BRUXELLES
Hkires Africaines
James VandhunI'.n
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Africaines
140 PHOTOGRAPHIES JNÉOITES
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Aprùslebrouhahadesadieuxetdes recomniandaliMiis,ai)ii!s les piiiçadps de sournoise émotion, après les pavoisoments çt les sociétés de musique, après ks quais vivants de foule derrière la dégaine comique des policiers anversois habillés comme des comparses de pantomime, après le tassement de la nuit : le premier réveil on pleine mer... Un épanoui-ssomcnt de claire liberté, le calme dans la grande joie, qui devine, au fond de l'espace, Tinconnu, le merveilleux, — vers lequel solennellement le bateau nous emporte.
La mer est bonne, promenant de complaisantes vagues sous un ciel gris, renfrogné... Le soleil aura pris lesdevants pournous préparer, là-bas, des fêtes de lumière.
Il faut arranger et installer la mouvante existence. On soigne l'emménagement de ses manies et de ses colis dans les recoins de l'instable et vacillante demeure. Surtout, on procède à l'apprentissage de la cabine, en s'initiant aux disparitions, escamotages et doubles-fonds qui économisent l'espace et agencent une chambre à coucher avec ses accessoires sur une surface de trois mètres carrés. Le lit est à renversement; le matériel de la toilette se rabat dans un panneau contre la cloison. Il faut se rendre compte des jeux de charnières, des portes à crochets, des combinaisons de meubles qui se disloquent, des surprises et des bondissements de canapés do féerie. Nous nous exerçons au maniement de cette ingéniosité d'ébénisterie et des trucs d'un mobilier conçu par dos clowns anglais.
Et vite, nous prenons l'habitude de coucher dans dos tiroirs, de nous baigner dans une malle, de nous habiller en dandinant et de vivre, avec toujours une poignée d'appui à portée do la main, dans nos cases machinées, dans les alvéoles du bateau, — la grande ruche à hélice.
Les passagers, mis en présence pour des semaines do vie commune, se considèrent, se conjecturent, se devinent. Tous les sentiments sont en garde, sur la défensive, prêts aux ripostes comme aux alliances. On se tâte par des présentations, par des engagements de causerie très quelconque. Un bout de question, l'inattendu d'un mot éveille de la curiosité et rapproche. Une considération prud'hommesque, issue d'un officiel, creuse un fossé vif, une définitive séparation.
Des groupes sympathiques se constituent en petits clubs et se solidifient.
Sous une apparence de courtoise et conversante cordialité, très générale, mijote un pêle-mêle de précautions, hautaines ou
blagueuses, qui vivent côte à côte, mangent à la même table, partagent d'analogues émotions et se touchent les mains, — les griffes rentrées.
Le golfe de Gascogne, pour inspirer le respect de TOcéàn Atlantique, nous reçoit de façon rude et tumultueuse. Le balancement a des accentuations brutales, des lenteurs, puis des reprises, avec les à-coups d'une nouvelle énergie. Des irrégularités fantasques déconcertent l'harmonie mécanique du roulis... Cela devenait de la secouade.
Mais, ce coup de vent et cette menace de gros temps étaient simplement une plaisanterie neptunienne, une épreuve ou un baptême d'initiation.
Le temps est d'un gris tendre.
Une accoutumance se fait; l'attention se familiarise avec le paysage marin ; elle l'apprend, le connaît, — oi une intimité franche, une sincérité de contemplation commencent et attachent; des découvertes de détails appellent de l'intérêt, créent une remuante existence de la mer, une mouvante sensibilité; dans les mouvements et les cadences de la vague se suit une animation personnifiée. Et des liens se nouent d'existence voisinante et amicale... On perçoit dans les matinées de réveil maritime, d'adorables langueurs, des bonheurs de paresse, — ou des moments de méchante humeur, de petites fâcheries qui froncent les lames et assombrissent des coins de nuage. Mais, on la connaît, maintenant, la mer qui nous emmène, (/cla n'inquiète plus. La camaraderie existe. Et c'est lo bon et absolu compagnonnage.
On l'avait un peu oublie, le continent, — quand, dans la matinée, doublant le cap Finistère, les eûtes de tlalicc s'ali^^iient, estompées dans une brume bleuâtre.
