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Que pouyaiiron édifier sur ces sables soulevés par des tourmentes continuelles? Evidemment, rien.
La noblesse tout entière, nous l'avons dit, se réunissait en armes sous les murs de Varsovie pour élire les rois, sans représentants de ses fractions, aucun noble ne déléguant à qui que ce fût son droit électoral qu'il exerçait en personne, aucun ne primant l'autre, et la voix du titulaire de la plus petite starostîe étant comptée, aussi bien que celle d'un riche castellan ou d'un palatin puissant. Mais à partir de 1467, il y eut aussi, comme pouvoir législatif intermédiaire, de moindre importance et se réunissant entre deux élections royales, des diètes où figuraient des nonces élus, ayant reçu de leurs électeurs provinciaux des instructions qui constituaient un véritable mandat impératif, — Les mandataires polonais étaient tenus de se conformer, dans toute leur rigueur, aux vœux de leurs mandants. Chaque député, à son retour de Varsovie, comparaissait devant l'assemblée de sa province pour expliquer ses votes; et la désobéissance aux ordres de ses électeurs mettait sa vie en danger, aussi bien que son opiniâtreté ou sa faiblesse à la diète. Voilà comment l'unanimité, toujours nécessaire, était souvent impossible. C'est par là, sans doute, que la Pologne devait périr quand elle eut dégénéré ; c'est pourtant cette fierté jalouse poussée à l'excès, mais émanée d'un principe qui exaltait tous les nobles, c'est cette exubérance d'orgueil qui fit sa gloire [quand
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XIV DISCOURS DE BÉC&PTION
les caractères conservaient encore leur primitive et robuste énergie. — Observons i<^i9 Messieurs, une preuve saisissante de cette vérité, que les choses hulaaines peuvent présenter à la fois les aspects les plus divers. Les nobles- polonais avaient coutume de dire aux sujets des autres Etats : a Un roi vous a; mais nous, Polonais, nous avons un roi. » — Ce qu'ils croyaient un trait d'esprit et de hauteur n'était qu'un aveu dont, seuls, ils ne comprenaient pas la portée funeste et' prochaine; car cette possession d'un roi par des sujets indocilq^, capricieux et arrogants, devait engendrer forcément les institutions les plus extraordinaires et les plus calamiteuses qui furent jamais, recelant un germe de mort.
Pour revenir à Télection dont nous avions commencé le récit, il est présumable que le primat Rad^ ziejofski, sans recourir à la violence, aurait pu, avec un peu d'adresse, étouffer la voix de quelques centaines de dissidents; et s'il eût, pendant Tacclama-^ tion des quatre-vingt mille, proclamé roi le prince de Gonti, c'était, sans nul doute, une affaire faite. Mais ce personnage, soit qu'il cédât à une timidité naturelle, soit qu'il fût le jouet de ses scrupules, soit que ses vceux aient subitement changé d'objet, proposa de remettre Ti^ection au lendemain, en s'appuyant sur ce vieil adage que la nuit porte conseil. — Dans cette nuit où l'on dormit peu, le conseil venu par la porte d'ivoire fut de tendre la main à l'électeur de Saxe, dont les émissaires avaient déjà commencé à
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répandre l'argent, l'or, et les présents de toutea sortes apportés par ses lourds fourgons : et le Gbe<^ ¥aleresque prince de Gonti était toujours à Dantzick^ ayant oublié son trône perdu, et consolé déjà, 4it-0D, par la couronne de myrte que la main d'une femme adorée lui tressait à Versailles.
Voir ajourner Télection, c'était tout ce que désH rait Frédéric-Auguste, qw, sans avoir ostensiblement violé le territoire de la )*épublîque, n'était pas loin..« Le tentateur recevait de préférence ceux dont il re-^ doutait le vote bostile, et qu'attendait un accueil particulièrement gracieux. Frédéric-Auguste, pra<i tiquant cette vertu mondaine qu'on appelle, par eu« pbémisme, Findépendance du cœur, pensait qu'on peut, sans péril, négliger ses amis, puisqu'ils sont acquis^ — On était loin du temps où un ambassadeur polonais, pour répondre à une tentative corruptrice de l'empereur Henri Y, jeta dédaigneusement sea bijoux dans le coffre plein de valeurs précieuses où le monarque allemand l'invitait à puiser.
Messieurs, une des difficultés du sujet que j'ai abordé devant vous, est de le traiter brièvement, tant sont multiples et variés les points de vue qui s'offrent à l'observateur dans le cours de cette étude^ Je vous soumettrai, toutefois, quelques aperçus sommaires.
