LE NUAGE
Semblable à l’Éternel dont la divine face S’approche de la terre et l’empreint de beauté; Quand le nuage, autour, d’un reflet se colore... Alors, plein de pensera, je contemple et j’adore!..
Oh! que ne puis-je, en m’élevant,
Voler jusqu’à toi, beau nuage,
Et m’endormir sur cette plage Que balance le vent!
Que ne puis-je briser les anneaux de la chaîne, Que malheureux captif en ce monde je traîne.
En détournant souvent un œil gonflé de pleurs ! Jeune, je suis vieilli sous le poids des douleurs; Et mes lèvres à peine au vase de la vie Ont touché la liqueur, hélas! déjà la lie A troublé la surface, en montant à longs flots.
Le jour qui se succède aggrave encor mes maux, Et de mon triste cœur ronge et creuse la plaie, Comme l’affreux cancer ronge et creuse , et se fraie Une route sanglante à la moelle des os.
Oh! comme du bonheur a passé l’étincelle!
Je l’ai vu s’en aller plus rapide que l’aile Du rapide ramier, lorsqu’à la grande voix Du chasseur, il s’élance, effarouché, des bois; Que la blanche lueur de l’étoile qui file,
Et se pérd dans les cieux ; que la bulle fragile Qu’un souffle va briser; que le feu de l’éclair Qui vient de disparaître, en serpentant dans l’air; Que le flot écumant du torrent qui s’écoule;