II.. ma. - Le (.oui
Une rue du Huma.
— l!ti —
camarade coiinii jadis aux environs des Galeries Saint-Huijert ou à l'Université...
— Eh bion! mon vieux, comment ça va?
— Pas fort... Mais jo me retape tout de môme...
Lo pauvre diable, pâle, défait, les joues tirées, relève le col
de sa veste. Slalfj;ré l'ôpuisement du corps diîvoré par la Jièvre et bourré de fiuinine, il veut causer, avoir des nouvelles... Il est pris d'une suffocanle quinte de toux, tend une main longue et osseuse, et s'en va, faisant le tbrt, — sous une expression de poignante mélancolie...
Un nésrrilîOD. !^ irT.•^^ '►:■:;:
sous une envie -ie s-i-œm-ri;. e?: :■> en V. à la pone ii*i;i.e ^âî-AL-r. Lt â la craie I^ cas-^u^ 'ie >-:ci r.:a:::
possible, il caresse ■i:5':rsii--m^;
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casque, sni' loijm-l -ses drjiKls rniHNciix i-ciiniivi'lli'ul Imijniii'i dos niaiY|iios l>i'iin''s. S;iiih ini|iiii'Miiiii-, riiii'lpiiiiili'ini'iil, il jioiii' suit ro|i(;iali()H, iiva iiisumifiix df. l;i liilld ciii.'njv''' '■iiln- lu saict); lia HOU lU l'iiitH cl, l;i i-.rii'i': dti hou Iiiiip|i"ii. Il fi uriunUment le toiii[)s. f>. ii«ri(iy«ffï; si: l«-rtiiiri(!ni IjÎ'-k un jniii' nu l'autre, et on verni comment.
Une seule chose serait |K!iil-''-lr'^ HPisicptiliic de d''Tid"re." jiationt «erviieiir, et de di';eroelier son insoiniHn'^e : i'i-mI. lUt savoir i:ft que, dans un naïf Ifui^raye, rKui'0|/;'!n ii\>\fU>-- U'U vailler comme un nétrre.
— lî)l —
Au bout d'une descento, par une avenue de sable, à travers un champ do bananiers, deux piliers sévères, quadrangulaires, maçonnes, forment une entrée toujours béante, sans grille... Le cimetière.
La promenade se fait lente, réfléchie comme l'accomplissement d'un devoir. La méditation se prolonge, s'attarde dans les allées droites, — et déjà si étendues, — entre les tertres, les «ns, simples bombements du sol, les autres, surmontés d'une croix noire numérotée. Quelques pierres tombales, des monuments dressés, do la statuaire funèbre, des couronnes de perles, des envois touchants, des souvenirs, des hommages venus du pays. Des noms sont peints en grands caractères ou gravés sur la pierre, au milieu de touffes d'herbes et de fleurs qui éclairent d'un peu d'existence le sable mortuaire.
On suit ces noms avec de l'anxiété, — et on retrouve de vieilles amitiés gisant là, des camaraderies d'autrefois; on revit la souvenance de scènes d'adieux. Je lis ; Candeilii... CoNDRY..., puis, au bout de la lugubre rangée, le nom de ce bon garçon : Warlomont, avec la date 1888, et une énorme couronne envoyée par le régiment des grenadiers... De ce coté : OiLMONT... Voici encore le nom de Hoton... la tombe du père Dedeken... Et par ici, des Portugais inconnus, — et aussi des croix de bois sans nom.
Ils n'ont pas eu une mort inutile, les aventureux qui reposent ici, payant en sacrifice et en généreuse vaillance, en dévouement et en deuil, la victoire du jeune Empire. Les feuilles de marbre, allongées sur le sol, sont autant de pages notoires dans ce cimetière qui remémore, — comme la colonne Doit du Grand Livre africain. C'est la dette qui se marque et demeure envers ceux qui bravement furent dos initiateurs de prospérité.
L'enclos recueilli, — champ sacré, semé d'héroïsme, — apparaît comme le sanctuaire de l'Exemple, vers lequel l'avenir viendra pèleriner, continuant une dévotion de gratitude, aux non-oubliés.
L'impression est profonde et austère. Ello retient le passant songeur dans le repos, dans le calme de cette solitude au grand air, à mi-côte, devant le fleuve qui passe toujours.
Des oiseaux volèlent avec un cliant aiyre, et vont se cacher dans un acacia flamboyant solenurllcment planté prcs do l'entrée. Et le vent, qui agite les arbres, enlève des feuilles jaunies, des pétales de fleurs flétries, riui planent un instant et viennent, symboliquement, inélaniirer, sur les lombes, une expression d'Afi'ique aux tendres souvenirs envoyés d'Kurope,
A Boma-plate.'iu, u f;iil uni' première bail du (oiictionnarisine :
le tramway .■iriivé p;ii' l'Avenue l'tjyale se déploie lii n'^Liulai'ili'', le méliculeux s illiées sont spjicieuses, les avenues
Bonin-plalcBii. — Foule indigène.
solennellement plantées; en des jardins méthodiques, se drossent des Odificfs recfantrulaii-ra larj^ement aménagés, la résidence du gouvernour, les bâtiments de Tintendance, les bureaux du secrétariat général et une imprimerie où des types, noirs comme leur encre, composent et tirent les affiches et les circulaires du gouvernement. L'église de fer, avec ses appentis donnant de ronibre, fait vis-à-vis au bâtiment crénelé de la (orce publique; mais, entre les deux, sinue un vallon allant reti-ouver la Kivière des crocodiles. I-es alentours sont plantés de beaux arbres épanouis, do cocotiers, de bananiers, d'eucalyptus; des essais de plantes, des élevages de jeunes pousses, des pépinières très surveillées, préparent, pour les ans prochains, une flore mei-veillcuse.
De l'autre côté, sous le ciel calendrô de soleil, coule l'étagement des villas descendant la colline et formant une petite cité riante qui aflirmede l'énergie et de la prospérité. Là-bas, le fleuve décrit une grande boucle dans le bel espace de la
Borna. — Les fammas revenant des cliamps.
vallée; les érosions se marquent en lisérés rouges; la déniulation du substratuiii se perçoit, — et son étude est scientifiquement entamée. Des commencements de collections de la faune malacoloyique et ichthyologique montrent un travail de documentation suivie; la cité studieuse a des velléités de musée; des cartes fluviales sont ébauchées et le dossier du pays se forme.
Uans les larges allées de la descente, traînassent, le fardeau sur la tête, des femmes de soldat revenant des champs,
' Borna. — Une indigène.
— lOS —
négresses charnues, replètes et raaraelues, les lèvres peintes de sang, et des regards bien doux coulés sous un plissement de paupières.
On quitte Boina, emportant une impression jeune et saine... Borna, qui affiche une aisant^e confortable, qui fait même (lu fjenre, avoc quf^lijuo distinction assez britannique, dans IV'li'ïgance do ses cotlai^'cs coloniaux, est — soigneusement rangôo, — la cîli' du classcnifiil, la ville administrative : l'organisation et la méthode s'iifflnncnt dans ce carrefour de Ions les grands services dn l'Etal africjiiu.
Un 3V Démit à lôglise lie Boimi.
Uomp. — l.'eitrûmilO du pier.
Un moment do troublant entlionsiasme et d'étreignanie sincérité dans les adieux...
Les amarres sont lâchées.
Le steamer se détache du pior — qui est chargé de compatriotes et vibrant d'acclamations. Et (ont le monde entonne, à pleins poumons, lu Brabançonne i.. Celle musique, qui nous paraît si galvaudée par les pistons de festival et si réduite en banalité dans les expositions de bétail, prend ici, dans l'éloignement, une saisissante grandeur : le cliant ému se dresse, monte dans les airs, en majestueux symbole des affections lointaines.
La distance s'allonge entre eux et nous... Eux, gardent cette mélancolie obstinément pensive et toujours tendue vers le pays. Nous, nous sentons le réconfort et le ravissement
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Le picrde Borna.
orjrueilleux d'avoii' trouva, parla volonté et l'abnf'jration de ces bravoures, un clé|)lni(>ment de la nation Iielj^i' sur ce sol africain.
Lonjj'lemiis, les mouchoirs s'agitent, les adicu.v se gesticulent, — el nous éprouvons, on quittant le Confro, autant d'émoi qu'au départ, devant les quais d'Anvers.
Le bateau, qui a repris la régularité de ses fondions itinérantes, descend la large estuaire du fleuve.
Nous saluons la pointe de Banana d'un ultime adieu aux terres congolaises.
Et maintenant, voguant vers la haute mer,sous la tombée de la nuit, dans les songeries longues «lui s'accoudent au bastingage, chacun, après ces journées de grand intérêt, après ce millier de kilomètres parcourus en pays original, chacun classe et ccmilense ses souvenirs, cherche la résultante de ses impi-essions, dégage l'émotion maîtresse qu'il emporte.
La vie africaine apparaît dans la tumultueuse activité traficante de Matadi; l'administration Iravaille à Boma; des
— iOl —
stations énergiques propagent des idées de travail et d'instruction, entretiennent et multiplient des commencements de cultures et d'exploitations, favorisent la mise en valeur de territoires immenses. En même temps, une organisation sage, habile, raisonnée, s'étend, s'afflrme, se fait accepter et apprécier, préparant, au milieu d'une fertilité hier inactive et abandonnée, une gigantesque civilisation laborieuse et riche.
La barbarie, peu à pou, patiemment, jour par jour, est défrichée, transformée par des hommes généreux, des intrépides, dos déserteurs du banal, des audacieux violemment trempés, offrant leur vie pour une généreuse fantaisie de gloire, campant dans la brousse et y bâtissant un Etat. Parmi ces caractères do belle décision, les ofTiciers surtout emportent une véritable admiration. Nous les avons trouvés dans les districts, au milieu dos indigènes; et nous avons reconnu partout l'énergie calme, la prudence pacifiante, la sagesse de ces vaillants, dont beaucoup sont devenus très simplement des héros, quand il a fallu prendre les armes. L'installation des stations comme le plus substantiel de l'œuvre africaine sont dus à des militaires dont les noms resteront des fiertés pour leur pays.
