‹ Heures africaines: l'Atlantique, Le CongoChapitre 6 sur 7 · UO · texte numérisé non relu

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tudes contraintes où se cache une sinfçerie de doux propos, une vai?ue expression do tendres désirs. Mais toujours, sans un geste autre (jue le battement de mains, la fiLçure immuable, les traits fixes dans une indifFérence froide, c'est le corps qui joue tout le rôle. La mine distraite des opérateurs donne mémo, à ces manœuvres érotiiiues, une simple agitation machinale; dans Taccomplissement d'un rite, ils semblent olïicier et exécuter les cérémonies graves et ambulantes d'une idolâtrie naïve.

A la longue, tout de même, les chants devenant plus cris, plus appels, \o batteur de tam-tam, s'esquintant en plus violentes diableries, corse sa musi^iuo, précipite sa cadence, chautre son ])ul)lic. Les contorsions, les mouvements de ventre, les étals de corps se font en simulations d'otrres, d'avances, d'invitos amoureuses; lYv^uivoque sensuel s'avoue, se précise par une mimique où seuls manquent le clignement d'œil ou la sortie d'une pièce de monnaie.

Un couple reste au milieu et, très naturellement, la face toujours impassible, mime, en sèches mignotises et dans le naturisme le plus précis, l'accouplement. Les deux protagonistes, tandis que les camarades accompagnent, sont accolés; les poitrines nues se serrant l'une à l'autre, l'homme tient la femme aux épaules très étroitement, et la lemme caresse le dos de son maie, — tandis que les deux corps ondulent, et se frôlent en des mouvements caractéristiques et honnêtement obscènes... Après le temps moral que veut cet exercice, les deux danseurs, — dont la physionomie n'a exprimé aucun semblant de sensation, — rentrent dans le rang... Et paisiblement, dans un calme toujours rêveur et distrait, reprennent ces danses tran^piilles, ces réjouissances sans précipitation, ces exercices pour pays chauds... On ne retrouve pas l'enthousiasme furieux et le paroxysme que décrit le journal des Concourt.

Le chant nègre, qui accompagne, a une forme de complainte, de poésie grossière appuyée de perpétuelles reprises, de répétitions alanguies, puériles, d'une navrante sincérité et aussi d'une suavité indicible.

Les manœuvres de balancements lents et de secousses enferment une notion de joie, manifestent de Tinstinct; elles sont, informes, la recherche d'une chose essayée dans une incapacité d'expn^ssion. Une lourde maladresse de moyens fait do cette danse une tentative, une ébauche, qu'un afHnement des sens et une plus soigneuse recherche transformeront, accuseront voluptueusement en souplesses, renversements et provocations, — pour aboutir à ces pas d'aimées, aux cambrures de grâces étranges, au charme de gestes ot (Tenlarantos invites, aux pâmoisons haletantes, aux spasmes, aux ondulations clairement et savamment lascives de la vieille Arabie.

La danse congolaise est une candeur trémoussée, une crudité brutale de nature sauvage, — et c'est par cela que cette volontaire ardeur de la chair, dans sa gaucherie solennelle, garde une étrange attirance.

Interminable, elle recommence, reprend et se poursuit, toujours identique, la danse qui paraît ne jamais plus devoir finir. Toute la nuit, résonne le tam-tam et geignent les chantonnements en brouhaha de joie...

Auprès du groupe, un chétif allumage de branchettes grésille. Sur ce feu, cuisent de minces morceaux de viandes embrochés à des baguettes fichées dans le sol. Et tout autour, une couverture aux épaules et se garant de l'humidité froide de la nuit, des Congomen accroupis, gravement silencieux, fument un mélange de tabac et de chanvre.

Des garçonnets pincent du «ndimbi», un bois creusé en caisse d'harmonie et sur lequel sont fixées, avec ornements deperles, des lamelles d'acier que le joueur fait vibrer.

On se serre et uno place s'ouvre devant le feu, quand un danseur, épuisé, vient s'allonger près de la chaleur, se roule dans un drap et s'endort.

. De ma cabane, je l'écoute, bizarre, dans le grand calme de l'ombre, cette persistante harmonie barbare, ignorante de la mélodie, simple indication d'un rythme vague, tapoté en notes sourdes.

De Tiimba, la seconde moitié du railway congolais descend par de vastes fagncs encore tachées en noir de parties incendiées, la vallée de la Lambessa, jusqu'au passage de la rivière Gongo, — où des arbres abattus marquent la place de l'ancien chantier de montage du pont. La série des bassins hydrographiques secondaires, que la ligne recoupe ensuite, sont d'une luxuriante fertilité; le profil en long est en rampe continue; de part et d'autre de la voie, ondulent sous le vent des tourmentes de hautes herbes en désordre, de roseaux, d'arbustes sauvages à grandes feuilles étalées, un gaspillage d'énergie végétale. Aux roches disparues succèdent des sables argileux. Dans les fonHs à distance, se blottissent et se dissimulent nombre de villages indigènes.

Après Kunda, au kilomètre 210, aux abords de la Luvu, s'étendent éperdument des fagnes monotones, des herbes sèches et minces, le <c mianga )>, toujours surabondant dans les terrains qui ont été cultivés, puis abandonnés; ce mianga est un assez bon textile travaillé par les indigènes. L'immense pays de végétation pauvre donne l'impression d'une Campine équatoriale.

La situation de la voie à flanc de coteau a imposé la construction d'un long réseau de fossés de garde pour empêcher Taction ravinante des eaux pluviales; dans les plis de terrain, les eaux sont souvent conduites sous la voie au moyen d'aqueducs métalliques en tôle d'acier.

Dans les tranchées qui suivent Kama, vers le kilomètre 217, le déblai parait avoir été économisé; le profil en travers est resserré par des surfaces raides, ))ien loin du talus naturel de ces roches meubles; des fendillements, des commencements de lézardes permettent de croire que les grandes pluies attaqueront ces talus et feront des éboulements sur la voie. Les eaux sont, du reste, si violentes que sur une section très voisine le rail a du être déplacé et ripé devant la venue des inondations.

Un arrêt du train.

Dans la vallée que longe le train, des parties très boisées avoisinenl la ligne ; entre les arbres s'embrouillent des réseaux de lianes longues et balancées, pendues à toutes les branches et semblant constituer un outillage de gymnastique pour les singes.

Après la Zumbula, au kilomètre 221, le pittoresque se reconstitue ; les terrains se déforment, montent et descendent; l'aspect s'accidente en arrangements variés. La ligne gravit les l'ampcs de Zona. Un cantonnier nègre, le drapeau bianc à la main, tire son chapeau de paille au train défilant et montre sa figure grimacée d'un sourire d'ahurissement... Une balasticre ouverte sur un des fiancs de la tranchée montre d'excellents matériaux pour l'assise de la superstructure.

Devant la montée, où la locomotive dépense de la vapeur, les paysages se déploient et reculent jusqu'à l'intini en plaines, en forêts, en landes rousses, en steppes chiffonnées.

Par (les ravins boisés, par des gorges vertes, par des détours à travers de fraiches arborescences, l'ascension se développe, se poursuit vers des hauteurs sous bois. Les

perspectives s'ouvrent et so dilatent sur un bel ensemble de sites forestiers; et au point culminant de ia ligne, au Col de Zona, à la cote 7ir>, la vue eml)rasse imraeusément des échappées panoramiritios sur des liori^ons de forêts... La descente s'opi^re devant cet étonnant tableau : des bruyères folles, des versants sauvages en tii/arrcries de combinaisons, des végétations venues en coups de tète, au hasard, semées par le vent, ravagées par places, — et le fond de l'étendue est un éploiemeni de la contrée. La vue poile jusqu'à Tumba, à quarante l;iiomètr(>s. Ile tous les cotés, des perspectives sans lins, converties d'un moutoimement d'arbres en touffes, en masses sylvestres, en ioulcs toujours renouvelées jusqu'aux derniers pians, perdus dans le ciel en vert et rouge. Cotte longue tortueuse penle promène une intarissable jouissance contemplative.

La garilc d une stuiioii.

Un peu plus loin, des cumulées 241 à 245, une tranchée nouvelle en confection montre Tadopiion d'une variante qui doit corrij^er et simplifier le premier tracé adopté. Evidemment, sur un terrain aussi compliqué et sans documents complots, on n'a pu vouloir, du proini^T coup, trouver partout los passages définitifs; en différents points, des corrections à faire oudéjà commencées assureront un meilleur sysO'-me de pentes, de rampes et de courbes; les différences de kilométrage prouvent ces modifications- Avant la station importante et bien outiller^ de Conj^olo, on constate encore que les t;j|iis ont peu de baso; en plusi^'urs endroits du déblai, des commen<:emenis d'alfai^isoment se montrent. Les indigènes ont pris, mal^Mé ioin>*s les déf^'uses, la mauviiise habitude de r-irculerou sur la voie ou sur le francbord le long de la cn**îe des t;iliis — rj' qui n'est j)as pour consolider ceux-ci. Cotte seconde section du chemin d(î fer, depuis Tumba, n'a pas eurr»ro la p**rfection d'exécution de la première parlie; la voie, umuus régulièrement poser*, n'a plus ces alignements impeccables, et les cahots du train comme les entrées de courbe ont de la dureté. Il convient de remarquer, en même temps, que In voir» pins neuve et moins affermie dans son ballastage par un trafic sérieux, doit être moins bien assise, los tassements ne s'étant, poini encorrî effectués. Hien naturellement, la construction trahit la hâte d'ouvrir au plus tôt à l'exploitation, — ([uitte à fain» plus tard des frais de réfection.