Sous la lumière vivo, déjà plus puissante, la mer est d'un bleu solide, avec de petits festons de mousseline blanche, de jolis volants que la brise retrousse. Ces légères dentelles, jetées à l'air et effrontément relevées, ont une friponnerie drôlette de bas de jupons.
Dcbellesvayues, longues et amples, viennent en frôlements se caresser aux flancs du navire. Leur empressement se cogne et leseau-f étalent, autour de nous, un mobile tapis blanc d'écume.
La jouiuée se passe, se dissout dans une indolence seigneuriale, dans une paresse sans regret, dans la joie de contempler, dans un très intense afîairement à ne rien faire, dans une précieuse immobilité qui voitpasser des imjiressions.
La berçante càlinerie du tangage, l'immense mouvement de rocking-cliair a, on sursauts, de minces secousses, des cassures comme de petits réveils vous tapant à l'épaule : par l'émersion de l'iiélice, le bateau est pris de trépidation; du frémissement donne au steamer, bataillant avec la vague,
une nervosité ou un temps d'arrêt... Il s'ébroue, secoue les paquets de mer qui lui sont lancés, et allègrement, avec une impétuosité pull sleam, donnant du mufle dans la vague, il pique en avant, et continue l'obstination de sa persistante route.
Dans le capricieux vallonnement des eaux, la lame dilatée promène et roule une joie de liberté ; et des heures encore se passent en nonchalances vides, en rêverie cadencée, lentement oscillante, suivant les méandres et les fantaisies, les complications deligneset les tonalités de cette agitation, — et ses brusques effacements pour de toujours recommencements.
Les vagues vivantes, dans une jeune impétuosité, ont entre elles, tout autour de nous, des courses, des joutes; elles se pressent, se bousculent, se devancent, passant l'une pardessus l'autre, se renversant, se battant, pour prendre les devants ; et elles éclatent et triomphent en éparpillements d'écume, en blanches fusées de joie où bruit de la moquerie victorieuse et de petites rages provocantes.
A nouveau, en rencontres, en rivalités incessantes, des luttes et des cognades s'attachent en remous et finissent par des retombées lasses qui flaquent et bouillonnent en vert glauque.
La transparence de saphir pâle, les vitrifications liquides de l'eau imprégnée de saine lumière, dardent des lueurs de prunelle. Et vivement, tout à coup, l'impression d'être considéré, surpris par des peuples de regards vivants, émeut : une hypnotisation, dans la fatigue de l'attention, dessine des ondulations et des enlacements de sirènes; les rides, à la surface des eaux, ont des expressions singulières — évoquant les théogonies anciennes qui peuplaient d'yeux et de cheveux de femmes la remueuse sournoiserie des mers.
Et toujours, toujours, avec une monotonie acquise, devenue essentielle, dans ces journées toutes en combinaisons de mouvements, nous allons dans l'étendue, avançant dans l'espace sans fond. L'acclimatation est laite, et nous sentons UD rythme, comme des pulsations de l'ardente vitalité du navire, dans cesbalancements, ces redressements, ces chutes. Nous sommes devenus êtres marins accommodés au sol qui se dérobe, au plancher à charnières descendant et remontant toujours. On marche sur du caoutchouc, sur des ressorts, et les trucs de la conservation de l'équilibre, dans ces conditions, nous sont acquis. Cette mobilité nous est devenue naturelle. Nous vivons sur une montagne russe voyageante. Une stabilité, une fixité du sol nous dérangerait, nous incommoderait vraiment et nous donnerait le mal de terre.
Comme un taillant formidable, la proue, sous la poussée du bateau, fend la vague, écarte Teau en deux sursauts de remous, — et tranche, tranche toujours et découpe la moire... La résistance est vaine; toujours, elle code avec le crissement d'une déchirure.
Domptés, les flots se rangent et font cohue sur les deux bords, s'attroupant et se bousculant avec agitation devant l'incident brutal qui se fraie route, — et passe. Le long du bateau, des modulations singulières, plaintives et douces, chantent de l'inquiétude.
Et derrière nous, le sillage blanc, semble le raccommodage de cette interminable blessure allongée dans les soies bleues de l'Océan.
La nuit. Pas de lune. Seules, à l'arrière, vivent les petites lumières du bord.
