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VUE DU XIII* SIÈCLE. XLVII

vingt ans. — Notre insuffisance ne nous permettant pas d'entreprendre une histoire complète de cette période (où certains détails d'ailleurs doivent être omis), on s'attachera de préférence aux faits dominants qui la caractérisent.

Étonnante destinée que celle de cette maison d'Anjou, qui commence par un personnage grandiose dans le bien et dans le mal, décline sous le faible et voluptueux Charles II, mais se relève par les arts de la paix et la diplomatie sous Robert le Sage. Après des retours de fortune où éclatent la fougue et l'inconstance des populations de l'Italie, le sceptre de cette dynastie française est brisé dans la main de la belle, sensible et imprudente Jeanne, qui chercha dans plusieurs mariages un bonheur qu'elle ne trouva pas, et qu'elle ne donna ni à son peuple ni à aucun de ses quatre maris. — Mais ces tableaux perdraient en partie la vivacité de leurs couleurs, et ne donneraient pas leur enseignement, si on ne se transportait d'abord, par la pensée, dans le siècle où les faits se sont accomplis, et au milieu des idées, des croyances, des préjugés, des entraînements, des passions du temps. Ce n'est pas en citoyens sceptiques du XIX* siècle, amollis par notre civilisation livrée aux arguties des rhéteurs, qu'il faut juger les scènes qu'on va raconter, mais en contemporains militants d'une époque où les observateurs timides, bénits ou maudits par la crosse pastorale, loin de trouver le salut dans leurs terreurs pusillanimes, étaient broyés entre les Guelfes et les Gibelins.

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:XLVIII LBCTUBfl A LÀ SORBONNE.

Avant d'aborder, Messieurs, Thistoire de la maison d'Anjou, il nous paraît nécessaire de rappeler quel aspect offrait la chrétienté pendant la première moitié du xiii* siècle.

Essayons d'embrasser d'une vue générale ces phases confuses, pleines de luttes et de misères. — Est-ce le commencement d'un cataclysme universel? ou le revers anticipé des conquêtes prochaines de la science et des arts, en laissant encore indécise la question de savoir si leïJ générations qui suivirent ont été plus heureuses? Il y eut sans doute quelques esprits méditatifs entrevoyant, au milieu de ces ténèbres, les lueurs du flambeau que devait allumer le XVI® siècle, et cherchant une consolation dans cette pensée du poëte :

Scelera ipsa nefasque Hac mercede placent,

" Deux gi-andes.flgures. Innocent III et saint Louis, planent sur ce sombre tableau. Quand de tels hommes paraissent, ils ont une mission de Dieu.

Innocent III ouvre le siècle. — Ce pape, iHustrè entre tous, ayant remué l'Europe, et son action .s'étant étendue en Asie jusqu'aux Lieux saints, si l'on considère ses principaux actes on verra ee qne fut, dans son ensemble, le monde chrétien jusque

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vus DU ZIII« SIÈCLE. ZLIZ

Tannée 42J6. Cette période, apogée de la puissance pontificale, offre un caractère particulier qu'on ne retrouvera plus dans celles qui seront, en poursuivant cette étude, l'objet de notre examen.

Pour entrer pleinement dans l'intelligence du sujet, sortons du temps présent, dont les tristesses paraîtront moins amères après une exploration rétrospective dans laquelle vous trouverez, à défaut d'autre mérite, la clarté. A la vue de l'Europe attentive aux mémorables démêlés du Sacerdoce et de l'Empire, disons, tout d'abord, que la violence n'a rien ajouté aux droits des Vicaires de Jésus-Christ, institués pour apaiser les discordes en montrant le ciel à ceux qui souffrent. Mais laissons la parole aux faits. — Quand l'historien aborde un sujet où l'intérêt peut languir^ il est excusable de s'évertuer à trouver des effets de style; il n'y eut jamais moins de prétexte à cet empirisme. Pour éviter les écueils qui nous attendent, l'exactitude et la simplicité sont les seuls guides à suivre.

Grégoire VII dut regretter d'avoir imposé à l'empereur Henri IV, dans la forteresse de Canossa, un châtiment dépassant la mesure d'une juste pénitence; car alors éclata la terrible rivalité qui devait, durant des siècles, amonceler tant de ruines dans la malheureuse Italie.Depuis 1077, lespapes n'oublièrent

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L LECTURE A LA SORBOUVE.

jamais la déclaration dont le cardinalBaroniusnous a transmis les termes orgueilleux *. — De leur côté, les rois d'Allemagne jurèrent de venger Taffront fait à l'un d'eux. — Nous voudrions ne pas trouver la trace d'Urbain II dans la révolte parricide du fils de Henri IV; on n'était plus au temps où Henri II, après avoir rétabli Benoît VIII, lui promettait obéissance, et espérait enchaîner ses successeurs par ce serment.

Dans le cours de cette interminable guerre, il y eut bien quelques armistices ; mais la rouille n'eut jamais le temps de s'attacher aux armes mise^ en faisceaux, et le feu, même lorsqu'on le crut éteint, couva toujours sous la cendre ; une première preuve en parut (Hlâ) après le sacre de Henri V par Pascal IL Dès que l'empereur eut quitté l'Italie, le pape révoqua ses concessions forcées, et fomenta une révolte en Allemagne. Henri V revient (1115), en renégat, méditant contre Pascal II l'attentat commis par Sciarra Golonna sur Boniface VIII, et se fait couronner par l'antipape Grégoire pour efiTaçer, dit-il dans un élan sacrilège, le stigmate de sa première consécration et du baiser de paix.

L'accord de Worms (1122), bien que ratifié avec des articles additionnels par le premier concile œcuménique de Latran, fut également éphémère.

La querelle des Investitures terminée, les deux partis, impatients de leur inaction, furent rappelés

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