âge des Ténias, et que tous ceux-ci passent par cette forme avant de devenir Vers rubanés, cela devient, comme nous allons le voir, tout à fait inexplicable.

Les vers vésiculaires sont, il est vrai, assez communs sur les porcs et les lapins que nous élevons, mais on à' en observe que rarement sur les autres mammifères, et cependant beaucoup de ceux-ci se trouvent, infestés d'un tel nombre de Ténias, que mathématiquement parlant, les Cysticerqucs des autres espèces n'ont pu suffire à les leur fournir.

En effet, en admettant même que chaque Cysticerque produisît un Ténia , on reconnaîtrait que le nombre de ceux-ci ne pourrait y suffire. Et comme beaucoup d'embryons meurent sans avoir atteint leur destination, on arrivera à cette conclusion que le nombre des Gysticcrques existant dans la nature est loin, et très-loin, de pouvoir expliquer la fréquence des Ténioïdes que Ton y rencontre (1).

Van Beneden a parfaitement senti cette difficulté lorsqu'il s'écrie dans son discours, en parlant de migrations d'un autre Entozoaire : a Combien y en a-t-il,

(1) Ténias et cysticarques observés sur l'espèce humaine et les animaux domestiques : i° Ténias. Tœnia solium; T. mfdtV canellala; T. nana; T. echinococcus ; T. serrata; T, pusilla; T. mcumerina ; T.plicata; T» mamillata ; T. perfoliata; T. fistularis; 7\ crassicollis ; T.eiliplica; T. expansa; T. denticulata; T, caprœ; T. infundibuliformis; T. crassula) T. xquabili*} T. lanceolala: T. set i géra; T. sinuosa; T, fasciata; T. maliens; T, set i géra; T. sinuosa; T, Fasciata; T, megalops; T. gracilis; T, trilineata; T. coronula. — 2° Cysticerques. Cysiiçercus ctUulosœ ; C. lenuicollis j C. pisiformis ; C. elongatus.

DISCUSSION DE l'hYPOTBÈSE DES MIGRATIONS. 597

parmi ces embryons, voguant sans guide et sans1 boussole au milieu de leur océan, qui toucheront terre, c'est-à-dire qui trouveront leur île avec le port qui doit recevoir leur progéniture? Bien peu évidemment, même sans tenir compte des nombreux ennemis qui vont les harceler sur leur passage : ce sont des navires marchands qu'un bon vent doit pousser à travers une flotte de vaisseaux ennemis. C'est bien heureux s'il y en a un qui s'échappe (!)»..• Cela est dit à merveille; mais nous autres, froids observateurs, assis sur la plage, nous nous demandons si jamais les flots et les tempêtes amènent, dans un port' lointain, plus de navires qu'il n'en est «parti de la mère patrie (2) !

Déjà dans son mémoire sur la génération alternante des Ccstoïdes, de Siebold émet que le camuriis cercbralise&t une larve de Ténia (3), et quelques savants pensent l'avoir mis hors de doute expérimentalement. Kûchenmcister , après avoir fait prendre à plusieurs agneaux des proglottides de Tœnia cornurus, vil ceux-ci, après quatorze jours, offrir les symp-v tônaes de Tournis; et lorsqu'il les ouvrit il rencontra des Cénurcs dans le cerveau. Aussi, selon lui, ce serait ce Ténia, que Ton a confondu avec le tœnia serrata,

qui produisait la maladie si commune chez les mou-

(1) Van Beneden, De V homme et de la perpétuation des espèce*. Bruxelles, 1859, p. 42.

(2) 11 faudrait que cela eût lieu pour la migration des cysticerques allant chercher leurgite de ténia.

(3) De Siebold, Mémoire sur la génération alternante des cestoïdes. A™, se. nat. Zoologie, 1851, t. XV, p. 213.

HÉTÈROGFME

tons (1). MM. Haubner, Van Beneden et Baillet ont exécuté de semblables expériences et obtenu les mêmes résultais (2).

Maintenant c est M. Van Bencden que je choisis pour l'opposer à lui-même : je lis dans soYi œuvre que l'on prétend avoir rencontré des Cénures sur des agneaux qui venaient de naître (3). Il faudrait expliquer comment il se peut que ceux-ci, en naissant, soient déjà rongés par ces helminthes, quand on proteste partout que c'est seulement à l'aide de la nourriture que ces vers sont introduits à l'intérieur des moutons.

Mais dans cette hypothèse comment donc se fait la transmigration naturelle? Van Bcneden l'explique ainsi : Le mouton en broutant l'herbe souillée des excréments du chien de berger, avale les œufs de Ténias que cet animal a expulsés. Introduits dans les organes digestifs, les embryons, après une pérégrination laborieuse à travers les tissus, pénètrent dans lecrànet

(1) KCchenmeisteii, On Ihe cœnunis cerebraHs oftheSheep,the annal* and magazine of the natural history. Lond., I854,t. Il, p. 815.