Le pouvoir judiciaire, confié à de jeunes hommes, — dont plusieurs n'ont pas mémo d'heureux débuts à leur actif, — ne fait pas bon effet. Une magistrature maladroite, parfois cassante, paraît le point faible dans ce gouvernement.
Enfin, on brave môme le prompt soupçon de courtisanerie, tant il est impérieusement juste de reconnaître que l'Afrique congolaise donne, avant tout, un sentiment de respect pour celui qui, depuis des années, a deviné et compris ce qui est aujourd'hui en plein épanouissement; pour l'homme qui a voulu quo la petite nation belge fût la marraine du colosse congolais et qui, malgré les criailleries de gazetiers impondérants, malgré les déclamations d'avocats à tout faire, malgré les gros mots d'une politique intéressée, a fermement créé, avec les faibles ressources de la neutralité belge, l'Etat du Congo. Les régions, déjà travailleuses, étalent un spectacle d'ordre, de discipline et d'effort conscient; elles montrent la puissance
d'une idée non pas livrée à des bureaux de ministères électoraux, mais dirigée par une même et constante volonté bien avisée. Le conducteur de ce superbe mouvement est un clairvoyant, un vrai maître. Comme le disait devant nous, à Léopoldville, le (> juillet 1898, le colonel Thys, dans une très belle et chaude allocution, à la cérémonie inaugurale du chemin de fer du Congo ; « la conception de Léopold II dominera, comme un poème grandiose, l'histoire du Progrès dans la fin du dix-neuvième siècle. »
Nous avons repris le flottement et l'inaction de l'existence maritime. Nous avons retrouvé nos habitudes dans les coins du bateau, — et nous poursuivons, encore dans le Sud, allongeant toujours l'éloigneraent du chez nous.
Après la pointe Saint-Georges, par 8 degrés de latitude
j australe, le jour se lève, alourdi, rechignant. La matinée est
d'un gris hivernal. La mer, planie et lissée sous un long glacis, est troublée et déchirée seulement par les ailerons des
; ■ squales, les nageoires dorsales des requins, qui abondamment
I nous suivent et nous surveillent.
L'air, sous les moussons chargés de vapeurs, est tassé, compact comme une condensation de clarté, une matérialisa-
i tion de lumière qui fatigue la vue; il faut baisser les visières
des casquettes pour soutenir ce jour qui est vif sans éclat. Le ciel et l'eau dans cet épanchement de luminosité, — le soleil restant au-dessus d'un écran de nuages, — ont une même
; teinte; ils s'emboivent et se dissolvent un peu l'un dans l'autre.
I La mer molle, en lourdeur de pâte vert bleu et tout unie, a
l'air désorienté d'un grand lac qui aurait perdu ses rives.
Lo port do Sai[il-Paiil-ilû-Loanda.
Saint- Paul-de-Loaiida et les monts Je TAiiffola sont devant nous.
La l>aio, dans un recul des terres, est défendue des vents et des courants côticrs, — sous la yarde de la forteresse Saint- Michel. An fond, des constructions s'étendent devant un paysage d'euphorbes, de steppes, d'eriodendrons, de nappes onduleuses de savanes, de gommiers; et dans l'éUigement des
Saint-Paul-de-Loonda. — Une a
négresses charnues, replètes et mamelues, les lèvres peintes de sang, et des regards bien doux coulés sous un plissement de paupières.
On quttle Borna, emportant une impression jeune et saine... Borna, qui affiche une aisance confortable, qui fait même (lu t^enre, h\oc qufiqiifi distinction assez britannique, dans l'ûlcganco dp ses c()tlati:es coloniaux, est — soigneusement rangée, — la cit('' du <■ lasso ni en I, la ville administrative ; l'organisation et la médiodo s'affirment dans ce carrefour de tous les grands services do l'Elat arn<'ain.
Un r<! Dfiim à roglisc de Hui
Borna. — l.'ctlriimitii du pier.
Un mnnient de troiilitant enthousiasme et d'étreignante sinfi'trité dans les adieux...
Les amarres sontlàcliées.
I.e steamer se détache du pier — qui est chargé de compatriotes et vihrant d'acclamations. Et (ont le monde entonne, à pleins poumons, \r Braban(:onnei.. Cetle musique, f|ui nous paraît si j^alvaudée par les pistons de festival et si réduite en banalité dans les expositions de bétail, prend ici, dans l'éloigneraent, une saisissante grandeur ; le chant ému se dresse, monte dans les airs, en majestueux symbole des affections lointaines.
La distance s'allonge entre eux et nous,. , Eux, gardent cette mélancolie obstinément pensive et toujours tendue vers le pays. Nous, nous sentons le réconrort el le ravissement
Saint-Paul-de-Lofliiiia. — Un niendianl.
la spécifiante coquitlf lypographique en éfrivant des tarçades.
L'ôtiolcmenl d'une puante marmaille grouille à tous les coins. Et dans cet ensemble poudré dépoussière, el sous le beau soleil, la ville d'accalmie, qui sent la crasse, paraît un réaliste Iioéme de saleté. Elle porte une pivtentioii de cliôre guenille, cette bâtisse décrépilc; et on croirait qu'il a clé volonlaircment construit du délabré et confeclioiiiié des ruines. Malgré l'humidité de ses magasinstaudis, malgré les moisissures des baraques crou-
Saiut-Poul-iie-LoaiiOa. — Une marchande.
lantos, lii capitale, en repaire ile mardi an d.s d'esclaves, se drape d'une certaine nioigiip, affichant de vicnix parchemins souillés, et se titrant encore Sao Paolo da Assumpyao de Loanda.
Saiiit-Paul-iie-LoaDila. — Un carrefour.
Dans la reposante fadeur de Saiiit-Paul-de-Loanda, le mai-ché appelle un peu d'animation dans nn }fran<l carré planté d'arbres maigres, éliolés. Quelques Dânoui's passent dans l'affalement général d'un négoce stagnant. Les légumes, les fruits, les pâtes et les bouillies sont on grandes mannes ou en augées, — et la marchande est assise ou allongée par terre au milieu des épluchures et des déchets.
Les achats se négocient eu lentes caqueteries, très dépenseuses de temps.
De jeunes femmes, les oisives, prétentieuses négresses aux lourdes frisures de toison, paradent, enveloppées d'étofi'es claires et légères. Les plus riches se coiffent du luxe d'un
Saint- ?aul-di!-LoiiTiila.
tbulfinl hisliv, 01 Itinioiit II' ci.itaro » pleines lèvros... 'Le tour ilo marclit! ;iccoiiiiili, fllos s'oii iroul., ti)Li.iours iniiiiassantcset jaboti'usc's, s'installer otco(iiif>tor df^vant les lonf,'s comptoirs où sn vondont dos baj^iios en lorsades d'argent, dos colliei"s de porlos, du tahfic, dos badinos on peau d'hippopotame, du biltelot voyant ot »lu Un- à, j^ros oÛH.
En raison du diniancho, en l'honnenr du jour de domingo, dos affichos, U'Ès longiios ot dolailloos, convoquent la toule à ]aPRA{;A t>ETovROii,nnnouçiml /a grande loriieio tauro-marhico, six bravissimos touros, do nombreux et émerveillants banda-
riiheîros et cavalleiros et un distiiicto ainadnr, — el, en surplus, une miisiinic abrilliaiil.'ira u i'siif<'taciil<) coin o sou vastissinio reporlorîo.
A travers des lorrains Ijriiiis à v(!'f:(':tiilions nuiladivf's, toutes les voitui'os do la localili'' inoiitenl vors les iiiviies, — qui ne sont, on iralitti, qu'une niaiyrc inslallatioii foraine, peinte on ^'l'is, secouant au vonl de i)Otits rideaux rouges devant los porlos ties logos.
Lo salilo de \:> ]ih\i' osl aiTOsô, Dos valols do toiùl, dos ijens do son iro, d(''t;uisos on voi't ot jaune, |(int los dei'iiiers arranijenienls. I,a foiilo, i)as liii-n Ibuniio, se tasso sur los gradins, dans los coins d'oniliro, im sombra.
Los ninsiciens sont dos noirs en lenuo de coutil gris avec kô|)i lilani'. \.omv oiitroe osl .saluôe do cris, tie ti'oiiignemonts, d'un tapage battu par los cannos sur les planches. Dans le public inipatieul, remuent des nègres en veslon clair et des
Au marchÊ de Saiiit-PaQl-de-Loanda.
blancs au teint, jaunâtre, des matelots de la flotte en large béret blanc, dos fenimesdu i)Piiple,latètecoiftée dn madras Jaune ou rouge, le nœud d'étorto h l'oreille; des connaisseurs discutf^nt en agitant leurs viistes sombreros, et des dames mulâtresses, pas vilaines, sont ondimancbées de plumets et de paiiaclies extravugaiits; 1rs d(';co 11 otages sont gracieux; les toilettes, trop eslirouirousos et villageoises, multiplient les effets de
lie Sainl-Paul-ilc-Loaii'iB.
jaune; les bras nus, les mains habillées de mitaines, balancent, sur cette exposition de modes coloniales, nne agitation d'éventails multicolores... Des ciis, des appels, des interpellations, des défis, des promesses se clament, — quand sonne la trompette annonciatrice.
Lequadrilledos «illusti-es» toréadors faitsolennellement son entrée, avec salut au président, hommage au public, jet de la clef, marches et défilés respectueux, suivant un formalisme de rite... Le cavalier, en pourpointde velours noir et monté sur un cheval blanc, effectue un tour de piste et, avec une pose
d'écuyer de cirque fa isant de la haute-école, il salue les bravos qui s'envolent.
La porte du toril — dont les vantaux bas sont écussonnés de têtes de taureaux aux cornes formidables — s'ouvre, donnant passage à un petit bœuf noir, l'allure pas méchante et les cornes emboulées sous une gaine de cuir.