Au delà de Congolo, un pont tubulaire de cent mètres de portée, pesant 40S tonnes, un ouvrage mélalli(|ue 1res soi^Mié traverse Tlnkissi, une importante rivière dont le cours est irrégulier et hî régim<î fantasque*. Les culées, av(»c hauls murs en ailes, sont en maçonnerie de moellons débrutis; hîs tablettes et les (lés d'appui sont en béton de petit gravier. L(»s ounx brunes, chargées de matières limoneuses, ont des crues violentes; jamais les habitants du pays n'étaient j)arvenus à jeter d'un bord à l'autre une passerelle de bois; l'ouvrage était toujours emporté, et devant ces eaux indomptables, rinkissi avait été déclarée la rivière fétiche. Très charitable-

ment, les noirs avaient prévenu les ingénieurs belges, afin qu'ils ne perdissent point du temps, leur affirmant quejamais un pont ne subsisterait sur la rivière léticlie. Or, par un plaisant liasard, le premier pont provisoire, établi en bois pour le service du chemin de 1er, fut enlevé la nuit par une crue subite. Les noirs triomphaient et haussaii'nt les épaules,

Un bailaud ilnns iiii nrhri',

voyant la fatuité des travailleurs blancs reprendre l'ouvrage. Mais, un nouveau guignon faillit confirmer la superstition locale. Lo tablier métallique, suivant l'ordinaire, était mis en place avec l'aide d'un pont do service. La partie métallique était amenée et parvenue dans la verticale de sa position définitive, les sabots surplombant les galets d'appui, quand une masse de troncs d'arbres charriés dans le courant violent

des eaux vint casser net une palée de la charpente. Il était heureusement trop tard; le tablier en descendant prit exactemont sa place... L'indolente philosophie du nègre déclare aujourd'hui tout bonnement que le blanc est plus fort que le fétiche : voilà tout.

De l'autre côté de ce pont, qui a son roman dans la construction du chemin de fer, le train remonte, passe au pied du grand drapeau bleu de la mission de Kisantu et rencontre l'ancienne et méchante route des caravanes, pauvre sentier sinueux et rugueux, irrégulier et raide. Los talus hauts sont revêtus d'arbustes à feuilles rouges, de plantations qui ont l'air de jardins sans propriétaire.

Une nouvelle rivière, la Guvu, à lit de roche, est traversée à la lisière d'un bois très dense où s'ouvrent, sur fond de verdure sombre, de l)eaux palmiers rafla. Du milieu de plaines de sable blanc, la locomotive domine les méandres des forêts de Madimba. Ce décor de toute puissance végétale est de la féerie, du rêve qui a de la fantaisie et de la violence. Partout, la lourde toison de forêts qui couvre les ondulations du sol, dit la richesse grasse et puissante, étalée et prodigue, les terrains productifs, le climat favorable. Partout, une énergie verte sort de terre, s'épand, se recouvre, se tasse et lutte; et cette ardente et fastueuse végétation, en débordante abondance, chante une des plus belles strophes dans cette longue et brillante chanson de la nature équatoriale. Des bandes, en caps de forêt, avancent jusqu'au talus de la voie, montrent une verdure hautaine, magnifiée par cette solitude; des légions de cocotiers, la tête étoilée et paradante, planent très haut. C'est une série d'étonnements et d'admirations devant ce grand gala de la botanique, — où remuent l'acrobatie de petits singes rieurs, le trot effaré des antilopes et les fumées maigres des villages indigènes — et où se chasse le léopard.

Après los points secondaires de Mangwole et de Kibuya, au kilomètre :no, la ligne est allongée au milieu des sables ; des sables colores, dos sables roses, des marbrures do sables cuits, des sables gris, dos sables blancs de silice très pure... Et brusquement, par un crochet, la voie pénètre dans la plus ômer-

véillaiilo <'t (li'licioiist' pnrtip, la gnunl-' si'duclioii df ce long parcours. En ploino loivl. (oull'iic, s'Tr'éf, dans Ips ombres masKéos, Ir train s'insiiiuo, nimpe, ot scmbli' ('cartor los liranclios. O'ost la violoiiti^ Con'l oiiclievêtri'i', l;i. forêt dans son dt'Ijrailléliii'suteotvolonlairp.Pi^ndanliilustlotiuarantckiloniL'tres, la ligne suit sous bois les lionls do la Lukaja dans ces fonds déroutants; les troncs s'enimôli'iil, so tordent, se croisent en indôbrouillablo contusion; des yuccas sauvages, des fougères en bigarrures dOcoupées tormeut le sol d'od jaillissent des arbres étranges et des euphorbes en gigantesques candélabres. Des feuilles larges, jaunes el lirunes, tles grappes rouges, des ramures de parade, des arbres on bosquets impénétrables, des berceaux envoûtant des ruissolots, une éclalanle joie de frondaisons puissamment chez elles, — et encore des fougères colosses grandies en prétentions d'arbres, des ramilles qui rampent, qui grimpent, qui enlacent, des plantes singulières et complexes qui semblent so piijparei- pour des expositions, des fleura étoilées en belles joies de couleurs, de vieux baliveaux llcelés de lianes : tout un labeur d'accumulation d'années,

un persistant effort du sol, jouent cette extasiante verdure à yrancl orchestre. C'est une exagération Iiizarre, un grossissement des plantes de nos climats : notre végétation dessinée en extravagances. Dans une clairière, des huttes en branchages, abandonnées par les Sénégalais ; puis, encore la croisée de l'ancienne route des caravanes ; des coins de repos jui bord de la rivière qui trottine, va et vient et fait la coriuette; puis, la ligne rentre sous le tunnel de feuillage; on est convaincu que la Ibrèt a dû être sabrée et hachée pour donner passage aux deux llles de l'ails; des arbres coupés, abattus, sciés, gisent au long des talus, sont renversés dans la rivière, improvisant des barrages qui taquinent l'eau. C'est à travers un ravage, pai- une démolition de forêt, et au milieu de décombi'es végétaux que le train avance jusqu'aux ateliers de Mojikela et à la petite gare du kilomètre 350.

Le cliemin de fer eonlinue parallèlement à la Lukaja dont les rives sont maintenant des sables d'un rosechaud, des sables

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qui l'csscnililciit à de la liriijiio piliV ot i|iii iTinontciit en lapis Jusiiu'îiux s(nis-l)ois. Longtemps oncoie, persiste co corapagiioniiagi' oiiiliroiix de la voie (cnéo et do lu. forêt; les sables se teintent de gris, les verdoya Ti ces sylvcsti-es se succèdent et se renouvellent en pittoiesque variél*'', de grandes laides leuilles lirunes, jaunes, vertes pavoisent les branches — et les aibies, gréés de cordages de lianes, semblent des mâtures en (ête.

Aululomc'lre 360, la forêt se disperse ; le train, revenu au grand air,(iuittc les parties basses et i»rend son élan pour ft-ancliir une dei'iiiêre barrière de linulcurs. Il laisse la Lukaya à droite, monte dans le flanc d'un coteau devant un bel borizun de collines forestières, passe aux cùb''s de la mission de Kimnenza, retourne et revient en S devant un majestueux et

vaste tabltiau tlVspaco où ondulent de maigres savanes remuant d.'iiis la brise des tons changeants, dos reflets singuliers, des nuances ïnsoliti's. Vers Zania, au kilomi''tre 377, et à la cote IIJO, la vue so lU'veloppi: encore et s'étend sur un infini de plaines où les Iiautes herbes jaunes onl des colorations dorées do champs do blé. En ligne droite, en alignement sur ce plateau d"alliiie réyuliéro, le train s'élanco et file jusqu'à rimpoi'liinto slalion do Dolo, où se rangent des avenues de bananiers.

Itôs le dépait, alors, lo voyageur découvre la grande nappe bleuo du Slanley-Pool, le beau l;ic songeur, vaste repos du Congo entre des rivos dentelées. A Kinsliassa, un arrêt près des établissements commerciaux belges installés au bord du lac immense dont on voit les bancs de sables blonds, les iles allongées sous les verdures en panaches. Puis, une dizaine de kilomètres arrêtent la ligne et déposent le voyageur dans les allées sablonneuses de Léopoldville... Quatre cents kilomèlres

TnrrasKiers sénâgalai.

ont été parcourus, sans un moment de lassitude, à travers des fantaisies de paysages d'une impressionnante grandeur, de figurations gigantesques, sauvages ou gracieuses, toujours d'une puissante variété d'aspect.

Et au terme de ces deux journées de mouvement, surgit le respect pour cette œuvre opiniâtre, réalisée malgré des années de difficultés et de dangers, aujourd'hui triomphalement vivanto et prenant ning parmi h^s grandioses travaux voulus par la témérité do riiomm(\

La factorerie, dans l'isolement de la forêt, au bout des communications régulières etau débouché des voies du Haut- Congo, est un tal)leau d'arrangement d'existences européennes dans l'exotisme. Un confort relatif et accommodant est campé dans des maisonnettes à véranda bien garées de la chaleur, construites avec des recherches d'aérage, des défenses contre des armées de moustiques, de chauves-souris, de serpents. Cette installation pratique, ingénieuse fortification et illusion de villa, est plantée au milieu d'un charme de curieuses verdures ornementales, près des services d'un potager géométriquement conçu, devant des allées qui s'avancent dans des parcs sous les branches à longues pendeloques des baobabs, — ces arbres grimaçants, aux contorsions grises, aux ramifications saugrenues. Dans le décor d'alentour, les très dignes palmiers semblent de gigantesques bouquets de plumes d'autruche teintes en vert. Des plantations, en soigneuse toilette, assemblent, mélangent des massifs de caféiers aux graciles mignonnes fleurs blanches, fleurs d'un jour, des essais de légumes d'Europe, des bandes de précieuses pommes de terre, les orangers monstres, les mandariniers et les manguiers, les avocatiers, — et toujours des foules de bananiers qui paraissent fabriqués de bandes de toiles vertes sur fil de fer. Dans tous

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les coins, sans une parcelle inoccupée, grandit, pousse, grimpe, s'épanouit la diversité de ces plantes que l'indifférence indiyèno appelle du nom général de matiti.

