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ACCEPTATION DU TESTAMENT DE CHARLES II

Ainsi que nous l'avons dit à la quatrième conférence, le conseil, sous la présidence du roi, se trouva ainsi composé : le marquis de Torcy, le duc de Beauvilliers, le chancelier de Pontchartrain, madame de Haintenon. — Le grand dauphin à la droite du roi.

La question posée fut celle de savoir si l'on s'en tiendrait au troisième traité de partage , ou si on accepterait le testament.

Le marquis de Torcy parla le premier, et exposa, dans un discours étudié, les raisons qui devaient déterminer le roi à accepter. Soa argumentation roula sur cette pensée, que la guerre étant de toute façon inévitable, le plus sage était de se préparer à la faire au plus tôt, et dans les meilleures conditions.

« Le dernier traité de partage, signé à Londres le 25 mars 1700, entre Louis, Guillaume et le grand pensionnaire Heinsius, était sans doute avantageux, puisqu'il donnait au dauphin les royaumes de Naples et de Sicile, les ports espagnols sur la côte de Toscane, le marquisat de Final, le Guipuzcoa, le duché de Bar, et la Lorraine qui fermerait un point de la frontière de Test jusqu'alors ouvert. Le roi, peut-être, serait accusé de violer sa foi , en n'observant pas ce traité ; mais ce reproche ne saurait l'atteindre, puisqu'une situation nouvelle était faite par le testa-

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ment, qui subsistait seul sur les ruines de tout ce qui avait été précédemment édifié. Une guerre était inévitable, car l'Europe ne souffrirait pas que le roi •dictât, par son petit-fils, des lois aux deux mondes ; et cette guerre serait rude, car la paix de Ryswîck n'avait pas plus de trois ans d'existence, et l'on se ressentait encore des sacrifices imposés par les dernières campagnes : mais il fallait s'y résoudre, I30US peine de voir restaurer la puissance de Philippe II.

« Quelle serait la splendeur de la France, lorsque les deux marines se réuniraient pour le commerce des Indes, sillonneraient en tous sens l'Océan, et feraient flotter les paviUons des deux couronnes sur toutes les mers! La France, avec l'union durable de l'Espagne, dominerait l'Europe; et Louis, en accomplissant cette œuvre, serait sûr de faire confirmer par la postérité le nom de Grand que ses peuples lui ont décerné. Si on refusait, c'était un prince autrichien que le testament substituait au duc d'Anjou. On ne pourrait réclamer une partie après avoir refusé la totalité.

« Les Espagnols , blessés de notre refus, se joindront aux Autrichiens pour défendre l'intégrité de leur monarchie. Est-on bien sûr des Anglais et des Hollandais , et ne doit-on pas tout craindre de leurs hésitations, qui ne peuvent receler que des arrièrepensées hostiles? La conséquence inévitable du refus serait la guerre d'abord , et ensuite tout le domaine espagnol jeté de nouveau dans les serres de l'aigle autrichienne. La guerre étant certaine , ne valait-il

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pas mieux en courir les hasards pour le prix le plus considérable?

a A regard des royaumes de Naples et de SicOe, il suffisait de lire l'histoire pour voir combien de fois nos rois en avaient été maîtres, et avec quelle désastreuse fticilité ils les ont toujours perdus. Les places de la côte de Toscane seraient constamment exposées aux attaques du duc de Milan, qui, après avoir fiiit ses préparatifs à loisir et en secret, m»p*obérait sur elles de plain-pied, et les prendrait avant Tarrivée d'un secours par mer, qui ne pourrait venir que des ports de Provence. La tentation serait trop forte pour ce duc, notre ennemi naturel, et il ne résisterait pas à la convoitise inspirée par la facilité d'une pareille conquête, dans laquelle il s'installerait k son aise avant que des ordres de Versailles aient eu le temps de réunir des troupes et des vaisseaux à Marseille, à Toulon ou à Port-Vendres. L'Italie n'a jamais porté bonheur aux armes françaises, et l'héroïque Charles VIII a perdu Naples plus vite qu'il ne l'a conquis.

« Le Guipuzcoa n'est pas une clef de l'Espagne. Nous avons toujours pris, quand nous l'avons voulu, les places et les ports de cette province, plus aisément que les villes de la Flandre, et nous avons été heureux de les rendre à la première paix, car ce n'est qu'un stérile désert.

u 11 avait bien fallu se contenter autirefoîft da traité de partage, faute de mieux ; mais c'est l'cauvr» d'une main insidieuse, qui nous a donné dies choses impossibles à conserver en raison de leur éloâgfte-

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méat, et ouvertes à toutes les attaques; véritables pommes de discorde, qui ne seront que des causes de dissémination de nos forces, d'embarras, de soucis et d'épuisement; un don grec.

« Une faveur inespérée du ciel met dans la main du roi lès deux plus belles monarchies du monde. Louis n'a qu'un mot à dire pour être plus puissant que Gharlemagne et Gharles-Quint, puisque leurs États disséminés ne formaient qu'un assemblage incohérent et fragile, tandis que la France et l'Espagne sont destinées par leur situation, ainsi que par la communauté de foi religieuse et d'iatérêts, à une alliance solide. C'est la plus grande fortune qu'un mortel ait jamais pu rêver, et ce rêve est une réalité.

« L'acceptation entraînera une guerre sans doute, mais dans les conditions les plus favorables, puisque le peuple espagnol, ayant ratifié avec enthousiasme la volonté de son dernier roi, sera pour nous une pépinière de soldats excellents, qui combattront avec les nôtres pour la même cause. Louis n'a qu'à frapper la terre du pied pour en faire sortir des légions. Le roi ne s'est pas accoutumé à compter ses ennemis, et il ne commencera pas à faiblir lorsque Dieu lui envoie une grandeur que jamais aucun mortel n'a eue avant lui. C'est le cas ou jamais de suivre sa devise : Neepluribus impar. »

Le duc de Beauvilliers parla ensuite. Ami àe Fénelon et du duc de Chevreuse, ancien gouverneur du due de Bourgogne, du duc d'Anjou, et des autces Fils de Ftance, il était en renom de vertu et dfe sagesse. Le roi, un jour, avait dit de lui publique-

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ment : a C'est un des plus sages hommes de ma coar et de mon royaume. » Sa parole avait donc un grand poids.