Courses sans intérêt, espèce de jeux landais auxquels l'animal, de caractère peu querelleur, cherche à se mêler le moins possible. Il s'offusque seulement, estimant la plaisanterie sotte, quand les banderilles le mordent et lui sautent le long du corps, mêlées à des rubans de sang... Mais, la colère n'est point dans la nature de la bête; ne se défendant que devant des attaques trop véhémentes, le bovin résigné attond le troupeau des camarades qui le ramèneront à Tétable.
Le public, malgré tout, manifeste, discute, conteste, acclame et lance des chapeaux dans la piste.
Et le même manège, couraillant et sautillant, et vainement provocant, recommence pour une deuxième course ; le bœuf est roux, — c'est l'unique différence.
Sur la mer équatoriale, le soleil disparaît, après une journée très pure, — malgré les passades de nuages.
L'adieu solaire est précipité. Le jour craque dans une explosion de splendeur, dans une décomposition de l'astre en énorme beauté... L'espace est en alerte, pénétré d'attention devant le déploiement de solennité. Les colorations s'accentuent et se violentent. Des feux et des outrances, des vil)rations écarlates semblent, flamboyante confusion, jaillir d'un cratère sous-marin. La vision est volcanique, furieusement ignée. Les nuées ont du bouillonnement; les fumées violettes, les rayures d'or fondant, les déchirures rouges, en craquements, tracent l'impétuosité en flammes d'un phénomène plutonien s'imposant sur Tempire des eaux.
QIO
Le ciel est d'incandescence, en parure de vive clarté; il mêle étrangement des tons de colore et d'effroi, des nuances douces de supplique, des tendresses d'agate, à du sinistre do feux de résine^ à des fantasia d'incendie, à de chimériques teintes diamantées, éclaboussées de lueurs. Des jaunes safran, des moires liliis se marient délicatement; par de longues courbes do lumière, les nues emportent de mouvantes marbrures roses mêlées d(^ ravons verts... Le ciel entier est envahi de ce fastueux débordement, de cette folle liquidation de tout le coloris du Jour, — tandis que le soleil, foyer d'or calme, drapé de pourpi'e, tend un dernier rayon, éclat suprême, dans cette cérémonie d'apothéose.
Aussitôt, les ombres guetteuses se ruent et commencent le saccagement et la démolition. Des éboulis dégringolent et ravagent; des dessins de cascades et des torrents se précipitent. Les hordes de nuages galopent, se lancent ou se bastionnent, s'attaquent en formidables cataclysmes rouges. Des masses grises et jaunes se buttent dans des abordages immenses; des effondrements s'écrasent; des gouffres terrifiants s'ouvrent dans des péninsules violettes; des vapeurs iodeuses montent à côté de translucidités frôles comme en gardent les plus mignons coquillages de la côte...
A son rôle, et placide, une étoile de laiton s'allume dans un coin de firmament.
Et la cotonneuse fumée du steamer jetant ses cocons en longue écharpe, en astragales de fusain, se déroule, s'allonge, se tord, — et prend le fantastique d'une immense chenille noire rampant sur le ciel.
Nous mouillons devant Sainte-Hélène.
L'île, un bloc solide et foncé, le profil hargneux, les pics dessinés en crocs, est de toutes parts abrupte : paysage de
consternation, en rouge sombre, couleur de colère. C'est bien « rimmensc cercueil flottant sur l'Océan y^ — et la vision du poMe ost exacte :
11 est nu fond des mers, que la brume enveloppe, Un roc hideux, débris des antiques volcans...
(•omme sous un titanesque coup de hache, File est fondue, déchiivo. « On dirait, écrivait M"** Betsy Balcoml)0, dans ses souvenirs de Napoléon à Sainte-Hclhiej que le rocher, las de son existence solitaire et immobile au milieu do TOcéan, s'est mis à bruller largement et n'a pu roformor la bouche. »
Kn cette faille — appelée prétentieusement la Vallée — repose, encaissée, toml.)ée dans le pli de pierro, amincie et coïncée dans réchancrure, aux pieds du Peak-hill, la petite villo d(* Jamostown, — avançant on signal, sur le bord es(*arpé, le clocher gris do son église. Kt autour de cot amas d'existences, s'élèvent, se dressent, se rangent une garde de roches brunes et dépouillées, dos terres à rensem1)le dosquelles on a voulu trouver un vague profil d'énorme tête de nègre, des massifs calcinés, grillés au grand vent, sortant des angles, avançant des pointes, se retirant en grottes, on cavités ou s engouffre bruyamment la vague. Le tuf, déchiqueté, tout en aspérités, est une barricade politique sur un pélo-méle de rochers en plein Océan : une lie sur la défensive, afïirmant son humeur mal accueillante par les batteries de Munten et les canons braqués sur les hauteurs de Ladder-hill. La ville se défend derrière dos murs, dans une enceinte à créneaux et à meurtrières; la garde est montée par de vieux afïûts dans un parc d'artillerie, par tout un appareillage de fortifications ancrées dans les blocs de maçonnerie do soutènement qui consolident les pans de roches.
La cité, longue rue montante et tortueuse, a un aspect de faubourg anglais. Cottages exotiques, et britannisme d'exportation. Des négresses mal peignées sous le chapeau à plumes ; des misses d'occasion; des dames jouant les ladies par leur chignon en tapon dans le cou et leurs robes de toile blanche et sale; des mulâtresses aux énormités pectorales crevant les
corsages ; des métis qui tiennent d'infects bars avec avis que les dames ne sont point admises; un maigre marché aux poissons où il y a cent mille fois plus de mouches que de poissons; une Napoléon Street; un épouvantail d'escalier en fer grimpant tout droit, par 730 marches, jusqu'au fort; un uniquo hôtel appelé the Hôtel; des blanchisseuses galantes; des boutiques de photographies; des soldats bruns à guêtres blanches, la badino à hi main; de jolies fillettes au teint de citron qui vendent des obj(îts indigènes, bracelets, ceintures, pochettes en pépins noirs et jaunes... La ville est rapidement explorée.
On entame la longue marche de huit à neuf kilomètres vers Longwood, le pèlerinage obligé de Island-Sainte-Helena, par des routes en interminables rampes, des sentiers de mulet, des grimpettes de montagnards.
Le chemin, qui part dans le flanc droit de la longue vallée étroite, permet de voir en détail et de plus près la structure du paysage... Les fonds s'enjolivent de vagues tentatives do cultures revéches; les hauteurs, d'une obstination implacable, restent arides, desséchées; la couleur générale est chromée; des tas de scories dévallent; des superpositions de roches font des parois vives et renversent les figuiers de Barbarie à palettes poilues qui tentent de vivre sur les penchants.
La route monte, monte tou^jours, cassant les jambes et découvrant des profondeurs de gorges sinistres, dures, où pointent des cactus, où se balancent des bananiers, où végètent des champs de vignes étriquées, des indigotiers, — et vite reprennent les accaparantes ronces, les genêts, les ajoncs. La vue se désole devant un bouleversement de roches volcaniques, qui, sous la chaleur bouillante et dans leur couleur rouge feu, forment un décor d'enfer.
En des coins, à l'abri des vents, vivotent blottis, effarés, des
arbres desséchés, des pins sauvages, une misère de végétation, de pauvres troncs tordus, des paix»^lles chieheniont boisées — où un bûcheron en haillons chanr^ de bois un à non efflanqué. Les mornes solitudes de ce pays de spleen s'étendent et s'attristent : cet esseulemeni de nxhes moroses, enfermées par TOcéan, donne une impression de grantle cage à lion.
Dans une partie plus haute encore, — où le sol toujours tourmenté se boise plus ab^jndamment, — les sommets sVnchainent en lonirue crne enroulée en élément do spirale. Au bout de cette crête, que suit la route, est Longwooil, — o\ dans Tentonnoir formé par le coniournement do cette louuut^ chaîne, le Napoleon's Vale... On descend par dos cliomins do gazons glissants, — et le tombeau git dans un recoin do retraite (raiche, sih'ncieuse, ombragée. Une clùtun^ do l)ois /i claire-voie onserre r**nclus funèbre; au centre, co (|ui lui I.m tombe du * géant broyé sous le talon dos rois ^; uiio ^ijllo rouillée encadre un cimentoment de carreaux lonuaiU uu grand rectangle peint en blanc et fendillé — sans um» iiiscrip tion. Autour, dans ce fond méditatif, le calmo (»1 la solonuih» de cyprès et de chênes; et dans le grand sihMico do la nior voisine, le cri d'alarme de petits oiseaux ocailatos. Lo sanlt^ célèbre, mort lui aussi, est continué par la ponsso (Tnn si\\\\o jeune et fluet, conservateur de la tradition ;
Napoléon alla s'endormir sous lo sauhî . .
A la sortie de cet enclos, — point do losolulion dans l'histoire du monde — est postée une Anglaise taisant au passant la demande d'une signature et Tollro do photographies et de souvenirs.
Le chemin remonte à travers une verdure nialingro et grists des tiges nourries de poussières et do terres caillouteuses, des frondaisons funéraires, des plantes abiméos, courhées par lo vent, des arbres arc-boutés, l'échiné ployée.
Au bout, enfin,— à 1,771 pieds d'altitude, dit la borne llchée à l'entrée, — un semblant de parc pierreux, aux arbres tordus.
aux contours exlOiiuOs, entouro,la résitleiice basse et modeste (le Luiigwood, la lolraite du « prisonnier de l'Europe ».
Le bâtiment livré aux intempéries fut très délabré. On sait que le gouvernement français donna mission à un officiel- du
Sainte- Hélène. — Loiigwood.
Sùinte-HélÈne.-I,a
Il du gôu^ral BûHrninl.
fîéilie de rétal)lir la maison ot ses avoisiiiements ûsïiif l'élat où tout se trouvait au temps de l'Kmperour. L'Iiahitation a 6t6 rigoureusement refaite et reconstituée: des lambeaux de papiers trouvas aux murs onl servi â refabriquer d'identiques tentures qui tapissent aujourd'liui les locaux. Les salles, petites, basses, sont vides et nues- L'une cantient des drapeaux français et un buste de Bonaparte au Ions d'un mur, derrière une barrière de bois. Ainsi, en reconstitution sur place se retrouvent la véranda et les coins oii le vaincu rêvait, combinait, encore et dictait son Mémorial, le bout de jardin, la teirasse, la salle à manger et son papier doré, la chambre à ■ coucher, le salon — ofi déjeunes misses à lunettes, en taille claire, vendent des photographies. Ces jeunes personnes, malgré leur dehors et leur parler britannique, sont, alfirmet-on, des Françaises, fdles de préposés français.
