‹ Heures académiques: discours et conférencesChapitre 55 sur 67 · PREMIER TRAITÉ DE PARTAGE DE LA SUCCESSION ESPAGNOLE · texte numérisé non relu

PREMIER TRAITÉ DE PARTAGE DE LA SUCCESSION ESPAGNOLE

Ce premier traité fut signé par l'empereur, à Vienne, le 19 janvier 1668, et par Louis XIV, à Saint-Germain, le 2 février suivant. — Voir le texte au tome II des Négociations^ p. 441.

Aucun historien n'en a fait mention , pas même Voltaire, attendu qu'il est resté scLCret jusqu'à nos jours. Telles étaient les prévisions que l'on formait dès cette époque. Si^ personnages seulement en eurent connaissance : d'un côté, Loliis XIV le ministre Lionne et le chevalier de Grémonville; de l'autre, l'empereur, le prince d'Aversperg et le comte de Lobkowitz. L'ignorance où Ton a été de ce document, pendant cent soixante ans, est cause que l'on a coutume d'appeler 1" et 2« traités de partage ceux qui ont été conclus entre la paix de Ryswick et la mort de Charles II. Ce premier traité, de 1668 donnait à l'empereur les Indes occidentales, Mflan' les ports situés sur la mer de Toscaùe (jusqu'aux frontières de Naples) , l'île de Sardaigne, les Canaries, les Baléares.

Louis XIV recevait la Bourgogne, la Franche- Comté, les îles Philippines orientales, la Navarre Roses, quelques points de la côte d'Afrique, le royaume de Naples et la Sicile.

On ne sait réellement laquelle de ces parts était la

Digiti;

plus belle; car si celle du roi était moindre » elle comprenait les territoires plus rapprochés, et qui devaient s'identifier plus facilement à la France; tandis que l'empereur, s'il recouvrait les États de Philippe II, allait se retrouver en présence des difficultés bien connues qui, une fois déjà, en avaient amené la division. Bien que ce traité n'ait pas abouti, lisez-le ; vous y trouverez l'explication de faits importants qui se sont produits plus tard.

Le roi fut transporté de joie, et il prescrivit luimême, en entrant dans les moindres détails, les précautions à prendre pour faire venir de Vienne le précieux parchemin (Lettre du 21 mars 1668). Un ofiicier de ses gardes, M. de La Grange, partit avec six mousquetaires dévoués et intrépides. Ces sept hommes, dès leur départ, se divisèrent en deux bandes, l'une de quatre, l'autre de trois, munis de passe-ports civils , et sans aucun insigne attirant sur eux l'attention. Ils durent abttiquer momentanément leur tournure martiale , parler peu , sans observer toutefois un mutisme absolu, qui est toujours suspect; ne pas pai^aître liés par les rapports d'une ancienne intimité ; affecter les allures de voyageurs uniquement préoccupés des intérêts les plus vulgaires de l'existence : mais tenir sans cesse l'œil ouvert , l'oreille au guet , le gousset garni de pièces d'or, et de bonnes armes à la portée de leurs mains sous les amples vêtements dont la rigueur de la saison et les précautions pour une longue route autorisent l'usage. — Le roi traça lui-même leur itinéraire.

Digiti;

APPENBIGB. 26f

La Grange, laissant ses camarades à quelque distance de Vienne, y entra seul, et reçut, des mains du chevalier de Grénionville, une boîte de fer-blanc hermétiquement fermée , scellée aux armes de France. On lui dit que cette boîte contenait des papiers d'État dérobés aux archives royales, et il eut Tordre de veiller sur elle comme sur le roi luimême , s'il avait l'honneur de l'escorter.

Le chef de l'expédition repartit aussitôt, fiit rejoint aux portes de la ville par ses camarades et prit avec eux le chemin le plus direct pour rentrer en France. Arrivé sans encombre à Saint-Germain, il eut l'honneur d'une audience secrète du roi , qui s'empara vivement de la boîte , s'assura que le cachet était intact, et remercia son fidèle serviteur en lui adressant, avec une satisfaction marquée, quelques-unes de ces paroles qui étaient autrefois la plus appréciée des récompenses pour un gentilhonune. — Combien de bravés gens se sont fait tuer pour un mot ou pour un sourire d'un roi ou d'une femme! Risible faiblesse, me direz-vous, mais qui a enfanté souvent l'héroïsme.

Louis XIV s'enferma seul avec Lionne pour lire le miraculeux traité, qui lui fit rêver, pendant la nuit suivante , que^ la couronne de Gharlemagne descendait du ciel sur son front.

Digiti;

Page 1