(( La fidélité aux engagements dominait tout, suivant lui, et dictait le parti à prendre ^ Si la bonne foi, a dit le roi Jean, était bannie de la terre, elle devrait se retrouver dans le cœur des rois. Mais, en admettant qu'on puisse rompre une étreinte aussi rigide que celle de Thonneur, beaucoup d'autres raisons motivent un refus. La France a ses limites naturelles que Dieu a marquées par le Rhin, les Alpes, la Méditerranée, les Pyrénées, l'Océan Atlantique, la Manche et la mer Germanique. Les

1. Saint-Simon dit que Torcy parla contre racceptation, et Beauvilliers pour. — Nous adoptons la version de M. Mignet, qui cite des aatorités, notamment les Mémoires de Lamberty (La Haye, 1731}, le journal de Dangeau , et surtout les manuscrits conservés aux archives des affaires étrangères. Voltaire, omettant l'avis de Torcy, dit bien que le duc de Beauvilliers proposa de s'en tenir au traité. M* Michelet l'affirme aussi. Suivant lui, le roi aurait d'abord refusé^ d'après le conseil de madame de Maintenon, prête à donner un autre avis ; mais la petite duchesse de Bourgogne qui, tout écervelée qu'elle parût être, entrevoyait déjà, pour sa sœur, un mariage avec le roi d'Espagne, rompit la glace en donnant, à l'exemple des fous de cour, un conseil au bruit des grelots : a Le roi serait bien sot s'il refusait l'Espagne pour son petit-fils. » Louis XI Y n'obéit plus alors qu'à son instinct de bestialité paternelle, et toute la cour alla dans ce sens, — 11 paraît aussi que tout dépendit d'une autre influence qui s'exerça, en tête-à-tète, dans l'appartement secret de madame de Maintenon {le H novembre 1700, entre dix et onze heures du soir). De M. Mignet, ou de M. Michelet, lequel est l'historien sérieux ?

S'il est contraire à la vérité historique de chercher à ennoblir toutes les actions des personnages célèbres, il n'est pas moins blâmable de les amoindrir et d'ériger le dénigrement en système. Ne vaut-il pas mieux multiplier les draperies sur les infirmités humaines que de les dénuder?

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idées d'agrandissement doivent se régler sur ces «paroles de Strabon : « Il semble qu'une divinité tutélaire éleva ces chaînes de montagnes, rapprocha ces mers, traça et dirigea le cours de tant de fleuves pour faire un jour de la Gaule le lieu le plus florissant de la terre. » Au delà de ces limites, il n'y a que des conquêtes éphémères. Et s'il me paraît bon de posséder les ports de Toscane et les royaumes de Naples et de Sicile, c'est parce que j'y vois un moyen d'obtenir plus tard, par des échanges, les parties qui nous manquent en deçà des frontières de la Gaule. Contentons-nous, pour le moment, d'assimiler à nos lois et à nos mœurs la Lorraine et le duché de Bar, dont les habitants sont français de cœur, et qui s'of&iraient spontanément à nous, quand même le traité de partage ne nous les donnerait pas. Acceptons avec le Guipuzcoa les clefs de l'Espagne,

(( La gloire des conquérants me transporte d'admiration, mais me remplit d'effroi, — Alexandre trouva dans Babylone, non pas l'empire d'Orient, mais un tombeau; Attila ne pénétra jusqu'à Ghâlons que pour voir son armée détruite, et fuir. Les conquêtes de Gengis-Khan furent partagées entre ses quatre flls; Annibal, après avoir campé en vue du Capitole, fut forcé de repasser la mer pour défendre sa patrie dans la plaine de Zama, oii l'attendaient la défaite, l'exil et le poison ; saint Louis, pour la plus sainte des causes, puisqu'il voulait conquérir le tombeau du Christ, a rendu son âme à Dieu sur la côte d'Afrique ; le règne de Charles d'Anjou à Naples fut une. suite de malheurs. Demandez à Louis le

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Débonnaire et à ses enfants ce qu'ils firent de l'empire de Charlemagne qui eut pour bornes, à l'ouest l'Océan Atlantique, au sud l'Ebre et le Vulturne, à l'est la Saxe, la Theiss, les monts Krapacks et l'Oder, au nord la Baltique, l'Eyder, la mer du Nord et la Manche. Charles VIII n'aurait pas repassé les Alpes sans les prodiges de Pornoue. François P' a été prisonnier à Madrid. Charles-Quint possédait des États si nombreux et si étendus que le soleil ne s'y couchait pas ; mais quarante ans de négociations et de guerres, l'or de l'Amérique et son génie furent impuissants pour introduire l'unité dans cette masse confuse. La plupart des conquérants sont, comme Macchabée, ensevelis dans leur triomphe.

« On nous donne l'Espagne, direz-vous, et nous n'aurons pas à la conquérir. Ne le croyez point; soyez certains au contraire qu'il se formera contre vous une coalition dans laquelle entreront : d'abord l'empereur, qui ne veut ni ne peut vous céder un pays que sa maison possède depuis des siècles; l'Angleterre et la Hollande, excitées par d'anciens griefe, et qui ne croiront jamais que le testament n'a pas été imposé à Charles II. On verra dans l'acceptation une menace pour l'équilibre européen, et on supposera des projets plus vastes encore, tels que la réunion du Portugal à l'Espagne, le rétablissement des Stuarts, la revendication des Provinces-Unies dès Pays-Bas, tout au moins l'ouverture de l'Escaut (fermé par les traités actuels) pour transporter à Anvers le commerce d'Amsterdam, et enfin les deux couronnes sur la même tête.

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« Nous aurons avec nous le roi de Portugal, le duc de Savoie, les électeurs de Bavière et de Cologne, l'évêque de Munster, le duc de Mantoue et le roi de Pologne, électeur de Saxe. Mais est-ce là des alliances sérieuses et bien utiles? Quant à l'Espagne, le nouveau roi y sera soutenu par la noblesse et une grande partie^de la population, mais non par toute ; U y aura un parti qui tiendra pour l'archiduc et qu'il faudra combattre. Dans ce pays si favorable à la guerre d'escarmouche et de chicane, en raison des mille contreforts de ses montagnes qui dessinent les bassins encaissés et sinueux de l'Ebre, du Douro, du Tage, de la Guadiana, du Guadalquivir, il faudra poursuivre, sous un climat meurtrier, des bandes belliqueuses, animées d'un patriotisme farouche, et qui savent au besoin, par l'agilité de leur course et la connaissance du pays, lasser leurs adversaires et se rendre insaisissables.

« Yoilà quels seront nos ennemis; et tout en ayant foi dans le génie de nos généraux, la valeur de nos soldats et la fortune de la France, comme je prévois une lutte longue et acharnée, je redoute, j'ose l'avouer, l'épuisement qui subsiste encore depuis la paix de Ryswick. Sommes-nous en mesure de résister à l'Europe entière? et de souteniç, non une seule campagne, mais dix peut-être, car une afiGaire aussi formidable ne comporte pas de transaction, et il faudra que la France en sorte victorieuse ou périsse.

a Que de vies humaines sacrifiées ! que de millions jetés dans un abîme, quand on pourrait les

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employer à tant dé choses utiles, et soulager tant de misères I Notre responsabilité est énorme en ce moment devant Thistoire et devant Dieu, Recueillons-nous avant de nous lancer dans une entreprise oîi le succès même serait si périlleux. Implorons les lumières de la Providence, afin de donner à notre souverain un avis conforme à ses véritables intérêts et au bien de l'État. N'est-ce pas le moment d'ajouter que Louis le Grand n'a plus qu'une seule gloiçe à ambitionner, celle d'être par sa sagesse l'exemple des souverains qu'il a vaincus?

