LA PEUR
« O Seine!... de tes flots mouille ces palais gris,
« Et jette ta ceinture autour du vieux Paris !
« Oui , j’aime interroger tes souvenirs , ô Seine !... a Ici bien des grandeurs ont paru sur la scène,
« Qui dorment dans la nuit profonde des tombeaux.
« La douleur en tout temps y traîna ses lambeaux;
« Chaque siècle eut son tour.... et depuis la framée « Des pères de Clovis..., jusqu’à la grande armée a Qui triomphait aux cris de : « Vive P Empereur ! » v Fleuve antique des lis ! que de scènes d’horreur,
« De mœurs, d’ambitions, et de destins rapides, a Ont passé devant toi ! Mais dans tes eaux limpides ,
« O Seine ! non jamais, jamais comme aujourd’hui ,
« Le malheur ignoré, l’amertume, l’ennui,
« Et l’âpre désespoir, sous des couleurs plus sombres ,
« En se penchant vers toi n’ont projeté leurs ombres.
« A peine si des jours j’ai goûté la liqueur « Dont la coupe en dessus se dore, et de mon cœur « A fui l’illusion... je le sens qui se glace;
« Et dans ce cœur sans sève, il ne reste de place « Que pour la mort... Pourtant, il savait bien sentir : a La beauté le faisait vibrer et retentir;
« Un simple regard d’elle, un mot le rendait ivre;
« Mon sang était du feu; j'étais digne de vivre... a Oh ! si Dieu m’eût donné de ce vaste univers ,
« Rien... qu’une humble cabane auprès de tes bords verts, « O Seine ! avec un être... un seul être... une femme « Qui m’aimât, et dont l'âme avec moi fît une âme,
« Qui sentît avec moi la beauté des saisons,
DO SUICIDE. , ag
« La langueur du printemps ans tremblants horizons, « Au feuillage embaumé, les pompes de l’automne,
« Et ses pâles couleurs , et son vent monotone « Soufflant au fond des bois.... que je t’eusse béni, a O mon Dieu! car ce cœur que le monde a banni,
« Et qu’une âcre douleur remplit seule, et dévaste,
« Et ronge chaque jour,.... hélas ! il était vaste « Pour contenir la joie, ainsi que la douleur... a Mais maintenant la vie est pour moi sans couleur;
« Je ne demande à Dieu qu’un souffle qui m’emporte. « Ainsi qu’un voyageur qui va de porte en porte, a Et demande en tremblant un gîte pour la nuit ,
« J’ai voulu m’arrêter pour charmer mon ennui ,
« Et partager ma course aride et solitaire...
« Je n’ai trouvé personne !... et voilà sur la terre,
« Que je marche au hasard... et sous ces murs blanchis « Qui revivent dans l’onde, et pendent réfléchis, a Et dans ces profondeurs de tumulte , de foule,
« Pas un de ces soupirs qui de l’âme refoule ,
« Ne tremble à mon image.... et nulle ne m’attend.... « Et jamais une main, qui vers l’époux s’étend,
« En agitant de loin , le soir, sa forme blanche ;
« Jamais la tête blonde et qui d’en haut se penche « Au bruit connu des pas glissant sous le balcon,
« Ne viendront m’enivrer... Non rien... ni ce doux nom « Qu’on prononce tout bas et d’une voix émue,
» Ni cet œil languissant, dont le charme remue,
« Rien... je n’attends plus rien...
«< Un gouffre ténébreux,
l.A PEUR DU SUICIDE.
« I ,*> vice, reste encor du moins aux malheureux !
« J’ai voulu in’y plonger, roula 1 de crime en crime,
« Dans leurs bras m’étourdir, et rire dans l’abîme. «Oui, j’ai voulu braver d’avance le remord,
« Noyer mon cœur, et vivre à côté de la mort!...
« Ainsi j’ai pensé... mais, avant que je le visse,
« Seulement à sentir son approche, le vice « M’a fait frémir d’horreur...
« Comme ces flots sont beaux !...
« ...O flots! combien déjà roulez-vous de tombeaux? a ... Je voyais à la Morgue... hier... sur une planche... « Un jeune homme étendu... sa figure était blanche... « Son sein avait l’air calme... et de ne plus souffrir!...»
....Il se lut à ces mots... Un lugubre soupir,
Comine un poids qu’elle absorbe, éleva sa poitrine.
11 hésite... soudain, sa tête qu’il incline Se redresse... il pâlit , et tout son corps trembla...
On vit claquer ses dents; et la glace sembla Jusqu’à son cœur courir, dans un frisson rapide...
Il eut peur de l’enfer après le suicide!...
Cf ttuage tut Sxnr.