A côté, la maison du général Bertrand est en pimpante toilette de fleurs, de fuchsia, de bégonia, de coleus à grandes feuilles veloutées, décorant le perron où le prisonnier venait, .la longue-vue à l'œil, regarder manœuvrer les troupes
anglaises. Devant, s'étendent, dans un gris de très vieux souvenirs assombris, une plaine en pente douce, de vagues terrains et des roches violentes avancées en puissant promontoire. C'est le rocher de Sainte-Hélène et ses menaçantes dégringolades, ses éboulements, ses écrasements entassés découvrant lavueimmense,riiorizon d'une mer en frissonnantes couleurs, dans une rêverie de tons bleus.
Ici, où s'éteignit vinculO le « voleur du tonnerre », vit une effervescence de souvenirs, de curiosité, une recherche de détails, un travail de mémoire devant ce promontoire qui a ses grades dans l'Histoire comme dans la Poésie. Machinalement reviennent et défilent des bribes de te.vtes, des vers fameux...
Des rodiers nus, des bois niTrciii, ri;iiniii, l'uspai'c, Dos voiles s'enfiiveiit comme l'espoir qui passe.
Sur les escarpements croulant en noirs décombres Il marehaitseul, rêveur, enpUrdes vagues sombres.
Les aigles qui passaient ne le connaissaient pas.
Mais au total, guère d'émotion : le sentiment d'une justice, d'une volonté pacifique infligeant, dans cette solitude, l'expiation à un tourmeuteur de peuples, à ce brutal génie de la
Le rocIierdeSainte-ilélëiie
bataille. On examine sans nWolte le panorama de cette lie, écueil 011 vint s'abimer et sombrer une santi:lante aventure, aboutissement de toutes fortunes trop éclatantes. Le poète des Contemplations le dit :
Il est au plus profond de notre Histoire humaine Une sorte do gouffre où viennent tour à tour Tomber tous ceux qui sont de la vie et du jour.
Et l'on quitte, sans autre impression que lo calme crime curiosité satisfaite, cette terre d'abord méchant, c-es rochers qui, sans un phare, sans un feu, sans un signal, s'enveloppent d'obscurité et se dissimulent dans la coiiiplùte nuit nvec dos précautions de prison.
Le cap est mis sur le Nord : c'est le retour, — et en mémo temps la constatation de la distanc<\ rempoii^nante impression de l'éloignement... On calcule, on réduit les degrés on milles et en lieues; on additionne qu'il faut maintenant suivre une immensité de huit mille kilomètres pour allor retrouver Tordinairedes habitudes matérielles et de quelques amitiés, — qui sont les habitudes du sentiment.
On se confectionne une armature de patience. Dans l'avancée persistante du bateau, un consolant enfantillage regarde fondre et se réduire, minute par minuto, la grande étendue séparatrice. On va môme jusqu'aux encouragonionts afïectueux à la machinerie, à la vigoureuse hélice, dont chaque tour nous approche de quelques mètres...
Car, après ces semaines de mouvoment, nous nous sentons rassasiés de nouveautés. C'est du calme, quo l'esprit souhaite, à présent. Les magasins aux souvenirs sont emplis; il faut la tranquillité de la rentrée pour la mise en ordre, le débrouillage des documents et le rangement méthodique.
Plusieurs de nos compagnons sont moins pétulants qu'à l'aller. Guéris de la crise que donne la fièvre du neuf, ils sont maintenant plus enfermés, plus enveloppés de pensée, avec le besoin de se reclure dans le travail réfléchissant... Après cette vaste ration émotionnelle, nous digérons.
Vers le neuvième parallèle Sud, la mer violette, balançant des écliarpos de vapeur sur un azur fané, se fronce. Le temps grimace. Des nébulosités grises, épaisses d'Iiumidité, se gonflent. L'horizon embué, est trouble, indistinct, — et il disparait... La pluie marche sur nous, envahissante, semblant soulever la mer pour la laisser retomber en grosses gouttes.
La sirène hurle et prévient.
L'ondée opaque nous aborde, agressive. Nous coupons un nuage, une compacité humide. Le bateau claque dans la vague tourmentée, et nous barbottons dans une nuée descendue, surchargée et trop lourde. Le ciel a disparu; l'averse englobe. Des rafales trempées, balayantes, font d'amples chasses d'eau... Et après ces journées de surchauffe, on se laisse mouiller avec jouissance; sous la pluie doucheuse, parmi les sautillantes éclaboussures, le pataugement sur le pont est savoureux et rafraichissant. La pluie tropicale, orage sans tonnerre, assaille; les violences fouettantes, les (îinglades d'averse, l'arrosage à pleins jets, inondent; on cogne des pa(iuets d'eau chassés à la galopade ; on entend des chutes dégoulinantes, une musique de gouttières, partout un ruissellement, (h^s cascatelles, une pulvérulente submersion.
Des lassitudes penlurenl... Le. temps est cah'' dans une monotonie toujours étiriie sur la pérenniiô de IVau.
De Sainte-Hélène aux iles du C'a])- Vert, liutt jours de i)leine mer en des parages non fréquontés par les lif^nes de navigation. Des snitos do jours ol do jours sans roncontrer une voile, sans apercevoir une fumée, tin mouvement qui annonce d'aulres cxisicnccs, L'inquit'tudf' se figure très loin dans
l'abandon irri^-missiblo. L'Océan (oujonry vaf,'UO, non ropéré, s'en va, so développe, sVtend on amplitudes! porpétucllos ; c'est dans l'inéputsalilo que fom-e notro l'otiie... Lo calme imperturbable de la mer — qui utujours, toujours «allonge l'illimité » — impose un rogimo sans ahoulisHomenl : notro marche prend des allui'os n^gulii'-res d'olomicô établie, instituée.
L'ônoi'milé quantitative des oaux est devenue e.xcossive; il y en a trop, du continuel liquide bleu et vert. On s'avoue des
indigestions de senipiteriiol océanique, — et les languides contemplations se transforment, cliez plusieurs, en blagueuse ingéniosité irinvectives. Elle agacp, l'eau — même dans le bain du matin, l'eau sorviie et cajoleuse. Une horripilation, im énervement voudrait un peu de solidification des plaines environnantes; etc'cst en protestataires contre l'élément submergeant, en révoltés aiiti-aquati<iues, que nous allons au bar avaler dos t^rogs.
D'autres conti-ùlent les rhumbs de la boussole pour ôtro bien sûrs qu'il ne dévoie pas et foilonge, le bateau trop lent qui semble musard, épris d'onde et de vent, sous le ciel qui n'a pas la ride d'un nuage.
Et dans le vide, continuent l'attente et les bêlements de l'ennui...
Enfin, nous avons repassé la ligne équinoxiale; nous réintégrons notre hémisphère, et nous patientons, déroulant une résignation baudelairienne,
Tant l'écheveaii <lu temps lentement se dévide.
L'estacade de Preja.
Dans l'attroupement des ilos i-aljuvci'dicniiey, IVscaleest faite devant Sanliagii ; uno iaiiirnn do terres bjisses; des maisons jaunes, sur un fond do nionlagiios lirunes, arrondies en gros dos; un massif bastion surOlové iiortiuit les principales constructions de Praya; un promontoire' qui avance dans une opposition de ressac l)(>iulissiinl ; un pliaie rond ol nu comme un puits extrait de terre.
Les canots accostent au musoir d'um* ostacade ruuj;re en réfection. Le travail de charpente a de l'intérêt ; les pilots sont des fiUs de palmier battus à la sonnette. An bout de cette jetée de bois, l'arrivant est re^'u par le bâtiment clair et morne de la douane. A droite, la route, lonji'eant des murs que sui'montenl de balançantes ramures, vient à des fermes, à des exploitations où travaillent des moulins à maïs : les grains dorés sècbent, étendus sur des toiles au soleil. Plus loin, se
(li'ossr la inoiiU'-e raiile on lacots, vers Praya, iino villetlo soifîneiise, il f^'iaiidf's ri'.es dV^qucrre, ,à maisons liasses et roctili.irnes, iiiio ché (le mine administrative, ^érée de lai,-oii iic('e]>tal)le et montrant une ]iroi)i'eté an-dessus de la pauvre moyenne portugaise. La ville tout en riionneiir de Sei'pa Pinto a des réverbères, un beau bâtiment des postes, des ])laces carrées, pleines d'air, omlirayées sons de beaux arbres; par les rues bien empierrées, passent des attelages de bœufs, de petits bourricots écrasés
sous l'empilement des cliaryes ; des marcliaiids de singes ; (le suiiplos muliitressos portant sur la tiHe dt; yirosses jaiTi's d'eau fi'aU-lie; puis, des lc)uriiiill(>(iienls d'i'ul'arits,riiii'liiiies- UNs UNS, dautn's vilains li'atloc'liuiis
sauts, ]jas ; clianiiL'sii.-
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l^'aillm-ds ■at,'.. La 1
I iliuii-
et bavardent eu jolis resque de couleurs.
La population est d'un type réduii, uutif, le teiul. brun iiris, di's lliiun-s dévolue à de vieilles décliarnées, Iiiircù branlantes, éjouies devani l'auliaine ra cieut avec des confusions, di;s rt'vrri.' baisers.