« Sire, vous dirai-je, si Votre Majesté daigne me permettre de m'adresser directement à elle, vous la tenez cette gloire si pure; vous en jouirez en vous montrant esclave de la parole donnée lors de la conclusion du dernier traité de partage. Pensez aux souffrances que vous épargnerez à vos peuples» Après avoir été si longtemps la terreur de l'Europe, contentez-vous d'en être le modérateur et l'arbitre, car c'est le rôle qui vous est réservé. Faites cela, Sire, et vous direz plus justement qu'Auguste :

u Je suis ma!tre de moi comme de l'univers. »

<( Quant à moi, après avoir rempli la tâche ingrate de modérer l'ardeur qui est l'essence même de la grande âme de Votre Majesté, une fois votre détermination prise, je ne me souviendrai plus de l'avis que j'ai osé donner ; et si le canon gronde, je me rappellerai que j'ai eu l'honneur, dans ma jeunesse, de combattre sous vos yeux. Le dernier de mes

vœux sera pour votre gloire, soit que vous vouliez en jouir dans une paix prospère , soit qu'il faille porter l'étendard de saint Louis à Vienne, qui se rappelle que les Français ont campé sur le sol de l'empire, ou à La Haye, dont vos armées connaissent le chemin. »

Le chancelier Pontchartraîn désirait plaire. Reprenant tour à tour les arguments du marquis de Torcy et du duc de Beauvilliers, il en fit un examen prolixe, en honuue qui, par politique, ou par défiance de ses forces, n'ose pas émettre une opinion personnelle. Ce secrétaire d'État tenait surtout à garder sa place. Le roi connaissait, mieux que personne, la médiocrité du chancelier; mais il n'avait pas oublié les services de son aïeul, et il aimait les avis complaisants.

Nous avons dit aussi plus haut (voir la quatrième conférence) quels furent le langage et l'attitude du grand dauphin *. Ce prince, avec une énergie véhémente et passionnée, réclama l'Espagne comme son bien puisque c'était l'héritage de sa mère, et rappela

i. « Fils de roi, père de rot, jamais roi, » Ce dicton populaire, dû à quelque voyant obscur, courait la France bien longtemps avant d'être justifié par l'événement.

Monseigneur, bien que sa jeunesse eût été confiée aux soins de Bossuet, du duc de Montausier et de Fléchier, ne reçut d'eux ni le génie, ni la vertu, ni l'art de bien dire. Ses maîtres se consumèrent en vains efforts. Sa seule lecture, il l'avouait lui-môme avec une candide franchise, était la Gazette de France. Tenu en lisières jusqu'à sa mort, qui n'arriva qu'en 1711, à plus de cinquante ans, il passa toute sa vie confiné dans sa terre de Meadon, livré à la chasse, au jeu, à la bonne chère, et à son goût pour une ancienne fille d'honneur de la princesse de Gonti (mademoiselle Ghoin), créature peu séduisante dont il fit sa Maintenon.

toutes les raisons émises par le marquis de Torcy, eu ajoutant qu'il consentait à transmettre ses droits à son fils. Pour terminer, il déclara, en termes très- Tifs, que tout autre arrangement serait regardé par lui conmie une spoliation contre laquelle on ne l'empêcherait jamais de protester. — Tout ce qu'il avait de vigueur et d'intelligence fut dépensé ce jour-là.

Madame de Maintenon, pressée de dire son sentiment, le fît avec mesure, suivant la méthode qu'elle adopta dès lors, pour l'observer constamment. Elle conclut à l'acceptation.

MADAME DE MAINTENOM

Toutes les fois qu'on se reporte à cette époque, il est impossible de ne pas parler de cette femme, dont on a dit autant de mal que de bien et qui demeure, pour la postérité une figure énigmatique, entre la souveraine et l'aventurière. ,

Elle naquit le 27 novembre 1635 dans la prison de la conciergerie de Niort, où sa mère partageait la captivité de son mari, fils d'Agrippa d'Aubigné, que Henri lY honora de son amitié. Elle passa ensuite en Amérique où son père, devenu libre, alla chercher un refuge contre les persécutions que lui attirait son attachement à la Réforme, et oii il dissipa les restes de sa fortune. Revenue en France

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au bout de quelques années, elle se trouva un beau jour sur le pavé de Paris, orpheline, sans ressources, mais belle, savante, pleine d'esprit, de vertu et d'ambition I Réduite à accepter pour vivre, chez madame de Neuillant, sa parente, une position voisine de la domesticité, elle eut à subir les dégoûts et les humiliations dont l'abreuvait une protectrice avare et capricieuse. Le souvenir de cette misère lui inspira plus tard l'idée de fonder près de Versailles, et de faire doter par la munificence royale, la maison de Saint-Gyr, où les jeunes filles nobles sans fortune trouvèrent l'appui et les secours qui avaient manqué à sa jeunesse.

Elle allait prendre le voile pour échapper à ce triste servage, lorsque Scarron, le romancier des scènes bouffonnes et le poëte aux rimes scabreuses, lui proposa de l'adopter. Cette offre ayant été accueillie, sinon avec gratitude, au moins avec un cœur résigné, Tadoption fut décorée du nom de mariage, pour ne pas donner prise à la malignité, car enfin le cul-de-jatte était encore un homme. Chez l'auteur du Roman comique et de VEnéide travestie, madame Scarron trouva tous les beauxespritSj comme on disait alors, et les gens de cour qui recherchaient les délassements peu sévères. A cette époque, elle connut Ninon de l'Enclos, la célèbre courtisane, et leur intimité devint étroite, sans que cette liaison compromettante ait altéré son renom de vertu. Dans ce demi-monde, elle ne se laissa pas effleurer par les hommages licencieux, et sa conduite resta irréprochable.

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La moil de son mari la rendit à la liberté, mais aussi à la misère. Quelques anciens amis, frappés de son indigence noblement soufferte, de ses connaissances, de la sûreté de son commerce et de sa piété, la présentèrent à madame de Montespan, pour élever le duc du Maine. La fière Athénaïs de Mortemart tomba sous le charme de la gouvernante de son enfant, et la présenta au roi, dont elle ne tarda pas à s'attirer Testime, dans les rapports journaliers qui s'établirent à Toccasion du jeune duc. — Quelles étaient l'étendue et l'atticisme de son esprit, la variété de ses études, la force de sa raison et la flexibilité de sa plume, on le voit en lisant ses lettres et ses instructions pour Saint-Cyr. Sa place est marquée parmi les écrivains émînents du grand siècle. Les qualités de son style se retrouvaient dans sa pa,role, avec une diction qui enchantait.

Peu d'années après, madame de Montespan partit pour un exil dont elle ne revint pas, et madame Scarron régna, sous le nom de marquise de Maintenon.

Madame de Montespan, dans l'exil où elle s'imposait les plus dures macérations de la pénitence pour expier le scandale jie sa vie, apprit un jour le mariage de sa rivale.