Une nuit accablée, dense. Une nuit sans lyrisme, sans romanesque de rôdeuses songeries. Une nuit d'effacement dans l'absolu du noir. Ni mélancolie, ni effroi, dans cette vision de néant, profonde disparition de tout.
Nous filons dans une brume d'encre.
Sous l'effort du gouvernail, les grincements, les douloureux craquements du bateau qui prend son orientation, crient de l'existence et du travail.
Le frôlis des eaux au long du bordage murmure une lassitude, une soumission découragée, presque une [désolation de l'interminable mouvement dans cet infini d'existence... Le clapotis, les déferlements de ces eaux de deuil ajoutent des éclats de petits sanglots, des sonorités sombres, une gémissante résonnance.
La corde du loch brusquement se détord et jette un hurlement de souffrance...
— Un monoloch dans la nuit..., dit le rire d'un journaleux qui gagne sa couchette.
Je reste accoudé dans cette ambiance d'inquiétude angoissante; je me sens obstinément attaché devant cet immense rien béant, devant Tindiscernable entêtement de la nuit, avec la notion de la distance continuant, toujours et malgré tout, de se cumuler et do s'entasser à Tarrièrc dans Tintonsité des ténébros.
Une institution vénérée à bord : le cocktail, — dont la joie quotidienne, vers les onze heures, est attendue, désirée, acclamée et gaiement lampée... Une mixture complexe^ d'agréable bizarrerie, de couleur coquette, de goût amusant; un breuvage violent et doux, âpre et aguichant qui se dit apéritif et pas trop grisant; une liqueur faite de beaucoup de liqueurs, et qui se laisse laper délectablement, en excitant — l'hypocrite, — des revenez-y enjôleurs.
La fabrication du cocktail est un art; l'opérateur nuance les compositions, possède le secret des artitices combinatifs et des ruses de procédés; il parfait l'étrangeté de goût par un docte apprêt et de minutieuses élaborations. La précieuse otlicine est fournie d'ingrédients multiples : des alcools, des jus, des amers et des essences, le sherry et le brandy, de la farine et du rhum, des sirops, du jaune d'œuf et de la cannelle, des cristaux de sucre et même une pointe etïilée d'épicos, avec des vins d'Espagne ou de Champagne. Et ce laborieux assemblage, trituré savamment, s'imprègne d'ingéniosités, de parfums et de roueries savoureuses.
Le maître, devant l'étagère aux tlacons, a les précautions bien dosantes du peintre travaillant sa palette avec le scrupule des exactes tonalités; le pontife du bar, dans une importante attention, marie les saveurs, sait des moyens piquants, connaît des règles mirifiques, improvise des étonnemenis.
Aussi, (lès dix heures, on pronostique, on devine ce qui arrivera sur le vaste plateau. Puis, on goûte, on discute, on analyse, on compare, on détaille les combinaisons magistrales, les dosages mathématiques. Et ce petit verre de liqueur brune ou rose, jaune ou rouge, cet art de l'alcool est une amusette dans le vide des journées, une surprise pour le palais, un joujou pour l'estomac, un baume d'appétit, un rafraîchissement arlequiné.
Tout le monde s'est passionné pour le vice mignon et souriant de cette dégustation d'artifices excitants et de supercheries douces, — qui font, machinalement, tendre le verre vide pour une seconde représentation de cette œuvrette régalante.
Des heures encore, inconscientes, passées toujours, inlassablement, à regarder, à contempler, à admirer la mer, sa vie remuante et tournoyante, et ses colorations joueuses. Tous les bleus, de l'azur printanier à l'indigo profond, du bleu écroui et du bleu de banale eau de savon, tous les bleus se forment, se mêlent, s'avivent, échangent des tons, se fondent, toujours muants. Des veines s'allongent et serpentent; des nœuds, par places, figent des apparences d'immobilités... Le bateau semble sur une immense table de marbre dont les ramages et les jaspures, lentement dégourdies et déroulées, prendraient du mouvement; c'est du marbre d'une vivante transparence. Un coup de soleil nettoie et polit les longues glaçures, à vif, les brillante, — et la mer, tout en scintillements, est devenue le gigantesque miroir du ciel; les nuées s'y reflètent en grandes clartés voyageuses.
C'est le perpétuel spectacle auquel on revient toujours, pour aboutir toujours, dans un étonnement de réveil, à la stupéfaction d'avoir encore si peu vu, après de si complètes journées d'attention.