Les Jeunes lommos, y:ra<'ili's oi lijci sont assezjolii's; elles uni le mv malin d'une raillcrii' chaude, d'une inoquerii mènent juponnces Jnsqu'iiux iien(jux, les inolli'l libre dans une clieniisetle flottante, li'i''s dt;gaj.a'ii'. Au nui relié, — qui assemble le commerce et les cùmmûrayes aulourdo montagnes de bananes, d'oranf,'es, d'ananas, — elles exhibent, par rinconiplet de la toilette, un vif sans façon, uno impudeur rafraîcbissante, des lanyueurs foncées et aguichantes, des
', — et les p;
iuvr'fsses
' de viu.iil n^i.
i, l'enier-
ces et des (
•uvoisdi!
di'COUprr\S il l;i miu'' luléi alerte. Kilo
s mollels nus
le pndil, .?, attinée i se pro- , lobusle
morceaux de corps prenant l'air. Ces révélations attrapent l'attention ; et Tonne sait plus bien quelles sont les denrées offertes dans les grandes corbeilles et les calebasses. Vaguement, on so rapi)eile les calamités de mouches sans nombre, et le papier-monnaie décoloré, gluant Comme un torchis de
Prava. — Tjiies du peiiplt
crasse; et aussi, dans le coin des charbonniers, — qui ne craignent pas de se salir les mains, — le combustible vendu par petits paquets, par minuscules provisions emportées dans un mouclioir. Le chauffage est peu connu dans ce climat heureux, sous un ciel bienfaisant, dans une atmosphère de paressant bien-être qui reste des années sans pluie. Les insouciants flâneurs cueillent, le long des chemins, des fruits nour-
rissants, mâchonnent du maïs et acquièrent — les jours de liamboclie — pour qu(^l'|iies rois, de copieuses rations de vivres.
Dimanclie. Le diner a été balancé, — et le soir, de grands nua^'es d'un noir méchant passent devant la lune, étendent de l'obscurité. Les eaux plus dures cinglent et frappent. Le tangage a des retombées dans des jaillissements qui raflent l'appontement d'avant. Le vent yrogne. La vague, au long du bateau, mugit. La iner en rebroussements a dos brusqueries de colère. On comprend une hostilité des éléments, — et le
UngamindePraya.
baromètrp, ce, oonlidenl do ra(inos[ili<'rft, maniue de rimiuiétudo.
C'est du i^ros temps poui" la nuit.
0» ferme toiil; on visse à Tond los volets dos liiiltlots; les hommes qui passent avec des lioiits de cliauvre, assutoiit les élingues, renroi-cenl des altaclu's, consolident les no'uds, enlèvent une parlie dos tentes... Le commandant fait moKre le cap un peti dans l'Ouest pour yagner plus au large, pour prendre la vague de front et la trancher normalement.
Mais le bateau s'agite de plus en plus. L'arbre de riiélice a des mouvements irréguliers, des saccades, des sursauts quand les ailes émergent. Le tangage se violente, les lampes oscillent et des craquements crient la peinante souffrance et les fatigues du bâtiment.
Au marcliÉ de Pra
Les officiers circulent, reicardeiit, inspectent : des passagers gagnent leur couchette avec des idées de bourrasques, dos idées en préparation de cauchemar, — et aussi cette résiguafioii df fatalisme qui est la philosophie des flots.
Sur le pont, quelques-uns assistent à l'agitation de la mer et aux changements do décor dus au défilé de longs nuages déchirés provoquant des allumages lunaires, puis des extinctions brusques. L'eau battue, secouée, agacée, se rebifte.
prête à perdre patience; de la révolte bondit dans la tourmente des eaux. Les lieurts et les coups de vague attaquent le steamer, l'empoignent et, par des soulèvements sur de puissantes lames, semblent le saisir et l'emporter. Le bateau se reprend par des coups de barre, et recommence la lutte, le pont r.dioté par la rafale. Le navire a des încliiiiiisoiis, des
pencliemeiits qui semblent décisifs, vaincus. En bas, la verrerie eutrechoquée sonne, les portes claquent, des ferrures grincent, comme une expression de fatigue, le halètement de la lutte contre les violences et les résistances de la mer.
Dans cette agitation, dans ce tableau d'alerte, le médecin du bord annonce que l'ingénieur mécanicien, un bel homme de 32 ans, pris d'une attaque de miserere, ne passera pas la nuit. Dans un délire d'agonie, déjà, le mallienreux n'a plus que des essais de mots : devant rcxtinction de sa vie, il a repris le
patois du pays de Galles, le parler de son enfance, dans lequel revient le nom de sa femme.
A minuit vingt-cinq, devant le capitaine et le médecin, il succombe, — ayant pu faire comprendre sa frayeur d'être laissé à la mer.
Le commissaire dresse les actes de formalités civilos ([ue signe le capitaine.
L'afHigeante nouvelle est répandue... Les rats gros et voraces qui nous dévorent ont tenté déjà do venir explorer le cadavre.
Les obsèques, Timmersion, sont décidées pour ce matin, les lois de la mer n'accordant pas plus de douze heures d'attente.
Le pavillon d'arrière est en berne.
Le corps étendu sur une planche est enseveli, avec des barres de fer, dans un sac qui est ensuite cousu solidement et roulé dans le drapeau anglais.
A onze heures — par 23 degrés 40 de latitude Nord — le quartier-maître et trois matelots en tenue montent la dépouille mortelle... Une coupée d'arrière à bâbord a été ouverte. Le corps est déposé là, sur un plan incliné, installé sur le pont. Tout l'équipage en tenue, les passagers en toilette do deuil sont rangés.
Le capitaine, en uniforme de cérémonie, lit en anglais l'oraison mortuaire, des versets bibliques... Il lève le bras : la machine s'arrête; le bateau stoppe, et les quatre matelots inclinent la rampe de bois et soulèvent le drapeau mortuaire. Sous les couleurs du pavillon, le cadavre glisse, tombe à l'eau, les pieds en avant, entraîné par le lest de fer...
Quelques éclaboussures, — et l'efiacement sous l'indifférence des eaux.
Formalité d'une simplicité brutale et expéditive, — et effroyable image symbolique de la disparition de nos douleurs dans le temps — dont les ans, comme des vagues, se referment avec une même impassibilité.
La matinée, sous la brise apaisée, est claire d'un radieux soleil. La mer bleue est crépitante de lumière, — mais il semble sinistre, ce bleu de la grande tombe mouvante, toujours ouverte.
L'hélice s'est remise en marche ; le pavillon d'arrière, rehissé à sa place, claque dans un vent d'insouciance.
Mais chacun emporte sa songerie et son recueillement en regardant la place, là-bas, qui s'éloigne, et la mer, ce déversoir infini, la mer happeuse et féroce qui remue, sous un brillant de joie, des colorations et des clartés faites de tant de dépouilles, de tant de drames, de tant de sinistres.
Et la mémoire psalmodie un vers de Baudelaire dans VHarynonie du soir :
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir...
Une belle heure de nuit, à la poupe, dans la solitude... Sous les abîmes du zénith, dans le vertige de l'immensité, par la solennité sombre, — prend une gravité de prêtre dans une cathédrale.
La lune rayonne un charme de mansuétude. Du ciel, — où se blottissent des morcelets de nuages en nichées vaporeuses, — une lumière dialysée coule, lumière de tendresse, timide, à travers des translucidités de voiles. Et sur l'eau, dans l'agitation que secoue le bateau, les phosphorescences parsèment un long effeuillement de pétales de clartés.
On entend la sourde respiration de la mer.
Et la pensée, en extase, suit le sillage, comme le vague
— -rx^ —
chemin des admirations que nous abandonnons, lâ-has, — et nostalgique, et visionnaire, retrouve les contrées de splendeurs dans le grand lointain et dans la nuit.
Et la vie des caractères à bord, dans cette petite province flottante?...
Une entente affable, sous des jours de fois à autre gris, — et sans orage.
Des arrangements, des atHnitos, des accommodonionts ont assorti les natures; mais, lo psychologue a, sans doute, entrevu, en ébauche, les phénomènes que suscito dans toute agglomération d'otres, la dissemblance des goûts et dos façons. Tous les tempéraments étant représentés, le fâcheux devait en être; et les grincheux n'ont point fait surir la pâte do conciliation à laquelle toutes les bonnes volontés ont voulu travailler... Taquins et semeurs de mécontentement, critiques obstinés, — qui regretteront perpétuellement do n'otro point intorvonus dans la création du monde, — complètonl, sans aiicrour, ce nomade rassemblement très échantillonné on toutos variétés. Les officiels un peu empesés marquent do souriantos condescendances, jouent des rondeurs de manières qui se savent flatteuses; les autorités, les munis de pouvoirs, dans leur conscience de gros personnages, prennent do la place, régentent les conversations et tranchent les controverses; dos militaires assaisonnent leurs très longues parties do cartes, de plaisanteries à la graine d'épinard; les vieux Africains qui «la connaissent dans les coins » ne s'épatent pas, prennent de la quinine et font de philosophiques siestes; les fonctionnaires titrés émettent des questions bizarres et frayent peu avec le commun; les financiers, majestés actionnaires commandant la manœuvre des millions, ont Tassurance maxima que donne la poche lourde; des journalistes, les uns font des calembours
en sautillant parce qu'ils se doivent à leur réputation d'esprit amuseur, les autres ne voient rien parce qu'ils griffonnent avec continuité du matin au soir, et transcrivent des statistiques ; l'offlcier supérieur, qui ne parle que par affirmations nettes et par défis, a toujours raison ; un tyranneau de Bergerac; les médicos, bons vivants, tutoient et purgent à la ronde; le littérateur profond aux attitudes de prêtrise, le vêtement insolite et solennel, penche indéfiniment sa méditation sur la proue ; les mondains distingués et dédaigneux font des effets de chaussettes et ne lisent que des auteurs chics; Tobservateur pénétrant se brûle aux tuyauteries, se cogne ou trébuche à tous les coins indignes de ses remarques; des réputations de naïveté se pavanent dans un sillage de gaieté; le jovial et bon camarade très parleur termine tout par de vastes régalades ; le loustic complote et manigance des charges dans les cabines ; des solennels, la tenue correcte, s'embêtent sénatorialement ; bien d'autres encore se font cataloguer, — sans omettre le désolant piano, champ de tapageuses gymnastiques où boucane une musique très spéciale : le Beethoven pour transatlantiques.