L'amabilité <les propriétaires, dans la joie rare d'une venue de compatriotes, oblige à goûter la papaïe, un melon doux, le corosol ou cœur de bœuf, une poire en bourre de cacao, et une quantité do fruits fantaisistes qui sont des do-sscrts conlits, des entremets délicatement sirupeux ou dos rafraichissements acidulé?

H faut encore, pour parachever notre initiation et ne point désobliger nos hôtos, manger de la trompe d'élépliant, ce qui est une volumineuse cliarcuterie, du bifteck d'Iiippopotame, ce qui est du bœuf vénérable avec des tendances coriaces, puis déguster les pommes de terre de la région, les excellents poissons du lac et, enfin, le café congolais.

Dans les dépendances do la factorerie s'activent des noirs, travailleurs dressés aux liesognes intérieures, gens lieureux d'un profit et d'une protection, et vivant tri^s fidèlement aux portes de l'exploitation. Leur village, rangé le long d'une route, est un aspect de vie indigène. L'homme, debout dans ses penaillons, est planté à la porte de la case. Il fume une pipe délabrée, la mine hautaine, la physionomie immuable, la pensée paraissant bien loin. Les femmes travaillent, vont' et viennent; leur démarche lourde de créatures grasses, avec des anneaux de cuivre sonnant aux chevilles, a une cadence, des ondulations, comme une valse raarchée. Elles ont la tête nue,

Kinshassa. ■

iniligâiic.

i. — Le village imlife'Oiie.

les cheveux en partie rasés, la li>vre iiiférieiii-e retombante, les yeux aux aguets toujours on mouvement, des mines ilc bonnes sorcières, avec dos sourires copieux incarnant de ia violence et du désir. Sur la terre battue, près d'un vacillant leu de branchettes, distraitement, tournaillant avec mollesse, elles élaborent les travaux tr6s sommaires do leur ménage, préparant la bouillie de maïs, nommée chez nous de la ijaude, on , écrasant des racines séchées pour faire ce qu'on appelle dans le pays la farine de manioc — dont If vrai nom est la cassave. Elles font cuire le safou ou eoulectionnent la chikwangue.

Des chiens etHanqués rôdent et Haïrent; de pseudo-jars pataugent dans des houes, et de grosses araîynées, grises et pelucheuses, courent à toutes pattes dans le sable.

Aux magasins de la factorerie, une femme appoite un pain de manio>- enveloppé dans une feuille de bananier. Puis, un noir, le pagne déchiré, un Wamfunus, présente des balles de caoutchouc, que le commis fait couper en deux pour s'assurer qu'aucune ajoute de sable n'augmente frauduleusement le poids. Le noir a d'excessives prétentions; il faut marchander. L'employé offre un rabais, devant lequel le vendeur se récrie

bruyamment; après quoi, il dépose la marchandise sur le sol, s'assied à côté, et attend des heures, pour venir refaire la même proposition, suivie du môme refus et de Tidentique manœuvre du marchand nomade, avec l'espoir de lasser ou de surprendre le blanc, — le temps n'ayant aucune valeur pour le noir. Quand une transaction moyenne est conclue, le nègre, très attentif, prend le paiement en barrettes de cuivre, en pièces (Pargont ou en cauries, le coquillage-monnaie, — et puis, quémande, en souriant, la gratification, le traditionnel et indispensable matabish.

Le jour finit en gracieuse préciosité sous un ciel estompé (le bleu, pomponné de rose, — et sur les berges sablonneuses du Pool, devant Kinshassa, près d'une fournée de bri([ues en déchargement, des noirs, à coups de machette, tranchent et dépècent la difformité accablée d'un hippopotame.

La masse énorme vient d'être très péniblement tirée de l'eau, au moyen de lianes et de cordages. La bête, en écrasant amoncellement, se tasse dans le sol. La tête déjà est coupée et poussée à part; le morceau est affreux, d'une colossale hideur; les grosses lèvres baveuses et ciliées sont béantes, déchirées; les yeux troubles, abîmés, visqueux, coulent; la peau et ses replis usés, sont tailladés; le museau à poils paraît, dans ses déformations, hogner encore d'inertes menaces... L'amas gluant et boueux du corps est attaqué, ouvert : des cataractes de boyaux et d'entrailles, de viscères, d'organes bleus et sanguinolents, coulent dans le sable. Les noirs marchent et pat<iugent dans cet effondrement de répugnantes tripailles, et les quartiers de viande sont violemment taillés et débités, tandis que les bas morceaux, rejetés à la volée, sont abandonnés aux curieuses accourues du village. Les femmes se précipitent sur l'aubaine; elles s'attellent, par

groupes, à ces voUiniiaeux déclifts tlf pachyderme et traiiifnt, sur lo sable, dans la |)oiissi6re, la porlion de monstre englué de bouc et de souillures. Avec des liâtes alléchées et des gaietés qui s'excitent, le corti\;^e, eu cris et en grimaçantes joyeuselés, traverse le jardin do la factorerie pour gagner les cases qui bordent l'avenue de la gare.

De la flânerie solitaire, dans la béatitude de la nuit, le long du Pool... La lune a allumé tous ses feux blancs; l'astre est vivant; il s'en donne librement, au milieu d'un ciel myriadaire, sablé d'étoiles. Le Pool, sous un glacis de lumière, a de longs

miroitements, des frissons argentés, des éclats charmants d'atténuation. Les îles sombres, en fond, se haussent derrière des haies de brumes. Dans la paix de l'immensité reposante, le souffle de la nuit, affectueusement, distribue de la fraîcheur. L'œil, qui s'habitue à la pénombre, écarte l'obscurité et voit très finement, en grisailles ajourées, le dessin fantastique d'un baobab; le monceau du tronc est encombrant et fait une bâtisse noire. A cùlé, les palmiers ont des attitudes religieuses, des balancements graves et bénisseurs; des arbustes se compliquent, s'évasent comme de géantes fleurs ténébreuses.

Les montagnes, derrière les rivages boisés, s'en vont en longs profils de galopades, en cabots de terre jetant des sablées de bleu confus dans les lointains. Un ensemble se compose, vit et se développe sous la très douce pluie lumineuse que versent les rayons lunaires.

Une pirogue échouée à la rive fait événement, et l'eau en passant y arrête la curiosité d'un incessant clapotis.

Le tableau, en coquet demi-deuil, est une dilatation, un épanouissement, une mise à l'aise dans la sereine tranquillité. Mais, des singularités de formes, un vent frais sans aucune des senteurs de verdure auxquelles nous sommes accoutumés, de l'extraordinaire partout, ajoutent de la bizarrerie à Tadmiration.

Dans le crécellement des cigales, des grillons, des insectes susurrent; des grincements, de clandestins appels viennent des arbres. Par nuées agitées, des chauves-souris ont des affolements vagabonds. Puis, s'ajoute le rythme barbotant de pêcheurs qui reviennent en pirogue.

Comme l'œil voit maintenant dans le sombre, l'oreille distingue et divise les vagues bourdonnements, détaille une étrangeté de rumeurs, le travail des millions d'existences infimes et laborieuses manifestées encore par les voltiges de moustiques, les assauts de bibets, moucherons et bibus ailés qui font fourmiller l'air. Une passe de vent apporte du lointain un bruit cotonneux, les résonnances molles du tam-tam.

Plus avant, le terrain se découvre, se libère. Le calme est

intime, risolement plus solennel, et une poignance réside dans les hésitantes brumes. On la voit, on la touche, dans sa familiarité, la nuit douce et languide, étendue sur le prélassement dos eaux. Les astros reposent dans dos tulles do ténèbres; les nébuleuses ont dos câlinerios de lueurs; Tintimité du soir écarte tout mésaiso; les buées qui s'évaporont, s'élèvent en ascensions d'oncons, et, idéalemont, dans une surélévation mystiquo, le si)ectaclo se transmue on paysage de prodige, — épandant la tolérance et la miséricorde pour toutes les petites grandes choses do la civilisation fanfaronne et éclipsée. Mainlonant resplendit, dans une majesté d'énigme, la fête discrète ofi passent do })eaux dédains et de généreuses timidités;

Les sons et les parfmiis tourruint<.laiis rair du soir. Valse mélancolique et langoureux vertige.

Au bord du Pool, dans la candeur du matin, rétonnement du. jour qui s'éveille... Sous Tindustrieuse magie de la lumière, les colorations s'avivent et font un paysage apuré, tout neuf.

Les vagues très molles jouent ets'allongentsur le doux sable des grèves.

Les premières clartés s'élucident, bonnes et tendres, débarrassant la nature de ses lourdes ténèbres; la texture et la vie des végétations se débrouillent; et la jeune beauté du jour s'épanouit à l'approche du soleil qui fera l'atmosphère vermeille.

L'œuvre d'éthérisation s'accomplit dans do graciles pâleurs; des lueurs très fines, des rayons vaporeux s'efTusent, tracent et détaillent les belles arborisations des rives... C'est l'heure bleue : tout se dilate, se redresse dans une brume claire et impalpable ; tout dépouille l'accablement nocturne, s'évade

de la nuit, se libère, se tend, se mire, se pare devant le miroir des eaux... C'est la toilette délicieuse et l'apprêt d'un frais et frissonnant décor.