L'ancienne Pologne, située aux confins de la partie orientale de TËurope, et dont les limites ont suivi liv
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mobilité du caractère indigène, eut pour frontières, dans sa plus grande prospérité, l'Oder à Fouest, le Dnieper à Test, la Baltique au nord, la mer Noire au Bud. — Les contrastes abondaient dans cette Pologne, où Ton trouvait, sous des latitudes inégales, les variations brusques de l'atmosphère, la Dignité Royale avec le nom de République, des lois avec l'anarchie féodale, des traits informes de la république romaine au temps des Gracques et des Sci-
^ions, l'opulence et la pauvreté. La langue des
liommes d'Etat et des historiens polonais était celle tie Rome, avec une prétention peu justifiée à l'élégance cîcéronienne.
La nature s'était montrée libérale envers la patrie xles anciens Sarmates, en lui prodiguant ses plus beaux dons : les plateaux fertiles de la Podolie et de l'Ukraine; des bois d'essences variées et propres à tous les usages dans les forêts de la Lithuanie; les lins et les chanvres de la Samogitîe ; des pâturages où grandissent des chevaux de guerre infatigables ; bestiaux, laines, fourrures et cuirs; à fleur de terre, le sel gemme, le'zinc, le plomb, le fer; les pyrites de
suivre de Chenciny; l'argent d'Olkusz et c'était
le pays le plus pauvre de l'Europe, car, en exceptant t^ent mille familles nobles, ses quatorze millions d'habitants vivaient asservis, participant aussi peu à la liberté d'une république nominale qu'aux riches produits qui restaient enfouis, pour la plupart, dans les flancs d'un sol laissé en friche. ^ La terre et l'eau,
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tout semblait appeler un grand mouvement conunercial, que les étrangers venaient y chercher sans le trouver. Les nationaux n'utilisaient pour aucuû transport tant de rivières^et de fleuves larges, profonds, poissonneux, dont les eaux abondantes et limpides reflétaient les rayons d'un soleil vivifiant, la Dwina, le Bug, le Dniester, la Vistule, le Niémen, le Borysthène aboutissant presque tous à la Baltique ou à la mer Noire, offrant ainsi les débouchés les plus avantageux, mais regardés par leurs riverains, à cette époque, comme devant uniquement servir à décorer les paysages, et à orner les cartes géographiques. ^ Ce vaste Etat aurait eu besoin d'armées nombreuses pour défendre ses immenses frontières, toujours menacées par les Moscovites, les Turcs, ou les Tatars, et il pouvait à peine soudoyer quarante mille hommes. ^ Souvent insultée par des flottes, la Pologne n'eut jamais la pensée de former une marine de guerre, encore moins de construire des vaisseaux marchands propres au commerce pendant la paix, que l'Etat peut utiliser dans une lutte maritime, et qui sont toujours une pépinière de matelots rudes et hardis. — Dans les situations extrêmes, on convoquait la Pospolite, ou arrière-ban, dont il est facile de s'imaginer l'inutilité dispendieuse, et même le danger pour l'ordre, en se représentant cinquante mille gentilshommes ayant passé l'âge des élans désintéressés, s'éloignant à regret de leurs foyers, bâtonnatit et spoliant les paysans chez les-
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quels ils s'installaient comme en pays conquis, affectant le dédain de toute discipline; poussant les clameurs jusqu'à la révolte si on les retenait inactifs, mais invoquant leur droit de ne pas franchir la frontière : en somme, guerriers circonspects, et batailleurs en paroles.
Un roi que les Polonais n'ont pas su garder, dont la fille fut une de nos reines de France les plus vénérées, un roi exilé dont nos pères ont admiré la sagesse dans notre belle province de Lorraine; ce prince devenu Français, dont les cendres ont frémi sous la profanation de sa tombe pendant les récentes douleurs de sa patrie adoptive, Stanislas Lekzinski nous dit, dans ses Mémoires, qu'il y avait en Europe des villes dont le trésor était plus riche que celui de toute la Pologne, et que deux ou trois commerçants de Londres ou d'Amsterdam négociaient pour des sommes plus considérables que n'en rapportait tout le domaine de l'ancienne République. — Le judicieux abbé Goyer, auteur d'une histcftre estimée de Jean Sobieski, n'a été que trop vrai quand il a résumé ce triste état dans cette réflexion pleine d'amertume : « La plus grande source de l'argent qui roulç en Po- « logne, c'est la vente de la royauté. ». — Nous allons» en voir. un frappant et lamentable exemple.