Dans cette compilation personnifiée, les conversations du bord sont du bariolage et passent des administrateurs, ne négligeant pas la réclame, au chauvinisme proférant la gloire prédominante de son pays, ou bien se fondent dans les fadaises fort polies d'une rencontre au pied d un escalier. Le littérateur très creusant établit l'équation qui doit relier l'admiration à la distance; le major accable de sa gaieté en bourrades; un directeur de revue fait de la politique coloniale; un ancien de l'Afrique déroule des souvenirs d'expédition ; un autre gémit sur le persistant mauvais vouloir de son kodak détraqué; les manies, les tics et les drôleries sermonneuses se manifestent et victinient... Aussi, le besoin d'isolement, — surtout pour les pensifs peu habitués à vivre en tas et à se dépenser en babil cérémonieux, — fut parfois vif. Plus d'un, après avoir essuyé un flux de bavardage ou écouté un défilé de considérations doctorales, a pensé que le bonheur eut été rare et trop beau de faire seul, à sa libre guise, ce voyage, sans de notoires
premiers siyets sur les grandes scènes de l'attention publique.
Dans ce tohu-bohu de caractères si variés par l'instruction, les opinions et les tendances, surviennent des aimantations de sympathies et aussi des heurts, des défiances avec le sentiment de mésintelligence prochaine. Naturellement. Alors, on se partage, on se subdivise pour former dos cantonnements reliés les uns aux autres par des jeux de politesse et des manifestations de courtoisie ordinaire...
Les anciens, qui ont la pratiquo de (*-es aventures, nous racontent comment, dans toutes les longuos traverséos, sous toutes les latitudes, le petit monde d'un paquolx)! })résonte toujours les mômes phénomènes sympatlii(|ii(*s, — qui ont pour réaction les mêmes phénomènes antipathi([ue.s. Le naturel ne se laisse pas lon^lemps contraindre. Et, malgré tout, les uns, par énergie de tempérament ou par habitude professionnelle, commandent, — et d'autres, par défaut persistant, sont chineurs ou débineurs. Des volontaires, après carrière heureuse, ont l'orgueil de la réussite el ne retiennent pas des mouvements cassants. Ce sont lespuissants, — contro lesquels la fâcherie serait puérile. Ils sont les beaux sujets pour l'observation studieuse, ces hommes à la main loiii'de, ces impératifs, oseurs aux formes violantes. Ils savent qu'on n*emporte pas le succès avec lo sontiniont; touto vicioire est faite de brutalité ([ui brise et qui façonno: il faut la poussée de confiance ({ue donne le grossissement du moi pour aller de l'avant, en négligeant les personnalités accessoires et les moyens temporaires. VA ceux-là, i)arce qu'ils ont froissé et écrasé, sont, dans leur éclat, suivi des animosités envieuses qui font cortège à toutes les réussites, et qui attendent, — comme les requins derrière notre bateau.
Ainsi, dans toute communauté d'existences inoccupées, qui pourraient se fédérer en naïve cordialité confiante, des soucis de préséance, de grade, de dignité «à. tant de galons surgissent et aussi le sentiment si humain de régir et d'être la vedette.
Or, l'autorité ne s'allirme point sans attiser des émois et des résistances qui s'agglomèrent en coteries, en clans; des ferments d'inimitié revcche sont jetés, — tant la division et la
IrarasMorio R'attnrlionl au raract^ro de l'hommo. Les chiffoniioinotils (|ui lonlont do doran^or la moilloure volonté d'en- IfMito d<\*isiinMit hion la folio utopie do la fraternité dans une nation : assoiMation l>ion phu^ vaste et plus bigarrée, n'ayant pas \o ooutio A ooutio de relations de tous les Jours, et devant, aviH^ une opiîiiàtivto dr^sospérée, soutenir des rivalités d'intén'Ms. Les n'n ours d'éi^alito, olauiant les brillantes et sonores uaVxoiés du sooialisuh\ se (rouveraioni déçus devant cette unî\UM nlt^ n^publit|uo, tjui aurait pu. dtdioieusonieni. laisser llonor TinvouriauvN^ do sa vie oonioniplativo. Oette vie devient \\\w poliii.^^uo a\Ot ses in<^^ui(Mudes, jv^roo que dans îouîo orgauisati<M\ do uroupiMUoni liun^ain. lo drsir d\vitb,Mioe, ei apivs lui la motianO(\ s'insinu<"ni: jMiis. l\^nvio. ilans s^»n coin. o»niuiiuo lo \<^; 1\^ »;< :osior au nuvlo aoorNe...
Mais, lo 4iou\ nioralisio, ;vas plus t Tonui 'îu'indiirnr, conolui que la poliurjuo no jvni ôuv que la soienoo dos invvii^il Je> divisions ontro d("^s honinios oMicés à une association if exisiences.
L'aotiviîi prisr -par ]fi licne Anvers-Conxrojusr.ifif' jo lanc^e- Tnoni.,:souspa\i.ionen7iôreTnenîriaiJorja.i,d*iinf- ujarino sérieuse avec ôuîillaco ot^mploî de viiofî^îe e» df^ coriîv'»r!. P('«l: v;ui oorinaii lo> ordinaires iransa^lantirjues de Franoe.. rl'Anxrieie.rrf- ei d" Allemagne, VAf^e^^tri/lc., ([U\ nous :ransponr., e^;: nij vaj^ur de troisièmf ordre. Fiian; ave^ peine ses don7f urtnids, ce sîoame:. — on: dr»ii.. di: resir.. aiirt^ cerie rravorf;-*,. urendre
s;i reîraitr. — (><: enooro ul d?^ mieux cf»i;*s: i. ^m. c>.. dnns la Pone. - oonime le Cnoninssir. — qui oii' lua i«a> tifiTieuse n'puiaîior».
A i^'î' «!^ii; anuMiacrenif*ir <ie maoïiin*^ * Xv-^liem*^. i*^ insîallaîions o; !•> services d* VAlhcrf^Hii son* nit^du».-!'^. Le persoîine. es: insufltsani e; mai divsst : te commissaire* san*^ obliireance »^; «lépour ri *!• i^us 7*e.nseiirne.menis; la cuisiue
se confoctîonne sur le pont devant les passagers; les gens d'équipage donnent au public l'inutile spectacle de leurs peignées; à sept heures du matin, pour aller déjeuner, on patauge dans les grandes ondées du nettoyage; les conduites fuyent, et par les planchers non étanches, l'eau dégouline dans les chambres; le service des bains est fantasque : ou bien les tuyaux sont engorgés et il faut attendre, ou bien l'eau est brunie de rouille; le service postal est ignoré, et les missives partent ou ne partent pas; le pitancier du bord ravigote dans des sauces picrtatées des viandes abîmées par la congélation; les stewards et les marmitons viennent faire de bruvantes parties de cartes aux portes des cabines, dans des salons qu'il conviendrait de réserver aux passagoi's... I/ordrc, la discipline, la bonne tenue, l'entretien dos bâtiments sur les lignes de grande navigation doivent Hve imités. Et nous restons étonné^ que des capitaux belges n'arment point une flotte marchande, qui desserve, d'une (açon irréprochable, ces relations commerciales d'une importance déjà acquise et encore si grandement prometteuse.
Le matin se débrouille. L'espace se nuiltipli*^ en explications de clartés qui élucident, — et dans le groupe dos Açores, vers lequel nous naviguons, San Miguel se détaille, avec dos commentaires bleus et verts, dans des dessins de lumière.
L'ile capitale avance de radieux paysages do mamelons, en formes de grandes taupinées rebondies, de montagnes bosselées, lourdes et chamarrées de végétations voloutouses. Dos maisons s'éveillent, comme pour nous recevoir. Des moulins à maïs tournent et miment de l'activité.
Le panorama est de douceur accueillante.
Dans la baie du centre, est assise on apparat commercial, la ville de Ponta Delgada, centre de ravitaillement qui a
•fa tuor>,vA :\, — i.AL> ■il-' tr--^ îL:ts.ii.v •^i:--~> i-? ao'iLL* Ux>?. — AÎtr'Ji-:' li ■.■^^.■i'.j.:L.-?ri-?. Z-^rri-r^ ■;'?s -•î-^mi^-es -vii
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4C ie v.eas. "jijifui jonnu/iisi-'nssuar Les .ry^outinîs.
Les maisons sont basses et roses; les fenêtres ouvertes derrière des balcons à ferrures léf^orfs, as|)irent l'air. Les rues en petits carrelages sont coupées do « traversa », ruelles calmes où rôde la silencieuse h,v|)Ocrisie lif i,'i-os i;hats yris souris.
Sur la place joliette, dovaiit l'Hod^l Açoriano, le bâtiment clair de la Bamiue portugaise fait du la gravité; de beaux arbres sont ceînturOs de bancs île Ikiîs ou se tass'*iit et s'empilent, dans une fain(''an(is<^ transpîranli>, [\os maraudeurs, des traînards miséreux et pionçants. Des moiidiaut<>s sou! assises sur un seuil de porte, dans un c.un'' d'ombre.
Dans le jardin Sainl-Fraut,^i»is, se repose un square carré, autour d'un grêle lîiosquo pour concerts. Une ibiitaine, qui déborde, fait de l'irrigation; des arbres, dos (('uln's, des araucaria, 1p pied entouré de corijeilles, ombragent les bants vert clair et les grands dessins en cailloutis des avenues, — où le
lo S»n Miguel. — Le port de l'oiila Delgada.
Le quai de Poiita Uelgada.
soir, à la li'aiche, la flânorie des insulaires se proiruVne dans les mélodies d'une mnsiquo militaire.
De .jeunes laitières, le Jupon court et une crucIie sur la tête, criont d'un ton rauqne : leite!... leite!...
Dans des caboulots gités au fond de caves aux blocs de pierres suintantes, des liommes à figure bistrée boivent de gros vins rouges, des vinhos do alto douro à 130 reis le litre.