Le silence, en marque d'expectative, est immensément recueilli, — quand un lent ramage, un caquetage, rumorant sous les baobabs, approche, grossit... Les femmes du village viennent aux filets d'eau qui sourdent des berges du grand lac. Elles arrivent aux sources faire leur provision d'eau, femmes kassaï et femmes manyanga, allant majestueuses de lenteur et l'indolence regardante; elles vont, sans hâte; leur nonchalance épaisse a des balancements du ventre; les hanches ondulent; la poitrine mi-nue émerge, avec les bras et les fortes épaules, de longues étoffes légères, l)allantes, retenues par une ceinture à vif lignage. Sur le noir du cou, scintillent des colliers de coraux ou de perles; l'une d'elles porte, en guise de médaillon, une clochette. Très gâcheuses de leur temps, traînant les pieds nus dans le sable, elles marchent, le buste redressé, la gargoulette campée sur la tcte ou à l'épaule. Ce sont de solides gueuses sombres, à bonnes faces grossement douces, les yeux en bossettes, la balèvre en saillie d'un rouge de raisiné; pour coiffure, elles ont une houppette sur le milieu de la tête, à côté de parties de crâne rasées; quelques-unes ajoutent la coquetterie d'une ganse rouge serrant le front.

Ma présence ne cause qu'une fort mince curiosité sans étonnement; c'est plutôt un essai de gaieté avenante qui s'indique dans des airs de petites masques, une joie en dessous, des idées de rire qui animent drôlement la musarderie de ces gaupes traînaillantes... Les mères portent leur bébé, leur tchi-tchi, dans un enroulement de ceinture large. Une d'elles sort le mioche de son étoffement : un joli petiot gracile, couleur de citron, la tête en ébouriffement hagard, les joues rondes comme des pommes, le ventre gonflé en bonbonne; le môme a pour tout habillement deux rangs de perles bleues et blanches autour de la taille.

Les femmes jacassent et commèrent, et emplissent leurs récipients, leurs cruches de terre...

La brume matineuse, qui s'est amassée sur le Pool, confec-

tionne la petite pluie saisoiiniore des commencements de journées : la« cassinie », comme on dit dans le parler local, — ou ce que \o^ ouvra^'os scientifiques dénomment cacimbo. Cet arrosage d'une demi-heure n'est qu'une bruine inconsistante, une condensation de lirouillard, un dOljarbouillage de l'atmosplicro, une ombre Imniide qui passe; c'est une mousseline de fraiclieur, une très vji^'uo pluie vaporeuse.

I,es porteuses ont cluir^'è leur provision d'eau: elles gravissent la berye i'( s'en vont à la file, en eorlè^e tlî'inaut; elles traversent les .jardins de l-i factorerie et fiisparaisseut sous le dôme vert de l'iillt'e desaciicias rtamlioyanls, — vers le village indigène de Kiiishassa.

Une pirogue de p^clicui

Dans une longue pirogue, — frêle et roulant embryon d'embarcation, — six noirs, des pêcheurs bayanzi, le buste nu, longent la rive du Pool, et vont au travail. Ces Congomen, —

dont l'un atrouv^i un chapeau de paille, — ont la figure massive et plate, un sourire à dents étincelantes dans un teint de réglisse. L'un mclchonne une tige de fleur; et lentement, les bras mous, en gens mal réveillés, ils vont sans presse, comme si, balladeurs, ils savouraient la douceur de vie dans cette Joie de lumière. Seulement, le calme d'action est mêlé d'une verbosité surabondante, intarissable; ils crient. Jacassent, discutent ot contredisent; ils s'invectivent avec naturel, sans idée do coups; ils lâchent la pagaie et se fâchent avec simplicité, remuant toujours des épithôtes, tempêtant, faisant un bruit de gros mots. Ce durant, le bateau avance toujours, car, dans leur fureur verbale, ils restent pratiques, manonivrent sagement, en mesure, sans gâcher de Tett'ort. Mais, quand le guetteur d'avant signale un écueil, ou ({u'une venue de courant attaque l'embarcation, tous les six, ardents et vigoureux, tendent de solides musculatures et luttent avec obstination... La passe franchie, ils reprennent leur mollesse de bras et leur activité de verbiage. Leur façon de besogner est la discussion par le fait du manque d'ordre. La moindre chose se présente comme une difïlculté devant le nègre sans expérience, non accoutumé au travail. Son inquiétude de l'incident, son effarement de l'imprévu, l'importance du moment et la nécessité de l'attention se traduisent par des criailleries et des controverses, par un débordement d'épithètes et une nervosité d'expression, par un besoin de cris et de tapage, — qui se retrouve encore chez nous dans le petit peuple.

Un noir au crâne rasé s'est prestement dépouillé de ses chiffons et, une longue serpette entre les dents, commence la grimpade le long d'un superbe palmier droit, lancé en admirable verticale. L'indigène, pour cette ascension, ferme par un nœud une longue bretelle de liane faisant une ellipse lâche

circonscrivant l'Iiomme et l'arbre ; ainsi, en remontant le long (Ip l'arbre par secousses tette ljreteHe,et la tendant par un danf^^renx renversement du corps, il monte, pas à pas — à la

manière drs clowns japonais. Parvenu au nœud d'épanouissement de la iHo. (le l'arbre, il clioisil sa branche, l'abat, entaille le cœur vôf^Hal o{ recueille le vin de palme, ('e vin, employc comme levui-e pour la l'abrication du pain

avec la farine importée, est aussi mis en fermentation pour devenir le malafu, la liqueur enivrante, la joie et l'excitation des grandes fêtes noires, la griserie et la bamboche, l'ivresse aux rêves fous.

Cette sève de palmier, que nous goûtons fraîche, est un breuvage aigrelet, un liquide d'un blanc laiteux et citronné; il dissimule quelque parenté avec le vin sur et la bière de Louvain; mais il s'agrémente d'un petit piquant, d'un léger montant : c'est un cidre blanc.

1/étonnement est inconcevable de trouver, après ces milliers de kilomètres, dans cette sauvagerie d'isolement, sur des eaux si fortement défendues par les cataractes, de vigilants et énergiques bateaux à vapeur, grands et confortables, besognant sous des pauMches de fumée. Ils semblent des appareils magi(iiies, des constructions fabuleuses ; on se demande par où ils ont pu se faufiler ici.

Le Brahant, qui nous prend à son bord, est le principal de ces steamers curieusement construits pour habiter un pays chaud et des eaux peu profondes. La coque en profil de barge est à fond plat, à gabarit évasé. Le bâtiment est partagé en deux étages. Le bas est occupé par les matelots, la machinerie, le service des manœuvres. Au-dessus, le pont couvert porte le massif des cabines, la plate-forme des passagers. Le Drabant, qui jauge 150 tonnes, est chauffé au bois; il est mii par deux roues à aubes, placées à l'arrière, poussant le bateau en jetant de longs remous écumants. C'est le type des sternwheels à très faible tirant d'eau et capables de développer une grande force de propulsion; malgré peu d'immersion.

Les marins de l'Etat qui font le service, sont des noirs empressés et agiles, portant une courte jupe blanche sur les jambes nues, et un maillot bleu, étoile de jaune, sur la poitrine.

Ce sont des Sango, des hommes du haut flv3uve, ayant, sous le béret, le front crété de tatouages.

La conduite est difficile, dans ces eaux basses et violentes, sans aménagements. Pour aborder la rive, le bateau doit venir drosser, échouant Tavant dans la vase. Le départ, quand il faut dégager la partie enlisée du bâtiment, est une opération souvent laborieuse; le bateau, faisant machine en arrière, n'arrive pas toujours à se remettre à flot. Alors, au commandement, les hommes dépouillent lestement leur costume et, intégralement nus, se jettent à l'eau; avec une solide unanimité d'ellbrt, ils soulèvent et poussent le steamer qui, peu à peu, sort do l'ensablement et glisse vers le large. Tous les marins, à la nage, attrapent le plat-l)ord et regrimpent sur le pont, — où ils enlilent leur tenue et reprennent leur prestance.

La navigation, autour du Pool, est précautionneuse; des tourbillons, des contre-courants, des récifs et des rapides se succèdent; des hauts-fonds barrent les passes entre les îles qui sont des ébouriffements de végétations avançant des langues de sable sous les eaux. Des blocs de pierres émergent comme des essais d'enrochement; on croise des pagayeurs qui dansent violemment dans les remous du vapeur; près d'un îlot, des points noirs se bombent à fleur d'eau ; ce sont les oreilles et le mufHe d'un hippopotame... Le bateau, qui vire, louvoie et cherche les passes à travers des flots limoneux, eflarouche des poules d'eau fllant à tire d'aile, — tandis que de beaux hérons, plantés sur un écueil, contemplent, avec une dignité impassible, le défilé du Brabant et de son cortège de fumée.

Après Tascension croulante dans "des épaisseurs de sable menu, sec, insinuant, la vue, sur les hauteurs de Brazzaville, embrasse superbement le Stanley-Pool et ses labyrinthes bleus

entre des îles flottantes. Le lac, à l'infini, est bordé de sables blancs, de verdures en massifs sur des soubassements de pierres tombées et enrochantes. La grande nappe, sous une vaporeuse grisaille de lagune, occupe son humide domaine en vastes sinuosités. Et dans sa magnificence lumineuse, dans sa quiétude, le Pool ronronnant et tendre, — avec cette captieuse poésie dont tout lac est bénéficiaire, — semble un long repos du fleuve dans une région de mystère et de douceur. L'entour de végétations claires, jeunettes, très irrégulièrement, se mélange de tons graves, patriarcaux ; des dômes de frondaisons se bombent; plus loin, do fraîches perspoctivos partent vers riiorizon ; des arbres longs et pensifs, attirés i)ar l'eau, semblent verser leurs branchages dans le courant; les ajoncs do la lande bordièro s'ébouritiont; et, très loin, soupçonnées dans dos tons hydratés et calcaroux, so drossent les falaises de Douvres. Dans les hauteurs boisées, do maigres et tremblantes colonnettos fumeuses annoncent dos aidées disséminées, dos hameaux indigènes. Une pointe montueuse cache Kinschassa et la baie de Ndolo. Derrière l'île de Banni, so massent d'immenses festonnements de verdure, des lointains embués, des horizons qui, sur les découpures sylvestres, semblent faits d'un flottement de dentelles bleues.