Dans les eiidormeuses ondulations, dans les étreintes câlines du très régulier roulis, s'épaissit une indolence, une dominante oisiveté, une imposante paresse dorée de soleil. Par raffranchissement des lointaines et ordinaires préoccupations, régnent béatement la volonté de ne rien faire, la décision du vague ; et on se laisse disperser en mollesse inassouvie. On s'étend; et les heures s'envolent et se perdent dans le grand air, vides et lumineuses comme un pleinement de bulles d'eau de savon.
La journée sans fatigue, sans travail, sans ennui, se dissout et disparaît dans la belle sérénité des soirs, se résout en nocturne imposant, et s'en va dans la solennité de l'ombre. Les eaux conservent des restes, des traces de. lumière, de minces bribes que les vagues retiennent et qu'elles semblent taquiner de poussées incessantes ; c'est un continuel luisant, qui a de petits éclats vifs, des feux d'épées, des agaceries ou des démangeaisons de clarté, des lueurs d'acier; et le soir descend sur des flots métallisés, balançant des bouquets d'irisations et tout un jeu de couleurs, en tons de basse.
On se secoue, on se ranime, on se remet à la circulation en faisant les cent pas, le long des bastingages, dans la grande brise du large.
Le gong sonne cinq heures et demie pour envoyer les flâneurs aux préparatifs du dîner, — et nous nous étonnons de voir, déjà, si prestement disparu encore tout cet après-midi
stagnant sur le pont en pensées, en songeries vides et délicieuses, enmuseries charmeuses et inexplicables. Les journées sans labeur se consument, disparaissent — comme escamotées par une magie. Sans doute, le temps et ses administratives subdivisions se réduisent, s'amoindrissent par le désordreépars des idées, par les rêves hyperboliques de l'illimité. Tout, autour de nous, donne des visions de l'immense, du fabuleux, du désordonné et de la toute-puissance... Ce que nous envisageons à nos côtés, tout ce qui est le cadre de notre existence, se perd en supputations effarantes, en incompréhensions de vertige, en estimations de l'impossible. Et nous subissons un grandissement exaltant, avec l'explosion de nos ordinaires et méticuleuses opinions. Un affranchissement ou un détraquement de nos dosantes conceptions, suit les premiers efforts de l'imagination essayant un contact avec ce vivant démesuré, avec cette portion d'infini qui nous entoure et nous emporte.
A l'avant surtout, la contemplation a une stupeur de puissance et de lutte : le bateau avance, impassible dans sa force... Les vagues lui font une escorte, une suite, avec des remous d'honneur, — comme des mouvements de curiosité dans une foule entassée.
La proue, indifférente, opiniâtre, impulsive, continue. Comme une formidable épaulée, comme la projection d'un coin, elle se taille un passage. La mer entr'ouverte, recule, se sauve en deux masses mugissantes; des essais de retour, des résistances, montent et s'amassent en ressauts, en deux rejets, assaillant les flancs du bateau, mais retombant en épanouissement cahoteux et fuyard, en débandade de troupeau effaré. Et cette cohue hargneuse bave sa colère en mousse qui fermente, en écume qui rage.
Mais, le bateau passe, dominateur, entre ces soulèvements.
Le liatoaii continue dans une menaçante ti-ancliôo d'eau, repoussant toujours la bousculade qui regimbe ot bouillonne, chassant une galopade, une dOroute de vagues affolées ou grondeuses qui allongent, sous des nappes tumultueusement blanches, une soumission simulée.
Au milieu du vaste esseulement, dans l'abandon à ses forces, le bateau prend la vie, l'animation, le sentiment d'un être puissant, d'un organisme personnifiant la grosse machine voyageante, l'imposante fabrique de mouvement. Sa forme, l'agencement de ses moindres dispositifs, son profil, son gabarit, sa coupe, tout est tracé et combiné pour l'avance, pour
le plus preste faufilement à travers la passivité des résistances, pour l'entaille dans l'inertie de l'eau et le passage de sa grande vitesse. Le travail cahoté, la besogne kilométrique de cette conception dynamique, ce mouvant problème naval, marquent une volonté tenace, une énergie concentrée, animant le steamer comme une bête de guerre attaquant toujours la distance, bataillant jour et nuit devant l'Océan et fonçant dans le flot. Animal de combat et d'attaque, individualité conquérante, ses incidents, ses triomphes ou ses retards dans l'opposition des courants, dans les mouvements tournants du vent, son labeur, sa lutte avec les eaux sont de l'intérêt et une attention constante. 11 se personnifie majestueusement et entretient avec les passagers, qui lui sont corps et biens confiés, un échange d'émotions. Une familiarité faite de curiosité, d'affection, de respect, attache au navire dont on sait les moindres recoins et avec lequel on partage les risques et les inquiétudes de la vie marine.