Au milieu de l'animation des rues principales, passent des gens barbus de noir, la cigarette aux lèvros et la vareuse sur l'épaule, des femmes en grandes mantes avec capuchonscloches ressemblant au kapmantel bi'ugeois, des ménagères en peignoir et pieds nus, des mulets chargés à plusieurs étages, de petits chevaux habillés de branchages protecteurs contre les mouchos. Des gamins aux yeux effrontés sous de vastes chapeaux de paille fument à grosses bouffées; devant les débitants d'aguardente supcrior des pauvresses attendent et supplient portant deux doigts aux lèvres ou découvrant leur poitrine sous une chemise en lambeaux; des perroquets à col jaune braillent à tut^-léte; dans l'anse de la pêcherie, le long
du quai des Sardines, des gens de mer en bonnet napolitain attendent la rentrée des barques.
L'air osl lourd, et la chaleur « importante » comme dit un jeune guide qui annonce la « maiivaisation » du temps.
Le Ca/a Suisso oïïre un rafraicliissant repos; l'établissement nu, dans une spacieuse clarlo, a un pou la physionomie d'nne cuisineoù l'on voudrait, avec de la boisson, des i)liotograpliies, des timbres-poste et des gâteaux . Des consommateurs lapent des limonades ou prennent aux alcarazas de longues lampées d'eau traîche, des cavalliciros jouent dos parties de dames, d'autres dégustent des sorvotes do laranja; des Anglais en flanelle blanche lisent do vastes journaux ou le Diariodos Açores, — ot par les fenêtres se découvrent l'Ôcran reposant, et la grande baio bleue, rayon du tronçon do môle gris ruiné par la mer; de niijinoiinos voiles li-iangulaires rasent les flots, ol les gros points rouiros dos bouées sautillent dans la vague.
Ponla Delgada, — à mine de petite province exportée, — est une cif^ propre et coqueKe, paressant avec une saine
gaieté, en rose et vert, une ville où passent des (einines fringantes ilont le teint et les joues amlirées semblent un reflet (les cascades d'oranges croulant à tous les coins de rues : ville de repos ettle vacances, avec une note européenne , des t'chos du continent. Une poptilaiion souriante, vivaco, honnête fait circulerdes rumeui"s d'affaires dans cette île très parée, — qui se classe parmi les premières el les plus avenantes dans la diversité des colonies portugaises.
La banlieue et les environs, en choix d'excursions, sont des jardins, des parcs, de longues plantations, dans une séduisante variété d'aspects. D'un cote, les agressives formations volcaniques et les cratères surgissent, asséchant l'aridité des plaines de pierrailles; d'autre part, une région exploitée, toute de cultures opulentes; le travail agricole, la production fruitière égrènent de la prospérité dans des sites où villégiaturent des élégances autour de sources d'eaux sulfui'euses.
La zone plutonienne, redressée dans l'étagement de montagnes, fait des reliefs fantasques, heurtés, des surfaces soulevées, fendillées, un bousculement d'irrégularités. La bizarrerie de formation ignée figure, sous les chaînes de collines molles, de grandes vagues de terre, la tumescence d'un pays
pâteux llg(^ dans une criso de bouilloniu'nienl. l'jinvt siilnl do brutales vibrations du s{il, I;i iixjitidii d'niic (ounneiito, l'image d'une ti>mi)f''le siilidifif''('. Iti^s suulrvenicnls di' loi-niin montrent de la iurii'. du vouloir luitaiili'ur, en Iiosses déi'liirées et ravagops. Sur les sonnnots el diins les Tonds, (.'(uniue des blessures ou des abcès, l'éruption a crevé des cratères béants en l'orme de coupes, — qui sf sont coinlilés de sables et de cendres, sutn devenus de pi^lits lacs mous er cin'ulaires, des mares dans des tci'i'ains de calcinalioiis, sni'des épaiicliements de laves, devant des i-duIccs de ci'iidrées, .le nuicheier do vitrifications... Dans b's scories yi'ises, un crajiauil, liatîard, demeure allalé.
L'informe chemin monte loujours. Des vaches pâturent dans les hauteurs désolées et rougeàlres. Quelques ^ruipurcs de lougères sombi-es flottent, au long des soutiers de chèvres. Par là, de pauvi'es diables maigies, noirs d'un mélange de sueur
et de poussière, chargent du terreau pour les cultures d'ananas.
Plus haut encore, la route tortueuse passe une ligne de partage d'où se domine, dans son ensemble, la constitution imposante du sol; on voit, en dessins de violence, la projection de l'ile comme par uno explosion au-dessus des eaux. La perspective d'aridité ocreuse, image comme un chapitre furie dans la vie de la planète, les irrandes aventures de la géologie et le travail patient du Temps, le puissant niveleur qui calme, efface et use les aspérités et les tourmentes physiques, — comme il endort les blessures du sentiment. De ce culminant crochet de chemin, les deux côtes de l'ile se découvrent dans l'enveloppement de la mer. Los sommets pointent, les flancs s'évasent, fléchissent et s'étendent dans les découpures des plages. Des traint'es de nuages passent à un niveau inférieur, cachant des portions de paysage... La route devient folle et sursautante à travers de longues landes torturées. Des conduites et des barrages de réservoirs prennent des précautions d'aménagement contre l'impétueuse violence des eaux ravinantes. Des cassis en écharpes éreintent les malheureuses voiturettes condamnées aux travaux forcés de ces vagues itinéraires. Et par l'autre versant, on atteint le lac, le lac très écossais, le Lagoa grande, gigantesque dépression tassée dans un environnement d'altitudes boisées. La formation cratérienne est englobée dans des soulèvements en immenses pustules. Plusieurs gonflements de cratères conservent des structures très nettes, gardent leurs profils menaçants
le habitante <le Ponta DelgaUa.
de bouches de feu et de lave... Dans ce pays à mine de cataclysme, en ce coin des Sete Cidades, la lofi:ende veut que sept villes aient été englouties.
Le lac, avec ses habitations, ses petits ateliers, son auberge, est un intermède de repos, un tableau de calme dans le tumultueux et sec désordonnoment des roclios éruptives, — oii les pierres ponces allumont dps éclats blancs sous le soleil.
Après les explorantes fatigues sous la grosse et tuante chaleur de la journéo, — on s'étend dans les longues chaises d'osier, en un coin découvert, avec la compagnie d'une limonade glacée. Et l'on se recueille pour (•()nii)lét<^r, i)arac*liever les souvenirs qui se rangent dans la mémoiro.
Sous la bonne fraîcheur du soir, la douceur ai)aisante do la nuit envahit... Une nuit sans ténèbres, une nuit toute thiide dans les clartés de la lune. Le repos est caressé par le moelleux du bateau à l'ancre, qui somble battra une hMite mesure do chantonnement maternel, el nous câliner sur des oreillers d'insouciance...
A distance, deux bâtiments, arrêtés comme nous, en rade, silhouettent un treillis de mâtures et des masses somhressurla moire argentée.
L'atmosphère, s(Mvine et atfectueuse, s'étin^ et s'éploie en décor de calme et de rêve, en composition lunaire, en nocturne vague, tlou et merveilleux.
n Miguel. —La ban
Lji région des cultures, dans une autro direclioii do l'iJe San Miguc), part de Villa Franca, une modeste et coiie bourgade baignant au bord de la mer des façades blanches, des toits rouges, des tours carrées, une image de petite ville lombarde sur les lacs du Nord de l'Italie.
La route, soignée par des équipes de cantonniers, va vers des Ibiids de montagnes, suivant de longs penchants découpés, suivant des plaines en pente douce sur lesquelles luisent les serres immenses où se cultivent, par milliers de plants, l'ananas açoréen récolté eu toutes saisons. Des paysans brunis, la barbe longue et noire, travaillent la terre. Dans un manège en plein vent, des bœuls tournent lentement, battant le blé suivant le mode antique décrit dans l'Histoire sainte. Des paquets de beaux hortensias bleus se penchent sur les talus et les perrés. Des attelages descendent, traînés par une paire de bœufs le joug en frontal ; le cbariol est une caisse en clayonnage d'osier qui grince sur des roues pleines.
Les terres accentuent leurs mouvements, évoluent et s'accidentent à l'approche des torrents. Des lacs s'enferment dans
IleSnii Mib'iiul.
des cir^iues de hauteurs loi'estiiiros. Le paysage a de hi violence sans brasijuerie, une f^fcàce do y;rainleur, ol semble un onjolivemcntde pîttorcsiiue alpin : c'esl la Suisse en i^raiule toilcKo.
Dans les chaumines qui bordent la route, on voit, par portos et fenêtres ouvertes, des intérir-urs ranjrés, le lit très paré, le traversin roulé sous des ljrodi>ries;dans un L;i)in, une commode chargée d'objots de pauvre luxe, des chromos godichi.'s et un Christ. Le sol de terre battue est (îouvert de jonchées d'herbes fraîches. Des campagnardes assises par terre, tressent des Joncs, des roseaux blancs ou teints en rose; le travail de la vannerie, la confection de petits paniers de formes contournées est l'industrie régionale. Ces ouvrières, qui ont de beaux yeux et qui sont coiffées d'un foulard formant fronleau, ont une figure de solennité biblique.