Devant nous, l'étiage découvre des interstices de roches, des bancs, des monticules, une convulsion de rocs sousmarins qui sont les récifs et les écueils, les menaces embusquées dans ces dangereux parages, où des bateaux ont été engloutis. Par là, brusquement, sur des anfractuosités rocailleuses, des remous tourbillonnent, des barres écument; les eaux rechignent à quitter leur délicieux repos; elles opposent des façons résistant à la poussée qui les jettent dans le goulet des cataractes. A droite et à gauche, les cotes avoisinantes, en vertes visions, sont parées de jolis palmiers qui sont la consolation du regard, — et derrière nous, dans les branches, des singes examinent, épient, la tète mobile, virant de tous les côtés.

Brazzaville, sur son élévation, a une coquetterie coloniale, malgré Pair peu accueillant que donnent le manque de déve-

loppomeiit l)âti et l'absence de toute installation d'accès àj la rive. Une {jainison de marins et de tirailleurs manœuvrant sur la place d'armes qui domine le site, paraît le principal élijment vital, — avec d'inti^-ressants essais de culture. Des porteurs, en flottante gandourah de cotonneUe, offrent le trajet en tippoï, — le hamac de toile susi)endu à deux perches que quatre hommes portent sur l'épaule. Ce moyen de locomotion tient en éveil par la multiplication des cahots, sui-sauts, choppades et secousses.

Le long des routes déhrailli''es qui s'enfoncent dans la sauvagerie environnante, on voit, regagnant leurs paillotles, des nègres à face hnite, des nomades de tribus lorestières; ces hommes, la figure peinte et le ventre dans un pagne de couleur vive, ont encore les allures méfiantes des « cibles à chicotle » de la vieille région des raziiias. Chez beaucoup, la chevelure, partagée au milieu de la tète, est raidie, poissée en deux cornes pointant latéralement en coui'be légère un peu audessus de l'oreille.

La vivacité remueuse et amusante de la faune fait passer des tortues, des caméléons, des serpents d'eau, des martînspêcheurs, des ibis, des mygales, de grandes tarentules à corps

— Ifi7 —

de souris, des cniiuots, des cliaraxps et de longues chenilles l)runi's qui sont un ti-As roclierclié comrstil)ie pour les guiirinels iii(liji'(''iies.

Une tribu de liateke vient, en palaln-e démonstralive, près des autorît(-'S françaises de Brazzaville.

Des hordes de noirs à laces bestiales, vilainement cruelles, le front très découvert, les cheveux en bandes ou en lou (Vos sur le sommet de la tête, le buste nu, un chiffon formant pagne autour des reins, un lourd bracelet de cuivre au poif.'net. Beaucoup sont armés d'une lance de bois mince, coiffée d'une délicate ferrure ouvrée; quelques-uns ont un chapeau souillé,

BrazzBvillo. — Un tippoï.

troué, ou bien un parapluie de couleur; un longdialjle agite un drapeau Irançais attaclié à une gaule... Ils suivent, en désordre, leur chol, un ahominable drôle à tête de bandit, porto sur un brancard recouvert de peaux de léopards. Ce suzerain penailleux a le crâne enveloppé d'un madras noué;

Qlribude Baloke.

il est couvert de colliers, de bracelets, d'ornements de cuivre et de verroteries; sa figure est ignoblement arrangée et mar(uillée; les yeux sont peints d'une t)ouiIIie de craie, pour donner au maître une expression surnaturelle et terrifiante; et le chenapan a des regards fixes, des attitudes do mauvais comparse marquant des menaces qui sont comiques : grimaces de croque-mitaine, défis de fier-à-bras, expression de malandrin sur une tête de commandant de pirates. Il tient à la

main une espèce de sceptre- martinet et gonfle sa solennité [grotesque.

Les i)ortiMirs déposent le vilain personnage sur lo sol, le lirancai'd devenant litière et les peaux étant éployées en étalage de descentes de lit. La foule noire l'ait galerie en demi-

Pulabre du Bateko

(lercle sur les côtés ; les hommes s'asseyent, s'accroupissent à rroppotons, K^inlant un étonnement de silence.

Dans l'espace central resté libre, le féticlieur, le nj^anifu, se présente, cérémonieusement Juponné de longues plumes noires et le cou surcliargô de bizarres amulettes, de gnlfes de fauves et do talismans de premier choix. Un tambourinaire travaille, tandis que le féticheur se contorsionne, danse et pérore; il se tient l'estomac à deux mains, jette des cris au

ciel, sursaute avec des trépignements furieux et hurle des affirmations.

Le tassement des figures noires est une collection de curiosités tendues, de faces violentes, hagardes et très attentives. Les physionomies, horribles par l'épilage des cils et des sourcils, sont durcies d'expressions hargneuses, montrant des dents voraces, des instincts de fauves bipèdes. L'ensemble est barbaresque et pas rassurant.

Indisciplines, qui ont quitté le territoire de l'Etat indépendant, ils ne sont ici encore (jue des aubains, — et des officiers nous préviennent, en vue des promonades isolées que nous pourrions être tentés de taire, que beaucoup de ces Bateke n'ont pu encoiv? perdre la mauvaise habitude de Tanthropophagie.

Le mois précédent, ce chef, qui veut faire du spectacle déclamatoire, était en révolte. Il a été pris par les tirailleurs et colloque pour huit jours au bloc. Aujourd'hui, dans la parade piteuse de son tumultueux équipage, il vient, avec sa peuplade, jouer un semblant de soumission, — en attendant que Toccasion soit meilleure pour la rébellion.

Comme une accumulation de volonté vigilante qui surveille et commande le débouché du haut cours du Congo, Léopoldville, dans son appareil militaire, au milieu de camps en exercice, s'érige sur les hauteurs, à Tendroit où le fleuve quitte le Pool. La ville, en ébauche et de physionomie sérieuse, est bâtio sur des vallonnements et des crêtes; un ravin partage les habitations, taille la cité par une vaste tranchée, un fond allongé, — et la topographie se dessine en petite façon d'Edimbourg.

La voie maîtresse, l'avenue du Roi-Souverain, dans une belle ampleur, part du poste de la force publique, du quartier

officiel où, dans un square, une colonne élève une civiliscation, le flauiboau à bout de bras, au-dessus du buste de Léopold II. La ville, — familièreuient appelée Léo, — possède donc des monuments publics, comme elle a des plaques indicatrices aux coins de routes et des services affichant une naïve organisation communale et approximative. Los constructions, régulières et solides, sont en briques et pans de charpente; des enclos, des jardinets les agrémentent, bordés d'ananas; Tavenue part dans un accompagnement de bananiers et d'acacias, passe devant des maisonnettes rectangulaires entourées de colonnades, des établissements commerciaux, le commissariat de district, des habitations carrées au centre de vérandas, des constructions en boiseries dans le style du Nord.

Le ravin, à gauche, se déroule sous les plantations. Le chemin des Bambous, normal à Tavenue, traverse ce ravin par un pontsur des eaux herbues, où pataugent des canards couleur bronze; un escalier en terre et en bois remonte l'autre versant jusqu'aux maisons et aux bureaux de la poste.

L'avenue principale fait un arrêt sur une place dominante où le repos est charmant près d'un banc circulaire, très à l'ombre, sous un arbre rempli de gazouillements d'oiseaux. La vue s'en va sur le Pool, dans des lointains vaporeux d'azur tendre, découpés par les forêts et où s'ouvrent de superbes morceaux de solitudes... Ensuite, la route descend à la rive, aboutit à la place de la Marine que centre un sémaphore planté sur une tour grise crénelée. Là, dans l'amollissante tiédeur de l'air, le déchargement des steamers du Haut-Congo s'opère; la flottille de l'Etat fait des préparatifs; à coté, se trouve le chantier de réparations navales; des marins, des artisans travaillent, laissant circuler de petits cochons noirs, le groin fureteur; des nègres démontent le lourd pâté d'un four à briques; et d'autres nègres, les bras croisés, regardent très consciencieusement; des chèvres sournoises, la barbiche malicieuse, grignottent, à la dérobée, les plantations bordières, — et le Pool, dans sa souveraine distraction, poursuit son grand rêve bleu.

La promenade, continuée dans les environs, croise le non-

i,'!i;iloir (l<^ Bakongos, des hommes qui semlileiit tout en taffetas noir; leurs yeux épiants ont des lueurs singulières, comme liltreuses de curiosités ; la denture oncadn'c de grosses lèvres gourmandes so montre en expression de sourire bon frar<,'on... La rencontre des blancs a son émotion : on sent l'impulsion de cesallinités instinctives qui apparentent et rapprochent les êtres de môme race; et spontancmeni, on cause avec des inconnus parce qu'ils sont <Ies compatriotes ; on parle tout de suite de saille ot de climatologie, de paludisme et de coups de chaleur, de désordres viscéraux, de malaria et des risf[ues hâbleus*'ment exagérés que surmontant les constitutions solides et les natures prudentes, sans redouter plus la fièvre [mludaire d'Afrique que la fièvre des polders.