Ce mariage eut lieu pendant l'hiver qui suivît la mort de la reine Marie-Thérèse, en 4684. Louvoîs essaya en vain de s'y opposer. L'archevêque de Paris, de Harlay, n'y consentit que sur la promesse qu'il resterait secret. Il n'y eut d'autre cérémonie qu'une messe dite eu pleine nuit par le père de la Chaise,

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confesseur du roi, dans un des cabinets de Versailles. Bontemps, gouverneur du château, premier valet de chambre en quartier, et le plus en faveur des quatre, servit cette messe en présence de Harlay, comme diocésain ; du ministre Louvois ; de Montchevreuil, parent de Villarceaux (le seul qui peut-être ait su émouvoir le cœur de madame Scarron); et enfin, il faut bien le dire, de Bossuet, dont la grande voix avait prononcé l'oraison funèbre de Marie-Thérèse d'Autriche, infante d'Espagne, reine de France, le !•' septembre précédent (1683), à Saint-Denis, en présence de monseigneur le grand dauphin et de toute la couri

Voici comment le duc de Saint-Simon, dans son style heurté, mais iilcisif et pittoresque, juge cette toute-puissance féminine, dont l'histoire n'offre pas un second exemple, et qui suscite encore des jugements passionnés.

(( Les suites, les succès, l'entière confiance, la rare dépendance, la toute-puissance, l'adoration publique, universelle; les ministres, les généraux d'armée, la famille royale la plus proche, tout en un mot à ses pieds; tout bon et tout bien par elle, tout réprouvé sans elle; les honunes, les affaires, les choses, les choix, les justices, les grâces, la religion, tout sans exception en sa main, et le roi et l'Etat ses victimes; quelle fut cette fée incroyable , et comment elle gouverna sans lacune, sans obstacle, sans nuage le plus léger, plus de trente ans entiers, et même trentedeux, c'est l'incomparable spectacle qu'il s'agit de 86 retracer, et qui a été celui de toute l'Europe. »

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Qu'on juge ce qu'il lui fallut d'art, de souplesse, de manège, pour maintenir, pendant cette longue période, son pouvoir sur un homme aussi impérieux, aussi jaloux de son autorité que Tétait Louis XIV, moins âgé qu'elle de quatre ans !

Le travail avec les ministres avait toujours lieu chez elle, dans sa chambre. Cette pièce, de plainpied avec l'appartement du roi, n'avait qu'un petit nombre de meubles d'un goût sévère, que leur forme et leur place destinaient à deux personnes d'un rang égal. — Deux fauteuils seulement, dont l'un à chaque coin de la cheminée ; deux petites tables et deux tabourets pareils. Le ministre s'asseyait sur l'un des tabourets et déposait sur l'autre le sac contenant ses papiers, ce que l'on appelait, par une abréviation convenue, le sac. Une des tables servait à la maîtresse du logis pour y placer l'ouvrage de broderie ou de tapisserie dont elle s'occupait toujours comme si son affaire principale était cette fleur brodée ou ce canevas. Les deux travailleurs parlaient toujours trèshaut, de sorte qu'elle entendait tout. Attentive et silencieuse, absorbée en apparence par un écheveau de soie ou de laine, elle ne prenait la parole que lorsqu'on l'interrogeait ; répondait alors en peu de mots, les yeux baissés et avec réserve. Mais le ministre, avant la séance, avait pris secrètement ses ordres, de sorte qu'ils étaient d'accord sans que le roi, si ombrageux, s'en doutât. S'il s'agissait de quelque mesure administrative, financière ou politique, on se gardait bien de l'aborder de front. On parlait d'abord d'autres affaires déjà en train, ou de quel-

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que détail indifférent et secondaire qui devait, par une voie détournée, mener les esprits à la chose sérieuse. Si Ton rencontrait une résistance imprévue, on battait prudemment en retraite, et l'on attendait une prochaine séance pour une nouvelle tentative.

Fallait-il nommer un général d'armée, un intendant de province, ou désigner un ecclésiastique au choix du souverain pontife, le secrétaire d'Etat présentait une liste, S€Uis mettre en tête celui qu'il voulait faire nommer ; si le roi désignait quelqu'un, le ministre se gardait bien de le contredire, mais proposait cependant de voir ceux qui avaient aussi des titres, et balançait les services de chacun, pour produire une incertitude qui provoquait l'intervention de la marquise. Celle-ci, avec l'air du plus complet détachement, sans quitter son aiguille ou son canevas , parlait quelquefois d'un autre, puis finissait par revenir à celui que le ministre avait désigné. Le roi, presque toujours, était pris dans ce filet.

Tout en rendant justice aux éminentes qualités privées de madame de Maintenon, on ne cessem de lui reprocher la révocation de l'Ëdit de Nantes, les persécutions contre les réformés, qu'elle aurait dû protéger puisque ses ancêtres l'étaient; la protection accordée à une foule de médiocrités; la disgrâce de Yauban, de Fénelon et du grand Arnauld. Son nom restera lié à de misérables disputes théologiques, à la ruine des finances, à la destruction de Port-Royal, aux désastres de la guerre de la Succession et à la légitimation des bâtards. Il y eut en elle une femme admirable, et une reine funeste.

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Auprès la mort du roî, survenue le !•* septembre 1715, elle ne quitta plus Saint-Cyr, et mourut pieusement le 15 avril 1719, au milieu de ses filles adoptives. — De ses parents, le plus connu est son frère, le comte d'Aubigné, qui la désola par ses incartades, et dont les intempérances de langage rappelaient à tout venant les aventures du temps de Scarron, La fille de ce frère, très-bien élevée par sa tante, épousa le comte d*Ayen, depuis duc de Noailles : le roi la dota richement. M. Théophile Lavallée a rendu aux lettres un service signalé en recueillant tous les manuscrits de madame de Maintenon. La postérité a confirmé (en l'appliquant à la femme, mais nou à la reine) le jugement porté par Pénelon : « C'est le langage de la sagesse qui parle par la bouche des Grâces. »

ÉTAT MILrrAIRE DE LA FRANGE

Nous avons tous été bercés avec les récits légendaires des actions mémorables de Louis XIY et de ses malheurs ; mais les institutions militaires de la France à la fin du xvii* siècle, et au commencement du xviii», n'étaient pas bien connues. M. Camille Rousset a fouillé, pendant plusieurs années, les riches archives du Dépôt de la guerre, et a dissipé les nuages qui voilaient cette partie si intéressante de nos annales. V Histoire de Louvois a ouvert à son auteur les portes de l'Académie française.