Des recoins feuillus s'enjolivent de somptueux jardins fleuris et font, auprès des lacs, des retraites de calme et do flàuerie
pour les WUégiaturants, — car, à une quarantaine de kiloraèires de Ponia Delirada, voici Fumas et ses chalets, dans des perspectives montairneuses... La petite ville de deux milliers d'habitants est ihstallée dans une vaste cuvette, à deux cents mètres d'altitude, sur un immense terrain volcanique encore en grondante fermentation. L»^s ruches son' craqu^^h'es. lièdes et trépidantes: les blocs de basaltes et délaves <♦* mélauirent de cendres, de produits hyaiins. — et des fumerolles ^i^nlèvent d»^ îjrr«i>ses boutfées bIan••he^... Plus l^in. le sol se sulture en jaune: des jailliss»:*ments d'eau brûîanie et de vaii?ur f«.»nt clapoter des boues: on entend des irroLrnemenis qui semblent sortir de cavernes: les bouillonnemeii:s d'»^au, les fumées filtrant dans les sable>. les rumeurs sourd^'S donnent l'in juiéïude d'une proche explosion. I»es odeurs acres d'anhydrid».* sullureux acidilîent l'espace: les déjny.s, les oxydations et les hvilratations font des ruisseaux rouireset bruns dans ce paysa;:e iliaboli-iue. Là, fument et tapagent les geysers, les caldeira>, marmites cyclopéennes, lalx)ratoires du soussol, les chau fours de cette nature comburante. Des colonn«^s de vapeurs, ib^s panaches de gaz balancés dans \^ vent, montent au-dessus des mares en ébullition, jetant l'eau à gros lîots. I^ « Caldeira grande » lance, en vingt-|uatre heures, plus d»^ cent mille litres d'eau à la température île *•><• centigrades. Les neufs tr»^ysers du groupe ont un débit de huit cent mill»^ litres. A côté, des bains d'^^aux thermales ont une clientèle de gens avari^>, — comme les marins qui rapportent du Brésil des restes de l»éri-ljéri, — et les malades repn?nnent un peu de santé dans ce pays d'angoisse. Continuellement, le sol trembl»^, les profondeurs sont en remue-ménage : on vit sur des vibralions, sur les frissons d'une fièvre souterraine. A peu pK-s chaque jour, !a crise menace, les terres sont saisies d«^ tressaillements, d'evjuisses de tremblements qui font dégringoler des blocs de rocher. Quand les oscillations prennent de la violence, les habitants sortent de leurs demeures et s'agenouillent en prières au milieu des chemins, implorant la clémence des forces ravstérieuses.
Aussitôt le calme réintégré, bonnes gens, ils oublient ei se
rassurent, devant l'enchantement des sites, et devant leurs lacs de roman, les habitants de cette île à secousses, de cette terre électrique... Et la clientèle revient aux baignades, aux parcs et à l'anxieuse distraction de toutes les cités portugaises: le jeu.
A Furnas, la rouletto — comme une toupie du hasard rouge et noir — pivote, distribuant la chaiico ou le guignon, dans une pièce du rez-de-chaussée de riiotellerie. Le local est nu; le gris clair des murailles est orné (Puno vulgarité de chromo; les chapeaux et les cannes s'entassent sur une table; une porte ouverte autorise une promonado dans un jardinet négligé oii s'empilent des bilches^ où sèche du linge. Le luxe de la maison est la musi([ue des valses ot des polkas confectionnées par un piano et un violon. Sur la cheminée, des verres entourent une carafo d'eau.
La table de jeu est gérée par doux croupiers on blanc; et
des gens très quelconques, snobs de pacotille, les ordinaires
flâneurs équivoques des villes d'eaux do deuxième classe,
jettent, avec un faste modique, dos pièces do cinq cents rois
sur le tapis.
Le soleil disparaît, — et notre steamer à petite vapeur contourne rîlo San Miguel pour aller prendre la mor dans le N.-P],
Nous regardons, intarissable contemplation, l'ensemble des terres, le dessin travaillé, les tourmentes du sol, les cotes en velours verts, largement ombrées, les criques déchirées en noir, — et dans le très loin, uno silhouette bleutée de Tile cadette Santa Maria.
C'est l'heure de la couleur, opérant des variations, dos changements de ton, des combinaisons, des effacements ou dos agencements de teintures capricieuses, — sous de grands nuages blancs, alourdis, descendant comme des drapements
i\f- i\c't\^fA\(''^... 1a^ lrirrr^«? ^^ rr'r\forrAr)t, ^<» darci^-^^^nr: sur les
l'fi lri^\'pll')if''' 'I'» foi fnl/|/i(i|M tff7ir|oiix o«?f FPr'fHivr;rl. do solles fl'M'^'î'liif '">' fîiMo!''! ''"'^', 'I" '•i(Minf*«î on «l/uninr, cii'i sr» lotinscn^
iiolfeï'l'» l'Mii'i fMt!»'ltM^, i«i, iMi liniil. Ir'i lnnt;iisi<» Noiitairc do i|i|f^l'|n»>^ ;nlM'^'^ *«îm \\\\ <innnn"l. |)nn^ los Ixhs toulVns ol, sous Im t;nnM?.'n:iî)i.» i.MpivimMii» «|i»q v«'»H«'»intinn^ s,'nïvnfj:(^s, la masse Iti'înlMir'» ^rnllnnui». ^'i^xpiwo snr \\\\ fond do ntiairos dresst^s (*onun«^ nn «l«*<'«>v. \,î\ p.irnn^ do Tilo ost (aito do tous les ViMi^ : «In »*lnit <ionrinnl î\\\ i^Iu^^ profond ol (an>nolu\ nuance V'nno l)»)mnv^ «m oiMilonr vor( do-jiiMs, vori mousse et vert de !>oniillo<îcio ion<1ro, do^ vorts qui nvM.'^n.ûront le printemps et l'nutomno Jo^ vorts ohimiqnos i^\ lo vorI sontimont^l, avec une ns<?ooin1ion on umms kV^ iN^ohos lrono«^os. l,os ombres des nut^es fi'lissonl sur los s;!n'tn<»os. promoneni dos effets do lumière,, foni n^mnor ol tri^^vonnor dos oolorftiions qui, pou à pou, dovionnoni irravt'^s. pensives. l><^s ondes do nuit semblent sortir dos fnillos, oommo do sinistres d<SMururos. Hevant la mer uni<\ <*ommo oîîLTonrdio sons un (diarme. les teintes contrites, dnns un«^ lonto aîjronio. v\'ii>protent k îuourir doucement, étoulf*S"»s dnns los ombres du soir.
Morv^. rilo. ouv(>!opp(^o d'indô(MS0N diapbnn(M't(>s. ]>rond (le> unnuiN^v î>i7:i;';N^v. ndor^blomoui r;ni:?st'^s,momonînnoo> »MUumo dos e<!'5:nv ^(^v ]^run^ do lienit'' s'aviven: ({'«''tiniN-^llements <rnoior: dov ton^ t:in<'^^ ilo tapis anoious >'allumou; do l'incaitdos!.*ono<^ fPnn dornioi îviv.hj sol-n'rc rrtlt'Ohi 4i;in> une vitro: dos ,MinsMoi(*'s ,!,■ r.Milour s*ôt*^ndon: son^ «lo> t'-^intos d<' vision. <los rouîT'^v imTV'^rntifs o; dov ]unv«'Tes dr vitrai,.
T^os ;'»^viini*tioîi absolu- di, s'^l'^ii. d'^> hrum»^- d»* soio> sr d^rouloni, s'èfondoni ou se replien; commr ))Our un lent ei pnVautionneux empaqueta^Dro. IV lonfrnfts ei flânantes ara-
besques mauves s'étirent en chatoiements, on caresses sur l'immense immobilité bleue, et des murmuros de consolation entourent l'île — qui se ternit et s'etTace.
Nous avons retrouvé les placides fins de jours et leurs lentes rêveries moroses. Le crépuscule, sans brutalité, est redevenu l'heure lonii:ue et mélancolique, reltacementdu jour en regrets qui insistent, on hésitations dilatoires, en attermoiements infinissants.
Dans l'air subtilisé, sur le ciel en songeries cristallines, vit un monde de vapeurs qui étouftbnt .Lrraduollemont la lumière, — et les marbres roses dos nues dovionnont dos schistes; les couleurs se défont comme un abandon do parure. Le ciel se déshabille.
La magnificence du couchant nous est rendue avec ses blondeurs septentrionales, ses idéales fluorescences, ses mousselines vaporeuses, ses frissonnantes tendresses. Nous nous reconnaissons chez nous, dnns le décor de notre nature, — et nous trouvons Tonsomble bien délicatomont beau. Alloctuousement, nous admirons les anilinos solaires, les pâleurs adriatiques, les harmonieuses tonalités...
La nuit approche dans une sérénité de requiem sur la mer infinimont verte. Los fantaisies décomposées du prisme se brouillent dans l'ombre, dans le noir chaos funéraire, — et le ciel, foraminé d'étoiles, se crible de points d'or.
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Avec uno hAte d'évasion prochaine, tous emballent, ficellent des caisses, ferment des cadenas.
En ranfi^eant trois gros cahiers gonflés de crayonnages, je reuillettc un moment, je revis des souvenirs... Devant cotte provision de not(\s, après une bonne i)rise (rinipressions, Je me s(Mîs \i\ rétnie gonflée de dessins et de couleurs. La surcharge {\o cet (Mumagasinement veut de Tordre, un rangement. Le besoin (Tune mise à jour de ces dossiers enjoint une comptabilité (\o peuvsée.
Kn donnant, A TiMicre, une forme <V des ébauches descriptives, jo ne |)rét(Mids nullement avoir découvert ou exploré. Je ifai ri(Mi rencontn'Mjui n'ait été vu depuis longtemps, consigné et décrit en des rapports, récits et journaux de voyage. Ma promtMiade n'a mi ni le temi)s, ni les moyens d'étudier. Mais de simjïlt^s journées dans ce pays éipiatorial, encore mal accessible dans st^s solitudes inexploitées, laissent de grandes émotions de nature. Un contact suiHt pour provoquer une sensation, — et je ne cherchais pas plus.
l>onc, en confirmant des souvenii's, en complétant des notules rapides, je ne tente pas de raconter un pays aussi vaste, oi^i tant iTattentions intelliirentes et tant de curiosités vaillantes ont passé, ivganlant de près. Bien simplement, je liviv rémotion éveillée en travers<uit les pays et la vie du i'ongiK jVcris le détail, Tà-côié, Tinciilent ou Tamusemont d*observation et le mouvement des iilées devant le tout neuf du siHvtaole africain. Et ce volume les classe et les enferme, surprises d'aspect, menus ciXH]uis,bril^s d'études, minutes de contemplation, étonnements de p;issant ou notations personnelles, vignettes à traits sommaires, essais de p;^ysiiges ûiziiivs même avtv leurs contrailictions, suivant les chanirements d'humeur ou la couleur du temps, — et qui doivent uniqu^^ ment, dans la mise en onlre de mes carnets, prét:iser des inuHi^^s tonnées un instant dans la chambre noire cérébrale.
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