Il était magnifique cet électeur Frédéric-Auguste renommé par toute l'Europe pour sa beauté virile, ses exploits herculéens, ses profusions, son mépris des hommes, et, il faut bien le dire aussi, par sa mo-
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raie facile. Je craindrais^ Messieurs, de vous étonner par des couleurs trop vives, si, emporté' par mon sujets je cédais à la tentation de peindre en pied, sous vos yeux, ce héros de roman : sur cette figure, dont l'austérité ne fut pas le principal cafiictère, je jette, à dessein, un voile peu transparent. Cet épicurien guerrier, dont les doigts nerveux broyaient le fer d'un cheval, fut le père de notre Maurice de Saxe, le vainqueur de Fontenoy et de Lawfeld.
On aurait pu croire qu'il avait pris à tâche de faire revivre en lui la personnalité féerique d'un César romain ou d'un de ces monarques de l'Asie dont la nature est l'esclave, et qui n'ont qu'à frapper la terre du pied pour en faire jaillir des trésors inépuisables. — Les Saxons apprirent plus tard ce que leur coûta
la magnificence d'un roi de Persépolis mais ce
n'est pas l'heure des prévisions attristantes. Les bons Saxons étaient alors, comme les peuples voisins, sous le charme d'un éblouissement général.
Ne quittons pas notre héros, qui, ayant perdu par l'effet de tant de grâces du sort le sentiment de la fragilité humaine, ne vit pas que Charles XII grandissait sous son habit de soldat. Ses vertus guerrières, amollies dans Iqs délices, ne devaient se réveiller qu'au bruit du canon suédois. — Les diamants qui constellaient son uniforme n'étaient pas estimés à moins de deux millions de thsders. Dans ses excursions maritimes sur l'Ëlbe, cent gondoles et quinze frégates de six canons escortaient son vaisseau le
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Bucentaure^ dont l'équipage était habillé de satin jaune, avec des bas de soie blancs. Il avait eonstam-' ment autour de lui, pour sa garde personnelle, dixneuf cents gentilshommes, six régiments d'infanterie, trois de cavalerie et onze cents gardes royaux commandés par le baron de Mordar, qui se faisait suivre d'un page portant une trompe de chasse incrustée de pierreries. Outre cette escorte d'apparat, déjà menaçante, dix mille fantassins saxons suivaient le prétendant, prêts à faire intervenir l'éloquence des baïonnettes.
Le fastueux Saxon accueillait tous ses visiteurs avec le sourire sur les lèvres : -^ Ah I c'est vous, comte Ossolinski, je suis aise de vous voir; je m'aperçois que vous avez perdu le diamant de votre aigrette, permettez-moi de vous offrir celui-ci pour le remplacer. — Soyez le bienvenu, mon cher Grudzinski, je pensais à vous envoyer, pour votre salle à manger, ce Bacphus assis sur un tonneau d'argent. — Cette horloge à carillon est destinée au palatin de Gracovie; ces carquois avec leurs flèches au castellan de Parnava, et ces figurines d'ambre montées sur ivoire à sa femme, qui aime ces brimborions. — Il faut enlever ces tentures de Perse et ces tapis de Smyrne que déchirent nos éperons; si quelqu'un d'entre vous les désire, parlez. — Mon majordome m'a fait suivre d'une foule de voitures qui m'encombrent; je désire que quelques âmes charitables veuillent bien m'en débarrasser, ainsi que des attelages;
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eimnenez aussi les cochers, je vous garantis l'adresse de ces automédons, mais non leur tempérance. «^ A qui offriraî-je mon sabre? car vous en êtes tous dignes. Que celui qui est le plus près de moi le prenne ; il trouvera gravé sur la lame mon nom de guerre : Demir Helhe (Main de Fer); mais tout le monde peut le manier, à peine pèse-t-il le poids d'un enfant de dix ans. J'en ai d'autres moins légers. — * Maintenant, Messieurs, à table !
Le festin fut plantureux, et les invités y firent honneur, car les nobles polonais ne pratiquaient plus la frugalité des anachorètes, comme on le voit par les récits de Laboureur et de Dalér.ac. On se souvint longtemps d'un gâteau prodigieux, mesurant vingthuit pieds dans son plus grand axe, douze de large sur trois de hauteur, que le chef des officiers de bouche, déguisé en charpentier et armé d'une hache de vermeil, découpa majestueusement, après qu'on l'eut promené à travers les principales rues du camp. *— Si nous n'avions pas le témoignage d'un historien grave, il faudrait reléguer au rang des fables les fêtes données par Frédéric-Auguste lorsque son fils épousa la fille de l'empereur Joseph P'. Il reçut la fiancée à Pirna. Cent carrosses à six chevaux firent à Dresde leur entrée triomphale. Les divertissements durèrent un mois entier, pendant lequel l'électeur et sa cour se partagèrent les rôles des diviqités grecques, offrant une image complète de l'Olympe. n donna dans son camp, près de Mûhlberg, un
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