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A cette époque de confusion et de barbarie qu'on nomme le Moyen âge, la France, malgré l'esprit batailleur de ses habitants qui avaient toujours à la main l'épée ou la dague, ne possédait aucune organisation militaire. Les grands vassaux répondaient à l'appel du souverain, ou lui résistaient, suivant leur fidélité, leur faiblesse ou leur force : ils entraînaient à leur suite la petite noblesse, et des bandes plus ou moins nombreuses, levées degré ou de force parmi leurs serfs, qu'ils armaient tant bien que mal, leur donnant pour solde le pillage. Ces réunions tumultueuses jetaient la terreur parmi les populations paisibles et duraient peu. La même irrégularité présidait à leur rassemblement sous la bannière seigneuriale, chaque fois qu'une occasion de guerre ou de trouble se présentait.

On doit à Charles VII le premier essai d'organisation militaire *. Ce prince commença par la cavalerie, et forma quinze compagnies d'ordonnance^ comprenant chacune : un capitaine, un lieutenant, un guidon, un enseigne et cent lances. Le gentilhomme, pour être reçu dans la compagnie, devait arriver armé de toutes pièces, et amener avec lui trois archers, un coutiUier, et un page ou varlet. Ce petit groupe composait la lance fournie. Chaque compagnie avait ainsi 600 combattants, et le corps entier 9,000; mais il était réellement beaucoup plus considérable, en raison du grand nombre de surnumé-

!• L'ordre que nous allons suivre n*est pas arbitraire, il a été commandé par celui de la formation des différentes armes.

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paires qui s'offraient pour y faire le service, en attendant leur inscription. Par suite de cet usage, il y eut quelquefois dans une seule compagnie, dit le général de La Roche- Aymon, jusqu'à 1,200 chevaux, -.-Les gentilshonunes qui n'entraient pas dans les ordonfiances formaient l'arrière-ban, qui subsista jusque sous Louis XIY, mais auquel on eut rarement recours.

Les compagnies d'ordonnance furent disséminées, par fractions de vingt à trente gendarmes, dans certaines villes où elles étaient surveillées et inspectées par des officiers du roi. Les provinces contribuaient, par la taille des gendarmes^ à l'entretien de ces troupes, d'après des montres ou revues soigneusement établies. Cette création, ayant donné de bons résultats, fut imitée par plusieurs princes, notanmientpar les ducs de Bretagne et de Bourgogne : les gendarmes de ce dernier acquirent très-vite un renom de discipline et de bravoure. Le nombre des compagnies fut augmenté plus tard, afin que le roi pût multiplier ses faveurs; et l'on en vit qui n'avaient plus que cinquante lances ou même vingt-cinq, mais alors on porta la lance fournie à sept ou huit combattants. Les jeunes gentilshoibmes y faisaient l'apprentissage de la guerre comme pages et conmie archeis. Les gendarmes se formaient et combattaient sur un rang. Us entamaient la bataille, et envoyaient leurs archers avec des crennequiniers sur les gendarmes ennemis, dès que la ligne de ces derniers était rompue.

On faisait peu de cas alors de la cavalerie légère,

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et on ignorait le parti qu'on en pouvait tirer. Les premiers cavaliers légers que Ton vit former un corps en France furent les stradiots^ que Louis XII fit venir de Grèce. On leur donna successivement les noms de salades, de chevau-légers et de cuirasses, ce qui étonnerait si on ne savait que ces prétendus cavaliers légers, couverts d'armes (Jéfensives assez lourdes, n'étaient ainsi nommés que par opposition à la gendarmerie toute bardée de fer : ils ne chargeaient qu'au trot.

Au conmiencement du règne de François P', l'ordre de bataille était encore en haie^ sur un seul rang. Chaque gendarme ne cherchait qu'à engager un duel. Charles-Quint fut le premier qui massa la cavalerie; il forma ses gendarmes sur huit ou dix rangs de profondeur. Les Espagnols durent à cette innovation les victoires dePavie et de Saint-Quentin. L'exemple fut suivi par la France et par tpute l'Europe. Cet ordre compacte prouve que l'artillerie était encore dans l'enfance.

Sous Henri II, commence la réunion des cavaliers en groupes plus ou moins nombreux, appelés host. Il n'y a rien qui puisse nous intéresser aujourd'hui dans les ordonnances royales promulguées à cette époque au sujet des hommes d'armes, gendarmes, argoulets, albanais, estradiots, carabins, etc. Les armes à feu, qui finiront par faire abandonner les armures défensives, produisirent d'abord l'effet contraire, et l'on vit sous Henri II les gendai'mes porter de véritables enclumes. On y renonça ensuite progressivement. Charles IX allégea beaucoup le lourd appareil des

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hommes de guerre, et Louis XIII le fît abandonner presque entièrement. Après la mort de Henri H, taé par Montgommery d'un coup de lance, les gentilsïiOBunes ne voulurent plus de cette arme. Au temps de Henri IV, tous les cavaliers de l'Europe ont une prédilection marquée pour le pistolet. Maurice de Nassau lui-même d^nna dans cette inconcevable erreur. Dans toutes les guerres de Louis XIV, la cavalerie en allant à l'ennemi ne mettait l'épée à la main qu'après avoir exécuté plusieurs fetix. Les charges étaient généralement lentes et lourdes. Il en fut ainsi jusqu'au milieu du xviii^ siècle, sauf de rares exceptions, telles que la charge à l'arme blanche, sans feux^ du marquis de Magnac à Friedlingen. Charles XII, le premier, comprenant le vrai rôle de la cavalerie dans les armées modernes, rendit son choc irrésistible en la lançant en avant, sans feux, avec la rapidité de la foudre. Mais la routine prévalut parmi nous jusqu'au temps de Frédéric.

Sous Louis XIII, dit le général Bardin, on voit un caporal commander une escadre de cavalerie. L'escadron, pris comme unité de force, va naître. En 1635, on organise en régiments les débris des cataphractes et toutes les compagnies de cavalerie légère. En 1659, après la paix des Pyrénées, cette transformation s'achève. La cavalerie a un colonel-général. Le régiment j commandé par un mestre-de-camp, se compose de deux à quatre escadrons, ayant chacun quatre compagnies de 25 à 50 maîtres. On nomme un lieu*tenant-colonel et un major. Du temps de Turenne, le régiment variait de six à douze compagnies, ayant

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chacune un capitaine, un lieutenant, un cornette, un sous-lieutenant, un maréchal-des-logis, un brigadier et un trompette. Il en était ainsi dans presque toute l'Europe.

Nos cavaliers, comme ceux de Gustave-Adolphe, se formaient sur trois rangs. Pendant la guerre, il n'y en eut souvent que deux à cause de la faiblesse des effectifs; mais l'ordre sur deux rangs ne fut adopté en France qu'en 1766, après la Prusse. — Armement uniforme, c'est-à-dire le pistolet, le mousqueton et l'épée, plus tard le sabre. Un seul corps conserva la cuirasse, et prit le nom de cuirassiers du roi. Chaque régiment eut une compagnie de mousquetaires ou de carabiniers. La première organisation fut si défectueuse que Louvois, pour reconstituer l'édifice par la base, licencia tous les régiments en 1668, les remit en compagnies franches, et chargea le chevalier de Fourilles d'une réorganisation qui, une fois achevée, subsista cent ans. La cavalerie, pendant tout le règne, entra toujours au moins pour un tiers dans la composition des armées.