(2) Haubner, Journal agronomique de Hamm. 1854, n* 10, p. 157. — Van Bkneden, BulUtin de l'Académie royale des sciences de BelgiqueX XXI, nw5 et 7; il dit qu'il administra des œuf* d'un ténia provenu lui-môme d'un céoure, h deux agneaux de six semaines et qu'au bout de peu de jours ils furent affectés des Tournis. — C. Baillet, Compte rendu des expériences faites à ïécole impériale vétérinaire de Toulouse sur la reproduction des cestoïdes. Toulouse, 1858.

(3) Le savant zoologiste belge ne réfutant pas cette assertion, il est évident qu'il l'accepte. Et l'on est autorisé à le penser puisque déjà il avoue, dans un autre endroit, que les coebons naissent parfois avec des helminthes dans le corps. Zoologie médicale» Paris, 1859, p. 265.

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et se transforment en Cénures sur le cerveau. Puis ces Entozoaires déterminant toujours l'abatage des moutons, le chien de berger ronge le crâne qu'on lui jette et avale avec le cerveau le cénure qui, dans son intestin, se transforme en Ténia. Telle est l'histoire complète de ce double et extraordinaire voyage (1).

Nous dirons d'abord à M. Van Bcneden, qu'en Normandie les choses ne se passent nullement ainsi. On ne tue pas ordinairement dans les fermes, les moutons atteints de Tournis et Ton n'y jette point leur tête aux chiens. Ces moutons sont amenés sur les marchés et

[{) Voici textuellement le récit de M. Van Bencden : Les moutons atteints de tournis doivent être abattus.... comme on sait que le mal résille dans la tète, on la jette aux chiens et le cot ps est seul envoyé à la boucherie. C'est évidemment ainsi que le chien est infesté. Mais alors, comment le ver repasse-t-il au mouton? Le chien accompagne les moulons dans les prairies et dans les montagnes, et quand il a des ténias mûrs dans le corps, il en évacue les proglottis avec leurs œufs, et sème pour ainsi dire ceux-ci sur le passage même des moutons. Ces œufs, infiniment petits, adhèrent aux herbes que l'agneau broute, et ils pénètrent dans son tube digestif, d'où ils gagnent le cerveau. Il est possible que l'éclosion ait lieu dans la panse, et que, pendant la rumination, les embryons, avec leurs six crochets n'aient à traverser que la base du crâne lorsque la pelote alimentaire les ramène dans la bouche. Ils remonteraient alors le long d'un vaisseau ou d'un nerf, pour pénétrer sous les enveloppes du cerveau. 11 résulte de là que le moyen d'arrêter le mal est très-simple. Qu'on brûle, en effet, les tètes des moutons atteints, ou qu'on les fasse suffisamment 'bouillir; que l'on surveille aussi avec soin les chiens de berger, pour voir, s'ils ont ou non des Ténias, et qu'on rejette hors de la portée des moutons ou des herbes dout ils se noui rissent les fèces portant les cucurbitains évacués par les chiens : en peu de temps on arrêtera les ravages de cette triste maladie. Zoologie médicale, t. Il, p. 268.

600 , DÉTÉROGÉNIE.

vendus pour la boucherie. Mais jetât-on leur tête aux chiens, je doute très-fort que ceux-ci en brisent le crâne pour se repaître de la cervelle. Enfin, je ne conçois guère comment l'embryon pourrait pénétrer dans le crâne par les ouvertures dé sa base, le tissu qui les revêt étant excessivement serré.

En terminant, je dois dire que les expériences de transmigration artificielle, qui ont été faites jusqu'à ce moment, sont presque toutes frappées de nullité, à cause de la manière dont elles ont été conduites. En effet, dans toutes, les physiologistes ont administré, à diverses reprises, les Entozoaires, dont ils se proposaient d'infester d'autres animaux ; tandis que la première condition était que : tous fussent administrés au même moment, afin que, connaissant le mode d'accroissement de ces vers, à V autopsie 9 on ait déjà une donnée assez précise, pour statuer si les helminthes découverts proviennent de ceux ingérés. Ainsi, par exemple, dans les expériences de Van Beneden, son chien Caïo a avalé ses quatre rations en un mois, et Blac en quatre mois. Je cherche en vain dans la nécropsie la taille qu'avaient les Ténias rencontrés dans l'intestin^ je ne la trouve pas (1) . D'après les données de Siebold, il devait se rencontrer des vers des plus extrêmes grandeurs ; l'un des chiens pouvait présenter des Ténias de deux jours et des Ténias de quatre mois. Je le répète, pour une expérience positive, il faut partir d'une seule donnée, d'une seule administration d'helminthes.

(I) Gervais et Van Beneden, Zoologie médicale. Paris, 1859, t. Il, p. 268.

Dissidences fondai! BifTALES . — On découvre d'énormes dissidences relativement à la nature des helminthes, dans les oeuvres des naturalistes qui se sont occupés des transmigrations artificielles, et cependant pour partir d'un point de départ assuré, il eût fallu avant tout être fixé sur la nature des Entozoaires.