Enlin, par des t^hemias do poussière brune, de sables fins et insinuants, dans un poudi-oicment desséchant, on gagne le vieux Léopoldville, le quartier des employés, les camps militaires et le point culminant, — où l'on assiste à la descente blanche des eaux cmbouquantes précipitées vers les rapides; le liouillonnement et la fureur muyissanle de la première cataracte couvre d'une domination le fleuve contraint do reprendre son cours.

Par là, aussi, se découvre une partie df Léopoldville : un panorama decultures, de bâtisses, dej^'rands toits.lagare et la longue voie ferrée qui rattache cette avancée do civilisation au vieux monde. L'aspect dit une installation solido, d'une énergie calini' et raisonnée, où vient sourdre un effort puissant, sous une volonté nette et bien dirigeante.

Un veilleur.

(iiKilre nègres, puissamment indolents, dnjpos de morceaux d'otofrcs ramassées, poussent, le long de la route, un petit tonneau, à olForts minuscules, mal tendus, avec des lenteurs magistrales... Le fardeau léger, tout disposé à rouler sous la moindre poussée, semble indigne d'une peine sérieuse ; les nègres, en placide nonchalance, dans une fierté de paresse, opèrent avec des façons hautaines; ils ofllcient une cérémonie de transport; leur solennité de manœuvre est grandement considérable. Mais, estimant que l'opération se précipite de manière déraisonnable, ils s'arrêtent pour discuter, controverser, criailler; ils parlent tous les quatre à la fois, jargonnent à pleine bouche, les bras ballants : ils se reposent de la fatigue à venir.

Ils se remettent à la besogne, mous, condescendants, les nerfs lâches; ilsjouent la peine, simulent du labeur, grandiosement flemmards, sans l'aiguillon d'une surveillance. Ces fatalistes demeurent persuadés que tout se réalise et aboutit, et que le blanc est bien sot, pour une question de plus ou moins d'heures, de dépenser de la fatigue, afin de contraindre des événements qui se résolvent tout seuls, — comme les fruits mûrissent aux branches.

Loin de la route, à l'écart, je me suis assis sur une pierre, en un coin de retraite très solitaire, où la brousse hésite devant un commencement de forêt. Des taillis, des arbustes secs vivent là, et aussi de grandes fleurs bleues et jaunes, de couleurs saines et vigoureuses, mais sans odeur, — et cette impassibilité donne à la fleur plus de sincérité, plus de nature, comme si le parfum était un perfectionnement, un truc malin, un artifice de chimiste.

Le paysage est d'une gravité de choral. Son négligé a de l'énergie; son désordre a du solennel ; son expression de puissante liberté estl)elle — et se fiche souverainement des professionnels de l'esthétique et ignore le code académique des colorations.

Des rafales tiôdes, des bouffées de foehn lourd soufflent, attisent et excitent le frisson des germes. Et l'homme se reconnaît un forment, une menue force organique, prise et entraînée dans refïervosccnco chaude, sous le grand attouchement de la nature. La tranquillité du sol est faite d'ardeurs tracassées, de violences lal)orieuses. En suivant Thumblc détail, l'herbe au ras du sol, les tiges montant patiemment en colonnettes grêles, élaborant sans arrêt, et toujours recommençant, on découvre toutes les pi^tites veines en mouvement dans cet immense organisme végétal fait d'activité obstinée. On admire, visible, étalée, avouée, la perception du labeur amplifié des gramens construisant petit à petit les géants de la terre sauvage.

Des glissoments de reptiles s'insinuent; des lézards au repos attendent; entre les tigelles froissées, farfouille une maraudée de bêtes; une migration de fourmis blondes passent, en longue colonne, bien en rangs et surveillées par des conducteurs; sauterelles et carabiques se démènent, des lépidoptères légers voltigent, des bergeronnettes et des bengalis s'envolent avec de petits cris; un coléoptère très gros va à ses affaires; des nuées de bestioles et d'insectes très occupés mettent partout une crépitation grêle, des sautillements vivaces, une remuante variété, de vagues chuchotements, — une vie universelle qui sediten murmures suaves, amoureux, enfantins. De petits coups de vent promènent ces gentilles rumeurs de préoccupations sur lemerveillcux travail physiologique de l'infatigable fécondeuse. L'admirable laboratoire sans savants, sans microscopes, sans manies coordinatoires et cataloguantes : c'est l'histoire naturelle en grande liberté, le superbe rythme secret des formations, les murmures impétueux do la vie... La nature œuvrante, évocatrice de grands phénomènes, après avoir provoqué une respectueuse multiplication de l'attention, devant la magnificence

vitale, impose un endormement, une magnétique domination et Tevanouissement des aptitudes analytiques. On regarde encore les fonctions atomiques des choses inlassables; on suit les corpuscules à Tœuvre dans la chimie vivante du monde, — mais on n'a plus conscience que do l'équivalent mécanique de son être. Sans autre idéal, on prend son rang dans l'organisation travailleuse; on s'avoue une force insinuante, une simple résultante d'instinct animé, — ni papou, ni aryen, sans orgueil de i)ensée ou do dovination.

La nature fascinante allîrmo sa possession, sa toute-puissanco dans cet esseulement, oii rien encore n'est agencé par rindustrieuse humanité. L'être, en plus intime communication avec les courants do la terre, éprouve la vertu des harmonies et se pénètre de désirs de simplification, de naïveté. La candeur souhaitée, Tattirante primitivité voudrait presque aller nue sous les belles frondaisons, très tranquillement, et dégagée des formules et des surcharges de vêtements baroques... Il faut avoir subi le grotesque phénomène, pour savoir le ridicule invraisemblable, la penauderie et Tinextinguible comique d'habits noirs et de chamarrures empanachées, portés avec essais d'orgueil dans cette grandiose indifférence des terres vierges. Ils allaient, ces dignitaires, raidissant leurs prétentions surdorées, sans comprendre ces bruits d'activité, ces murmures délicieux, ces chuchotis remuants, unis en une grande solennelle voix d'annonciation ; sur ces régions toutes pures, dans ces étendues d'ardente lumière et de pleine liberté travailleuse, la révélation de la nature, en allégorie vivante et ingénue, ramène la vanité de l'homme à un chétif élément, momentané dans la continuité de la substance à travers le temps.

Ils sont amusants d'abord, et bien vite énervants, avec leurs yeux de singe, ces grands garçons noirs, institués boys près du blanc, et ayant l'air de faire les courses et le service. Ils organisent avec calme la tromperie, l'illusion d'une utilité, pas du tout empressée, mais toujours à point pour solliciter une rémunération, avec supplément de pourboires consentis ou soustraits, ces polissons crépus, aides de camp aux mains sales. Leur paresse est faite de malice et s'agence avec art. A son entrée, le premier soin du boy est de se documenter sur les menues propriétés du patron et de reconnaître l'endroit où se tapit la boite aux cigarettes. Quand le maitre arrive, le serviteur, mis en mouvement, promène très mollement une branche de palmier sur le sol pour soulever beaucoup de poussière et avoir l'air do balayer le chimbèque. Mais, un moment après, il est assis, méditatif, dans le coin le plus cachette du logis... Le boy a l'oreille dure aux appels. Il fait semblant de ne rien comprendre; il n'entend point le langage du l)lanc et il déclare, imperturbable : — Moi, pas connu ça... Il sait aussi ti*ôs bien répondre solennellement à un visiteur ; — Moi, pas ton boy... Et il passe. Quand, à bout de patience, on lui dit : — C'est bon, tu peux t'en aller, va-t'en, file... La compréhension est subite, et il disparaît sans faire répéter.

Le maitre parti, le noir use de ses droits domestiques pour ranger et casser; il goûte les pommades, boit l'eau dentifrice et se mouche dans les serviettes de toilette. Il ne met de l'ordre que pour dissimuler de petits objets à sa convenance, des choses qui lui plaisent, autour desquelles il fait de l'ombre et de l'oubli, et qui deviendront un jour sa propriété.

11 donne à ses méfaits des explications en charabia impénétrable; il simule, avec des simagrées godiches, un air penaud de grand dadais pris en faute, — ou bien, son gros rire niais, sa satisfaction de négro, ses grimaces compliquées affirment que la bévue est sans importance ou que le premier venu n'en ferait pas autant. Il se gratte de la façon la plus alarmante, prend une mine apitoyante ot attend, avec des façons de mauvais gamin guettant la taloche.

Le congédier, serait un remède illusoire, — car tous, ils

sont d'une identique race de mortes-payes, ces artistes en maraude, friponneaux nés pour la foire d'empoigne avec l'instinct du truquage et de la dissimulation, chapardeurs intimes, organisateurs de la pii'aterie à domicile, — avec une unique ambition ; le pourboire, la gratification, le matabisli.

I/air d'une tiédeur dense comme une haleine de calorifère, la température et ses sautes brusques, le mélange des saisons, 1(* raccourcissement des jours, la conllguration végétale en dessin d'art, la couleur violente des choses : un défilé de stupéfactions, des étonnements finissant en doutes sur l'authenticité, le vraiment naturel de ces singularités; une instinctive naïveté voudrait soupçonner des apprêts, du simulé devant l'exceptionnel de décorations que, depuis l'enfance, nous avons toujours vu représenter de la féerie... Follement, volètent des passereaux, des cardinals, des oiseaux multicolores, des papillons de feu. Toutes ces surprises joyeuses et chantantes animent une réalisation de fantaisie ; c'est un rêve vivant, un pays de musée : on se promène dans un jardin zoologique en liberté, sans grilles, sans cages; on s'émerveille dans une serre démesurée et libérée de vitrages.

