Général Pelet, VI. — Henri Martin, XIV
Digiti;
Les coalisés, après les batailles de Ramillies et de Turin et la levée du siège de Barcelone, croyaient n'avoir plus qu'à fondre sur la France et sur TEspagne pour s'en partager les dépouilles. Ils rejetèrent avec hauteur les propositions de paix que leur fit le roi.
Déjà maîtres du Brabant et de la Flandre espagnole, ils voulurent y joindre le Hainautet la Flandre française. Le duc de Marlborough se mit en mesure d'attaquer M ons, Tournay, Lille et Ypres.
Le margrave de Bayreuth, qui venait de remplacer le feu prince de Bade, devait passer le Rhin, attaquer le maréchal de Villars et entamer l'Alsace.
Le duc de Savoie et le prince Eugène reçurent la mission de prendre Toulon, d'envahir la Provence et le Dauphiné, afin de provoquer une nouvelle révolte des Cévennes.
L'archiduc Charles, reconnu par la Catalogne, Valence et r Aragon, espérait achever promptement la conquête de l'Espagne.
Le comte de Thun marcha sur Naples, afin d'y déterminer un mouvement autrichien.
L'entreprise sur Naples fut la seule qui réussit.
Vendôme, sans combattre (on se souvient que le roi lui avait recommandé la prudence), tint Marlborough en échec et l'empêcha d'exécuter aucun de ses projets sur la Flandre française.
La situation était bonne sur le Rhin, où Villars, en
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1706, avait rejeté l'arraée impériale de l'autre côte du fleuve, assuré, par les lignes de la Lauter, la défense de la Basse- Alsace, et occupé l'île du Marquisat, qui le mettait en mesure de porter la guerre dans Tempire. Le maréchal, ayant cette fois une belle armée de 70 bataillons et de 108 escadrons, un équipage de pont et la faculté de prendre Toffensive *, se porta immédiatement sur les lignes de Stolhoffen ^, qu'il enleva (22 mai) ; franchit le Necker et se rendit maître de tout le Haut-Danube, qui paya les frais de la campagne. Charles XII, après avoir donné la couronne de Pologne à Stanislas, était alors en Saxe,
1. Villars n'était pas tenu en lisière comme les autres généraux. On trouve dans ses dépêches un ton digne et libre qu'on cherche en Tain dans celles de Villeroi, de Marsin, de Tessé, de Taliard, etc. Ses projets presque toujours recevaient l'approbation du roi. 11 n'hésitait pas, d'ailleurs, à suivre ses inspirations.
2. Ces lignes, d'abord parallèles au Rhin, retournaient en équerre depuis Stolhoffen jusqu'aux montagnes. Elles se composaient de doubles retranchements élevés en amphithéâtre, soutenus de fortes redoutes, avec un pont qui les joignait à l'Ile d'Alunde, d'où il était facile de jeter un autre pont pour entrer en Alsace. I.eur étendue était d'environ cinq lieues. Le margrave de Bayreuth et le prince de Dourlach les occupaient avec 40,000 hommes.
Le maréchal donna, le 49 et le 20 mai, grand bal, festin et comédie aux dames de Strasbourg, 11 invita les officiers généraux et beaucoup d'autres que l'on crut, ainsi que lui, uniquement occupés de plaisirs; les prit successivement à part, et leur fit connaître ses ordres. Dans la nuit du 20 au 21, pendant que l'on dansait encore, il monte à cheval et part. — Le lendemain, les lignes étaient emportées, sans avoir perdu un seul homme. On y trouva un matériel immense d'artillerie et des approvisionnements considérables.
L'entrée du bassin du Danube, de ce côté, est aujourd'hui barrée par la forteresse fédérale de Rastadt, élevée avec les contributions de guerre payées par la France en 1815.
Ce n'est pas ici le lieu d'examiner ce qu'est devenue, depuis 1870, notre frontière de l'Est.
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ÎDcertain s'il tournerait ses armes contre la Russie ou contre Tempire. Villars lui fit proposer de mêircher avec lui sur Vienne ; mais la foneste influence du comte Piper, vendu à Marlborough, poussait le roi de Suède vers Pultawa. La petite armée, qui avait fait de si grandes choses, fut alors obligée de revenir en Alsace pour y prendre ses quartiers d'hiver.
Toutes les expéditions des impériaux sur le Yar (même celle de Charles-Quint en 1536) ont échoué, à cause de la longueur du détour que leur impose la neutralité de la Suisse, obstacle placé à dessein depuis des siècles par la politique de l'Europe pour séparer la France et l'Autriche, dont les querelles embrasent toujours le continent. L'échec du prince Eugène et de Victor- Amédée devant Toulon en 1707, avec une perte de 10,000 hommes, prouva une fois de plus à nos ennemis qu'ils n'attaqueront jamais la France avec succès par sa frontière du sud-est. Charles-Quint y perdit deux armées.
La campagne de 1707 en Espagne se résume dans ce mot : Almanza. Victoire du maréchal de Berv^rick sur les Anglais et les Portugais commandés parlera Galloway et le marquis de Las Minas. Jean Cavalier et son régiment de réfugiés français se battirent avec fureur. Philippe V et l'archiduc étaient loin de là; le comte de Peterborough eut raison de dire : « On « est bien bon de se battre pour eux * I » Les ennemis perdirent 5,000 hommes tués, 10,000 prisonniers, 24 canons, et plus de 100 drapeaux. Treize bataillons,