Le maréchal de Brissac, dans sa campagne de Piémont en 1554, monta une compagnie de fantassins sur des petits chevaux de médiocre valeur, afin de les transporter rapidement sur des points éloignés. Telle fut l'origine des dragons, d'abord arquebusiers à cheval. Cet essai ayant réussi, on. forma plusieurs compagnies. Le dragon reçut une instruction conforme à son double rôle. En 1668, lorsque le duc de Lauzun fut nommé colonel-général, il n'existait que deux régiments; en 1690, il y en eut quarante-trois.

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On a exalté ou critiqué outre mesure l'arme des dragons. Une chose certaine, c'est que leur création est due à une idée ingénieuse.

Les premiers hussards étaient des déserteurs hongrois. Le maréchal de Luxembourg, les ayant mis à l'épreuve, obtint la levée d'un régiment en Alsace» Ce corps fut dissous à la paix de Ryswîck. Ainsi, en 1700, il n'y avait pas de hussards, c'est-à-àire pas de cavalerie légère proprement dite, bien que toute la cavalerie portât ce nom, qui du reste était juste par rapport à l'ancienne gendarmerie, ainsi que nous l'avons déjà remarqué. Pendant la guerre de la Succession, on forma deux régiments de hussards, l'un français, l'autre bavarois.

En 1679, le sabre remplaça définitivement l'épée. 1680, création du régiment de carabiniers, qu'on arma de carabines rayées. N'oublions pas que Louis XIY entretint toujours un certain nombre de régiments étrangers, qui se recrutaient parmi les aventuriers et les déserteurs de toutes les nations. Il y en eut jusqu'à huit.

Les corps de la maison du roi, créés presque tous par Louis XIY, étaient nombreux et superbement équipés. La vénalité des gradés en était bannie, exception unique. On y remarquait : quatre compagnies de gardes du corps, de 100 à 300 gentilshommes, tous catholiques ; 200 gendarmes et 20Q chevau-légers; deux compagnies de mousquetaires, servant à pied et à cheval, et ayant à la fois le drapeau et l'étendard, insignes de leur double service. La maison du roi, les compagnies de gendarmerie

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et celles de chevau-légers présentaient, réunies en 1673, un effectif de 3,420 gentilshommes ou maîtres; A la même époque, il y avait daps le reste de la cavalerie 47,000 chevaux.

On comptait en 1698, outre la maison du roi, 117 régiments *, dont 1 de carabiniers, 1 de cuirassiers, 72 dits de cavalerie, 43 de dragons, et plusieurs corps étrangers. — Une ordonnance du 5 mars 1675 prescrivit la cuirasse à tous les officiers ; on l'éluda presque toujours, sous divers prétextes, Quant aux manœuvres, il n'y avait rien, en 1701, qui ressemblât à nos trois écoles. On mettait une grande importance à bien défiler.

Par un reste de préjugés qui dataient de la chevalerie, le gentilhomme méprisait la pédaille, et ne voulait combattre qu'à cheval. Voilà pourquoi nos rois s'ocupèrent d'abord presque uniquement de la cavalerie.

Charles VII créa les francs-archers, qui doivent la première partie de leur nom à l'exemption de la taille. Chaque paroisse dut en fournir un, l'équiper et l'entretenir. On les réunissait souvent pour les exercer. La compagnie était de 500 hommes; il y en avait huit dans une bande. Le corps entier comprenait quatre bandes, 16,000 hommes. Louis XI licencia

1 . À deux, trois ou quatre compagnies (de 30 à 50 cheiaux chacune) par escadron ; le nombre de ces derniers variait de deux à trois •par régiment. Tout cela était l'instabilité même.

cette milice, et la remplaça par 10,000 Français, 6,000 Suisses, et un certain nombre de lansquenets, après la journée de Morat où les Suisses employèrent, avec un succès inconnu jusqu'alors, les armes à feu portatives (1476), et firent repentir le duc Charles de Bourgogne de la témérité dont il se glorifiait. Du reste, cet appel des Suisses et des Allemands en France eut le résultat très-fâcheux de retarder la formation d'une infanterie nationale. Bayard et plusieurs autres chevaliers, sur les instances de Louis xn, servirent dans Tinfanterie ; mais cette arme ne prit réellement quelque importance que sous François P', qui répandit Tusage des arquebuses, créa les légions, et mit ainsi sur la voie de la formation régimentaire. Nous étions en retard sur la Flandre, l'Espagne et Tltalle qui avaient déjà d'excellents fantassins. La légion fut de 6,000 hommes, piquiers, hallebardiers et arquebusiers, en nombre à peu près égal. Il y avait dans chaque légion six bandes, et dans chacune de ces dernières mille hommes. On revînt bientôt aux anciennes compagnies séparées de deux ou trois cents hommes, mais cette division amena des désordres. Henri II, d'après l'avis de Brissac, de Goligny et de Montluc, prenant ce qu'il y avait de bon dans le système légionnaire, forma des corps que Charles IX, après avoir hésité entre plusieurs titres, appela régiments. Ces corps furent d'abord très-irréguliers et temporaires; on les licenciait quand on n'en avait plus besoin ; mais enfin le principe régimentaire était trouvé. On vit quelquefois des régiments réduits aux seules compagnies-colo-

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nelles. L'usage des armes à feu, en se propageant^ fit abandonner peu à peu les armures défensives; toutefois, les piquiers et les arquebusiers conservèrent le corselet, le haUecret et la salade pendant plusieurs années du règne. Louvoîs institua la tenue des registres-matricules. Le colonel Rocquancourt, le général Ambert' et M. Camille Roiï^set donnent l'historique de Tinfanterie et des autres armes. Nous nous bornerons à quelques indications sonmiaires qu'il est indispensable de se rappeler. — Peu d'innovations au commencement du règne. Le nombre des mousquetaires est double de celui des piquiers. Formation habituelle sur huit rangs; Turenne la réduisit à six. — Personnel d'une compagnie : capitaine 1 ; leutenant 1; sous-lieutenant 1 ; sergents 2; caporaux 3; anspessades ou sous-caporaux 3 ; 41 soldats et 1 tambour. État-major : colonel, major, et un aide-major par bataillon. Les emplois de lieutenantcolonel et de major, en dehors de la hiérarchie, ne se vendent pas; de capitaine on devient coloneL Les officiers sont armés d'une pique de dix pieds, les soldats en ont une de quatorze; les sous-officiers ont une hallebarde un peu moins longue. Création des grenadiers en 1672. En 1703 on abandonna la pique, et toute l'armée reçut des fusils avec des baïonnettes à douille, inventées par Vauban. L'ordonnance fut réduite à quatre rangs. On laissa aux sergents la hallebarde, et aux officiers la demi-pique de sept à huit pieds ou esponton.