Plus loin, une cahute planchéiée, des cabanes coniques, des paillottes sur charpentes de perches, des constructions instablement élémentaires ou campent des négrillons s'essayant à mimer nos façons; puis, des pagayeurs se mettant à l'eau; et aussi, notre arrivée promenant la badauderie des blancs devant les travaux usuels des noirs... Voici que le bout de village indigène, au bord du lac, me retrace furieusement des coins de l'Exposition de Tervueren...

Mais, il ne faut pas penser au pays; il est imprudent de laisser l'imagination naviguer sur le millier de lieues du retour : la nostalgie est prompte à sauter à la gorge.

Dans le souvenir des paysages équatoriaux, restent, en incompréhensions et en étrangetés : les forets, les forets fiirieusesqui désorientent nos régulières lois de vision. ..Comme de gigantesques et violentes broussailles condensées, elles poussent, en tous sens, follement; elles s'emmêlent, s'entrelacent et se contusionnent, colossal inglobo^ — alors que la sylve, dans nos pays d'ordre lucratif et de culture de rapport, en apparentant des essences similaires, en réunissant des arbres de même famille et des individus à peu près de même âge, présente un aspect de tracé régulier, une ordonnance d'ensemble et de la symétrie. Ici, dans un effrénement de barbarie, en farouche indiscipline et au caprice du hasard, poussent en expressions d'imprévu et se développent en mélimélo, toutes les essences pêle-mêle, toutes les catégories et les espèces d'arbres et de plantes, en tas, en vrac, n'importe comment, se faufilant où il reste un peu d'espace. Le rapprochement, toujours plus compact, devient un plexus indébrouillable, un fouillis, une extravagance pléthorique, confectionnant, sous le soleil, un vaste bouquet de fantaisies vertes, — ou le bazar en désordre de toute la végétation ligneuse... La multitude de superbes troncs, de fiits élancés ou trapus, les tiges droites ou souples s'entortillent, se joignent, s'épaulent; des arbres se tordent, se coudent pour s'insinuer et trouver passage; les branchettes, les ramures se tressent les unes aux autres; les végétaux de toutes natures s emboîtent, se prêtent un peu de place, et, s'allongeant toujours, se soutiennent, se liguent ou s'attaquent, et les plantes se serrent, se blottissent dans la cohue sylvestre. Une branche, qui déniche un peu d'air libre, sort de l'étouflfement, se frise, se défripe; mais ce mince réduit de liberté, déjà guigné par les alentours, sera bien vite assailli et conquis. Partout, des poussées de sève, desardeurs feuillues cherchent un peu d'aise, un petit morceau d'espace; les feuillées entrecroisées, les limbes et les pétioles

ratatinés, les futaies et les frondaisons en attroupement se pénétrant et se conglomérant, forment un empaquètement de forêt, un vaste fouillis tassant ses mailles, le rassemblement d'une rebelle furie, tout un capharnaum botanique tissé en bois. La complication est inextricable. Et toujours, obstinément, lutte et persiste, la fougue organique confectionnant, et serrant plus encore, ce désordre bourré, cet imbroglio d'arboriculture, ce foisonnement densifîé en bloc de vie végétale,^ — qui barre toute tentative de pénétration.

Par la solitude des déserts, sans lois et sans police, l'apprêt du civilisé se «léfait et craque sous la tension des instincts d'oriirine. Une passion de liberté remplace les fausses glorioles de la science appliquée. L'éfcïe se simplifie, se fait élémentaire, végé^tif, regardant des pensées très unies. On la perd vite, le long de ces brousses folles, l'âme moderne, très compliquée, faite do chidres et de subtilités... ^

Nous sommes sans aucune nouvelle de nos pays; nous ignorons ce qui a pu se passer depuis six semaines dans les importances qui nous illusionnaient d'anxiété. Pour nous, dans le monde entier, les événements marquent le pas, et nous sentons, assez voluptueusement, une reposante et totale indifférence, une ataxie mentale, la parfaite inaction de la pensée engourdie : un hiver cérébral. Et sans fièvre de soucis, d'intérêts, d'ambitions, l'homme se refait de la jeunesse, de l'enfance; il se laisse vivre dans l'espace, comme dans un reposant étui d'azur. Très béatement, il savoure le temps vide, et, contemplatif, il n'ose trop remuer ou proférer un cri qui offenserait le silence. Les tâtonnements et les inquiétudes de l'esprit, ses tracas de curiosité, sont bien apaisés. Notre modernisme se détend, se décomplique. Nous avons la conscience de redevenir primaires et candides, dans cette existence

plane et toujours identique, sans notions de calendrier, dans une vie qui n'est plus paginée.

La quiétude d'une belle journée dissipe toutes les querelles des docteurs. Un sentiment tendre et naïf, une volonté animale remplace les sul)tils moteurs de Vixme, en ces heures calmes e\ régulières, où ne tressaille plus que l'idée accaparante de nourriture et de femelle. Rien de plus. Et <les expressions de franche félicité, de jouissance se rencontrent dans cette réduction, dans cette restitution à la nature, où notre éducation perfectionnée perd ses contours, où les théories sagaces fondent leur précision, et où la matérialité de Têtre s'aflirme par le bonheur dans la belle santé et le manque d'idéal...

Nos conceptions, dépcMrées de conventionnel, comprennent alors le nègre, ses façons do forte bestialité, sa peau tailladée, ses bracelets lourds, sa chevelure en partie rasée. Cette ornementation brutale ne nous semble maintenant pas plus drolatique ou déraisonnable que les fausses frisures et le maquillage des Européennes très désirées, coiffées, comme des sauvagesses, de plumes, de rubans et de perles, d'oiseaux empaillés, de fleurs en toile peinte, de boucles en amoncellements extravagants... Dans la simplification de l'esprit, et à cette distance, les édifications architecturales de nos villes deviennent de la composition dramatique, du panneau théâtral ; et nos paysages, industriellement arrangés, avec travaux d'art et rivières canalisées, font Teflet d'une nature teinte et qui se frelate de postiches.

Le soir approche dans les longues solitudes... Des cris rauques d'animaux inquiets blessent l'heure respectueuse. Le paysage grave, dans un calme de résignation, est du Leconte de Lisle. Les horizons se foncent en sinistre, — d'une émotion irrandiose.

Et le soloil, comme s'il était épuisé des violences de la journée, semble choir plutôt que se coucher ; c'est un tomber de soleil, un déclanchement brusque, précipité, un évanouissement de l'astre qui casse net le jour.

Déjà, le ciel, en azur puissant sous des poussées d'indigo, a pris des tons de sévérité. Bien vite, il se maquille de poudre violette, transforme en lueurs verdàtres les dernières réfractions solaires; puis, il s'ardoise, — et tout de suite, s'endeuille d'ombres profondes.

Au loin, s'élèvent des colonnes de brumes bâtissant des édifices de brouillards... Autour de nous, accaparante, règne la nuit ardente et nue, la nuit équatoriale, épandue et sereine comme un irrand songe d'éternité...

L'abandon dans la liberté des éléments devient un rajeunissement, un bain de fraîche nature, une reviviscence énergique. L'imagination, absorbant les remarques qui surgissent et les incidents qui passent, perd l'impression première de l'étrangeté ; elle retrouve, elle réveille de confuses notions, — et comprend que cette nature si neuve, c'est, pour nous, du passé. Le transformisme a conduit nos ancêtres par des milieux semblables; et cette incursion explorative nous fait simplement rebrousser chemin sur la route de l'évolution. Vaguement, nous sommes des voyageurs se disant : nous avons traversé cela, quand nous étions enfants...

Dans cet csseulement, notre existence de là-bas, faite d'un furieux mouvement d'imprimés, ne paraît plus qu'un trimbalage essoufflé, une surmenante galopade vers les dupe-' ries et les déceptions. On voit mieux, d'ici, comment le pompeux factice du progrès, la cruauté du sens pratique et l'avortement du bonheur font ce régime complexe et haletant où, pour emporter une émotion, il faut la voler. Ici, l'énergie

positive (le la création, méprisant les trucs et les falsifications, toute mécanique et spontanée, verse l'ivresse d'un vin de vie. Plus rion d'intellectuel : le retour à l'instinct dans le prodige et le mystère du monde. L'Européen se familiarise ainsi, par rapprochement, avec l'Africain incompréhensif , — comme doux esprits convergeant, par-dessus les âges et les constructeurs do doctrines, et ils reconnaissent leur parenté. On comprend la tentation conduisant en ces plaines, dos individualités qui dépouillent le formalisme du vieux monde pour revenir au primitif, sur la terre généreuse et féconde, pour trouver une vio isolée et désintéressée dans un ermitage équatorial. Ces aventures ont un attrait captlvcint; bien vite, on devine la nostalgie qu'elles laissent à nos compatriotes. Très loin des contraintes et dos flagorneries cérémonieuses, loin de notre progros oii il est impossible de vivre sans haines, c'est le bonheur de la lutte et de la victoire, la bataille contre toutes les forces animales et végétales; c'est la rentrée dans l'état de nature, — où l'homme souverain, affranchi de réglementations et de gendarmeries, dans un enivrement de liberté, est vraiment roi de la création.