Ce rassemblement d'êtres et de sentiments en vie commune et flottante constitue un petit monde. Le bateau, emporté dans sa trajectoire, est maintenant pour nous, par accoutumance, une planète machinée, une portion de territoire planchéié et mobile dont nous sommes les habitants. Nous prononçons le nom du bâtiment comme on déclare une nationalité. L'acclimatation est faite à l'existence en transport et nous nous incorporons dans l'organisme naval, outillé et approvisionné, emportant tout ce qui peut être nécessaire à lui et aux siens, ne comptant plus que sur ses propres moyens, toutes relations coupées avec le continent. Notre steamer est devenu, dans nos sensations, un fragment de monde allant dans un infini aquatique.
Un temps de gala. Du velouté d'or à profusion, partout autour de nous. De l'extraordinaire, de la magie dans la ten-
dresse de la journée. Une lumière de gaieté, une atmosphère de belle humeur. Pas une bribe de vent dans l'espace, pas un flocon de nuage au ciel...
Les vagues sont ardentes et claquantes. Elles se prélassent en roulantes ondulations. Volutantes et gamines, elles évoluent follement et se tiennent comme des rondes de fillettes. Une harmonieuse turbulence se réjouit dans l'eau... Soudain, une empêcheuse, dans une espièglerie de ressac, culbute le bon ordre, chasse des précipitations qui trébuchent et dégringolent, embrouille des contusions, des essais de fuite et des débandades qui jaillissent et sautent avec des rires de jeunesse et de fraîcheur.
Les vagues s'amusent, un peu grisées de lumière; des divertissements, des chocs, des poursuites font des dessins de bonheur. Les vagues se bombent et se tordent, se gondolent en complications gracieuses. Les vagues afllrment et roulent leurs gibbosités, s'emmêlent et se battent et font rayonner des joies de bossus... Un caressant clapotage murmure du plaisir.
Par des vallons d'eau, par des versants bleus, serpentent les courreries de l'onde, — et la lame, fatiguée, déferle en lassitude, se dénoue et étale son repos...
La transformation de surface est incessante, l'aspect perpétuellement mouvementé, du neuf toujours se soulève dans l'infinie variété des combinaisons, dans cette vie de l'eau qui n'a jamais deux secondes de similitude de physionomie.
l'ai' un bouhîversoment des façons de vivre, parle transvaMîm^Mit (m d'autres habitudes, avec la suppression de ce qui <Hait l'occupation ([uotidienne et les rênes de l'activité, — ;J|)rè^s un tem|>.s d'étourdissement, nous nous trouvons insinués dans une nuire catégorie» de l'histoire naturelle. Nous vivons
dans un état de véhiculisation — comme disent les chimistes. Nous constituons un genre nomade d'êtres marins et mécaniques allant par des mondes surprenants. Aucune nouvelle, pas une gazette, guère même le courage de lire les quelques volumes emportés en provisions pour l'esprit; nous sommes en totalité abandonnés à nous-mêmes, à nos ressources, à nos imaginations inventives, à de placides quelconqueries distrayantes.
Le pont du bateau est notre cité; nous avons casé notre existence entre les cabines, la salle à manger et les promenoirs du faux pont. Agités entre les étroits confins de cet aménagement flottant, nous sommes devenus partie intégrante de ce microcosme, chacun étant un peu de l'activité d'ensemble, une molécule dans l'anatomie de cet organisme marcheur.
On s'intéresse, par fonction, à sa physiologie géante ; on suit sa ténacité d'avancée dévorant les milles, tentant obstinément de franchir l'horizon toujours dérobé, l'horizon qui semble, par ses variations d'aspect, prendre d'attirantes grâces, d'engageantes parures et de moqueuses retraites.