Il y avait, dans la maison du roi, un régiment de gardes françaises et un régiment suisse, toujours au

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complet. L'organisatear de riafanterie fut Martinet. En 1678, il y avait 120,000 hommes sur le pied de guerre, et dans les garnisons 100,000. Il y eut toujours, comme dans la' cavalerie, plusieurs régiments étrangers. Louvois était parvenu à en former six : un espagnol, deux irlandais, un écossais, un anglais et un allemand, dont les officiers et les soldats, par une exception à noter dans ce temps d'intolérance, pratiquaient librement leur culte national.

D'après le maréchal de Puységur, il n'y avait aucune uniformité dans l'arrangement des troupes. Chaque chef disposait ses soldats suivant son intelligence de la guerre et du terrain. C'était la seule règle qui présidât à l'entrelacement des piquiers et des mousquetaires. En général, on s'alignait à droite, et l'on conservait entre les bataillons 30, 50 ou 60 pas. Les trois écoles, ainsi que pour la cavalerie, étaient encore dans les limbes de l'avenir; on avait seulement appris, au camp de Compiègne, à défiler avec une certaine perfection. Vers la fin du règne, il y eut un nombre prodigieux de régiments ; aussi furent-ils très-faibles, quelquefois d'un seul bataillon de quatre ou cinq cents combattants. Il y avait des compagnies de quarante hommes. En 1710, les bataillons de l'armée de Flandre se trouvèrent réduits à 350 et même à 300 soldats (lettre de Yillars au ministre de Voisin, 24 mars 1710). Quant aux désordres qui furent cause en grande partie de nos revers, nous citerons Feuquières, pour éviter qu'on nous accuse d'exagération ; les capitaines, qui étaient, connue on sait, propriétaires des compagnies, s'ab-

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sentaient sans y être autorisés, et allaient dissiper à •Paris Targent destiné à l'entretien de leurs soldats ^ Feuquières^ a-t-on dit, esprit chagrin et morose, trouvait tout mal : mais sur ce point les témoignages concordent, il n'a dit que la vérité. Il n'a dépassé les limites du vrai, encore n'est-ce pas bien sûr, que lorsqu'il a critiqué les plans de bataille et la conduite des généraux.

L'engagement étant en principe volontaire \ et

i. <f Les abas ont été multipliés à un tel excès que les corps de troupes ne sont presque plus que des noms sur un ordre de bataille sans consistance, lorsqu'il faut que Parmée combatte. Les jeunes gens sans expérience, à qui Ton a donné des régiments, ont dégoûté les TÎeux officiers qui étaient à la tête des vieux corps, parce qu'ils se sont trouvés dans la nécessité d'obéir à des enfants. Ces mêmes enfanta ont proposé au ministre des sij^jets incapables, qui tous ont été agréés.

« L'avidité et la facilité de s'entendre avec les commissaires des guerres ont fait que les revues ont été peu exactes, de sorte que le roi se trouve continuellement volé, et sur le nombre des officiers qui n'est pas complet dans les régiments^ et sur le nombre des soldats qui manquent dans les compagnies, quoique payés par l'état de la revue.

<K Aussi trouve-tron un bataillon excellent lorsqu'il entre en campagne à 500 hommes, au lieu que^ sous les ministres précédents, on eût cassé un capitaine, ou au moins lui aurait-on retenu une somme, si sa compagnie se fût présentée incomplète en entrant en campagne Il faut se redresser sur tout, sans quoi le dépérissement deviendra sans remède. » ^- On pourrait multiplier facilement les citations.

2. Depuis le 28 octobre 1666, on ne put s'engager pour moins de quatre ans. Parfois, un capitaine peu scrupuleux retenait des soldats après l'expiration de leur engagement; le ministre, si une plainte pour ce motif lui parvenait en temps de guerre, répondait, comme il' le fit en 1672, que ce n'était pas le moment d'examiner l'affaire et qu'on s'en occuperait après la campagne. — Golbert, de son côté, retenait des forçats, après leur peine finie, parce que le roi avait besoin de rameurs sur ses galères. La raison d'État couvrait ces abus de pouvoir. La gloire de ce siècle ne fut pas sans tache.

les troupes à l'entreprise, les capitaines s'entendaient avec les recruteurs, ou raccoleurs, pour se procurer des hommes, et avec les fournisseurs pour l'achat de tous les objets d'équipement; les armes seules étaient fournies par le roi, à qui on en remboursait le prix. Nous avons déjà parlé des passevolants. L'uniforme ouvrit une nouyelle source de profits illicites*

Nos anciens rois commandaient eux-mêmes leurs armées. Au début de la troisième race le chef de la milice était le sénéchal, princeps militiœ. De Philippe-Auguste à Louis XIII, ce fut le connétable, cornes stabuli. Cette charge fut supprimée à la mort du duc de Lesdiguîères (1627). Philippe-Auguste fit le premier maréchal de France; pendant les croisades, il n'y en eut qu'un; jusqu'à Louis XII, deux; sous François 1", trois; sous Henri II, quatre; sous Louis XIV, en 1651, seize; en 1703, vingt. La monnaie de Turenne n'eut pas cours auprès de Marlborough et du prince Eugène. Le commandement supérieur de l'infanterie appartint longtemps au grand-mmtre des arbalétriers. — Voir dans Brantôme la biographie des colonels-généraux de riQ«> fanterie. Le duc d'Epernon fut le dernier (1661). H y eut un grand-maître de l'artillerie jusqu'en 1755'. François P' ût les premiers colonels. Le lieutenantgénéral et le sous-lieutenant sont un peu antérieure à Louis XlVj sous le règne duquel les officiers de

tous grades pullulèrent, excepté les chefs de bataillon (dont l'origine est moderne), ce qui donnait une très-grande importance aux capitaines. Voici ce que dit le maréchal de Puységur : « Dans les grandes armées, il y a souvent deux cents colonels de gendarmerie, cavalerie légère et dragons qui, la plupart, ont ce grade sans régiment. Le même abus est dans l'infanterie. » Le maréchal de Villars s'en plaignit souvent.

A Grécy (1346) , les Anglais mirent en batterie et servirent avec de la poudre les six premiers canons qui parurent à la guerre. On employa d'abord des boulets de pierre,* de grès ou de marbre. Les projectiles en fer ne furent connus qu'au xv** siècle, ainsi que les premières armes à feu portatives. Charles Vlll, grâce aux soins de Louis XI son père, emmena en Italie une artillerie nombreuse, et assez mobile pour suivre les mouvements de son armée. François I*' qui, trop confiant dans sa vaillance de preux, pensa perdre ^ bataille de Marignan pour n'avoir pas su employer son artillerie, comprit ensuite l'importance de la poudre, et créa le premier grand*msatre* Henri IV, à Ivry, n'avait que deux ou trois mauvais canons, et ses adversaires pas davantage. Sully s'en souvint, et fit couler de nombreuses pièces de plusieurs calibres. On vit de son temps les grenades et les baUes à feu ^

1. Sally, le premier, prépara les éléments sérieux d^une armée permanente; mais ses idées et ses principes ne furent pas réunis

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Louis XIII connut les bombes, dont le tir resta très-imparfait jusqu'en 1663. Louis XIY eut une artillerie très-nombreuse; mais la multiplicité des calibres, l'emploi des mêmes pièces à tous les usages (sièges, guerre de plaine, etc.), la longueur des canons, la lourdeur des affûts et l'imperfection des attelages, tous à la limonière, ne lui permirent pas d'en tirer le parti qu'on pourrait croire. Il eut d'immenses parcs de siège, mais peu d'artillerie de campagne. Gustave-Adolphe inventa des canons en fer légers et très-mobiles, sans que la France l'imitât. Les vrais progrès datent de Valière et surtout de Gribeauval.

