‹ Heures d'insomnie par le C.te L. de MaricourtChapitre 10 sur 108 · AUTO MA K · texte numérisé non relu

AUTO MA K

la» glace de la mort!...

Et toi , feuille, l’année Finit aussi pour toi. Déjà pâle et fanée,

, Tu vas être emportée au premier tourbillon,

Tu vas devenir terre, et nourrir un sillon.

Qu’importe si ton ombre , ici-bas passagère ,

Perdit tous ses bienfaits sur l’aride fougère;

Si jamais le ruisseau ne vint te réfléchir Dans son cristal limpide, et si, pour rafraîchir Ses membres délicats, jamais la jeune fille Au regard languissant, quand la lumière brille,

Ici ne vint s’étendre, et dormir... ni s’asseoir Près de ce tronc noirci, pour y rêver, le soir;

Si jamais , accourant au bruit sourd de l’orage ,

Tu ne l’entendis rire , et bénir ton ombrage ;

Si le pâtre n’y vint briser un chalumeau ;

Et si jamais non plus les danses du hameau N’ont aimé le vieux chêne, et réjoui son ombre... Qu’importe tout cela , qu’importe ! va , le nombre ,

O feuille ! de tes jours n’égale pas les jours Qu’a vécu l’univers... , dont cependant le cours Tient au creux de la main du Dieu qui les mesure.

O feuille! comme toi, perdu dans la nature,

J’attends qu’un tourbillon me saisisse à mon tour,

Et sous la terre aussi, me plonge sans retour...

Mugis, mugis, ô vent! ta sauvage harmonie Est le clairon des airs, et la sainte euphonie

IJ'. DKHIVIF.lt

Qui révèle à mon âme un Dieu toujours présent! Mugis! mugis! ô vent! souflle, — et qu’en se brisant, Les chênes à tes bruits mêlent leurs voix plaintives! Je resterai la nuit, près fies biches craintives,

L’hôte de la forêt, et ne chercherai pas,

Comme autrefois le soir, en suspendant mes pas,

F.t l’oreille tendue, au retour d’un voyage,

A reconnaître au son la cloche du village.

Oui, mon âme a brisé tous ses terrestres fers ,

Je ne crois plus à rien, qu’aux maux que j’ai soufferts... Insensé! je voyais du bonheur sur la terre.

L’avenir se dorait : belle comme un mystère.

Une image de loin semblait me regarder,

Et m’appeler d’un signe... oh ! que pour te farder,

Et tuer en riant ta'crédule victime,

Femme! il t’en coûte peu! Des hauteurs de ta cime, Tu nous apparais là, comme un ange du soir.

Fins douce que l’arom qu’exhale l’encensoir....

Mais l’ange, qui, de loin, brille comme une flamme, Quand on le voit de près, est plus froid que la lame l)u poignard qui seplongeen tournant dans le cœur!... Je méprise l’amour : à son rire moqueur Je réponds maintenant par un amer sourire.

Une fois, j’ai rêvé des gloires de la lyre;

De peuples, surgissant au signe d’une main;

De sons, qu’en mille échos rend le langage humain ; D’un nom, qui court porté d’un bout du monde à l’autre; De f 'ivresse qu’on sent, quand ce nom est le vôtre!...

Depuis, j’ai vu qu’un nom s’achète au poids de l’or. J’ai vu que le génie, en son sublime essor,

Était arrêté court , et llétri par l’envie;

Le fruit qui lui coûta la sève de sa vie,

Le sommeil de ses nuits, dans l’ombre enseveli.

Et livré palpitant aux vers froids de l’oubli.

J’ai vu, sur le pinacle, à travers la fumée Dont vers elles montait la spirale embaumée,

J’ai vu naître et mourir des idoles d’un jour,

Et méprisé la gloire, à l’égal de l’amour!

D’ailleurs, tout croulera, quand l’archange qui sonne Viendra pour niveler la terre qui frissonne!

Entendez-vous le vent qui souffle en frémissant,

Et des bruits inconnus passer en gémissant Sur la tête du chêne, et troubler son feuillage? Voyez- vous les débris s’entasser sur la plage.

Et, dans son vol fougueux, l’aile de l’aquilon Pousser au haut des airs la fange du vallon?...

Mugis, mugis, 6 vent! ta sauvage harmonie Est le clairon des airs , et la sainte euphonie Qui révèle à mon âme un Dieu toujours présent! Mugis, mugis, ô vent! souflle, et qu’en se brisant. Les chênes à tes bruits mêlent leurs voix plaintives! Et toi, que le chagrin enchaîne sur ces rives,

Toi, qui ne riras pas, du moins, quand le inalheur Laisse sans la chercher échapper sa douleur,

O frère! pour sentir comme moi mes pensées.

LF. DF.BNIF.H AUTOMNE.

Viens , viens , suis avec moi ces routes effacées Par la feuille qui craque, à tes pieds, en roulant. Arrive à la forêt d’un pas rêveur et lent,

Et là , par un jour noir, sous le bruit monotone D’un rameau qui se casse, au souffle de l’automne, Assis au pied d’un chêne, et seul , loin des chemins, Écoute ces accords, la tête dans tes mains !...

fa peur bu Suietbe.

Voici l'affrrui moment ,

Ta \at tr prononcer ton propre joKcment.

l.nmriM.

Un jeune homme, appuyé sur la rampe d’un pont,

Paraissait accablé sous le poids lourd d’un rêve...

La Seine, dont le flot s’échancre sur la grève,

Et se déroule au loin comme un vaste serpent , Semblait l’occuper seule.... et parfois s’échappant Comme des profondeurs d’une lugubre tombe,

De son sein oppressé, qui s’élève et retombe,

Un soupir s’exhalait.... et son œil morne et creux Ne versait point de pleurs... ce don des malheureux.

« Clisse en silence! glisse... étends ta vague blonde,

« Et roule en longs anneaux les plis de ta belle onde,

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