Nous nous imprégnons si sincèrement de la vie de l'englobant mécanisme marin que nous voici vivement inquiets aux moindres frémissements anormaux qui trahissent un malaise, une possibilité d'accident. Notre curiosité toujours plus pénétrante est descendue par les échelles de fer jusqu'aux fonds de Tengine-room, le long des cylindres qui peinent et mugissent, jusqu'aux chambres de chaufTe où les foyers haletants dévorent les briquettes par milliers de kilos.
Notre attention s'est liée avec les organes, les engins, les manœuvres, les moindres péripéties du bord. Nous avons l'impérieux besoin d'un peu d'initiation au fonctionnement de cette merveilleuse machinerie, de cette puissance qui trouve et creuse son chemin dans les mouvants déserts de l'Océan. Les hommes, marins et mécaniciens, gringalets, êtres infîmes, sournois et malins, en manœuvrant, en allant et venant, flattent, amadouent et orientent cette force redoutable. Le bateau est une inconscience géante, une masse d'énergie, une
\)(iUi (l'acîoi- quft les hommes înstiguent e( caressent; c'est le unnmlfa o.iijôU': et ai)i)rivoist' par la rouerie do la mécanique, jjiir la rniilic*! tyivumiquootimpérative <lo la science.
!.■! pansa jfiT, livn'i àdes iiicerlitiidesdaiis Poisivoti'' des joiirii('-cK de iiK-i', Niiit itvtH- allacliomonl, tout In loiii: d(>s heures,
l'aclivilé jn-udeiite, les trucs ol les moyens des gens de Téqui- |iiij;« rjui soignent et dirigent co géant, conducteur meni', iHilayé, antique, préparé, allumé, excité, récuré,— ce dépùt (ht vios (>t d'tïsiioirs, ce (Colosse do. hois et de fer, qu'un moment de colore ou nue mahidrossc iinlante |)eiit faim lirutalemenl
Mouette à l'essor mélancolique, Elle suitia vague, ma pensée, A lous les vents du ciel balancée, Et biaisant quand la marée oblique, Mouette]à l'essor mélancolique.
Des flâneries très gâcheuses de temps, encore, sans fin... Des promenades musardes, macliinales dans des songeries sans sujet, — l'esprit désintéresse, libre dans l'espace, parti de l'autre côté de l'horizon... C'est l'appel invincible, incessant : la faction montée dans la patience du rêve, — car, rêver c'est attendre, c'est guetter l'imprécis, et se poster dans les charmeuses improbabilités.
Très loin de l'hostile vérité, les replis de l'âme se distendent : une reddition des soucis désarmés, une indolence d'idées traîneuses allant, allant, allant vers les fleurs du désir. Et il arrive que dans ce vague accaparant, on ne reconnaît plus ses pensées en joie de vacances; leurs formes ordinaires comme leurs routes sont changées : on se renouvelle et on so ravitaille.
A six heures du matin, sur une eau torne, poisseuse, mal réveillée, un serpentement brun s'allonge à Thorizon, s'efllle, se gonfle par place, grandit et approche.
Nous sommes en vue des cotes portugaises et nous touchons à la première escale ; Lisbonne.
Un massif violent surgit, entouré de brume et encore vêtu de nuit; il se dégage peu à peu, dégourdi par le soleil; et à ses flancs s'attachent les longs rubans de côtes qui flottent et sinuent au ras de l'eau.
Les terres sont singulièrement éclairées par localisations,
par taches: Ii" soleil tombo par des ti'oiis de nuages; dos traînées d'oinbres ternissent le sol en ocres lirtiiuitres: la silliouette claire d'nn villa{^e se détaclio; et les vayues éparpillent leur blanche vivacité en écume le long des plages.
Un cap s'avance, proéminent, portant nii mât séniaphoriiiiie, — et nous entrons en lenteur dans l'estuaire du Tajre aux eaux bleutées; des pêcheurs, la voile trianirulaire taillée en loc, louvoient à longues bordées: un phare est planté comme un gros cierge sur un amas d'ébouHs, ruine de talaîso: et la lumière, plus solide et crue, fait une contrée d'or biun avec le <:ontour sec des paysages du Midi.
