SOUVENIR
Le chêne montre à nu ses rameaux inféconds.
Le ciel est gris. La neige en descend par flocons.
Des corbeaux affamés, dont la bande tournoie, Croassent en passant, et cherchent une proie;
Et le cou replié dans son sein sans amour,
Le pigeon sur les toits attend la fin du jour. L’homme sous ses abris se cache , et la famille Se dispute le coin du foyer qui pétille :
Car il fait froid dehors... et d’un vaste linceul Les champs se sont voilés; tout est triste... moi seul, Je suis heureux encore, et de fraîches images A mon regard charmé tournent comme les pages D’un brillant alphabet sous les yeux d’un enfant.
Un vallon noir, où plonge un soleil triomphant, M’apparaît... puis un mont, que la nue environne, Vierge parée au front de sa blanche couronne,
Et portant pour ceinture un bois de sapins verts;
Et puis des rochers nus, par la foudre entr 'ouverts , Des coteaux inclinés, où, nonchalant, le pâtre Se couche en regardant la chèvre qui folâtre,
Où de joyeux faneurs se groupent en chantant... Puis sous mes pieds poudreux l’horizon qui s’étend î Puis encore des lacs, des vallons, des montagnes,
Un torrent qui mugit !... Car, mes douces compagnes, La Suisse où je vous vis, je la revois toujours.
Ainsi dans la mémoire on note les beaux jours.
Ainsi le troubadour gardait bien sous sa mante \je, mouchoir blanc, le gant touché par son amante. Ainsi, longtemps après, l’arome oriental