Le service de l'artillerie se faisait d'une manière étrange *. Le grand-maître, officier de la couronne, indépendant du secrétaire d'État de la guerre, avait une autorité absolue, et disposait de la plupart des charges, qui toutes étaient vénales. Les officiers, en dehors de l'armée par leur service et leurs titres singuliers, mettaient, pour la plupart, leur amourpropre à ne pas être compris dans la hiérarchie militaire. Leurs titres étaient ceux de lieutenants (généraux) ; commissaires provinciaux ordinaires et extraordinaires ; officiers pointeurs, maîtres canonniers brevetés, capitaines de charroi, conducteurs, etc. Dans les sièges, le roi passait des marchés avec eux pour la construction et le service des

ea corps de doctrine pour guider tes successeurs. A sa mort, on retomba dans les ténèbres.

1. Histoire de Louvois, 1. 1, 234, C. Rousset. Colonei Roeguancourt, 1. 1, 466, général Bardio.

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batteries, que les entrepreneurs faisaient exécuter par des soldats qu'on leur prêtait ou par des ouvriers civils, car on n'avait pas de troupes d'artillerie. Les sièges étaient pour le grand-maître une source de redevances énormes et extraordinaires^ que Louvois fit cesser. En 1671, fut créée la première compagnie de canonniers ; 1672, deux bataillons de fusiliers à treize compagnies-; 1676, deux compagnies franches de bombardiers ; 1677, quatre nouveaux bataillons de fusiliers. En 1691, il y avait un personnel de 6^500 honunes; 1693, les fusiliers deviennent régiment royal-artillerie, porté à cinq bataillons en 1706. En 1684, dix nouvelles compagnies de bombardiers, et formation du régiment royd des bombardiers ; 1706, création d'un nouveau bataillon. Le mestre de camp Dumetz fut pour l'artillerie, sous la direction de Louvois, ce qu'étaient ' Martinet pour l'infanterie et le chevalier de Fourilles pour la cavalerie. Les mines ressortissaient au service de l'artillerie, dont elles ne furent séparées qu'en 1790. Louis XIV, le premier, eut des mineurs : 1679, première compagnie; 1695, deuxième; 1705, troisième ; 1706, quatrième. Le corps de l'artillerie fut doté d'un état-major général et particulier, d'après les règles suivies pour les autres armes.

a Le mot ingénieur, dit Guibert, dérive, non du mot génie, mais du mot engin, parce que les ingénieurs étaient autrefois les constructeurs des machines de guerre. » Les anciens appelaient Aréotectonique la science de l'attaque et de la défense des places. Cette branche de l'art militaire fut d'abord

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dans les attributions du grand-maître des arbalétriers, et ensuite dans celles du grand-maître de Tartillerie. Henri IV n'avait pas d'ingénieurs. Sully appela des Italiens pour ce service, et il encouragea les officiers d'infanterie à s'y livrer. Louvois et Golbert cessèrent de conférer ces grades à des étrangers. Vauban organisa les ingénieurs, dont les fonctions, dans l'origine, étaient à la fois civiles et militaires; les deux corps ne furent séparés qu'en 1750, après la fondation de l'école de Mézières. Ainsi, sous Louis XIV, il n'y avait pas de corps spécial du génie militaire, ni de régiment de cette arme. La plupart des ingénieurs étaient des officiers d'infanterie et n'avaient sous leurs ordres, pour l'exécution des travaux, que des soldats empruntés à l'infanterie et à la cavalerie, ou des ouvriers civils. Vauban, à quarante et un ans, était encore capitaine dans le régiment de Picardie.

Le marquis de Louvois, deuxième fils du chancelier Le Tellier (dont Bossuet prononça l'oraison funèbre), naquit à Paris, le 18 janvier 1641 . Elevé dans la culture des lettres grecques et latines, au collège de Clermont, où ses condisciples eux-mêmes proclamèrent la maturité précoce de son esprit, il reçut dès l'âge de quinze ans le brevet de conseiller d'Etat, et la survivance de la charge de secrétaire d'Etat qu'avait alors son père; ce qui ne l'empêcha pas de soutenir publiquement, deux ans plus tard, ses thèses de philosophie. A dix-neuf ans, il fut

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nommé conseiller au parlement de Metz; mais Le Tellier le garda près de lui, pour le former aux fonctions qu'allait bientôt remplir cet adolescent dont on vantait déjà l'application aux affaires et la gravité. En 1662, époque de son mariage avec la riche héritière des Souvré, il reçut l'autorisation dé signer comme secrétaire d'Etat, à la place de son père devenu chancelier. A vingt et un ans, il était ministre, et il conserva cette position jusqu'au 16 juillet 1691, jour de sa mort. Son nom rappelle, malheureusement pour sa mémoire, la guerre de Hollande, la dureté déloyale dont Gênes fut victime, la révocation de l'édit de Nantes, les rigueurs contre lés calvinistes, et les incendies du Palatinat. Le marquis de Barbesieux, son fils, âgé de vingt-trois ans à peine, lui succéda, comme si le ministère appartenait à cette famille.

Avant le ministère de Louvois, que faisait l'Etat, ou le roi (ces deux mots ayant une signification identique), pour assurer la subsistance des armées en campagne? — Rien. Le soldat, pour vivre, maraudait. De là, les absences illégales, l'indiscipline, les châtiments et la désertion; la mauvaise nourriture engendrait la misère et des maladies dont les ravages étaient d'autant plus grands qu'il n'y avait pas de Service médical. Louvois, le grand vivrier, établit des magasins pour les hommes et les chevaux. Cet établissement précéda ceux du même genre chez les étrangers, et contribua beaucoup aux succès de Louis XIV. Louvois institua la discipline, refréna l'orgueil et la tuî^bulence que les gentilshommes

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portaient dans l'armée, protégea les bons ofiicîersi et sévit contre les mauvais ; créa les magasins permanents, les hôpitaux, le Dépôt de la guerre, les camps d'instruction , les régiments de milices *, Fhôtel des Invalides, Tordre de Saint-Louis, etc. Il perfectionna l'équipement et l'armement ; établit à Douai, Metz et Strasbourg des écoles d'artillerie; comprit la nécessité d'un personnel administratif intègre, et mérita, pour avoir si bien préparé la guerre, d'être placé à côté de ceux qui l'ont faite.

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