Lisbonne se présente en façades blanches, en tuirs rouges, en morceaux de (orts, en loult'es de verdures sombres, en larges et plantureux palais. La rade superbe, faite de tout un bras de mer, est vivante de navires et de travail: la baie en velours vert trt-s doux, dans ce cadre, sous cette imposante luminosité, avec une fourmillante existence de détails, est un grand délicieux tableau, une belle séance de contemplation...
Des journalistes parfaits, de scrupuleux commis aux informations, travaillent tout aussitôt de la plume volumineusemeiil. I)éjà, en mer, dans le néant dont nous jouission.'', ils s'étaient es<inintéN à exposer sur )ia|iier leur conscience
d'expéditionnaire, leur étonnement pas du tout documenté en matière de voyage ; mais ils voulaient découvrirquelque chose, la pluie, les vagues ou les côtes d'Espagne. Maintenant, ils confient à leurs lecteurs de province que Lisbonne, fidèle au Portugal, est toujours sur le Tage, que la tour de lîelem, réellement carrée, uVst pas une histoire inventée, que la ville compte tant de mille habitants cl que le commerce y suit un heureux développement.
Les uns, — ceux qui voyagent suivant les formules, les dociles dont Baedeker est l'évangile itinérant, — partent dare dare pour Cintra et sa rocheuse végétation, passent devant
mwMm
Un coin de Lisbonne.
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\lur<AiU 0-nttV)vHiriKV. la plus oahuo ^*'. la plus vrairneni niariùmo vlo vV début de orvùsiu:::.
t-:^ oH OS', moru-.^ e: dis:rai\ -.■pariruan: un-:^ lumirp-^ pauvre: uu eus-HuMo ni ^^eau ui vilain: uu ':omj> •i>a':ra.:rè encn^ Ueu\ s'tHx Uicles-
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liro un des tomes de géographie hébergés dans la bibliothèque — déclarent, sur un ton de conférencier, cette ile une des preuves affirmant, par son faciès de montagne engloutie, que l'océan Atlantique septentrional doit être considéré comme l'immersion d'un continent tributaire de l'Atlas et dont les Açores, Madère, les Canaries et mémo les iles du cap Vert, sont les restes encore émergeants. Ces archipels, en effet. Mademoiselle, forment à la surface des mers un arc semi-circulaire orienté comme les Andes du Pérou et do la Bolivie et aussi comme les volcans de l'Amérique du Nord. Si l'on admet, vous m'entendez bien, que les phénomènes volcaniques se produisent sur les lignes de fracture formées par les rivages marins et si Ton considère, en plus, les profondeurs relevées par les derniers sondages, il faut croire d'abord que ces archipels se succèdent sur l'ancienne cote d'une Atlantide géologique et ensuite que ces iles par leur dépendance terrienne sont américaines et non pas africaines...
Ce durant, Tile, très indifférente aux présentations hypothétiques et se laissant expliquer par toutes les méthodes que l'on voudra, découpe et précise des déchirures en gris bleu, une silhouette de formation volcanique, une masse basaltique tassée en falaises, retroussée en pointes et en aiguilles brunâtres, des vallées en effondrements, des parties herbacées et de longues coulées vertes sur les versants. L'approche détaille le groupe montagneux et ses récifs qui rejettent la vague; un massif boudeur s'est isolé sur la droite. Aux tiancsde Tile, de longues crevasses s'ouvrent en ravines tortillées; des fendillements, comme des craquements produits par la chaleur, taillent les rocs. Les sommets dénudés et obtus, des vallons verdoyants s'enchainent Jusqu'aux crêtes déchiquetées de la pointe de San Lorenzo, — qui semble conduire le paysage trachytique et basaltique.
Un tournant, — et voici, dans une crique, dans un entonnoir de vastes et douces plaines brunes, l'étalage de la petite ville de Santa Cruz, ses maisons claires éparpillées dans les bois de lauriers, de pampres, de cactus et de bruyères, un fond d'adorable et paisible dessin sur Tavant-plan de l'Océan
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Sons iiiio niillo di' lininillanl.s loiinls do monai-os oragousos, l'jliMi |iiiiit' l'oiidiitioiis un Iravail <li> slriiUtlcalioiis loiti-inciili'i'N, vJnli-nlKN, Il iitssiniloii |>ljssoiiioiils <]in phiD^oiil à l'eau.