C'est ainsi, par exemple, que de Sieboldet Stcin(t), considèrent les Cysticerques comme de jeunes Ténias malades, hydropiques ; et qu'au contraire Kiichenmeister et Van Beneden pensent qu'ils ne représentent que l'état normal de ces jeunes vers (2). 11 faudrait s'accorder.

D'un autre côté aussi, de Siebold considère les Ténias de l'homme, du chien et du renard, comme n'étant que des variétés de la même espèce (3) ; tandis que Kûchenmeisteret Van Beneden en font autant de types spéciaux (4), Où est donc ce que l'on doit croire?

Résumé. — Les vers intestinaux ne peuvent être transmis aux animaux par leurs parents. C'est un fait incontesté.

Les plus célèbres hclminthologistes, quoique connaissant les organes sexuels de certains Entozoaires, ne les ont pas moins regardés comme étant d'abord le produit de la génération spontanée.

(1) De Siebold, Zeitschrift, t. IV, p. 407. Stein, Zeitschrift fikr wiss. Zoologie, t. IV* p. 2! 1 •

(2) Kucuenmeîster , On animal and vegetable parasites of the human body. London, 1857, 1. 1, p. 27-30. — Van Beneden; Zoologie médicale. Paris «859, t.

(3) De Siebold, Ueber Bandund Blasenwtirmer, 1854, p. 64.

(4) KCciiKNMEisTEit, On ammaj and vegetable, etc., t. I, p. 30. — Van Beneden, Zoologie médicale. Paris, 1859.

602 HÉTÊROGÉME.

Quelques physiologistes ont récemment fait connaître des expériences d'où il résulterait que certains helminthes passeraient une des phases de leur vie sur un animal, et, par des moyens variés, se transporteraient sur un ou plusieurs autres, pour y achever leur carrière.

Mais quoique les expériences sur ces migrations artificielles aient été répétées par plusieurs observateurs, comme ceux-ci sont parfois en désaccord flagrant, on ne peut encore, selon nous, tirer aucune conclusion de leurs travaux.

Enfin, comme plusieurs de leurs observations ne peuvent supporter le moindre examen critique sérieux, et qu'il est beaucoup de vers intestinaux dont la genèse se dérobe absolument à toutes les explications, jusqu'à de plus satisfaisantes recherches, nous pensons qu'on doit encore considérer la primitive apparition de beaucoup d'entozoaires comme dérivant de Thétérogénie.

C'était à Thétérogénie que Buffon attribuait la formation des vers intestinaux, et, en cela, il a été le précurseur des grands physiologistes de notre époque (i).

Les hommes qui ont scrulé avec le plus de profondeur, l'histoire des helminthes, tels que Rudolphi et Bremser, ont soutenu cette opinion (2).

(I) Bufro*, Histoire naturelle générale et particulière. Paris, 1749, imp. royale, supphfm., t. IV, p. 341.

(1 ) Ridolphi, Entozoorum historia naturalis, Amsterdam, 1808. Entozoorum synopsis cui aecedunt mantissa duplex et indices locupletimmi. Beroiini, 1810. — Goezb, Versuch einer Naturgeschichte der Eingeweidetmlrmer thlerischer Kôrper. — Bremsei,

' M. Tiedemann regarde aussi les helminthes comme dérivant d'abord de l'hélérogénie ; et il ajoute, à ce sujet, que les motifs allégués par Pallas, Muller, Werner, Bloch, Gocze, Braun, Treviranus, Rudolphi et Bremser, ne permettent plus d'admettre qu'ils proviennent du dehors (I).

J. Muller, lui-même, a parfaitement senti que l'apparition primordiale de certains vers intestinaux offrait d'irrésistibles preuves à Thétérogénie. « Toute une série d'arguments en faveur de la génération spontanée, dit-il, naît de l'impossibilité où Ton est d'expliquer autrement l'origine première des Entozoaires. Tel est aussi ce que professe Bérard (2). Or, pour nous, jusqu'à ce que de nouvelles expériences viennent nous convaincre absolument, nous ne cesserons pas de partager l'opinion de ces physiologistes illustres.

Enfin., pour résumer tout, si en soutenant que quelques Entozoaires s'engendrent primairement par Thétérogénic, nous sommes en désaccord avec MM. Kûchenmeister, Lcuckart, de Siebold et Van Beneden; nous nous avançons avec l'appui des Buffon , des Bremser, des Burdach, des Tiedemann, des Treviranus, des J. Muller, des Bérard ; que l'on décide maintenant de quel côté doit pencher la balance.

Icônes helminthum systema Rudolphii entozoologicum illustrantes, Vienne, 1824.

(1) Tiedemaito, Traité de physiologie de l'homme. Paris, 1831, t. II. p. 153.

(2) J. Molle*. Manuel de physiologie. Paris, 1845, p. 14.— Bérard, Cours de physiologie. Paris, 1848, t. I,p. 99.

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