La diversité des tribus, hordes et peuplades rencontrées, nomades ou autochtones, le long dos côtes maritimes ou fluviales, échantillonne une série fournie de silhouettes, de tôles, de faciès, de dessins physiques, de conformations et de physionomies flores ou grimacées, toutes variations exprimées autour du type noir : le nègre... Des longs, dos chétifs et aussi quelques joufflus; dos figures à l'encre; des mines doucement sinistres, avec un rire on blanc et noir faisant éclater des façons de compères jouant le benêt ; le sans-soin des uns marqués de psora; d'autres luisant sous les huiles et les ablutions ; une dureté saillant souvejit dans le prognathisme; le nez

renfoncé; le ptyalisme qui mouille les grosses lèvres; la tête conique et des airs de jocrisse au cirage, sous des cheveux moutonnants, en touflfes, en petits taillis ; dos tatouages et des peinturages de peau; et beaucoup, pris par la traîtrise du brusque refroidissement du soir, les épaules rentrées, une toux pénible leur raclant la poitrine; toutes les variétés de déformations faciales se présentent. En réalité, ces physionomies sont plutôt des traits en ébauche; elles rappellent les opérations du sculpteur préparant un visage et modelant et massant des formes générales : l'expression attend le coup de pouce terminal, l'éveil qui affluera les traits dans la précision. Ces etlîgies béantc^s, un peu bonzes et empesées do gaucherie, montrent une mentalité à peine tâtonnante, non instiguée par la curiosité. Une lueur do sons simple, dos évidences naïves brillent dans les brumes d'incompréhensions. Le nègre, devant une nouveauté, regarde : il ne comprend pas, mais il voit, il constate, c'est une conclusion, et elle lui sufflt. Il n'a même pas d'étonnement après coup, quand la révélation se fait. Dans les travaux de terrassements du chemin de fer, les noirs, qui n'avaient jamais vu une plate-forme de route, raillaient le blanc et trouvaient absurde d'être payés pour prendre de la terre ici et aller la déposer là-bas. Aujourd'hui, très calmes, ils considèrent le résultat comme s'ils l'avaient toujours deviné et prévu. Leurs curiosités sont vives, mais courtes. La pensée atrophiée, l'attention engourdie sans habitude d'exercice, no font que dos efforts momentanés, des essais, — et ils retombent bien vite dans Tinorte placidité, dans la lourde inaction, ces hommes qui semblent de molles machines à sommeil... L'ahurissement gai, le rire énorme et fantasque les prend devant rallôchement d'un plaisir, la joie des danses ou de l'alcool, le bruit du tam-tam dont le bruit insipide résonne en écho do ces natures.

La simplicité des Congolais trouvait évident de fabriquer de la monnaie divisionnaire en coupant les pièces de cent sous ou cinq secteurs égaux. Une logique courte et minuscule leur fournit des éléments de prudence et de circonspection, des précoptes de sagesse gardés comme des miettes d'expérience.

Us disent que c'est à jeun qu'il faut discuter, que c'est la sensation du bâton dans la main qui incite à frapper et que le dieu Zainl)i est trop grand ot trop haut pour se soucier des hommes qui doivent donc se débrouiller eux-mêmes.

A'u total, lo nègre est englué d'indolence et d'indifférence par le manque de l'habitude du travail, par la non-constatation de rutilité du labeur. (Test une éducation à (aire, — petit à petit. On ne peut pas, à un mouK^nt donné, imposer l'activité à des hommes qui ont été façonnés dans un ordinaire <roisiveté i'i à qui les avantages et les profits de la peine ne sont pas encore démontrés. Le non*, qui est solide et malléable, est un emmagasinement d'énergie inutilisé; il a de l'endurance et du zùle; à Matadi, il prouve un sens commercial. Le ressort est bon, — il suffit de le remonter.

Dans l'état présent, le nègre allongé dans des repaires puamment négligés ou, sous un arbre, nuitant, roulé dans une étoffe, reste, plus proche (jue nous, le frère des animaux, le moricaud hébété et bizarre, étonnant avec son rire <mi ébouriffement de Bamboula ; et lui, nous regarde avec plus de stupéfaction que d'envie, nous qui, dans notre pâleur, devons lui faire l'effet d'une race de Pierrots astucieux.

En descendant le fleuve, dans un paysage rouge et cendreux, — qui est du Chateaubriand équatorial, — nous avons embarqué le peloton des petits instrumentistes bleus, la musique de la Mission.

Une bande de grands gosses circulant, pieds et mollets nus, la chemisette bleue à galons jaunes, et la taille enveloppée d'une vaste ceinture de flanelle bleue. Ils promènent, sous leur fez rouge à ganse jaune, une vivacité curieuse, très regardante, observant et commentant. Ils ont la tête grosse, brutalement modelée, une chevelure court frisée, des yeux en

isr.

prunoaux dans des mines de louveteaux apprivoisés. Plusieurs ont lo front ramage de tatouages descendant sur un nez plat. Lp menton est dur et proéminent; le sourcil, tombé, est froncé par lo soleil; les oreilles, écartées en vastes pavillons, ont souvent le lobe troué.

Ils campent à Tarrièro, au milieu des caisses, et se font très promptoment les aises d'un chez-soi en plein air. Ils enlèvent

les parties de vêtement qui les gênent; les uns, comme des guetteurs, grimpent aux cordages avec des instincts do singe ; d'autres ramassent des choses qui traînent, déballent un pauvre matériel de campement, usant de vieilles boites k conserves en manière de gamelle ; ils tirent de leurs poches entrepositaircs, du poisson fumé, d'énormes miches de pain dans

lesquelles ils mordent à pleins crocs. On leur a donné des bouteilles de limonade gazeuse, qu'ils appellent, par harmonie imitative: du mata-boum ! Ils risquent des essais de français assez informe ou aflirment simplement : bote! bote!... avec un sourire de bonne digestion.

Quelques-uns, dans un coin, leuillottent à doigts sales un cahier de musique et répètent des passages en chantonnements éraillés.

Des pauvrets, la poitrine concave, toussent douloureusement.

Et quand le moment est arrivé de fiiire montre de leurtalent, ils se rangent en bonne tenue, avec uno gravité de petits fonctionnaires, et ils jouent. Les longs doigts noirs manœuvrent sur les pistons nickelés; les grosses lèvres spongieuses salivent sur les embouchures; dans ces attentions d'ébène, une vivacité de gros yeux émaillés suit les mouvements du chef, — et les couacs partent à la venvole. Ils jouent faux avec sérénité et orgueil... Mais, quand ces pardonnables maladroits, aux mines d'un autre monde, entonnent, dans Téloignement de ces rives rébarbatives, et jettent aux échos d'Afrique un refrain de ducasse de Wallonie, la puérile ritournelle du Doudou, une émotion de plaisir tressaille. Et ensuite, la Marche des Carabiniers, qui nous paraît banalement cuivreuse le long du Treurenberg, devient, — jouée sans conviction par la gaucherie de ces moricauds, — un admirable élan, avec des envies de lancer les casquettes en l'air.

Boma, — les bâtiments propres et alignés, — a une apparence très ville, des avenues ti'acées et soignées, un tramway à vapeur, des magasins et de la réclame, un bureau de police, une église dominant le verdoyant tableau, des résidences, des « palais )> dans de beaux parcs officiels, le télégraphe, des

places bioii entrctPiiues, — comme !a place dos Cocotiers qui, devant le pior d'accostaf,'e, est l'entrée de la coquette capitale. Là, converjre J'activilO dcspromfiieuis : des blancs causfnt à l'ombre ; des indigènes somnolent; le mouvement du port amène, en blanc et bleu, les marins de l'tltat, des Ubanj,'!

ei des Sango à profil de léopard, les dents limées; los sergoms di> ville, iiorlant l'écharpe rouge et le casque (''cussonnc, montent la garde, très dignement, prés d'un édilice en briques grandement tilré : Commissiirial de police; le bâtiment de la paix citadine s'ouvre en perron où s'étalent les affiches et les annonces avec des casques d'agents.

L'ensemble montre une aisance de civilisation bien implantée, qui a pris racine et, solidement, pousse et se développe.

Une claironnée violente remue la curiosité de la foule : les troupes indigènes arrivent en tenue bleue flottante, les pieds

Ln rame des truupci à Honia.

et les mollets nus, la tôte coiffée de roiigo. Les troupes, qui doivent être passées en revue, prennent position pour la cérémonie. Les fusilieis noirs présentent tes armes avec une nerveuse conviction, une évidente lierté de la correction de leurs mouvements. L'attitude est disciplinée et la marche allèfjrement martiale quand, par pelotons, doi litire les commandants

L<!(lùfiliiilespui)illfs

en uniformes d'ofllciers de marine, ils délilent, au pas de parade, ces soldats de bronze, sous le déploiement du drapeau bleu.

Après la troupe, passent, crânement et sans armes, les pupilles... La lorce, dans cette initiation des peuplades sauvages, s'impose : elle est le premier ressort du progi-ès, l'élément tout d'abord nécessaire; elle caractérise la phase première dans l'évolution vers une condition supérieui'e, vers un éveil d'intelligence et de conscience, quand l'autorité, —

lilO -

toujours iiiilispeiisablo, — pouvant par raisoiiueineui convaincre, 110 devra pliiseiupuigiicr.

La promenade pai' Ips boulevards, upuleinmeiil piaules, .ist aniusaitte dfvaut la variûlé dos iiL'fioces, les boiitiqueltes à grandes allichci;;, les bonnes femmes drûlenient accoutrées vendant des bibelots et des objets do toilette, les bazars de pacotille et Slianii, le noir, babillé à la dernière façon, le inattre-bijontinr sVxprlinant on frau(.:ais aussi bien (ju'un membre de la Cliambrc des n'|iri''sentants. Les passants sont dos indlirèues bayiienaiiduul, des iioi'teurs allant droits sous la cbai'ire, le pas raide; des fonctionnaires babilles de coutil blanc; des boys très p{)sénient en courses; des soldats, des agonis (b' compagnies sous le vaste fentrc; un disparate cii'culiinl où sui'gil la surprise de so trouver soudain devant un

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